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Plan de gestion du fondule barré (Fundulus diaphanus), population de Terre-Neuve, au Canada

1. Renseignements sur l'espèce

1.1 Résumé d'évaluation du COSEPAC

Date de l'évaluation : Mai 2003

Nom commun (population) : Fondule barré (population de Terre-Neuve)
 
Nom scientifique : Fundulus diaphanus

Situation selon le COSEPAC : Espèce préoccupante

Justification de la désignation : La population est séparée des autres par un important obstacle aux déplacements, c.-à-d. 200 km d'océan. Les populations de Terre-Neuve ont une zone d'occupation très limitée. La possibilité d'une expansion de l'aire de répartition est limitée par des pentes escarpées ainsi que par des rapides et/ou des chutes infranchissables. La dégradation de l'habitat résultant d'une exploitation forestière proposée aurait une incidence négative sur les populations de certaines régions.

 

Existence au Canada : Terre-Neuve

Historique de la désignation du COSEPAC : Dernière évaluation fondée sur le rapport de situation mis à jour.


1.2 Description

Le fondule barré fait partie de la famille des Fondulidés, qui comprend cinq genres et environ 48 espèces (Nelson, 1994). De toutes ces espèces, seules Fundulus diaphanus et F. heteroclitus (choquemort) habitent les eaux de Terre-Neuve (Scott et Crossman, 1964, 1973; Houston, 1990). Le fondule barré est constitué de deux sous-espèces : le fondule barré de l'Est, Fundulus diaphanus diaphanus (Lesueur), qu'on trouve à Terre-Neuve, et le fondule barré de l'Ouest (Chippett, 2003), F. diaphanus menona (Jordan et Copeland).

Chez le fondule barré, les flancs sont de couleur olive et présentent de nombreuses barres verticales, tandis que la région dorsale est d'une couleur foncée contrastante (voir l'illustration de la couverture). Chez les femelles, ces barres sont habituellement noires, minces et marquées. De plus, elles ne semblent pas couvrir toute la largeur du corps. Chez les mâles, par contre, les barres sont gris pâle, moins distinctes que chez les femelles et plus rapprochées. Les fondules adultes sont généralement petits; la longueur moyenne des mâles de la population de Terre-Neuve échantillonnés se situait entre 73,2 mm (étang Freshwater) et 91,9 mm (Loch Leven) (Chippett, 2004). Un spécimen prélevé dans le bassin hydrographique de la baie Indian mesurait 128 mm, probablement la plus grande longueur observée chez cette espèce (Chippett, 2003).

Le fondule barré vit jusqu'à un âge maximal de 4 ans. Il atteint la maturité à l'âge 1+, lorsqu'il mesure environ 60 mm (Carlander, 1969). Ce poisson fraye dans les plantes marines et la fécondation des oeufs est externe. Les femelles pondent des oeufs munis de filaments adhésifs, qui se fixent sur les végétaux. Dans le bassin hydrographique de la baie Indian, des fondules barrés présentant un comportement associé à la fraye ont été observés de la fin de juin au milieu d'août, alors que la température de l'eau se situait entre 19 oC et 23 oC (Chippett, 2003).

Tel qu'indiqué ci-dessus, il y a deux espèces de fondules dans les eaux de Terre-Neuve, soit le fondule barré (Fundulus diaphanus)et le choquemort (F. heteroclitus). De par leur taille et leur apparence, ces deux espèces sont très semblables et évoluent souvent ensemble par bancs. Par conséquent, il peut être difficile de les distinguer, ce qui risque d'occasionner des erreurs d'identification et de fausser les résultats des relevés et les données sur les populations.

1.3 Populations et répartition

Le fondule barré vit tout le long de la côte est de l'Amérique du Nord, depuis la Caroline du Sud jusque dans les provinces atlantiques du Canada. On le trouve aussi dans les états de New York et de la Pennsylvanie ainsi que dans le sud du Canada, dans la région des Grands Lacs, et encore plus à l'ouest, dans la rivière Yellowstone, dans l'est du Montana (Scott et Crossman, 1973; Houston, 1990). La population de fondules barrés de Terre-Neuve se trouve à l'extrême est de l'aire de répartition de l'espèce. Des documents attestent de la présence de fondules barrés en divers endroits de Terre-Neuve (Chippett, 2003) (annexe 3, fig. 1) qui sont concentrés pour la plupart sur les côtes sud et sud-ouest, sauf pour ce qui est du fragment de population présent dans le bassin versant de la baie Indian, au nord-est (Chippett, 2003). Des études génétiques révèlent que la population de fondules barrés de Terre-Neuve n'est pas différente, sur le plan génétique, des populations continentales de ce poisson (Chippett, 2004). 

