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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Moucherolle à côtés olive au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Les causes des déclins des populations de Moucherolles à côtés olive sont difficiles à cerner, mais elles sont presque certainement liées à la perte et à la modification des habitats. Selon plusieurs auteurs, la modification de l’habitat dans les aires d’hivernage pourrait constituer un facteur important (Petit et al., 1993; Altman et Sallabanks, 2000). Diamond (1991) avait prévu que le Moucherolle à côtés olive perdrait 39 p. 100 de son habitat de non-reproduction entre 1980 et 2000, en sus de la perte antérieure à 1980. Cependant, il n’existe pas d’estimations précises quant aux changements survenus dans l’habitat de non-reproduction, et il n’existe aucune donnée permettant d’établir un lien entre les déclins de sites de reproduction particuliers et des populations hivernantes spécifiques.

Dans l’est de l’Amérique du Nord, l’habitat du Moucherolle à côtés olive s’est transformé en raison de la modification de la structure forestière, de l’urbanisation, de la perte de terres humides et des habitats de lisière qui leur sont associés et du reboisement des exploitations agricoles laissées à l’abandon. Cela pourrait expliquer les déclins dans les provinces de l’Atlantique et dans certaines régions du sud de l’Ontario et du sud du Québec. Toutefois, selon Gauthier et Aubry (1996), la coupe à blanc à grande échelle des forêts plus anciennes dans l’est du Canada pourrait avoir modifié la structure forestière au bénéfice du Moucherolle à côtés olive et pourrait expliquer le sommet enregistré dans l’abondance de la population du Québec durant les années 1980.

Hutto et Young (1999) ont émis l’hypothèse que le Moucherolle à côtés olive était une espèce dépendante des conditions des sites récemment brûlés; il est attiré vers les forêts aménagées (exploitées) présentant des conditions structurales similaires à celles d’un habitat récemment ravagé par un feu. Toutefois, ces habitats pourraient constituer des gouffres écologiques. Dans une étude réalisée au Montana, Robertson et Hutto (2007) ont constaté que les Moucherolles à côtés olive préféraient nicher dans des habitats ayant fait l’objet d’une coupe sélective, mais que le succès de reproduction était de moitié moins élevé à ces endroits que dans les ouvertures incendiées de façon naturelle. Leurs données laissaient supposer que la prédation accrue visant les nids dans les habitats exploités expliquait le moins grand succès de reproduction. Ces résultats sont corroborés par des données d’Altman et Sallabanks (2000), qui font état d’un succès de nidification des Moucherolles à côtés olive plus important dans les habitats récemment brûlés (62 p. 100, n = 16) de la chaîne des Cascades du centre-ouest de l’Oregon que dans les peuplements semi-ouverts (49 p. 100, n = 33), les superficies de coupe dans lesquelles se trouvaient encore des arbres (39 p. 100, n = 89) ou les lisières de forêts (33 p. 100, n = 31). Inversement, dans le nord-ouest de la Californie,Meehan et George (2003) ont constaté que la probabilité de perdre une nichée était plus faible dans un habitat non brûlé (une forêt de stade initial de succession) que dans un habitat brûlé (qui consistait surtout, avant le feu, en une forêt coupée à blanc). Ces différences pourraient s’expliquer par le fait qu’après un feu, le nombre d’arbres résiduels n’est pas le même selon qu’il s’agisse d’une forêt ayant subi une coupe à blanc ou d’un peuplement mature, quoique cette hypothèse n’ait pas été vérifiée. L’habitat brûlé pris en compte par l’étude californienne était aussi caractérisé par une biomasse d’arthropodes diminuée et des taux de recherche de nourriture inférieurs à ceux de la forêt non brûlée.

Le déclin continu des populations de Moucherolles à côtés olive dans l’ensemble de leur aire de reproduction en dépit de l’addition constante d’habitat de stade de succession initial (résultant de récoltes) au paysage donne à penser que les pratiques de gestion forestière seraient un facteur important du déclin des populations. Les différences régionales dans les tendances démographiques, bien que difficiles à évaluer en raison de la rareté des observations, pourraient découler de différences dans les pratiques d’exploitation forestière ayant des répercussions différentes sur les populations de prédateurs de nids et d’insectes servant de proies.

Une autre cause possible, mais non documentée du déclin continu des populations pourrait être un déclin généralisé des populations d’insectes servant de proies, soit aux sites de reproduction, soit aux sites d’hivernage. Il a été avancé que les pesticides pourraient être la cause d’un tel déclin, mais il n’y a aucune preuve à cet effet dans le cas des Moucherolles à côtés olive (Altman et Sallabanks, 2000). Des déclins de populations similaires se sont produits chez une grande variété d’espèces d’oiseaux insectivores aériens (p. ex.. le Martinet ramoneur et l’Engoulevent d’Amérique), qui pour la plupart hivernent également en Amérique du Sud.

Le faible taux de reproduction de cette espèce donne à penser que le maintien des effectifs repose sur un taux de survie élevé des adultes.