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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le crapaud du Grand Bassin au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

La persistance des crapauds à couteaux dans des régions précises dépend de l’accessibilité à des sites de reproduction appropriés et à l’habitat sec environnant, de même que du caractère convenable des conditions climatiques et des événements fortuits (Greenberg et Tanner, 2005). La perte et la dégradation de l’habitat attribuables aux activités humaines constituent les principales menaces qui pèsent sur le S. intermontana dans son aire de répartition canadienne. Les terres herbeuses sèches de l’Okanagan, en particulier celles des régions méridionales de la vallée, subissent d’énormes pressions de l’expansion urbaine et de l’agriculture intensive, notamment des vignobles, et l’habitat continue de disparaître (Hlady, 1990; voir Tendances en matière d’habitat). En Californie, les causes des déclins de population de S. hammondii correspondaient à la destruction de l’habitat à l’échelle locale plutôt qu’à d’autres hypothèses examinées (dérive de pesticides, rayons UVB, changements climatiques), et le nombre de sites de reproduction occupés a diminué dans des zones avoisinant des aménagements urbains et agricoles dans un rayon de 5 km (Davidson et al., 2002). De même, dans l’est du désert du Mojave, la faune d’amphibiens des basses terres a énormément changé au cours du siècle dernier, parallèlement à de graves pertes et modifications d’habitats; le Spea intermontana n’est mentionné que dans les données historiques et il semble avoir disparu de la région (Bradford et al., 2005).

Perte et dégradation des étangs de reproduction

L’accès à des sources d’eau pour la reproduction constitue probablement la variable environnementale la plus importante pour les amphibiens vivant en milieu aride. La perte d’étendues d’eau est attribuable au remplissage et au drainage associés à l’expansion urbaine ou à la conversion en terres agricoles. La surexploitation de l’eau pour l’irrigation ou d’autres utilisations par l’humain risque d’entraîner l’assèchement complet des petits étangs que les crapauds à couteaux utilisent ou la réduction de la période pendant laquelle l’étang contient de l’eau. Des mortalités massives de têtards S. intermontana ont été signalées dans des étangs en voie d’assèchement (Leupin et al., 1994).

Le bétail, les pesticides, les herbicides et les engrais risquent de dégrader la qualité de l’eau des étangs où les crapauds à couteaux se reproduisent. Dans les terres herbeuses sèches, le bétail se réunit presque toujours autour des points d’eau, y compris les petits étangs où les crapauds à couteaux se reproduisent. Le bétail a des répercussions négatives sur les flaques de reproduction pour plusieurs raisons. D’abord, leurs matières fécales risquent d’affecter gravement la qualité de l’eau (Orchard, 1985). De même, les profondes traces de pas du bétail au fond des étangs boueux temporaires créent une multitude de petites flaques, lorsque l’étang s’assèche, plutôt qu’une seule, un peu plus grande. Les très petites flaques risquent de restreindre grandement la capacité d’alimentation de larves et de piéger celles-ci. Leupin et al. (1994) ont observé que presque tous les étangs de reproduction examinés dans les régions de la Thomson et de la Nicola montraient des signes d’utilisation par le bétail. En outre, ils ont formulé l’hypothèse que le piétinement par le bétail des nouveaux métamorphes constituerait peut-être une cause importante de mortalité.

Selon les résultats préliminaires d’études écotoxicologiques sur l’exposition aux pesticides et le développement des œufs de crapauds à couteaux dans la vallée de l’Okanagan menées de 2003 à 2006, là où les concentrations de pesticides sont élevées, le succès d’éclosion est faible (Ashpole et al., 2006b.). Dans le sud de la vallée de l’Okanagan, une vaste population de S. intermontana a été signalée dans un étang d’eaux usées résiduaires (St. John, 1993), mais le succès de reproduction et les modèles de survie à ce site sont inconnus.

Nussbaum et al. (1983) suggèrent que les projets d’irrigation ont peut-être été bénéfiques pour l’espèce dans une grande partie de son aire de répartition en fournissant des étangs de reproduction dans des zones autrement sèches. Cependant,dans le sud de la vallée de l’Okanagan, l’eau se retire souvent des étangs avant le développement complet des têtards, et ces étangs constituent des pièges écologiques (C. Bishop, comm. pers.). Les projets agricoles ont également de graves répercussions sur la quantité et la qualité d’habitats d’alimentation pour les crapauds à couteaux en convertissant des steppes arbustives en terres agricoles de monocultures.

Espèces introduites

Aux endroits où le S. intermontana se reproduit dans des masses d’eau permanentes, il est vulnérable à la prédation par les poissons gibier, qui constituent une sérieuse menace envers de nombreux amphibiens partout en Colombie-Britannique (Wind, 2005). Les poissons non prédateurs introduits peuvent également représenter une menace pour les amphibiens par la modification de l’habitat et la compétition pour l’obtention de nourriture ainsi que comme vecteurs de maladies. Le ouaouaron introduit (Rana catesbeiana) a été signalé dans quelques localités du sud de la vallée de l’Okanagan (Ashpole et al., 2005b, 2006c); il constituera peut-être une menace pour les amphibiens indigènes s’il lui est possible de se propager. Ces étangs ne sont pas des sites de reproduction connus de crapauds à couteaux, mais on a pu observer l’espèce, prise dans des pièges de barrière entourant les étangs occupés par des ouaouarons (C. Bishop, comm. pers.). En 2006, on a trouvé des ouaouarons pour la première fois dans le lac Okanagan, ce qui a soulevé des préoccupations quant à la propagation de l’espèce, qui pourrait être beaucoup plus importante que ce que l’on ne pensait, et à son éradication, qui risque d’être très difficile (Ashpole et al., 2006c).

