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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le crapaud du Grand Bassin au Canada - Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Les activités de recherche ont été irrégulières dans toute l’aire de répartition canadienne de l’espèce et elles ont surtout été concentréesdans le sud de la vallée de l’Okanagan. De nombreux enregistrements ont été réalisés dans le cadre du programme Attention grenouilles, par des activités de bénévoles, par des études sur d’autres organismes ou par des observations fortuites. Il est très difficile de quantifier les activités de recherche, car il n’y a des données négatives (soit le nombre de localités d’où l’espèce est absente) que pour une partie des signalements.

Dans le sud de la vallée de l’Okanagan, St. John (1993) a inventorié 86 sites et aperçu l’espèce dans 56 emplacements. Dans la même région, Ashpole et le Service canadien de la faune ont inventorié 108 étangs et effectué d’autres relevés de lits de rivières entre Osoyoos et Oliver de 2003 à 2006; 43 étangs contenaient des crapauds à couteaux, mais la reproduction a été observée dans la moitié d’entre eux seulement (Ashpole et al., 2006a; C. Bishop, comm. pers.). Dans le centre de l’Okanagan, Tarangle et Yelland (2005) ont inventorié 24 zones humides de la région de Kelowna au printemps 2005 et ont trouvé l’espèce dans 3 sites. Dans le nord de la vallée de l’Okanagan, Sarell (2006) a résumé des relevés de l’espèce menés dans 39 étangs se trouvant dans les terres du camp militaire de Vernon de 1999 à 2005; la reproduction a été remarquée dans 10 d’entre eux. Leupin et al. (1994) ont inventorié 38 sites dans la région de Thompson; l’espèce était présente dans 24 des sites. En 2005, quelque 50 étendues d’eau ont fait l’objet de relevés dans le parc provincial du Lac Bios, près de Kamloops; 3 d’entre elles contenaient des S. intermontana reproducteurs (Simpson, 2005).

Après avoir identifié environ 800 étangs de reproduction possibles dans une zone de 1 300 km2 de la région de South Cariboo, Verkerk et al. (2006) ont inventorié 17 emplacements, qui se composaient de 1 ou de 2 étendues d’eau, pendant 4 jours, de juin à août 2006, près des lacs Alberta et Meadow, à l’ouest du district 70 Mile House. Ils ont entendu des appels de mâles ou ont aperçu des têtards S. intermontana dans 11 de ces 17 localités. Il est probable que des crapauds à couteaux occupent encore plus de sites, non inventoriés jusqu’ici, dans la région de South Cariboo.

Depuis 1998, de nombreux nouveaux emplacements ont été aperçus dans les bassins versants des rivières Kettle et Granby et dans la vallée de la rivière Nicola, mais il n’existe aucune information sur les activités de recherche liées à ces enregistrements. Plusieurs relevés récents ont été concentrés sur les terres autochtonesdans le sud de la vallée de l’Okanagan(Sarell et Alcock, 2004; Rebellato, 2005) etdans le nord de cette vallée (2003-2006; R. Weir, comm. pers.); les activités de recherche et les détails des relevés ne sont actuellement pas accessibles.

Abondance 

Il n’existe d’estimation de la population de l’espèce pour aucune des régions. Selon l’ensemble des données connues, lapopulation canadienne la plus importante compterait probablement au moins 10 000 individus, mais on ne peut se fier entièrement à ce nombre qui pourrait être beaucoup plus élevé. Cependant, il est presque certain que la taille des populations fluctue grandement; à son niveau le plus bas, la population est inférieure au seuil de 10 000 individus. D’après Orchard (1985), la population de Spea intermontana de la Colombie-Britannique compte probablement plus de 5 000 individus, ce que confirment les dénombrements menés dans le sud de la vallée de l’Okanagan (St. John, 1993), à Kamloops, dans la région du lac Douglas (Leupin et al., 1994) ainsi que dans la vallée de la Nicola (relevés menés par W. C. Weber). Dans le cadre de ces relevés, environ 4 200 mâles ont été signalés. Le nord de la vallée de l’Okanagan et les bassins versants des rivières Kettle et Granby constituent d’importantes régions non couvertes par ces relevés; des recensements réalisés au cours des 10 dernières années dans ces régions montrent que l’espèce est répandue là où l’habitat est préservé.

La base de données des enregistrements, y compris les données du programme Attention grenouilles de la Colombie-Britannique, contient des observations auditives de rassemblements de reproducteurs réalisées entre l’année 2000 et le printemps 2006. On a estimé que le nombre de mâles appelants était faible (il est possible de dénombrer les individus, les appels ne se chevauchent pas), modéré (certains individus peuvent être dénombrés, d’autres appels se chevauchent) ou élevé (rassemblement complet, les appels sont continus et se chevauchent, les appels des individus ne peuvent pas être distingués). De ces observations, 187 ont permis d’établir que le nombre de mâles était faible, 114, qu’il était modéré, et 20, élevé. De nombreux facteurs environnementaux, tels que la date, le temps, l’habitat ainsi que l’état et la taille de l’étendue d’eau, influent sur la taille du rassemblement de reproducteurs, ces données laissent supposer que la plupart des rassemblements sont de petite taille, ce qui reflète probablement la petite taille de nombreux étangs de reproduction.

