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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Moucherolle à côtés olive au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Le Moucherolle à côtés olive est facilement repérable par son chant puissant et sa tendance à se percher sur les grands arbres des habitats ouverts. Malgré cela, il existe peu de données sur son écologie et son abondance. Seulement trois études, réalisées en Alaska (Wright, 1997), en Oregon (Altman, 1999) et au Montana (Robertson et Hutto, 2007), se sont penchées spécifiquement sur l’écologie du Moucherolle à côtés olive. Tous les autres relevés de communautés aviaires et atlas des oiseaux réalisés au Canada ont documenté une faible abondance pour cette espèce. Généralement, peu d’individus sont enregistrés lors des relevés par dénombrement ponctuel, et les nids sont difficiles à localiser; il est donc difficile de confirmer qu’il y a reproduction.

Seuls le BBS et l’Étude des populations d’oiseaux du Québec (ÉPOQ, Association québécoise des groupes d'ornithologues, 2006), une étude reposant sur des feuillets d’observations réalisée sur le territoire québécois, ont recensé le Moucherolle à côtés olive en nombre suffisant pour décrire des tendances des populations. Ces deux programmes de surveillance ne tiennent pas compte des modifications de l’habitat qui peuvent se produire aux sites des relevés et ne couvrent pas complètement l’aire de répartition de l’espèce tant à l’échelle nationale (BBS) qu’au Québec (ÉPOQ). Partenaires d’Envol et le Service canadien de la faune ont estimé que la couverture inappropriée des parcours du BBS dans la portion boréale nord de l’aire de répartition du Moucherolle à côtés olive constituait un obstacle important à la compréhension des tendances des populations aux échelles nationale et régionale (Dunn, 2005; Dunn et al., 2005). Altman et Sallabanks (2000) signalent toutefois que les populations les plus denses de Moucherolles à côtés olive se trouvent dans les montagnes de l’Ouest depuis la Colombie-Britannique jusqu’à la Californie, des secteurs bien couverts par le BBS. Wright (1997) a constaté que le protocole du relevé du BBS se prêtait bien à la détection du Moucherolle à côtés olive si des mâles chanteurs étaient présents.

En Ontario, des données de l’Atlas des oiseaux nicheurs de l'Ontario révèlent une diminution de 7 p. 100dans l’aire de reproduction (mesurée par carrés d’atlas occupés et corrigée pour tenir compte de l’effort) entre les périodes 1981-1985 et 2001-2005; cette perte semble plus substantielle dans les portions méridionales de l’aire de répartition de l’espèce (Atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario, données inédites). Comme l’espèce a tendance à se déplacer haut dans le couvert, elle n’est pas bien recensée aux sites de surveillance des migrations. Aucune station de surveillance des migrations canadienne ne dispose de suffisamment de données pour évaluer de façon fiable les tendances des populations, bien que l’Observatoire d’oiseaux de Thunder Cape ait constaté une tendance à la baisse (statistiquement non significative) dans les captures printanières et une tendance à la hausse (statistiquement non significative) dans les captures automnales entre 1995 et 2005 (Études d’Oiseaux Canada, 2006).

Abondance

Le Moucherolle à côtés olive est réparti de manière localisée et éparse et se trouve généralement en faibles densités dans l’ensemble de son aire de répartition canadienne (de 0,05 à 3,49 oiseaux par parcours du BBS). Au Canada, il atteint ses plus fortes densités dans le sud du Yukon (3,49 oiseaux par parcours du BBS) et dans les forêts côtières de la Colombie-Britannique (2,39 oiseaux par parcours du BBS) (Sauer et al., 2005). En utilisant des estimations issues de données du BBS, Rich et al. (2004) ont estimé que la population mondiale était composée de 1,2 million d’individus dans les années 1990; cet effectif aurait chuté à quelque 700 000 individus en 2005, selon les tendances connues des populations nord-américaines. Environ 450 000 oiseaux se reproduiraient au Canada (P. Blancher, données inédites).

