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Programme de rétablissement de la tortue luth (Dermochelys coriacea) dans les eaux canadienne du Pacifique


2. Information de base

2.1 La situation actuelle

Nom commun : tortue luth

Nom latin : Dermochelys coriacea

Dernière évaluation : Mai 2001

Désignation du COSEPAC : En voie de disparition

Raison de la désignation : La tortue luth connaît un sérieux déclin à l'échelle mondiale (>70% en 15 ans). Dans les eaux canadiennes, la capture accidentelle dans les engins de pêches constitue la principale cause de mortalité. Une longue durée de vie, un taux de mortalité de ses œufs et de ses petits très élevé et une maturité tardive rendent cette espèce extrêmement vulnérable à toute augmentation, même infime, des taux de mortalité des adultes et des juvéniles plus âgés.

Présence au Canada : Côtes de l'Atlantique et du Pacifique

État historique : Considérée pour la première fois comme menacée d'extinction en 1981

2.2 La taxonomie et la description

2.2.1 Les espèces et les populations

La tortue luth Dermochelys coriacea et une des seules espèces de tortue de mer qu'on voit régulièrement dans les eaux du Canada (l'autre est la tortue verte Chelonia mydas).

La tortue luth est le seul membre de la famille des Dermochelyidae (Bustard 1972). Bien que des sous-espèces de la luth aient été présentes dans l'Atlantique et le Pacifique, les distinctions morphologiques sont discutables (Pritchard 1979). Une récente analyse d'une divergence de séquence de l'ADN mitochondrial a confirmé que les populations de l'Atlantique et celles du Pacifique devraient être considérés, au plan génétique, comme étant des lignés distinctes remontant à une même espèce (Dutton et al. 1999). Cependant, la même étude indique qu'il existe beaucoup moins de différences entre les populations de tortues luths qu'il y en a entre d'autres populations de tortues de mer.

Les tortues luths de l'Atlantique nichent surtout sur les plages de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud, du Sud des Caraïbes et en Afrique de l'Ouest et on en voit à longueur d'année au large du Canada de l'Atlantique. Pour des raisons de gestion, les principales populations de nidification de la tortue luth du Pacifique appartiennent à deux populations distinctes au plan génétique (Dutton et al. 1999):

  • L'Est du Pacifique : Nidification surtout au Mexique, au Costa Rica et incluant le Guatemala, le Nicaragua et Panama;
  • L'Ouest du Pacifique : Nidification surtout en Papouasie (ex-Irian Jaya), en Malaisie, aux îles Salomon et en Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Les premières indications nous portent à penser que les tortues luths en quête de nourriture dans le Nord Pacifique proviendraient de la population de l'Ouest du Pacifique (Dutton et al. 1999), donc il est vraisemblable de croire que la plupart des tortues luths se retrouvant dans les eaux canadiennes du Pacifique appartiennent à la population de l'Ouest du Pacifique. Cependant, cette conclusion est fondée sur un petit échantillon et doit être validée par des recherches additionnelles. Entre-temps, le Programme de rétablissement étudie la pérennité des deux populations de tortues luths de l'Est et de l'Ouest du Pacifique.

2.2.2 L'apparence

La tortue luth est la seule tortue de mer qui n'a pas de carapace osseuse.  C'est le reptile le plus imposant de notre époque, qui peut atteindre 2 mètres et peser jusqu'à 900 kg (Zug and Parham 1996). La carapace d'un adulte forme une surface cuivrée sur laquelle repose une couche de tissue fortement huileuse, sillonnée et fuselée à l'arrière et recouvrant une mosaïque de petits os dermiques s'emboîtant assez librement les uns dans les autres (Pritchard 1971). Toutes proportions gardées, les nageoires avant sont plus longues que toutes les autres tortues de mer; elles font la moitié de la longueur de la carapace, allant jusqu'à 270 cm, et sont grosso modo trois fois la longueur des nageoires arrière (Brown 1976).

La luth ne possède pas d'écaille ni de griffe, ni de plaques permettant de broyer et de mâcher des proies aux corps rigides, comme les autres tortues de mer (Pritchard 1971). La mâchoire de la tortue luth possède deux proéminences dans la mandibule supérieure qui s'imbriquent dans sur la mandibule inférieure pour former une seule « dent ». Les rebords des mandibules sont adaptés pour couper des tissus souples et le long œsophage de la luth est parsemé d'épines pointant vers l'arrière aidant ainsi l'animal à avaler les hydroméduses dont elle se nourrit principalement (Bleakney 1965).

