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Mise à jour Rapport de situation du COSEPAC sur la Sterne de Dougall au Canada 1999

Habitat

 

Habitat d’alimentation de la Sterne de Dougall durant la saison de nidification

Les Sternes de Dougall cherchent habituellement leur nourriture dans les eaux peu profondes du littoral, près des hauts-fonds et des remous de la marée (Safina, 1990). Dans certaines colonies, elles peuvent parcourir jusqu’à 30 km aller-retour pour trouver leur nourriture (Heinemann, 1992). Les Sternes pierregarins peuvent s’alimenter dans des milieux plus divers et sont également moins limitées par les caractéristiques physiques de l’océan (Safina, 1990). Ainsi, les Sternes de Dougall pêchent un nombre limité d’espèces de poisson, alors que les Sternes pierregarins ont un régime alimentaire plus varié (Richards et Schew, 1989; Safina et al., 1990). La spécificité de l’habitat d’alimentation de la Sterne de Dougall explique sans doute en partie sa faible abondance et sa répartition restreinte par rapport à de la Sterne pierregarin (Safina, 1990; Nisbet et Spendelow, 1998). De plus, comme les Sternes de Dougall de certaines colonies ne pêchent principalement qu’une ou deux espèces de poisson, toute perturbation environnementale pouvant affecter ces poissons touchera également ces oiseaux (Safina et al., 1988, 1990).

Tableau 3. Sites de nidification de la Sterne de Dougall occupés depuis le début des années 1980. Les entrées en caractères gras proviennent du rapport de situation initial (Kirkham et Nettleship, 1985).
Site de nidificationAnnéeObservationsSource
QUÉBEC   
1. Îles de la Madeleine
    * = nidification confirmée
1972-19831-5 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 19872 adultes*Shaffer et Robert, 1996
 19886 adultes*Shaffer et Robert, 1996
 19893 adultes*Shaffer et Robert, 1996
 19905 adultesFradette, 1990
 19914 adultesShaffer et Laporte, 1996
 19922 adultes*Shaffer et Laporte, 1996
 19937 adultes*Shaffer et Laporte, 1996
 19942 adultesShaffer et Laporte, 1996
 19954 adultesShaffer et Laporte, 1996
 19963 adultesShaffer et Laporte, 1996
 19972 adultes*F. Shaffer, comm. pers.
NOUVEAU-BRUNSWICK   
2. Île Machias Seal19821 coupleKirkham et Nettleship, 1985
 1983-1985absenceKirkham et Nettleship, 1985
 19881 coupleKennedy, 1988
 1992absenceAnonyme, 1992
 199314 adultesP. Dooley, données inédites
 19941 nid, deuxième nid présuméK. Amey, comm. pers.
 19952 nids présumésK. Amey, comm. pers.
 19962 nids présumésK. Amey, comm. pers.
 19975 adultesJ. Hudson, comm. pers.
NOUVELLE-ÉCOSSE   
3. Île Peter’s19811-2 adultesKirkham et Nettleship, 1985
 19821 coupleKirkham et Nettleship, 1985
 19881-2 couplesJ. Cohrs, comm. pers.
 19951 coupleBoates et Sam, 1996
 1996absenceD. Currie, comm. pers.
 1997absenceD. Currie, comm. pers.
4. Île Holmes19911 adulteD’Eon, 1991
 19931 adulteBoates et al., 1993
 1994-1997absenceD’Eon, 1994-1997
5. Île Tusket198315-20 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 1997absenceD’Eon, 1997
6. Île Chesapeake19962 couples, douteuxD’Eon, 1996
 1997absenceD’Eon, 1997
7. Îles Brothers198255-60 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 198436+ couplesT. D’Eon, données inédites
 199120 couplesD’Eon, 1991
 199223 couplesD’Eon, 1992
 199330 couplesD’Eon, 1993
 199434 couplesD’Eon, 1994
 199533 couplesD’Eon, 1995
 199648 couplesD’Eon, 1996
 199754 couplesD’Eon, 1997
8. Île Mud19822-3 adultesKirkham et Nettleship, 1985
 1991absenceD’Eon, 1991
 1995absenceBoates et Sam, 1996
9. Île Westhaver19828 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 1997adultes s’alimentant à proximitéD. Currie, comm. pers.
10. Île Grassy199340 adultesBoates et al., 1993
 199415-20 couplesDickie, 1994
 199530 couplesBoates et Sam, 1996
 199712 couplesP. Mills, comm. pers.
11. Île Wedge19856 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 1995absenceBoates et Sam, 1996
12. Île Sambro19826 adultesKirkham et Nettleship, 1985
 1995absenceBoates et Sam, 1996
13. Plage Fisherman’s19827 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 1983absenceKirkham et Nettleship, 1985
14. Île Inner West Bird**1987probableErskine, 1992
 19978 couplesWhittam, 1997
15. Île Thrumcap19822 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 1995absenceBoates et Sam, 1996
16. Flèche au large de la
      baie Fisherman’s*
19975 couplesWhittam, 1997
17. Île Country198725 couplesNotes de terrain d’Erskine, 1992
 199530 couplesBoates et Sam, 1996
 199645 couplesWhittam, 1997
 19971 coupleWhittam, 1997
18. Île sans nom au large de l’anse Charlos*19974 couplesWhittam, 1997
19. Île Hog1987plusieurs couples, nidification présuméeNotes de terrain d’Erskine, 1992
20. Île Cooks1987plusieurs couples, nidification présuméeNotes de terrain d’Erskine, 1992
 1997absenceDonnées inédites du NSDNR (relevé aérien)
21. Île de Sable198510-20 couplesKirkham et Nettleship, 1985
 19934 couplesZ. Lucas, comm. pers.
 19943 couplesZ. Lucas, comm. pers.
 19952 couplesZ. Lucas, comm. pers.
 19971 coupleZ. Lucas, comm. pers.