Terre-Neuve, les populations de fondules barrés sont dispersées sur une vaste aire de répartition, mais dans leurs bassins hydrographiques respectifs, leur présence se limite souvent à des zones très confinées. D’après les populations représentatives échantillonnées (soit celles du bassin versant de la baie Indian, du loch Leven et de l’étang Freshwater), le fondule barré semble être localement abondant. Nous ne disposons pas de données multiannuelles à ce sujet, mais selon certaines estimations, plus de 20 000 individus forment la population du bassin Indian. Il n’y a pas d’estimations de l’effectif des autres populations (Chippett, 2003). D’autres renseignements sur les populations, notamment sur les captures par unité d’effort, sont présentés dans Chippett (2004).

1.4 Besoins du fondule barré (population de Terre-Neuve)

1.4.1 Besoins en matière d'habitat et besoins biologiques

Le fondule barré est euryhalin. C'est un nageur relativement médiocre, dont les vitesses natatoires soutenues ou de pointe sont limitées (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.). Ses habitats de prédilection sont les lacs et les parties des rivières ou autres cours d'eau où le courant est faible (Fritz et Garside, 1974, 1975), ainsi que les zones estuariennes tranquilles (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.). Les fondules barrés sont le plus souvent observés dans les eaux peu profondes, calmes et claires des lacs et des étangs au substrat vaseux ou sablonneux présentant un fort contenu détritique et une abondante végétation aquatique submergée (Trautman, 1957; Scott et Crossman, 1964, 1973; Houston, 1990). Il ressort d'examens qualitatifs des lacs dans lesquels l'espèce est présente à Terre-Neuve que ces lacs sont conformes à la description des habitats du fondule barré qu'on trouve ailleurs. Une description quantitative et qualitative exhaustive des habitats du fondule barré qui ont été échantillonnés à Terre-Neuve est présentée dans Chippett (2004). Des observations plus récentes révèlent que le fondule barré utilise peut-être plus l'habitat estuarien de Terre-Neuve qu'on le croyait précédemment (Chuck Bourgeois, chef de section, Salmonidés, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.).

1.4.2 Rôle écologique

Le fondule barré peut trouver de quoi s'alimenter à tous les niveaux de l'écosystème (Keast et Webb, 1966), mais en général, il se nourrit d'organismes benthiques et dans une moindre mesure d'insectes volants (Chippett, 2003; Scott et Crossman, 1973). Lorsqu'il abonde localement, le fondule barré peut être une nourriture importante pour les poissons et oiseaux piscivores. à Terre-Neuve, il constitue un important poisson fourrage pour de plus grands poissons comme l'omble de fontaine (Salvelinus fontinalis), le saumon atlantique (Salmo salar), l'anguille d'Amérique (Anguilla rostrata), la truite brune (Salmo trutta) et la truite arc-en-ciel (Onchoryncus mykiss). Il est aussi la proie du Martin-pêcheur d'Amérique (Megaceryle alcyon) et du Grand Harle (Mergus merganser) (White, 1953,1957; Scott et Crossman, 1973).

1.4.3 Facteurs limitatifs

La répartition du fondule barré à Terre-Neuve est fragmentée; par conséquent, l'interaction entre ses divers groupes est rare ou inexistante. De ce fait, on peut penser que la population de fondules barrés de Terre-Neuve est particulièrement vulnérable aux phénomènes catastrophiques de longue durée ou aux perturbations localisées. L'espèce semble toutefois présenter des taux de reproduction très élevés et un temps de doublement de la population relativement court (Jones et coll., 2008). Cela porte à croire qu'elle peut résister aux perturbations de courte durée ou à des phénomènes catastrophiques, comme les mortalités dues à la chaleur ou à la glace (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.).