Vue de dos, les tortues luths sont presque complètement noires avec quelques points blancs alors que leur ventre a une couleur blanchâtre.  Les nouveau-nés sont noirs avec des côtés plus pâles mais ils ont également de petites écailles ressemblant à des perles qui disparaissent dans les six premiers mois de leur existence (Pritchard 1971). Chaque tortue luth possède un arrangement apparemment unique de taches sur la surface dorsale de leur tête, directement au-dessus de leur organe pinéal, ce qui servirait à distinguer un individu d'un autre (McDonald and Dutton 1996).

À pleine maturité, il n'y a véritablement pas de différences importantes en taille entre les femelles et les mâles. Cependant, le sexe de la tortue se différencie par la longueur de la queue. La queue de l'individu mâle s'étend habituellement au-delà des nageoires arrière, phénomène qui ne se remarque pas chez les individus femelles (Pritchard 1971).

2.2.3 La physiologie

La tortue luth se différencie des autres tortues en étant au besoin homéotherme, c'est-à-dire un animal à sang chaud (alors que les reptiles sont des animaux à sang froid), ce qui permet à la tortue de maintenir  une température corporelle plus élevée que celle de son environnement (Frair et al.1972). Cette étrange faculté pourrait découler d'un certain nombre d'adaptations anatomiques et physiologiques, incluant l'inertie thermique qui lui permet de retenir la chaleur produite par ses brasses continuelles, son énorme masse corporelle, ses tissus isolants formés de cellules adipeuses brunes (qui dispersent l'énergie sous forme de chaleur) et l'échange à contrecourant des nageoires (Mrosovsky et Pritchard 1971; Davenport 1998; Eckert 2002b). La tolérance de la tortue luth aux vastes écarts de température lui permet de remonter aussi loin que la mer de Barents et à l'opposé, de descendre au Sud, aussi bas que le Chili et la Nouvelle-Zélande (Eckert 1993).

Les tortues luths sont hautement adaptées pour plonger et des adultes ont été trouvées à des profondeurs de plus de 1 200 m sous les eaux tropicales (Eckert et al. 1996; Lutcavage et al. 1992). De telles plongées en profondeur sont peut-être réalisées pour se trouver de la nourriture la nuit en chassant les invertébrés au corps flasque qui migrent à la verticale (Eckert et al. 1989), ce qui augmente sans doute les possibilités de contact avec les engins de pêche.  

2.2.4 La nage et la migration

Les tortues luths adultes nagent continuellement à un rythme constant d'environ 0,65 m/sec. Ils couvrent à peu près la même amplitude tous les jours quoique les distances horizontales puissent varier selon le nombre de plongées effectuées qu'elles font pour se ravitailler.  La vitesse de la nage et les études de distances parcourues par les luths permettent de déduire qu'elles parcourent en moyenne, par jour, entre 45 et 65 km.  Les adultes ne semblent pas ralentir ou se reposer pendant le jour et continuent d'avancer même lorsqu'elles se rapprochent de la surface. Quand elles nagent sur de longues distances, elles ont tendance à se tenir juste sous la surface (Eckert 2002b).

Les tortues luths semblent migrer pour se nourrir et on les retrouve en plus grand nombre là où les méduses, leur principale proie, se retrouvent en densité élevée (Grant et al. 1996). Après la nidification, les tortues semblent migrer des tropiques aux eaux tempérées, suivant les fronts thermiques et les tourbillons océaniques à la recherche de secteurs de haute productivité d'invertébrés aux corps flasques (Lutcavage 1996).