Fluctuations et tendances

Les données du BBS révèlent des déclins généralisés et statistiquement significatifs dans les populations de Moucherolles à côtés olive partout en Amérique du Nord, avec un déclin annuel moyen significatif de 3,5 p. 100 en Amérique du Nord (Sauer et al., 2005) pour la période allant de 1966 à 2005 et un déclin annuel moyen de 4 p. 100 au Canada pour la période allant de 1968 à 2006 (Downes et al., 2007). La dernière tendance se traduit par un déclin de 79 p. 100 au cours de cette période de 38 ans. Ces déclins sont plus importants à l’ouest des Rocheuses où se trouvent les plus fortes densités de Moucherolles à côtés olive reproducteurs (Altman et Sallabanks, 2000).

Le déclin est devenu plus prononcé entre 1985 et 1993, résultant en une estimation de tendance négative plus sérieuse pour la période allant de 1986 à 2006 (-5,3 p. 100), mais il a ralenti depuis (tableau 1; figure 2); la tendance décennale calculée à partir des données de 1996 à 2006 révèle un déclin annuel significatif de 3,3 p. 100. Cette dernière tendance se traduit par une diminution des populations de 29 p. 100durant cette décennie.

Les tendances des populations à l’échelle des provinces sont difficiles à évaluer en raison du nombre moins élevé d’observations dans les données du BBS à cette échelle. Les tendances à la baisse révélées par les données du BBS pour la Colombie-Britannique, l’Ontario, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont statistiquement significatives pour toute la période au cours de laquelle se sont tenus les relevés du BBS et les 20 dernières années (tableau 1). Au Québec, ces déclins font suite à une augmentation dans l’abondance entre le milieu des années 1970 et le milieu des années 1980, laquelle est documentée par le BBS et par l’ÉPOQ (figure 3). À la concession de ferme forestière nº 14 de Tembec, dans le sud-est de la Colombie-Britannique, il a aussi été constaté que la population de Moucherolles à côtés olive était stable pour la période 1999-2004 (Bayne, 2005).

Tableau 1. Tendances enregistrées par le Relevé des oiseaux nicheurs du Canada pour le Moucherolle à côtés olive (tirées de Downes et al., 2007). La tendance (T) est présentée sous forme de pourcentage de variation par an, avec une probabilité (P) (* = p < 0,05, n = 0,05 < p < 0,1, aucune valeur = non significatif) et en fonction du parcours de relevé N. Les provinces et les territoires pour lesquels il n’y a pas suffisamment de données pour calculer des tendances n’apparaissent pas.
Région1968-
2006
T
1968-
2006
P
1968-
2006
N
Ten-
dances

1968-
1985
T
Ten-
dances

1968-
1985
P
Ten-
dances

1968-
1985
N
Ten-
dances

1986-
2006
T
Ten-
dances

1986-
2006
P
Ten-
dances

1986-
2006
N
Ten-
dances

1996-
2006
T
Ten-
dances

1996-
2006
P
Ten-
dances

1996-
2006
N
Canada
-4,0
*
468
-3,2
*
255
-5,3
*
394
-3,3
*
309
Yukon
 
 
 
 
-0,4
 
24
2,1
 
21
Colombie-Britannique
-5,7
*
110
-8,6
*
59
-5,2
*
103
-2,2
 
84
Alberta
2,3
 
67
17,7
n
23
-4,2
 
59
-12,7
 
47
Manitoba
-3,8
 
22
 
 
-3,0
 
20
2,6
 
18
Ontario
-9,5
*
70
-5,5
*
51
-13,2
*
47
-3,0
 
29
Québec
-3,7
*
69
6,8
n
43
-11,2
*
48
-14,8
n
34
Nouveau-Brunswick
-6,7
*
35
-6,1
n
27
-10,0
*
32
-11,7
n
24
Nouvelle-Écosse
-0,1
 
31
-0,5
 
24
-0,7
 
27
-2,7
 
24
Terre-Neuve-et-Labrador
-1,8
 
15
 
 
 
 
 
 

Figure 2.  Indices annuels de la population canadienne de Moucherolles à côtés olive selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) (1968-2006).

Figure 2.  Indices annuels de la population canadienne de Moucherolles à côtés olive selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs (BBS) (1968-2006).