Des contraintes, comme la forte pente de certains cours d'eau, et d'autres obstacles physiques (naturels ou d'origine anthropique) nuisent à la migration vers les eaux intérieures et l'accès à d'autres habitats propices. On pense que les habitats propices au fondule barré, de par leur type de substrat et leur végétation aquatique, sont abondants à Terre-Neuve (en particulier dans le centre de l'île), mais qu'ils sont peut-être inaccessibles à l'espèce en raison de ces voies de migration difficiles. Toutefois, dans certains endroits où la répartition du fondule barré est limitée à un ou deux lacs (comme dans le bassin versant de la baie Indian), on n'a observé aucun signe de la présence de fondules barrés dans l'habitat propice abondant que représentent les lacs adjacents reliés par des cours d'eau très praticables (Chippett, 2003). 

Le fondule barré se trouve souvent dans les estuaires, dont il utilise à la fois les habitats saumâtres et les habitats entièrement marins. Sa présence en ces lieux dénote une certaine capacité de dispersion et de migration entre les bassins versants et les eaux qui longent la côte (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.). Chippett (2003) pense que l'espèce n'est pas parvenue à bien se disperser dans les bassins versants à cause de la présence sur sa route de longues étendues d'eau libre, où la prédation par les grands poissons serait notablement plus élevée que dans les eaux herbeuses peu profondes.

Dans son rapport de 2003, le COSEPAC indique que les facteurs limitatifs suggérés, comme les faibles températures de l'eau et l'insuffisance d'habitat (Gibson et coll., 1984; Houston, 1990), ne sont probablement pas contraignants pour le fondule barré dans l'île de Terre-Neuve. Des signes de fraye ont été observés dans la baie Indian à des températures de 19-23 oC, fourchette de températures qu'on trouve dans la majeure partie de l'île (Chippett, 2003). Chippett (2004) indique que l'habitat propice à l'espèce, de par le type de substrat et la végétation aquatique, est disponible et facilement utilisable dans la plupart des régions de Terre-Neuve. Toutefois, si l'habitat d'eau douce est abondant, il manque de connectivité et cela influe sur la répartition de l'espèce (Chuck Bourgeois, chef de section, Salmonidés, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.). Le fondule barré peut se déplacer le long de la côte, mais sa capacité de peupler bien des bassins hydrographiques dépend de la vitesse de l'eau dans la partie inférieure des cours d'eau et de la présence d'un habitat propice dans les estuaires. Or, peu nombreux sont les estuaires de la côte de Terre-Neuve qui présentent une faible vitesse de courant, de la végétation et un fond détritique. La rareté de ces conditions peut donc être un facteur limitatif pour l'espèce (Chuck Bourgeois, chef de section, Salmonidés, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.).

1.5 Menaces

1.5.1 Classification des menaces

Le tableau 1 résume toutes les menaces connues et présumées pesant sur le fondule barré (population de Terre-Neuve). L'évaluation des menaces permet de prioriser les moyens de gestion recommandés et toute autre mesure destinée à empêcher que cette population ne devienne menacée ou en voie de disparition, et elle donne une indication de la faisabilité de l'atténuation de ces menaces. La définition des termes utilisés dans la classification est présentée à l'annexe 1. à noter que bien que certaines activités puissent être locales, la menace qui y est associée peut s'étendre à la totalité ou à une grande partie de l'aire de répartition. De plus amples renseignements au sujet des menaces, du stress qui y est associé et des mesures d'atténuation connexes sont présentés aux sections 1.5.2 et 2.3.

