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Mise à jour Rapport de situation du COSEPAC sur la Sterne de Dougall au Canada 1999

Facteurs limitatifs

 

Prédation pendant la saison de nidification

La prédation au sein des colonies de nidification semble être le principal facteur limitant la répartition et la productivité de la Sterne de Dougall au Canada. Le renard roux (Vulpes vulpes) est un important prédateur d’œufs de sternes aux îles de la Madeleine (Shaffer et Laporte, 1996), alors que le Grand Corbeau (Corvus corax) et la Corneille d’Amérique (Corvus brachyrhynchos) sont reconnus pour détruire des œufs de sternes (dont ceux des Sternes de Dougall) dans plusieurs colonies de la Nouvelle-Écosse (Whittam, 1997; D’Eon, 1997). Aux États-Unis, le Grand-duc d'Amérique (Bubo virginianus) constitue une menace importante pour les Sternes de Dougall adultes, les oisillons et les juvéniles (revue de la documentation dans Nisbet et Spendelow, 1998). En chassant, les hiboux forcent les sternes adultes à abandonner leur nid pendant la nuit, exposant ainsi les œufs et les oisillons à divers dangers, notamment à une plus forte prédation par des espèces nocturnes, telles que le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax) et les fourmis (Nisbet et Spendelow, 1998). À la baie Pubnico, en Nouvelle-Écosse, on a signalé la prédation de Sternes pierregarins adultes par le Grand-duc d’Amérique (D’Eon, 1997), mais on ignore si ce rapace attaque aussi les Sternes de Dougall. On ignore aussi le risque de prédation par le Bihoreau gris ou les fourmis pour la Sterne de Dougall au Canada. Il y a peu de colonies de Bihoreaux gris au Canada atlantique, et aucune ne se trouve à proximité des colonies de Sterne de Dougall (D. Amirault, comm. pers.).

Dans les colonies canadiennes, les principaux prédateurs de sternes sont le Goéland argenté (Larus argentatus) et le Goéland marin ( L. marinus). Ces espèces s’attaquent aux œufs des Sternes de Dougall, aux oisillons et aux adultes (Hatch, 1970; Nisbet, 1981). Dans une étude récente sur la colonie de sternes de l’île Country, on présente de l’information détaillée sur la prédation par les goélands à cet endroit (Whittam, 1997). En 1996, l’île Country abritait près de la moitié de la population canadienne de Sterne de Dougall (c.‑à‑d. 45 couples; tableau 3). En 1997, un seul couple y faisait son nid, et l’œuf a été abandonné après dix jours d’incubation. Les Sternes arctiques et les Sternes pierregarins ont aussi vu leur nombre combiné diminuer de plus de la moitié de 1996 (500 couples) à 1997
(220 couples).

On attribue cet abandon massif de l’île Country à la prédation des œufs de sternes par les corvidés, et à la prédation des adultes, des jeunes et des œufs par les goélands. On a observé un Goéland marin qui s’attaquait à une Sterne de Dougall adulte, et les goélands ont pris plus de la moitié des oisillons des sternes éclos dans cette colonie en 1996 (c.-à-d. environ 600 oisillons). Cette année-là, chez les Sternes de Dougall, seulement 0,08 oisillon par nid, soit environ cinq oisillons au total, ont survécu jusqu’à l’envol. Ce taux de reproduction est bien inférieur au taux nécessaire pour maintenir la colonie à sa taille actuelle (Whittam, 1997).