Habitat d’alimentation et site d’hibernation

La qualité de l’habitat des terres herbeuses restantes au sein de l’aire de répartition de l’espèce en Colombie-Britannique est difficile à aborder. On en sait peu sur les besoins du Spea intermontana en matière de quête de nourriture. En outre, les effets du pâturage ou d’autres perturbations des habitats terrestres n’ont pas été étudiés. Les sites d’hibernation et de refuges à court terme du Spea intermontanane sont presque pas connus. Des préoccupations ont été soulevées relativement aux conséquences du compactage du sol à la suite du piétinement par le bétail, qui réduirait la teneur en eau du sol et rendrait l’enfouissement difficile. Les effets du compactage des sols associés à l’aménagement de vergers et de vignes sont également inconnus. Les crapauds à couteaux fouissent une variété de substrats (Oaten, 2003), mais le gravier grossier et les substrats gazonnés empêchent le Scaphiopus holbrookii de les fouir (Jansen et al., 2001); l’enfouissement est essentiel à la survie des crapauds à couteaux dans les habitats terrestres.

Fragmentation de l’habitat et mortalité sur les routes

Il est presque certain que la fragmentation des habitats d’alimentation a perturbé les parcours traditionnels de dispersion des crapauds à couteaux entre les sites de reproduction, de quête de nourriture et d’hibernation. L’augmentation du nombre de routes et la circulation sur ces routes pourraient accroître considérablement la mortalité des crapauds à couteaux en Colombie-Britannique (M. Sarell, comm. pers.). Les crapauds à couteaux sont particulièrement vulnérables sur les routes pendant les migrations en masse, entre leur site de reproduction et leur habitat terrestre, ou vice-versa, de nombreux crapauds morts sur les routes ayant été signalées dans plusieurs sites (Leupin et al., 1994; Sarell, 2004; données compilées aux fins du présent rapport). Au cours des relevés menés par Ashpole et le Service canadien de la faune dans le sud de la vallée de l’Okanagan, des crapauds à couteaux traversant ou essayant de traverser l’autoroute 97 ont souvent été observés au printemps, pendant leurs déplacements entre des sites à altitude élevée et leurs étangs de reproduction dans le fond de la vallée (C. Bishop, comm. pers.). Ils ont fréquemment été vus sur des routes, s’y nourrissant et s’exposant au soleil pour la thermorégulation. La fragmentation de l’habitat et la mortalité sur les routes sont difficiles à quantifier, et leur importance pour les populations locales n’a toujours pas été étudiée.

Maladies et parasites

Les flambées de maladies chez le S. intermontana n’ont pas été attestées, mais il est essentiel de considérer les épizooties comme des menaces potentielles graves pesant sur toutes les populations d’amphibiens. La chytridiomycose est une nouvelle maladie infectieuse qui a été associée au déclin rapide et à la disparition de nombreuses espèces partout dans le monde (Daszak et al., 1999; Speare, 2005). Des iridovirus mortels ont également été associés à des épizooties chez les amphibiens (Daszak et al., 1999). Dans le sud de la vallée de l’Okanagan, la salamandre tigrée (Ambystoma tigrinum) a connu une mortalité massive dans au moins 1 site au cours des 10 dernières années, probablement à la suite d'une maladie (Sarell, 2004). Le S. intermontana et le A. tigrinum utilisent parfois les mêmes sites de reproduction. Les infections fongiques peuvent avoir des effets importants sur la survie des œufs (Nussbaum et al., 1983). Bragg et Bragg (1957) ont signalé la disparition rapide, attribuable au champignon aquatique Saprolegnia, de têtards Spea bombifrons dans un étang temporaire, mais cet événement est considéré comme rare. Le Saprolegnia peut être transmis aux amphibiens par les poissons de pisciculture (Kiesecker et al., 2001), ce qui peut éventuellement être une source d’inquiétude aux endroits où les crapauds à couteaux se reproduisent dans une étendue d’eau permanente ou à proximité immédiate de celle-ci.

Facteurs climatiques

En tant qu’un amphibien des milieux secs à l’extrémité septentrionale de son aire de répartition, le S. intermontana exige un délicat équilibre des variables climatiques. Une série d’étés chauds et secs risque de faire décliner la population par la réduction du nombre de sites de reproduction à faible altitude, mais pourrait ouvrir de nouveaux habitats à des altitudes élevées. Une série d’étés frais et humides risque d’avoir des effets négatifs par le reboisement des habitats herbeux, réduisant ainsi l’étendue et la qualité de l’habitat d’alimentation et accroissant probablement la compétition avec d’autres anoures. Les changements climatiques, cumulés aux effets de l’utilisation de l’eau par les humains, risquent de faire diminuer les nappes phréatiques dans le bassin de l’Okanagan, et les petits étangs que les amphibiens utilisent risquent de s’assécher de manière hâtive, ou encore, complètement (Cohen et al., 2004; Graham, 2004).