Les déplacements des tortues ont été étudiés par une variété de méthodes de marquage. Les premières méthodes de marquage des nageoires se sont avérées décevantes parce que les étiquettes avaient tendance à se détacher mais n'en ont pas moins indiqué des migrations surprenantes. Par exemple, une tortue luth marquée en Guinée française s'est retrouvée, 128 jours plus tard, à Fox Harbour à Terre-Neuve, une distance en ligne droite de plus de 5 000 km, donc à 39 km par jour (Goff et al. 1994). Plus récemment, des transmetteurs radio, dont le signal peut être capté par des antennes mobiles VHF ou par satellite, a permis de recueillir plus d'information, en particulier quand ces renseignements sont combinés avec la vitesse de natation et les enregistreurs de données sur les plongées (Eckert 1995). Les nouvelles méthodes de poursuite font en sorte que le marquage n'est plus réservé aux seules femelles qui peuvent être capturées et marquées lorsqu'elles arrivent à la plage pour la nidification; les données  ont démontré que ces tortues effectuent de très longues migrations annuelles vers une destination prédéterminée. La plus longue post-nidification suivie par satellite a été effectuée par Eckert (1998), qui a suivi deux tortues luths femelles pendant plus d'un an après avoir été marquée à Trinidad.

Attacher des étiquettes en pleine mer s'avère plus laborieux que d'installer des marques sur les tortues sur la plage de nidification. Cependant, la technique offre l'avantage de permettre aux mâles, aux femelles non pondeuses et aux juvéniles de faire partie du groupe à l'étude. Le premier adulte mâle luth marqué pour un suivi par satellite l'a été au large de l'île du cap Breton en 1999 (James et Eckert 2002). Depuis, le repérage par satellite se poursuit dans les eaux de l'Est canadien (M. James 2002, comm. pers.) et dans le Pacifique, au large de Monterey Bay, en Californie (S. Eckert 2002, comm. pers.).

La répartition et le développement des habitats des luths juvéniles étaient peu connus jusqu'à tout récemment. Eckert (2002a) a analysé les données disponibles sur les observations et a constaté que les tortues d'une longueur de carapace inférieure à 100 cm ne se trouvaient que dans les eaux chaudes à une température de 26°C ou supérieure, mais que les tortues plus grosses pouvaient se retrouver dans les eaux aussi froides que 12°C. Cependant, au Canada, les tortues luths sont souvent observées dans les eaux au large de Terre-Neuve où les températures varient de 0°C à 15°C (Goff et Lien 1988). Donc, les tortues luths semblent passer les premières années de leur vie dans les eaux chaudes et plusieurs s'aventurent dans les eaux plus glaciales au fur et à mesure qu'elles développent leur capacité de thermorégulation. Frair et al. (1972) ont observé qu'une tortue luth capturée dans des eaux à température de 7,5°C maintenait une température corporelle de 25,5°C, ce qui dénote une considérable tolérance à l'eau froide. Il faudra faire beaucoup plus de recherches pour découvrir l'activité des tortues luths pendant les années entre leur éclosion et leurs premières migrations en tant qu'adultes.

2.3 La distribution

2.3.1 Le monde

La tortue luth adulte n'est pas seulement la championne toute catégorie des migrations mais elle revendique également le titre de posséder la plus grande aire de répartition (Pritchard and Trebbau 1984). On la retrouve dans les eaux tropicales et les eaux tempérées de l'Atlantique et du Pacifique et dans l'océan Indien. (Gulliksen 1990; Ernst and Barbour 1989). Les adultes nagent sur plus de 15 000 km par année à la recherche de nourriture et, comme c'est le cas des luths qui fréquentent les eaux de la Colombie-Britannique, elles peuvent traverser les océans de part en part (Eckert 2002b).   En plus des principaux sites de nidification du Pacifique, du Mexique, du Costa Rica, de Papouasie, de Papouasie-Nouvelle-Guinée, des Îles Salomon et de la Malaisie (James 2001), d'autres lieux de nidification sont éparpillés en Amérique centrale et dans les secteurs insulaires de l'Ouest autour des Îles Salomon, du Vanuatu, des îles Fidji ainsi qu'en Australie (NMFS et USFWS 1998). Se reporter à la Figure 1.

Figure 1. L'océan Pacifique et les noms d'endroits mentionnés dans le texte.

L'océan Pacifique et les noms d'endroits mentionnés dans le texte

2.3.2 Les eaux canadiennes du Pacifique

Contrairement aux tortues luths de la côte Atlantique, que l'on voit à longueur d'année au large de la côte Est du Canada, les luths adultes du Pacifique sont le plus souvent observées en train de rechercher de la nourriture au large des côtes de la C.-B. entre juillet et septembre (Goff and Lien 1988). Cette période correspond en fait aux observations des luths en Californie et dans l'État de Washington, aux États-Unis. (Stinson 1984; Starbird et al. 1993). En dépit d'une base de données grandissante d'observations, il y a peu de secteurs où les luths sont observées de façon routinière (Figure 2).

