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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre fauve de l'Est population carolinienne et population des Grands Lacs et du Saint-Laurent au Canada - Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

En 1972 et en 1973, D. Rivard a effectué 155 observations de couleuvres fauves de l’Est dans 14 emplacements le long de la voie navigable du lac Sainte-Claire et du lac Érié, dans le cadre de relevés visant à préciser l’aire de répartition de l’espèce en Amérique du Nord (Rivard, 1976). Depuis, plusieurs chercheurs ont mené des études de type capture-recapture en Ontario, plus précisément au nord-est d’Amherstburg (Essex-Kent) (Freedman et Catling, 1978), à la pointe Pelée (Essex-Kent) (M‘Closkey et al., 1995; T. Linke, données inédites), dans les îles de la baie Georgienne au début des années 1980 (littoral de la baie Georgienne)(Parcs Canada, données inédites), sur l’île Pelée (Essex-Kent) (Brooks et al., 2000; Willson, 2002), dans le parc provincial Killbear et les environs (littoral de la baie Georgienne) (Chora et al., 2001; Lawson, 2004; Paleczny et al., 2005), dans le parc provincial Awenda et les environs (littoral de la baie Georgienne) ( T. Tully, comm. pers.; Coxon, 2002), sur l’île East Sister (Essex-Kent) (D. Jacobs, données inédites), dans la région de Honey Harbour-Port Severn (littoral de la baie Georgienne) (MacKinnon, 2005; Row et Lougheed, 2006) et à la pointe Pelée et au marais Hillman (Essex-Kent) (Row et Lougheed, 2007, en cours). Des relevés axées sur la recherche de couleuvres fauves de l’Est ont également été effectués dans la région de Haldimand-Norfolk par M. Gartshore et al. et, de façon plus intensive et systématique, par S. Gillingwater et al. Les données ainsi amassées et d’autres observations compilées dans la base de données du Relevé herpétofaunique de l’Ontario (RHO) forment la base de notre compréhension de l’abondance de la couleuvre fauve de l’Est en Ontario.


Abondance

Des recherches au sol ont été conduites à la pointe Long de 1996 à 1999, puis de nouveau en 2003 et en 2004 (S. Gillingwater, comm. pers.). Le nombre de couleuvres fauves de l’Est observées était comparable d’une année à l’autre, mais les recherches se sont intensifiées considérablement au fil des années, passant d’environ 20 jours-personnes en 1996-1997 à près de 85 jours-personnes couvrant un territoire plus vaste en 2003-2004. Les résultats obtenus laissent croire à un déclin de la population à la pointe Long. Des relevés similaires visant des tortues et d’autres espèces de serpents dans la région du ruisseau Big (voir la figure 3) ont révélé que peu de serpents se rencontrent à l’est, à l’ouest ou au nord du ruisseau Big en raison de l’agriculture intensive qui s’y pratique et de l’utilisation des terres (S. Gillingwater, comm. pers.).

