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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le crapaud du Grand Bassin au Canada - Mise à jour

Résumé

Crapaud du Grand Bassin
Spea intermontana

Information sur l’espèce

Le crapaud du Grand Bassin (Spea intermontana) est l’une des deux espèces de crapauds à couteaux (famille des Scaphiopodidae, auparavant Pelobatidae) présentes au Canada. Les adultes mesurent environ 40 à 65 mm de longueur. Ils ont un corps trapu et des pattes relativement courtes pour un anoure. Leur dos est gris pâle, olive ou brun, avec des stries plus pâles et de petites taches foncées surélevées. La plante des deux pattes arrière possède une crête (« couteau ») noire cornée qui sert à creuser. Les pupilles du crapaud du Grand Bassin sont en forme de lentilles, placées verticalement.

Répartition

Le crapaud du Grand Bassin est présent dans la région intramontagnarde entre les Rocheuses et la chaîne côtière, du centre-sud de la Colombie-Britannique jusqu’en Arizona et au Colorado. Au Canada, l’espèce se limite aux zones arides et semi-arides du centre-sud de la Colombie-Britannique et elle est présente dans la vallée de l’Okanagan, ainsi que dans les vallées de la rivière Similkameen et du bassin Kettle-Granby dans le sud, de même que dans les vallées des rivières Thompson et Nicola, et la région de South Cariboo, dans le nord. Selon une estimation portant sur environ 235 sites distincts, laquelle a été fondée sur des données recueillies de 1985 à 2006, la zone d’occurrence s’étend sur environ 30 770 km². La zone d’occupation est d’environ 619 km², si elle est calculée en tenant compte d’une zone tampon circulaire d’un rayon d’environ 1 km entourant chaque site distinct, ou de 864km², si elle est calculée au moyen d’une grille de 2 km sur 2 km. De 1996 à 2006, on a observé régulièrement l’espèce dans toutes les portions de son aire de répartition. La plupart des données proviennent du sud de la vallée de l’Okanagan. Selon de récents relevés menés dans le nord de la vallée de la rivière Okanagan et des rivières Nicola, Kettle et Granby, l’espèce est relativement répandue dans ces zones pour lesquelles il existait peu de données antérieurement. En 2005 et 2006, on a observé l’espèce dans 12 nouveaux sites de la région de South Cariboo, où elle avait été signalée dans deux anciens enregistrements. Aucun relevé systématique des sites historiques n’a été effectué, et il est impossible d’établir la disparition de l’espèce à l’échelle locale, ni le rétrécissement de l’aire de répartition.

Habitat

Le crapaud du Grand Bassin occupe des terres herbeuses et des habitats de boisés ouverts. Il a besoin d’habitats aquatiques pour se reproduire et d’habitats terrestres pour l’alimentation, l’hibernation et l’estivation. Il est essentiel que ces habitats soient reliés afin de permettre les déplacements saisonniers. L’espèce se reproduit dans une variété d’étendues d’eau, des petits bassins aux bordures de masses d’eau permanentes et aux eaux peu profondes de lacs, mais elle préfère les étangs temporaires ne contenant de l’eau qu’une partie de l’année. Les crapauds à couteaux se protègent des conditions défavorables sous le sol et ont besoin d’habitat terrestre toute l’année. Les sols meubles, profonds et friables (granulaires), qui permettent à l’espèce de les fouir et aux rongeurs de creuser des terriers, sont probablement importants. Des observations anecdotiques et les déplacements d’autres espèces de crapauds à couteaux donnent à penser que les individus se servent d’habitats terrestres situés à moins de 500 m des sites de reproduction.

Biologie

Les crapauds à couteaux réagissent rapidement aux changements des conditions environnementales et se reproduisent de façon spectaculaire lorsque les températures sont appropriées et que les sites de reproduction sont remplis d’eau. En Colombie-Britannique, les adultes commencent à sortir de l’hibernation entre le début et le milieu du mois d’avril et se rendent rapidement aux étangs de reproduction, où le mâle commence à appeler. Les femelles pondent de 300 à 800 œufs noirs en grappes de 20 à 40 œufs, en eaux peu profondes. Le temps de développement des têtards de crapauds à couteaux est l’un des plus courts de tous les anoures; cette adaptation leur permet d’exploiter efficacement les mares temporaires. Le développement complet, de l’œuf au stade de jeune crapaud, peut s’effectuer en aussi peu que cinq semaines, mais il prend habituellement de six à huit semaines. En Colombie-Britannique, la plupart des jeunes crapauds métamorphes apparaissent en juillet et se dispersent en masse des sites de reproduction. Ils atteignent leur maturité sexuelle vers 2 ou 3 ans et peuvent vivre jusqu’à 10 ans. Les crapauds à couteaux disposent d’une variété d’adaptations physiologiques aux milieux secs, y compris la capacité de survivre à des pertes hydriques relativement élevées et d’absorber de l’eau directement du sol lorsqu’ils sont enfouis.

Taille et tendances des populations

Il n’existe aucune donnée précise sur la taille et les tendances des populations. La population la plus importante compte probablement au moins 10 000 individus, mais ce nombre est incertain et il est peut-être beaucoup plus élevé. Cependant, il est presque certain que la taille des populations fluctue grandement; à son niveau le plus bas, la population est inférieure au seuil de 10 000 individus. La plupart des rassemblements de reproducteurs semblent petits; de grands rassemblements comptant des centaines de mâles adultes ont été signalés dans quelques sites.

Facteurs limitatifs et menaces

La perte et la dégradation de l’habitat attribuables aux activités humaines constituent les principales menaces pour le crapaud du Grand Bassin en Colombie-Britannique. Les terres herbeuses sèches, notamment dans le sud de la vallée de l’Okanagan, subissent d’énormes pressions provenant de l’expansion urbaine et agricole, et l’habitat continue à décliner au fur et à mesure que la population humaine s’accroît. Les zones humides et les mares temporaires sont rares à l’état naturel et leur perte ainsi que leur dégradation se poursuivent. Parmi les autres menaces, citons la fragmentation de l’habitat, la mortalité des crapauds sur les routes, les pesticides, l’introduction de poissons de pêche sportive et de ouaouarons, ainsi que la détérioration des sites de reproduction et de leurs bords par le bétail.

Importance de l’espèce

Le crapaud du Grand Bassin fait partie d’un ensemble d’espèces vivant dans les terres herbeuses et les habitats boisés ouverts, et limités à la zone intérieure méridionale de la Colombie-Britannique. Même s’ils ne sont pas utilisés à des fins alimentaires ou médicales, les crapauds à couteaux sont considérés comme utiles puisqu’ils servent de nourriture aux autres animaux, comme les tortues.

Protection actuelle

La majeure partie de l’habitat propice du crapaud du Grand Bassin n’est pas protégée. Près de 70 p. 100 de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique se trouve dans des terres privées ou autochtones. Quelques populations sont présentes dans des aires protégées contre le lotissement dans le sud (Haynes’ Lease Ecological Reserve, aire de gestion des espèces sauvages dans le sud de la vallée de l’Okanagan, aires protégées White Lake Grasslands et South Okanagan Grasslands) et dans le nord (aire protégée Lac du Bois Grasslands). Le crapaud du Grand Bassin est inscrit sur la liste des espèces fauniques désignées (Identified Wildlife Species) en vertu de la Forest and Range Practices Act de la Colombie-Britannique et est visé par l’application obligatoire de lignes directrices de gestion dans les terres publiques de la province. Elle est inscrite à l’annexe 1 de la LEP comme espèce « menacée ».

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)*
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)**
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)***
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)****
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
*** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
**** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.