Le dossier des observations relève de l'anecdotique et les observations sont généralement faites par des pêcheurs, que ce soit par des prises accidentelles ou par des navires qui passent suffisamment près des tortues au ras de la surface de l'eau.  Au cours des dernières années, des navigateurs de plaisance ont rapporté en avoir vu alors que le nombre d'observations se font de plus en plus fréquents, sans doute en raison d'une campagne vigoureuse visant à encourager la communication des observations. La taille des tortues, ses caractéristiques distinctes et sa rareté font en sorte que ces observations demeurent mémorables pour les personnes qui en sont témoin.

C'est en 1931 que fut rapportée l'observation de la première tortue luth dans les eaux du Canada du Pacifique, à Bajo Reef, dans la baie Nootka, sur la côte Ouest de l'île de Vancouver (MacAskie and Forrester 1962). On en a vu dans d'autres parties de la côte Ouest de Vancouver, notamment dans les eaux de Pachena Point aux îles Scott, incluant près de la ville de Bamfield de Barkley Sound et à environ à 15 km au large de la rive du banc La Perouse, un secteur de pêche commerciale important. On a relevé d'autres observations au large des côtes, aussi éloignées qu'à la limite de la  Zone économique exclusive (ZEE) du Canada.

Les observations de la luth sont plus fréquentes au cours des dernières années, d'un bout à l'autre des îles de la Reine-Charlotte. De multiples observations ont été effectuées au large dans la partie sud des îles de la Reine-Charlotte (Froom 1976), ainsi qu'à Langara Island, Rennel Sound et Skidegate Inlet.

Les luths ont aussi été aperçues dans le détroit d'Hécate et dans les eaux protégées du détroit de Georgia (Gregory and Campbell 1984), notamment près des eaux au large de Victoria (L. Fairley 2003, comm. pers.). Se reporter à la Figure 2.

Figure 2. Les endroits où on a aperçu les tortues luths dans les eaux du Canada du Pacifique, de 1931 à 2005.

Endroits où on a aperçu les tortues luths dans les eaux du Canada du Pacifique, de 1931 à 2005

2.4 Caractéristiques biologiques

2.4.1 Le régime alimentaire

Les tortues luths sont des animaux pélagiques qui se nourrissent d'une variété d'objets comestibles et, malheureusement, parfois non comestibles, qui se déplacent lentement (Ernst and Barbour 1989). Son régime se compose d'invertébrés pélagiques au corps flasque tels les méduses et les tuniciers (Bleakney 1965; Den Hartog 1980; Lutcavage and Lutz 1986; Davenport et Balazs 1991). Leur régime les place au haut de la chaîne alimentaire fondée sur le plancton microscopique, qui est responsable de plus de la moitié de la productivité essentielle des eaux pélagiques (Eckert 2002c).

Les adultes se nourrissent tant à la surface qu'en plongée (Eckert et al. 1989). Les adultes en quête de proies dans le Nord Pacifique ont été observés se nourrissant de méduses Cyanea et Aurelia (Starbird et al. 1993; Eisenberg and Frazier 1983), cette dernière ayant tendance à former de grands bancs qui font le bonheur des luths.  Elles se nourrissent également d'autres espèces de scyphoméduses, telle la chrysaore (Den Hartog and Van Nierop 1984) et peut-être la phacellophore, deux espèces qui fréquentent les eaux du Pacifique Nord (Starbird et al. 1993). Parce que les méduses ont un contenu en eau très élevé et faible en valeur nutritive, les luths doivent passer beaucoup de temps à se nourrir pour trouver des secteurs riches en méduses, qui se retrouvent souvent le long des secteurs côtiers remontés et les systèmes océaniques de fronts (Lutcavage and Lutz 1986; Shoop and Kenney 1992).

On en sait très peu sur le régime et sur le comportement de la tortue quand elle chasse ainsi que le faible taux de survie des juvéniles, ce qui rend leur étude particulièrement difficile. Le taux rapide de croissance des juvéniles laisse cependant croire qu'ils se nourrissent avec la même voracité que les adultes.

