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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation de la salamandre de Cœur d’Alène (Plethodon idahoensis) au Canada - Mise à jour

Biologie

Des 380 espèces de salamandres connues dans le monde, 230 appartiennent à la famille des Pléthodontidés (Cohn, 1994). Cette famille se distingue entre autres par le fait que toutes ses espèces sont totalement dépourvues de poumons à tous les stades de leur développement (Nussbaum et al., 1983) et qu’elles respirent par la peau ou les muqueuses de la bouche. Pour faciliter le transfert d’oxygène et pour éviter la déshydratation par suite de perte d’eau par la peau, ces salamandres sont confinées aux habitats humides. À la différence d’autres Pléthodontidés, le Plethodon idahoensis vit dans des climats relativement rudes du centre de la Colombie-Britannique, du nord de l’Idaho et du nord-ouest du Montana. Ces régions se caractérisent par des extrêmes de température et d’humidité. Pour survivre, l’espèce a besoin du tampon thermique et hygrique que fournissent les zones humides comme les suintements, les chutes et les ruisseaux. Elle nécessite également un habitat d’hivernage spécifique qui comporte des crevasses rocheuses humides et profondes dans lesquelles elle peut se terrer pour se protéger du gel.

Cycle vital et reproduction

Le Plethodon idahoensis passe la majeure partie de sa vie dans des refuges souterrains. Ses activités de surface ont surtout lieu les nuits pluvieuses lorsque la température des substrats atteint plus de 4 °C (Wilson et Larsen, 1988). Alors que l’on croyait auparavant que le P. idahoensis ne s’aventurait à la surface qu’au printemps et à l’automne (Nussbaum et al., 1983), il a été régulièrement observé à la surface en été par temps pluvieux et dans des sites où des chutes maintiennent un environnement humide (Ohanjanian, 2001b).

Le Plethodon idahoensis vit relativement longtemps; un individu vivant en captivité a atteint au moins 12 ans (A. Wilson, comm. pers.). Il atteint la maturité sexuelle au cours de son quatrième été (Lynch, 1984), et la femelle se reproduit probablement une année sur deux (Nussbaum et al., 1983). Les couvées comptent peu d’œufs; une moyenne de 6,7 œufs ovariens (de 4 à 12) a été rapportée pour les femelles du nord de l’Idaho (Nussbaum et al., 1983). De tels facteurs donnent lieu à un taux de reproduction faible. Le rituel de parade nuptiale élaboré, décrit par Lynch et Wallace (1987), s’observe au printemps ou à l’automne (Lynch, 1984). Les premières phases de ce rituel ont été observées en octobre 1995 dans le sud-est de la Colombie-Britannique (Ohanjanian et Teske, 1996).

La femelle se montre très peu durant la ponte des œufs, et aucun nid de Plethodon idahoensis n’a été trouvé. Il est probable que la femelle garde le nid et qu’elle couve les œufs, à l’instar d’autres Pléthodontidés (Nussbaum et al., 1983; Truath et al., 2006.). Deux nids du P. vandykei, proche parent, ont été trouvés : l’un sous une roche (Noble, 1925 in Nussbaum et al., 1983), l’autre sous un tronc tombé (Jones, 1989).

Il n’y a aucun stade larvaire. Les jeunes nouvellement éclos ont une LMC moyenne de 18 mm (variant de 16 à 21 mm) et émergent de l’œuf à l’automne ou au printemps (Lynch, 1984). Plusieurs individus d’une LMC de 19 ou de 20 mm ont été observés en mai et en juin 2000 en Colombie-Britannique (Ohanjanian, 2001a), preuve qu’il y a eu éclosion au printemps de cette année-là. Des données préliminaires saisies lors des recaptures de 11 individus entre le 28 mai et le 16 octobre ont révélé un taux de croissance moyen de 0,05 mm par jour (écart-type = 0,01; variant de 0,03 à 0,07 mm) (Ohanjanian, 2001a). Des 391 Plethodon idahoensis capturés de 2000 à 2003 dans 13 sites du sud-est de la Colombie-Britannique, 143 (37 p. 100) étaient des juvéniles (Ohanjanian, données inédites).

Alimentation et prédateurs

Aucune étude sur les habitudes alimentaires du Plethodon idahoensis n’a été effectuée en Colombie-Britannique. Dans une source de suintement du Montana, les P. idahoensis se nourrissaient principalement d’insectes, notamment de larves d’Hémiptères, de Plécoptères et d’Éphéméroptères, d’adultes et de larves de Diptères, d’Homoptères à divers stades de développement et de Coléoptères adultes (Wilson et Larsen, 1998). Outre les insectes, d’autres invertébrés étaient également consommés, dont des araignées, des oligochètes et des gastéropodes. Des alimentations semblables ont été constatées à une chute de l’Idaho, avec une prédominance d’insectes aquatiques et semi-aquatiques (principalement des collemboles nivicoles) (Lindeman, 1993).

