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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la situation de la salamandre de Cœur d’Alène (Plethodon idahoensis) au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Entretien et élargissement des routes

L’élargissement et l’entretien des routes constituent la menace la plus imminente dans au moins 20 des 56 sites connus. Dans ces sites, les cours d’eau ou les sources de suintement croisent des voies de circulation, et le dynamitage et l’épierrement peuvent tuer directement des salamandres et modifier la configuration de l’habitat. Les déchets routiers peuvent être déchargés sur des salamandres et les enterrer, et la réparation ou le remplacement de ponceaux peuvent tuer des individus ou modifier la structure de l’habitat. Comme ces activités ont souvent pour but d’assurer la sécurité du public, il est peu probable que des mesures d’atténuation puissent être adoptées. Le fait que desPlethodon idahoensisont été trouvés en plus d’un endroit d’un même cours d’eau (Ohanjanian, 2002) contrebalance les risques, car il est peu probable qu’ils ne soient présents qu’à proximité des routes. En raison du caractère dangereux de certaines zones et de la difficulté d’y accéder la nuit, les relevés ont tendance à être menés dans des emplacements situés à proximité des routes, ce qui fausse les données. 

Exploitation forestière

Dans le secteur côtier de la Colombie-Britannique, Dupuis et al. (1995) ont observé une diminution des populations d’amphibiens terrestres après la coupe à blanc d’un peuplement vieux. La récolte par coupe à blanc et la réduction consécutive du couvert forestier augmentent l’apport solaire, ce qui élève les températures au sol et augmente les taux de perte d’eau par évaporation (Geiger, 197, cité in Dupuis et al., 1995). L’effet de la disparition de l’étage dominant de la végétation sur le Plethodon idahoensis, pétrophile, n’a pas été étudié. La perte de couvert forestier pourrait entraîner l’assèchement rapide du sol et réduire le temps dont disposent les salamandres pour chercher leur nourriture. Les sites dans lesquels se trouvent les sources de suintement à faible débit ou éphémères peuvent être particulièrement sensibles aux modifications hydrologiques subtiles. Les activités sylvicoles, y compris l’épandage d’herbicides et le brûlage, ont cours jusqu’aux rives de ces petits ruisseaux sans poissons. De telles activités modifieront la composition végétale et la teneur en eau du sol, élimineront les débris ligneux grossiers et toucheront les populations-proies d’invertébrés. L’ampleur de la menace qui pèse sur ces ruisseaux ne peut être prédite, car elle variera selon les plans de coupe futurs. Une disposition visant à prévenir une telle situation est incluse dans les lignes directrices relatives aux aires d’habitat faunique (Ohanjanian, 2004).

Lorsqu’une forêt est exploitée, l’équipement et la machinerie peuvent écraser des salamandres, provoquer la compaction ou l’envasement des interstices en aval, dévier des cours d’eau et déposer des débris dans des ravins. Comme bon nombre des sites occupés par le Plethodon idahoensisse trouvent dans des ravins ou en terrain escarpé, la déstabilisation des pentes latérales peut constituer une menace.  

Isolement des parcelles d’habitat et contraintes physiologiques

Comme le Plethodon idahoensis forme des sous-populations de petite taille, il est plus vulnérable à la perte de variation génétique; sa capacité à s’adapter aux conditions changeantes en est peut-être limitée. Les microenvironnements humides qui lui sont indispensables sont très fragmentés dans le paysage, et la physiologie du P. idahoensis est telle que la dispersion entre des parcelles d’habitat propice est tributaire des conditions humides et de la présence de refuges souterrains et/ou d’un couvert adéquat à la surface. Dans les portions méridionales arides de son aire de répartition (pluviosité estivale moyenne inférieure à 200 mm; Braumandl et Curran, 1992), les troncs secs et les conditions du sol qui caractérisent le paysage situé entre ces microhabitats limitent les possibilités d’échanges génétiques. Dans les portions septentrionales de l’aire de répartition de l’espèce, p. ex. dans la région de Revelstoke, les précipitations sont plus importantes (moyenne estivale pouvant aller jusqu’à 400 mm; Braumandl et Curran, 1992). Les possibilités de dispersion, de colonisation de nouveaux habitats et d’échanges génétiques sont donc plus nombreuses. Bien que les données à ce sujet soient lacunaires, le risque que représente l’isolement des parcelles d’habitat peut être moins important dans cette région que dans le sud.

Déviation des cours d’eau et modification des régimes hydrologiques

Les aménagements hydroélectriques de petite envergure, qui se prêtent bien à la topographie escarpée de l’aire de répartition du Plethodon idahoensis, pourraient modifier le débit dans les sites fréquentés par la salamandre et réduire l’humidité dans les refuges souterrains. Cette forme de production d’énergie privée est plus employée qu’auparavant; plus de 570 ruisseaux additionnels ont été désignés comme pouvant convenir à ce type d’aménagement (BC Hydro, 2000).

En plus des menaces anthropiques, lePlethodonidahoensispourrait également être vulnérable aux catastrophes naturelles comme les inondations survenant au cours de l’écoulement printanier, les glissements de terrain et les déviations d’écoulement.

Changements climatiques

La capacité de réaction du Plethodon idahoensis et d’autres amphibiens au rapide réchauffement climatique planétaire prévu est actuellement incertaine (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, 2001). Les déplacements, les changements comportementaux et l’adaptation physiologique comptent parmi les réactions possibles. Puisqu’ils sont ectothermes, que leur capacité de déplacement est relativement limitée et qu’ils dépendent très fortement des basses températures et de l’humidité, les Pléthodontidés pourraient être menacés. Une modélisation écologique a été utilisée pour synthétiser les connaissances sur les besoins en matière d’habitat de l’espèce et les lier aux conditions futures possibles (Teixera et Arntzen, 2002). Si les changements climatiques entraînent une diminution des précipitations et modifient l’hydrologie dans le sud-est de la Colombie-Britannique, les populations de P. idahoensis occupant les cours d’eau éphémères ou de faible débit seront menacées si ceux-ci s’assèchent.

Une récente analyse mécaniste de la capacité d’autres salamandres subalpines de la famille des Pléthodontidés, comme les espèces du genre Desmognathus, à tolérer un stress induit par le réchauffement vient s’ajouter aux préoccupations (Bernardo et Spotila, 2005). Les espèces adaptées au froid et spécialistes ayant fait l’objet de l’analyse atteignent déjà ou sont près d’atteindre le seuil de leurs tolérances physiologiques. Les salamandres adaptées aux zones subalpines ont montré un ralentissement métabolique spectaculaire lorsqu’elles ont été exposées à des températures plus chaudes. Si le réchauffement entraîne une migration ascendante le long d’un gradient altitudinal, il y aura resserrement de l’aire de répartition, lequel entraînera une diminution de la taille des populations et, de ce fait, l’érosion de la variabilité génétique.

Aucune connaissance traditionnelle autochtone portant sur cette salamandre n’est pertinente à l’évaluation (Donna Hurlburt et Henry Lickers, comm. pers.).