Figure 3.  En haut : Indices annuels de la population de Moucherolles à côtés olive du Québec selon le nombre moyen d’oiseaux observés par feuillet d’observations d’Étude des populations d'oiseaux du Québec (ÉPOQ). Seuls les feuillets d’observations quotidiens produits entre le 15 mai et le 13 juillet et pour lesquels les observateurs sont demeurés au moins 30 minutes sur le terrain, à l’écart des mangeoires d’oiseaux, ont été pris en compte. En bas : Indices annuels d’abondance de la population de Moucherolles à côtés olive du Québec selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs.

Figure 3.  En haut : Indices annuels de la population de Moucherolles à côtés olive du Québec selon le nombre moyen d’oiseaux observés par feuillet d’observations d’Étude des populations d'oiseaux du Québec (ÉPOQ). Seuls les feuillets d’observations quotidiens produits entre le 15 mai et le 13 juillet et pour lesquels les observateurs sont demeurés au moins 30 minutes sur le terrain, à l’écart des mangeoires d’oiseaux, ont été pris en compte. En bas : Indices annuels d’abondance de la population de Moucherolles à côtés olive du Québec selon les données du Relevé des oiseaux nicheurs.

 

Tableau 2. Tendances documentées par le Relevé des oiseaux nicheurs des États-Unis (tirées de Sauer et al., 2005). La tendance (T) est présentée sous forme de pourcentage de variation par an, avec une probabilité (P) et en fonction du parcours de relevé N.
RégionTen-
dances
1966-
2004
T
Ten-
dances
1966-
2004
P
Ten-
dances

1966-
2004
N
Ten-
dances
1966-
1979
T
Ten-
dances
1966-
1979
P
Ten-
dances

1966-
1979
N
Ten-
dances

1980-
2004
T
Ten-
dances

1980-
2004
P
Ten-
dances

1980-
2004
N
États-Unis
- 3,5
0,00
511
-2,5
0,04
201
-3,1
0,00
458
Alaska
-2,1
0,13
55
--
--
--
-2,3
0,10
55
Arizona
4,2
0,6
10
--
--
--
1,3
0,89
9
Californie
-3,9
0,00
115
-3,1
0,08
71
-4,0
0,00
105
Colorado
0,1
0,97
46
-3,0
0,77
4
0,3
0,85
45
Idaho
-3,1
0,08
20
-5,6
0,66
4
-3,4
0,07
19
Maine
-0,6
0,90
38
-3,6
0,63
13
-4,0
0,19
34
Michigan
-7,2
0,46
12
-10,2
0,34
2
-9,8
0,41
11
Minnesota
-2,5
0,51
26
1,0
0,91
10
-4,8
0,26
25
Montana
-2,4
0,09
19
0,4
0,97
5
-2,0
0,16
17
New Hampshire
-7,8
0,00
13
-0,4
0,90
10
-12,6
0,06
6
Nouveau-Mexique
2,3
0,69
8
--
--
--
4,0
0,53
7
New York
-7,3
0,00
20
-10,3
0,04
16
-11,0
0,00
10
Oregon
-4,3
0,00
72
-4,2
0,03
28
-1,7
0,11
69
Utah
-4,9
0,29
18
--
--
--
-6,5
0,11
18
Vermont
-3,0
0,48
13
-7,1
0,17
9
0,3
0,98
9
Washington
-2,5
0,01
47
0,5
0,88
20
-3,7
0,00
45
Wisconsin
-0,3
0,85
19
4,7
0,12
6
0,4
0,85
16
Wyoming
-1,0
0,80
13
--
--
--
-1,5
0,72
13

Immigration de source externe

Les données du BBS semblent indiquer que les populations de Moucherolles à côtés olive des États-Unis subissent des pertes semblables à celles observées au Canada (Sauer et al., 2005; tableau 2). L’habitat utilisé par le Moucherolle à côtés olive des États-Unis semble similaire à celui du Canada; les immigrants seraient donc adaptés aux conditions canadiennes. La proximité immédiate entre les populations américaines et canadiennes signifierait également qu’une immigration est possible. Toutefois, les déclins similaires enregistrés dans l’abondance relative du Moucherolle à côtés olive aux États-Unis laissent croire qu’il n’y aurait pas d’individus excédentaires pour immigrer vers l’habitat propice, mais inoccupé du Canada. Une immigration naturelle d’individus de populations américaines vers les populations canadiennes est donc possible, mais très improbable, à moins que les causes du déclin des populations aux États-Unis puissent également être déterminées et enrayées.