La prédation par le Merle d’Amérique (Turdus migratorius) a été observée par Wilson et Simon (1985). Les petits mammifères, comme le rat à queue touffue (Neotoma cinerea), les thamnophis et les gros invertébrés pourraient aussi compter parmi les prédateurs potentiels des adultes, des juvéniles et des œufs.

Physiologie

Le Plethodon idahoensis nécessite des microenvironnements humides qui facilitent le transfert d’oxygène et, à l’instar d’autres Pléthodontidés, peut perdre son eau par évaporation (Spotila, 1972; Grover, 1998). Les taux de déshydratation et de réhydratation de l’espèce, son maximum thermique critique, sa préférence en matière d’humidité et sa capacité à s’acclimater n’ont pas été étudiés. Il existe des différences interspécifiques relativement à ces contraintes physiologiques, même au sein du genre Plethodon, et ces différences se reflètent dans la répartition des niches le long des gradients d’humidité et dans le comportement (Spotila, 1972).

Le Plethodon idahoensis est actif à la surface à des températures beaucoup plus basses que ne le peuvent d’autres espèces de Pléthodontidés, dont bon nombre se trouvent dans les climats beaucoup plus chauds du sud-est des États-Unis ou de la côte ouest (Spotila, 1972; Grover, 1998; Ovaska, 1987). Un individu a été observé près de Kimberley lorsqu’il faisait 3 °C (Ohanjanian, 2002). Les déplacements du P. idahoensis en surface sont aussi réduits de manière significative lorsque les conditions climatiques sont arides (Wilson et Larsen, 1988). Un phénomène de ce genre a également été observé pour d’autres Pléthodontidés; la durée d’activité était directement liée au taux d’humidité du substrat (Keen, 1984). Dans les régions montagneuses du sud-est de la Colombie-Britannique, du nord-ouest du Montana et du nord de l’Idaho, les températures sont généralement basses durant les périodes de l’année où les pluies assurent une humidité suffisante pour les activités en surface.

Déplacements et dispersion

Les données sur la dispersion du Plethodon idahoensis sont limitées. Des individus ont été recensés dans différents emplacements d’un même cours d’eau (Ohanjanian, 2002), ce qui indique une dispersion le long d’un gradient altitudinal et entre des cours d’eau. Les mécanismes de dispersion peuvent être passifs, notamment lorsque des individus sont entraînés vers l’aval par le ruissellement ou les inondations, ou actifs, notamment lorsque les individus se déplacent vers l’amont ou l’aval ou s’éloignent latéralement d’un cours d’eau pour se diriger vers un autre. La physiologie du P. idahoensis limite la durée et la longueur de ses déplacements latéraux entre les cours d’eau. Dans les portions méridionales de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique, les habitats forestiers se trouvant entre les cours d’eau sont arides et, par conséquent, limitent sévèrement les possibilités de dispersion.

La superficie des domaines vitaux du Plethodon idahoensis est inconnue. La plus longue distance enregistrée en Colombie-Britannique était un déplacement de 52,8 m effectué par une salamandre qui quittait une chute. Cette même salamandre a été revue à la chute deux ans plus tard, ce qui montre qu’elle s’était déplacée sur au moins 103,6 m (Ohanjanian et Beaucher, 2002). Une migration automnale annuelle de salamandres depuis l’intérieur d’une grotte vers l’extérieur a été observée durant trois ans dans un site à proximité du lac Kootenay (Ohanjanian, 2001); chaque année, des adultes et des juvéniles occupaient la grotte de la fin du printemps jusqu’à l’été et l’automne, mais se dirigeaient ensuite vers l’entrée, puis quittaient la caverne à la fin d’octobre. La grotte mesurait près de 29 m de profondeur, et plusieurs individus ont parcouru au moins 25 m pour atteindre l’entrée. Un individu a parcouru plus de 48 m du 25 septembre au 11 novembre 1999 (Ohanjanian, 2000).

Relations interspécifiques

Des cas de déplacement et de compétition interspécifiques entre des espèces de salamandres ont été documentés dans l’est des États-Unis (Grover et Wilbur, 2002; Marshall et al., 2004). En Colombie-Britannique, la salamandre à longs doigts (Ambystoma macrodactylum) est la seule espèce de salamandre dont l’aire de répartition chevauche celle du Plethodon idahoensis. Comme elles sont toutes deux nocturnes et qu’elles se nourrissent la nuit, il est possible que les deux espèces se fassent compétition.

Adaptabilité

En raison des contraintes physiologiques décrites précédemment, le Plethodon. idahoensis ne peut pas s’adapter aux changements à l’hydrologie ou à la structure physique de son environnement; des refuges souterrains suffisamment humides doivent être disponibles pour qu’il évite la dessiccation. Cela étant dit, l’utilisation par l’espèce des refuges présents dans le substrat rocheux fracturé (plutôt qu’un sol forestier) est une adaptation qui lui a probablement permis de persister dans une région montagneuse qui, en plus d’être caractérisée par des conditions climatiques hostiles, a été soumise à travers son histoire à des incendies de forêt récurrents.