Tableau 1 : Classification des menaces

Activité : Exploitation forestière
Catégorie de menacePerte ou dégradation de l'habitatÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceActuelleActuelle
Menace particulièreAugmentation des charges solides en suspensionFréquenceConstanteConstante
Certitude du lien causalFaibleFaible
GravitéFaibleFaible
Degré de préoccupationFaible
StressBaisse de la production primaire; baisse du succès alimentaire par manque de visibilité des proies; hausse de la mortalité; dommages aux branchies; plus grande vulnérabilité aux maladies et à la prédationPossibilité d’atténuationÉlevée
Activité : Autre forme d’exploitation des terres (construction ou entretien de routes)
Catégorie de menacePerte ou dégradation de l'habitatÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceActuelleActuelle
Menace particulièreAugmentation des charges solides en suspensionFréquenceConstanteConstante
Certitude du lien causalÉlevéeÉlevée
GravitéÉlevéeÉlevée
Degré de préoccupationÉlevée
StressBaisse de la production primaire; baisse du succès alimentaire par manque de visibilité des proies; hausse de la mortalité; dommages aux branchies; plus grande vulnérabilité aux maladies et à la prédationPossibilité d’atténuationÉlevée
Activité : Autre forme d’exploitation des terres (construction ou entretien de routes)
Catégorie de menacePerte ou dégradation de l'habitatÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceActuelleActuelle
FréquenceConstanteConstante
Certitude du lien causalÉlevéeMoyenne
Menace particulièreModification du régime de débit de l’eauGravitéÉlevéeMoyenne
Degré de préoccupationMoyenne-élevée
StressHausse de la mortalité; plus grande vulnérabilité aux maladies; disponibilité des proiesPossibilité d’atténuationÉlevée
Activité : Autre forme d’exploitation des terres (construction ou entretien de routes)
Catégorie de menacePerte ou dégradation de l'habitatÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceS.O.Actuelle
FréquenceS.O.Constante
Certitude du lien causalS.O.Faible- moyenne
Menace particulièreObstacles à la migrationGravitéS.O.Faible- moyenne
Degré de préoccupationFaible
StressFragmentation de l’habitat; conversion de l’habitat; isolement; plus grande vulnérabilité à la prédationPossibilité d’atténuationMoyenne
Activité : Autre forme d’exploitation des terres (construction ou entretien de routes)
Catégorie de menacePollutionÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceS.O.Actuelle
FréquenceS.O.Constante
Certitude du lien causalS.O.Faible-moyenne
Menace particulièreContamination (p. ex. fluides du matériel, déversements d’hydrocarbures, ruissellement, etc.)GravitéS.O.Faible-moyenne
Degré de préoccupationFaible-moyenne
StressBaisse des taux de reproduction; hausse de la mortalité; plus grande vulnérabilité aux maladies et à la prédationPossibilité d’atténuationMoyenne-élevée
Activité : Autre forme d’exploitation des terres (exploitation minière, expansion urbaine, construction de chalets)
Catégorie de menacePollutionÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceActuelleActuelle
FréquenceRécurrenteRécurrente
Certitude du lien causalMoyenne-ÉlevéeFaible
Menace particulièreContamination (p. ex. fluides du matériel, déversements d’hydrocarbures, ruissellement, etc.)GravitéFaible-moyenneFaible
Degré de préoccupationMoyen
StressBaisse des taux de reproduction; hausse de la mortalité; plus grande vulnérabilité aux maladies et à la prédationPossibilité d’atténuationMoyenne-élevée
Activité : Pêche d’appâts
Catégorie de menaceUtilisation de la ressource biologiqueÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceActuelleS.O.
FréquenceSaisonnièreS.O.
Certitude du lien causalFaibleS.O.
Menace particulièreCaptures directes; utilisation comme appâtGravitéMoyenneS.O.
Degré de préoccupationFaible
StressMortalitéPossibilité d’atténuationInconnue
Activité : Pêche commerciale
Catégorie de menaceMortalité accidentelleÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceActuelleS.O.
FréquenceSaisonnièreS.O.
Certitude du lien causalMoyenneS.O.
Menace particulièreCaptures accessoires dans la pêche de l’anguilleGravitéFaibleS.O.
Degré de préoccupationFaible-moyen
StressMortalitéPossibilité d’atténuationÉlevée
Espèces envahissantes
Catégorie de menaceEspèces envahissantes – truite brune, truite arc-en-cielÉtendueÀ l'échelle localeDans toute l'aire de répartition
ExistenceInconnueInconnue
FréquenceInconnueInconnue
Certitude du lien causalInconnueInconnue
Menace particulièrePrédationGravitéInconnueInconnue
Degré de préoccupationInconnueInconnue
StressMortalitéPossibilité d’atténuationInconnueInconnue