La région du lac Osoyoos semble être une localité très importante pour l’espèce au Canada; St. John (1993) y a détecté 2 000 mâles appelants autour des méandres morts à l’extrémité septentrionale du lac et dans les étangs d’eaux usées de Osoyoos. Environ 40 p. 100 des mâles détectés dans le cadre d’importants relevés menés par St. John (1993), Leupin et al. (1994) etW. C. Weber ont été trouvés dans une zone d’une superficie de quelque 100 km², soit moins de 0,5 p. 100 de l’aire de répartition canadienne.

Fluctuations et tendances 

Le manque de données de référence et la faible compréhension de la taille actuelle des populations constituent des problèmes fréquents dans l’évaluation des tendances démographiques des amphibiens, et le S. intermonatana ne fait pas exception. Orchard (1985) a présumé que la population de la Colombie-Britannique était en déclin en se fondant sur la perte des principaux habitats de reproduction, d’alimentation et d’hibernation, en particulier dans la vallée de l’Okanagan. Il n’y a aucune donnée historique permettant de valider ce présumé déclin, même s’il est indéniable que des populations reproductrices locales ont disparu de certaines régions et continuent de disparaître en raison du drainage et du remplissage des étendues d’eau utilisées comme sites de reproduction. Les données connues ne permettent pas de discerner de changements dans la répartition générale (voir la section Aire de répartition canadienne), et même les changements importants concernant l’abondance dans certaines localités ne peuvent être établis qu’à l’aide des seules données sur la répartition.

Le Spea intermontana est toujours présent dans les étangs d’eaux usées d’Osoyoos, où les appels de 1 000 mâles ont été entendus au début des années 1990, mais il est possible que ce nombre ait grandement diminué. Un rassemblement complet (appels continus se chevauchant, appels des individus ne pouvant pas être distingués) a été enregistré en mai 2002 (données recueillies aux fins du présent rapport). Cependant, peu d’appels de crapauds à couteaux ont été entendus dans les étangs en 2003 et en 2004 et aucun têtard n’a été aperçu, mais les étangs n’ont fait l’objet que de rares relevés (C. Bishop et S. Ashpole, comm. pers.).

Les populations reproductrices de S. intermontana varient beaucoup d’année en année, selon les niveaux phréatiques, la température et les précipitations, mais les données sur les nombres annuels et l’ampleur précise des fluctuations sont inconnues. Dans la vallée de la rivière Thompson, dans la région de Kamloops, les observations de reproduction ont été faibles en 2003 et en 2004, mais la reproduction a été confirmée dans de nombreux emplacements en 2005 (Karl Larsen, comm. pers.). De même, dans la région de Vernon, dans le nord de la vallée de l’Okanagan, les tentatives et le succès de reproduction étaient extrêmement variables de 1999 à 2005, selon l’accès aux eaux de surface (Sarell, 2006). On peut s’attendre à ce que les différents taux de recrutement se traduisent en variance de la taille des populations reproductrices au cours des prochaines années. Cet aspect de la fluctuation de la taille des populations correspond à celle d’autres anoures se reproduisant dans des étangs (Green, 2003), en particulier ceux vivant dans des zones où les précipitations sont sporadiques et imprévisibles. Greenberg et Tanner (2005) ont observé une grande variabilité temporelle et spatiale dans tout le paysage de l’écologie de reproduction du Scaphiopus holbrookii. La majeure partie du recrutement des jeunes n’a eu lieu que pendant 4 années sur 9, et seuls 4 étangs ont produit des métamorphes, même s’il y a eu reproduction dans tous les étangs, sauf 1. Seuls les étangs abritant un grand nombre (plus de 175) d’adultes reproducteurs ont produit un taux important de recrutement. Le nombre d’adultes reproducteurs a fluctué énormément d’année en année. À l’instar du S. intermontana, les adultes Scaphiopus holbrookii se reproduisent dans des étangs éphémères et occupent des habitats secs environnants dans des milieux arides.

Effet d’une immigration de source externe 

Dans l’État de Washington, il existe quelques enregistrements de l’espèce dans les comtés d’Okanagan, de Ferry et de Stevens qui bordent la frontière canadienne, mais il n’y a aucun signalement à proximité de celle-ci (Washington Herp Atlas, 2005). La majorité des enregistrements réalisés dans cet État proviennent des terres arbustives et herbeuses situées beaucoup plus au sud. Les populations septentrionales de l’État de Washington sont peut-être contiguës aux populations des vallées des rivières Okanagan, Similkameen, Kettle et Granby en Colombie-Britannique, et des déplacements vers le nord sont possibles. Cependant, la modification et la fragmentation de l’habitat dans les fonds de vallées limitent probablement beaucoup la dispersion.