 

Survie des adultes en hiver

La mortalité des adultes au cours de la migration ou dans les aires d’hivernage est sans doute le principal facteur limitant la taille des populations aux États-Unis, où les prédateurs sont chassés de la plupart des colonies de nidification (Nisbet et Spendelow, 1998). Le taux de survie annuel moyen des Sternes de Dougall adultes dans quatre des principales colonies américaines est d’environ 81 p. 100 à 84 p. 100, ce qui est peu élevé par rapport aux autres oiseaux marins (Spendelow et Nichols, 1989; Spendelow et al., 1995). Dans les années 1980, seules les colonies de l’île Bird et de l’île Great Gull ont généré suffisamment d’oisillons pour compenser la mortalité des adultes (Ratcliffe, 1997). Comme la mort d’adultes est rarement observée dans les colonies de nidification, on suppose que les Sternes de Dougall meurent surtout au cours de la migration ou dans leurs aires d’hivernage. Au Guyana, de 1968 à 1981, on capturait massivement des Sternes de Dougall pour les vendre sur des marchés de la région, mais il semble que cette pratique ait cessé depuis (Nisbet, 1984). Des données supplémentaires sont nécessaires pour déterminer les causes de la mortalité hivernale (Spendelow et al., 1995).

 

Conditions météorologiques extrêmes

Les grosses tempêtes, comme l’ouragan « Bob », qui a traversé la principale halte de migration des Sternes de Dougall au cours du mois d’août 1991, peuvent freiner le rétablissement de la population (Nisbet et Spendelow, 1998). Certains indices permettent d’attribuer à « Bob » la responsabilité de la brusque diminution de la population américaine de Sterne de Dougall entre 1991 et 1992 (tableau 1). Le taux de mortalité des adultes est passé de 17 à 33 p. 100 de 1991 à 1992. De plus, 80 p. 100 des jeunes sternes élevées en 1991 n’ont pas survécu (Nisbet et Spendelow, 1998). L’ouragan « Bob » est la seule tempête pour laquelle il existe des données démographiques concernant les sternes. Pour mieux cerner le rôle joué par les conditions météorologiques extrêmes dans l’effondrement des populations, il faut documenter davantage de cas (Nisbet et Spendelow, 1998).

 

Rapport des sexes inégal 

Un nombre de mâles insuffisant pourrait limiter la productivité des Sternes de Dougall dans certaines colonies du Nord-Est du continent (Nisbet et Hatch, sous presse). La proportion des sexes des oiseaux nicheurs à l’île Bird (MA) est de 127 femelles pour 100 mâles. Vingt pour cent des femelles reproductrices ne se trouvent pas de partenaire mâle, et forment plutôt des couples de femelles, produisant des « super-couvées » de trois à quatre œufs. Les œufs sont fécondés par copulation hors-couple. Les couples de femelles produisent 75 p. 100 moins de jeunes atteignant l’âge de l’envol par femelle que les couples mâle-femelle. La productivité moyenne de la colonie de l’île Bird se trouve donc réduite d’environ 16 p. 100, si on la compare à celle attendue si toutes les femelles avaient eu un partenaire mâle (Nisbet et Hatch, sous presse). On ignore si la proportion des sexes est inégale dès l’éclosion ou à l’envol, ou bien si elle est attribuable à une mortalité ultérieure plus élevée des mâles (Nisbet et Hatch, sous presse).

Sommaire

La population de Sterne de Dougall du Nord-Est de l’Amérique du Nord augmente lentement depuis 1987, mais elle est concentrée à plus de 90 p. 100 dans cinq sites où la prédation est contrôlée aux États-Unis. De 3 à 4 p. 100 de la population du Nord-Est du continent niche au Canada, qui ne compte actuellement que trois colonies importantes regroupant jusqu’à 94 p. 100 de la population canadienne. Ces colonies sont celles des îles Brothers, de l’île Grassy et du complexe de l’île Country (tableau 2, figure 1). À notre connaissance, la seule colonie nicheuse stable est celle des îles Brothers. Une telle concentration de la population est préoccupante, car toute perturbation de ces sites, qu’elle soit due à une contamination environnementale, à l’activité humaine, à une forte tempête ou à une augmentation de la pression liée à la prédation, pourrait entraîner la disparition de la Sterne de Dougall au Canada.