1.5.2 Description des menaces

Dans son rapport de 2003, le COSEPAC faisait état de l’incidence possible de l’exploitation forestière comme principale menace anthropique au fondule barré à Terre-Neuve. À l’heure actuelle, l’exploitation forestière dans les endroits des côtes sud et sud-ouest où on trouve le fondule barré est minime, mais une bonne partie des environs de plusieurs lacs du bassin versant de la baie Indian devait faire l’objet d’une coupe à blanc (Chippett, 2003). Or, les activités d’exploitation de la forêt (y compris la construction de routes forestières qui y est associée), si elles ne font pas l’objet de mesures d’atténuation adéquates, risquent d’accroître la charge solide en suspension dans les plans d’eau adjacents. L’augmentation des sédiments en suspension peut occasionner une baisse de l’abondance des invertébrés, une baisse du succès alimentaire due au manque de visibilité des proies, des déplacements et de la mortalité aux premiers stades biologiques (Miller, 1981). Les sédiments peuvent suffoquer la végétation aquatique et donc diminuer la production primaire (Waters, 1995). Les sédiments en suspension peuvent aussi endommager les branchies des poissons, entraînant des blessures, de la mortalité et une plus grande vulnérabilité aux maladies et à la prédation (Gosse et coll., 1998). Desgagné et Balancette (1984) ont indiqué que chez le fondule barré, la quête de nourriture repose sur la perception visuelle; Richardson (1939) a signalé, quant à lui, que cette espèce utilise la végétation aquatique dans son cycle de reproduction. Les activités d’exploitation forestière qui occasionnent une hausse de la sédimentation dans les plans d’eau adjacents peuvent donc avoir une incidence négative sur le fondule barré si elles ne sont pas assorties de mesures d’atténuation adéquates. Dans la majeure partie du bassin versant de la baie Indian, d’importantes zones tampons ont été établies, tandis que dans les autres principaux endroits où vivent des fondules barrés des zones tampons de 500 m à 1 km ont été ménagées alentour des lacs et des bassins versants (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.).

On trouve rarement des fondules barrés dans les cours d'eau de premier et de second ordre (même dans ceux dont la pente est faible ou modérée); or, ce sont surtout dans les cours d'eau du premier au troisième ordre qu'il y a interaction entre les activités d'exploitation forestière et les écosystèmes aquatiques. C'est donc dire que dans la province de Terre-Neuve-et-Labrador, la plupart des activités forestières sont sans effet sur l'habitat du fondule barré (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.). Il ressort des quelques études à court terme sur les activités forestières pratiquées dans la province que celles-ci ne semblent pas occasionner de changements soutenus dans la qualité de l'eau (Scruton et coll., 1995; Wells, 2002). Les lignes directrices sur les zones tampons figurant dans les plans de protection de l'environnement et dans la politique du MPO sur l'habitat permettent de faire en sorte que toute incidence de l'exploitation forestière sur le milieu aquatique soit minime et de courte durée (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.).

De nombreuses formes d'exploitation des terres peuvent avoir des incidences néfastes sur le fondule barré. C'est le cas de la construction de routes (en particulier de celles qui doivent franchir des cours d'eau), de l'exploitation minière et de l'expansion urbaine ou de la construction de chalets. Ces activités peuvent directement détruire l'habitat, accroître la sédimentation et la contamination des eaux, modifier les régimes de débit de l'eau et nuire à la migration, si elles ne sont pas assorties de mesures d'atténuation adéquates.

La pêche récréative représente une menace possible, mais non encore quantifiée, pour le fondule barré, soit par ses captures directes, soit par l'utilisation du fondule barré comme appât. Cette menace n'est toutefois pas jugée importante. Des fondules barrés sont aussi capturés accessoirement dans les pêches commerciales de l'anguille, en particulier dans le sud-ouest de Terre-Neuve (Derek Tobin, Gestion des ressources, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.). En 2006, la Mi'kmaq Alsumk Mowimsikik Koqoey Association (MAMKA) a tenté de quantifier cette menace pour ce qui est de la pêche de l'anguille au verveux et à la nasse appâtée. Bien que cette initiative ait confirmé que les captures accessoires de fondule barré sont effectivement courantes dans la pêche commerciale de l'anguille, la mortalité connexe observée était inférieure à 1 %. La MAMKA (2006) en a conclu que la pêche de l'anguille ne constituait pas une menace importante pour la conservation du fondule barré.