2.4.2 La reproduction et les premières années

On ne connaît pas la durée de vie de la tortue luth, ni son âge ni quand elle atteint sa maturité sexuelle.   Les estimations fondées sur le taux de croissance (qu'on prévoit être beaucoup plus élevé que les autres tortues marines; Rhodin 1985) et l'analyse des plaques sclérotiques oculaires (Zug and Parham 1996) portent à croire qu'elles atteignent la maturité de deux à trois ans (plus tôt que les autres tortues de mer) jusqu'à 14 ans – ce qui dénote de manière flagrante la nature incomplète de notre compréhension du cycle biologique de cette espèce.

Nous ne savons pas non plus où elles se reproduisent. Pour la plupart des espèces de tortues de mer, la reproduction se produit au large des plages de nidification ainsi que le long des voies de migration (Meylan et al. 1992). La reproduction des tortues luths est sans doute similaire, bien que les observations scientifiques aient été rares (Eckert and Eckert 1988; Godfrey and Bareto 1998).

Les luths du Pacifique déposent leurs œufs sur des plages sablonneuses ayant un banc de sable en eaux profondes, réduisant ainsi le trajet à parcourir sur la terre ferme (Eckert 1987). Elles préfèrent des plages dont l'approche est dépourvue, ou presque, de coraux et de roches.  La nidification est longue, laborieuse et se produit habituellement la nuit.  Les femelles inséminées retournent plusieurs fois à la plage durant la saison de la nidification, se permettant de courtes absences pour se nourrir (la période soi-disant inter-nidification).

Se servant de leurs nageoires arrière comme pelle, les femelles creusent un site qui leur convient pour y déposer leurs œufs. (Pritchard 1971). Quand le trou est suffisamment profond, la luth y dépose une couvée de quelque 100 œufs incluant presque la moitié dépourvue de vitellus, dont l'utilité demeure un mystère. Les œufs sont recouverts et le nid bien tapé, puis la femelle retourne à la mer. L'ensemble de cette activité prend entre 80 et 120 minutes (Pritchard, 1971). Les femelles produisent de quatre à six couvées par saison, à des intervalles de huit à douze jours. 

La période d'incubation dure de 60 à 65 jours (Ernst et al. 1994) et le sexe du nouveau-né dépend entièrement de la température. La température produisant à peu près un nombre égal de mâles et de femelles a été établie avec précision pour certains sites de nidification des tortues luths de l'Atlantique et se situe dans une étroite marge de 29,25°C et 29,5°C (Mrosovsky et al. 1984). Des températures plus basses ou plus élevées donnent des couvées entières de mâles ou de femelles respectivement (Chan and Liew 1996). Le ratio mâle-femelle en fonction de la température a également été étudié par Binckley et al. (1998). Les nouveau-nés font de 5 à 6 cm de longueur et émergent en pleine nuit, s'orientant vers l'océan en raison de son illumination relativement plus élevée que la terre.  

Les luths appartenant à la population de l'Ouest du Pacifique nidifient à des périodes différentes de l'année, selon la plage où ils font leur nid. Par exemple, deux plages différentes de Papoua sont actives de mai à août et de novembre à janvier (NMFS 2001). La nidification survient à tous les deux ou trois ans et les femelles retournent à la même plage à chaque saison de nidification (NRC 1990; Hughes 1996).

2.5 Les populations importantes au plan national

Les tortues luths fréquentant les eaux canadiennes du Pacifique sont considérées comme étant génétiquement distinctes des tortues qui se retrouvent dans les eaux de l'Atlantique. Cette différence a été évoquée pour la première fois par Pritchard (1979) et confirmée par des analyses d'une divergence de séquence de l'ADNmitochondrial et confirmée par des analyses de divergence de séquence par Dutton et al. (1999). Le stock du Pacifique comprend au moins deux populations isolées au plan de la reproduction, nommément les populations de l'Est du Pacifique et celles de l'Ouest du Pacifique, décrites à la section 2.2.1. Chacune d'elles peut justifier d'être reconnue comme une population nationale importante mais on ne sait pas encore si les tortues de la population de l'Est du Pacifique fréquentent les eaux de l'Ouest du Pacifique. Les deux populations sont incluses dans le présent Programme de rétablissement.