En dépit du nombre d’études de type capture-recapture et de relevés dont la couleuvre fauve de l’Est a fait l’objet depuis les premiers relevés effectués par Rivard (1976), au début des années 1970, nous disposons de très peu d’estimations fiables de la taille des populations de l’espèce. Par exemple, Freedman et Catling (1978) ont estimé à 128 individus les effectifs de l’espèce dans un site de 40 ha, à Amherstburg (en Ontario), mais cette estimation s’appuie sur 16 captures et seulement 1 recapture. De la même façon, Rivard (1976) n’a recapturé que 6,7 p. 100 des 135 individus qu’il avait marqués à la pointe Pelée. L’interprétation des taux de recapture inférieurs à un seuil critique soulève des problèmes, car ces taux invalident la plupart des modèles de capture-recapture. Pour éliminer les difficultés soulevées par les faibles taux de recapture lors d’échantillonnages opportunistes et capturer tôt en saison les couleuvres dont ils avaient besoin pour mener leurs études télémétriques, des chercheurs ont encerclé des hibernacles connus avec des clôtures de déviation menant à des pièges-entonnoirs au parc national de la Pointe-Pelée (M‘Closkey et al., 1995; T. Linke, données inédites) et à l’île Pelée (Porchuk, 1996). Les taux de recapture obtenus aux deux sites grâce à cette méthode étaient nettement plus élevés. Malheureusement, alors même qu’ils s’apprêtaient à obtenir un volume de données suffisant à l’île Pelée, les chercheurs se sont aperçus que le niveau d’hostilité à l’égard des serpents avait atteint un niveau inquiétant et que les hibernacles, facilement repérables à cause des clôtures de déviation, risquaient d’être vandalisés (Willson, 2002). Ils ont donc renoncé à utiliser cette technique d’échantillonnage, et les recherches se sont poursuivies selon un protocole d’échantillonnage opportuniste. Se fondant sur ces expériences et sur le succès obtenus par d’autres chercheurs dans le cadre d’un programme de suivi des hibernacles de la couleuvre obscure de l’Est (p. ex. Blouin-Demers et al., 2002), A. Lawson et C. MacKinnon ont entrepris de piéger des couleuvres fauves de l’Est qui hibernaient à divers endroits soupçonnés d’abriter des hibernacles le long de la baie Georgienne (Brooks et al., 2003). Certains essais de piégeage se sont révélés fructueux, mais, à bien des endroits, les chercheurs ne sont pas parvenus à installer des clôtures de déviation à cause de la nature du terrain. Toutefois, même aux sites où le piégeage s’est révélé inefficace, les chercheurs ont réussi à échantillonner de façon relativement satisfaisante les hibernacles situés sur les îles. Ils ont cependant dû faire preuve de persistance et de ténacité dans les sites où le piégeage était inefficace. En bout de ligne, A. Lawson est parvenu à suivre plusieurs hibernacles communaux, et C. MacKinnon a surveillé de façon étroite un grand hibernacle de 2003 à 2005. La surveillance de cet hibernacle se poursuit dans le cadre d’un partenariat avec Parcs Canada, le ministère des Richesses naturelles de l’Ontario et les chercheurs participants (Row et Lougheed, 2006). Cette initiative représente la meilleure occasion de documenter les caractéristiques démographiques d’un hibernacle de couleuvres fauves de l’Est.

Pour diverses raisons, il est de façon générale plus facile de trouver des couleuvres fauves de l’Est dans le sud-ouest de l’Ontario que le long du littoral de la baie Georgienne. Premièrement, les débris artificiels présentant des propriétés thermiques favorables et susceptibles de servir d’abris à l’espèce sont beaucoup plus abondants dans le sud-ouest de la province. Ces abris sont beaucoup plus faciles à examiner (il suffit de les renverser ou de les soulever) que les roches tabulaires utilisées par l’espèce le long du littoral de la baie Georgienne. Deuxièmement, l’espèce est probablement plus abondante dans les régions du sud-ouest de l’Ontario où elle est encore présente, car le potentiel reproducteur des serpents ovipares diminue en fonction de la latitude. Chez la couleuvre fauve de l’Est, l’éclosion des œufs survient plus tardivement à la baie Georgienne que dans le sud-ouest de l’Ontario. Troisièmement, les niveaux de dispersion spatiale élevés affichés par les couleuvres fauves de l’Est à la baie Georgienne – de tels niveaux sont impossibles dans le sud-ouest de l’Ontario – contribuent à y réduire encore davantage la densité de l’espèce. Néanmoins, la surveillance des tendances des populations de la couleuvre fauve de l’Est est peut-être plus efficace à la baie Georgienne simplement parce que le nombre d’individus qui partagent un même hibernacle y est plus élevé.