La présence de deux espèces prédatrices envahissantes, soit la truite brune (Salmo trutta) et la truite arc-en-ciel (Onchoryncus mykiss) a été documentée et il semble que ces espèces gagnent du terrain (la truite brune sur la côte est et la truite arc-en-ciel sur la côte ouest) (Van Zyll de Jong et coll., 2004; Westley et coll., 2007). Les deux espèces utilisent largement l'habitat estuarien durant leur migration anadrome et elles peuvent donc avoir une incidence sur le fondule barré dans les zones d'eau saumâtre et d'eau douce. La présence de ces espèces représente un changement permanent à l'écosystème (Blair Adams, écologue régional, ministère des Ressources naturelles, comm. pers.).

1.6 Mesures achevées ou en cours

Le seul programme de surveillance axé sur le fondule barré à Terre-Neuve est celui qui a été lancé par la Division de la faune du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador en 1994, en partenariat avec la Memorial University of Newfoundland et la Indian Bay Ecosystem Corporation. Cette initiative a permis d'avoir des indications sur la présence du fondule barré et des renseignements essentiels sur son habitat et sur sa répartition. En 1998, les trois mêmes organisations ont de nouveau collaboré dans le cadre d'un projet de recherche comportant un programme d'échantillonnage plus exhaustif, en vue de recueillir les éléments d'information nécessaires pour répondre à plusieurs questions cruciales sur la biologie de toutes les populations de fondules barrés de Terre-Neuve. De plus amples renseignements sur la méthode et les résultats de ce projet de recherche figurent dans Chippett (2004).

1.7 Lacunes dans les connaissances

Chippett (2003) a documenté les endroits où des fondules barrés étaient présents à Terre-Neuve (annexe 3, fig. 1). Toutefois, des observations récentes révèlent que l’espèce pourrait être plus répandue. Des relevés sur le fondule barré effectués par la MAMKA dans la baie St. George en 2006 ont permis de recenser d’autres endroits où on trouvait du fondule barré. Bien que beaucoup de ces endroits puissent être considérés comme faisant partie d’un seul et même bassin versant, les relevés laissent croire que la répartition de l’espèce est plus étendue qu’on le pensait jusqu’ici. La MAMKA (2010) fait état également d’autres eaux dans lesquelles des fondules barrés étaient présents dans la région de la baie St. George ainsi que dans celles de la baie des Îles et de la baie des Exploits.

En 2006, des fondules barrés ont été recensés dans les lagons côtiers proches de York Harbour, dans la baie des îles (Derek Osborne, coordonnateur, LEP, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.). Des photos et des échantillons attestent de la présence de l'espèce dans l'étang Garnish (Jerry Walsh, chef des opérations extracôtières et de la conformité à la réglementation de l'OPANO, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.) et à Spanish Room (Laura Park, biologiste des océans, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.) dans la péninsule de Burin. Des renseignements non scientifiques laissent croire aussi à la présence de fondules barrés dans la région de Main Brook, dans la péninsule Great Northern, dans l'étang First près de Port aux Basques et dans le lac Star, au centre de Terre-Neuve (Chippett, 2004). Des fondules barrés ont aussi été vus dans l'étang Burton et ils font vraisemblablement partie d'une population introduite (Chuck Bourgeois, chef de section, Salmonidés, MPO, Région de Terre-Neuve et du Labrador, comm. pers.). D'autres relevés qui seraient effectués dans l'île pourraient révéler la présence de l'espèce dans des endroits où on ignorait jusque-là qu'elle se trouvait.

Au cours de relevés sur les poissons réalisés dans les parcs provinciaux Notre Dame et Beothuk, en divers endroits de la péninsule d'Avalon (y compris dans les régions de Winterton et de Hants Harbour), dans le ruisseau Mint (Gambo), dans divers lacs des parcs nationaux du Gros-Morne et Terra Nova, à Millertown, à Main Brook et dans plusieurs autres lacs du bassin versant de la baie Indian, aucun fondule barré n'a été observé (Chippett, 2004).

Chippett (2003) fait état de renseignements non scientifiques qui laissent croire que le fondule barré présent dans le bassin de la baie Indian peut y avoir été introduit par des pêcheurs à la ligne qui utilisaient l'espèce en guise d'appât. De fait, des pêcheurs des provinces Maritimes qui se servent de divers cyprins comme appâts ont pêché autrefois dans les étangs Backup et Third, où on a trouvé du fondule barré. Bien qu'elle puisse être impossible à prouver, une telle introduction pourrait expliquer la présence d'une population isolée dans le nord-est.