Fluctuations et tendances

En 1973, un relevé anecdotique des tendances des populations a confirmé les appréhensions de Froom (1972) selon lesquelles la majorité des populations de l’Ontario semblaient en déclin (Rivard, 1976; Rivard, 1979). De nombreux naturalistes et biologistes estiment que les populations des grandes espèces de serpents (p. ex. la couleuvre fauve de l’Est, la couleuvre obscure de l’Est, la couleuvre à nez plat et le massasauga) ont subi un déclin significatif au cours des quelques dernières décennies. Bien que les données du RHO ne permettent pas de démontrer que l’aire de répartition de la couleuvre fauve de l’Est s’est récemment contractée, le présumé déclin des effectifs de l’espèce en Ontario pourra être confirmé si l’on parvient à démontrer que la perte d’habitat propice (p. ex. résultant de la conversion de la très grande majorité des milieux humides de la région d’Essex-Kent) et la très forte densité du réseau routier dans le sud de l’Ontario ont un effet négatif sur les populations. Le fait que le nombre d’observations dans les secteurs aujourd’hui complètement exempts de milieux humides soit moins élevé que dans d’autres régions comportant des milieux humides (p. ex. la pointe Pelée, le marais Hillman) tend à démontrer que la perte d’habitat a des conséquences néfastes pour les populations de la couleuvre fauve de l’Est. Cette disparité n’est pas uniquement due à des régimes d’échantillonnage différents (p. ex. le nombre accru de chercheurs et de naturalistes étudiant les espèces sauvages dans les aires naturelles), car en dépit de la densité du réseau routier dans tout le sud-ouest de l’Ontario, on observe plus souvent des serpents sur les routes dans les aires naturelles ou les régions adjacentes (p. ex. pointe Pelée et Rondeau). Au vu des exigences minimales de l’espèce en matière d’espace vital, rares sont les endroits dans le sud-ouest de l’Ontario où l’espèce peut vivre sans entrer en contact avec des routes. Compte tenu de la densité du réseau routier dans cette partie de la province et du nombre d’études attestant d’une mortalité routière importante le long de courts tronçons de route (p. ex. Ashley et Robinson, 1996; Brooks et al., 2000; MacKinnon et al., 2005; Farmer, 2007), on peut supposer qu’un nombre considérable de couleuvres fauves de l’Est ont péri sur les routes de l’Ontario. Si ces études n’ont pas formellement démontré que la mortalité routière a un effet sur l’évolution des populations de la couleuvre fauve de l’Est, des travaux de modélisation visant d’autres espèces de reptiles ont révélé que la perte soutenue d’individus matures entraîne un déclin des populations (Brooks et al., 1991; Garber et Burger, 1995).


Immigration de source externe

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) définit l’immigration externe comme suit :Immigration de gamètes ou d’individus qui ont une forte probabilité de se reproduire avec succès, de telle façon que la disparition du pays ou le déclin d’une population ou de toute autre unité désignable peut être atténué. Si le potentiel d’une immigration de source externe est élevé, le risque de disparition du pays peut être réduit.

Les populations de couleuvres fauves de l’Est occupant les îles canadiennes de l’archipel du lac Érié sont à distance de déplacements des populations habitant les îles américaines, et des couleuvres peuvent probablement gagner l’Ontario à partir des États‑Unis en empruntant la rivière Detroit et l’extrémité nord du lac Sainte-Claire (vers l’île Walpole) (figure 1). Bien qu’elle semble se déplacer rarement d’île en île, la couleuvre fauve de l’Est est capable de franchir de grandes distances à la nage. Toutefois, les avantages génétiques d’une telle immigration externe, à supposer qu’elle existe, sont forcément limités, car les populations américaines sont également en péril et le nombre d’immigrants en provenance de ces populations est trop faible pour avoir un effet réel. Les grandes distances qui séparent les trois populations régionales présentes en Ontario excluent toute possibilité d’échange entre elles (figure 2).