*   Les Sternes de Dougall présentes dans ces sites y auraient immigré depuis l’île Country en 1997 (Whittam, 1997).

**  Erskine (1992) a noté que la nidification de Sternes de Dougall dans le carré 20TNE56 était « probable ». Les îles Bird se trouvent dans ce carré. Cependant, il faudrait consulter les notes de terrain originales (non disponibles au moment de la rédaction du présent rapport) pour juger de ce qu’il en est exactement de cette observation.

La population de Sterne de Dougall du Nord-Est du continent se divise en deux groupes, fondés sur des différences relatives à l’océanographie et au régime alimentaire, à savoir : a) le groupe des eaux chaudes, qui niche principalement entre Long Island (New York) et Cape Cod (Massachusetts) et se nourrit surtout de lançon d’Amérique (Ammodytes americanus) mais aussi, en plus petite quantité, de tassergal (Pomatomus saltatrix), de maquereau bleu (Scomber scombrus) et d’anchois (Anchoa spp.); b) le groupe des eaux froides, qui niche dans le Nord du golfe du Maine et le Sud-Est du Canada et se nourrit surtout de hareng atlantique (Clupea harengus harengus) et de merluche blanche (Urophycis tenuis) (Nisbet et Spendelow, 1998).

Bien qu’aucune étude exhaustive n’ait été menée sur la sélection des proies par les Sternes de Dougall au Canada, certaines données ont été recueillies. Ainsi, à l’île Country, le lançon et la merluche blanche constituent, dans des proportions à peu près égales, les principales proies des Sternes de Dougall, qui pêchent aussi le stromaté à fossettes (Peprilus triacanthus) et la lompe (Cyclopterus lumpus) (Whittam et Leonard, données inédites). Elles pêchent souvent des lançons à l’île de Sable (I. McLaren, comm. pers.). Aux îles Brothers, on a observé des Sternes de Dougall pêchant la capucette (Menidia menidia), le stromaté à fossettes et le hareng atlantique (D’Eon, 1994, 1996).

 

Haltes de migration et habitat d’hivernage

Après avoir quitté le nid, au début du mois d’août, les Sternes de Dougall juvéniles de la population du Nord-Est du continent s’envolent avec leurs parents vers diverses haltes de migration réparties de Long Island à Nantucket et Cape Cod, ainsi que dans le golfe du Maine (p. ex. l’île Stratton; Shealer et Kress, 1994). À ces endroits, les sternes vont pêcher au large, où elles trouvent des lançons en abondance, et reviennent se reposer pour la nuit (Shealer et Kress, 1994).

Ces sternes migrent vers le sud à la fin du mois d’août et au début du mois de septembre. Elles arrivent en Amérique du Sud en octobre, où elles ont été observées le long de la côte Nord du continent, de l’Ouest de la Colombie à l’Est du Brésil, entre 11° et 18° de latitude Sud (Nisbet, 1984; Hays et al., 1997). À Mangue Seco, dans l’État de Bahia au Brésil, on a découvert, en 1997, une importante concentration d’environ 10 000 sternes, dont plus de 3 000 Sternes de Dougall (Hays et al., sous presse). Cette population comprenait des Sternes de Dougall baguées provenant de chacune des principales colonies de nidification des États‑Unis (Hays et al., sous presse). Nous ne savons presque rien de l’écologie et du comportement hivernaux des Sternes de Dougall de la population du Nord-Est (Nisbet et Spendelow, 1998). 

 

Habitat de nidification

Les Sternes de Dougall nichent en colonies presque exclusivement sur de petites îles, souvent garnies d’ammophiles et d’autres plantes herbacées (Nisbet, 1981). Dans le Nord-Est de l’Amérique du Nord, les Sternes de Dougall nichent toujours en compagnie de Sternes pierregarins et de Sternes arctiques. Les sternes requièrent des sites de nidification relativement exempts de prédateurs; elles abandonneront d’ailleurs les sites où elles ont connu une saison de forte prédation (Nisbet, 1981). Les Sternes de Dougall nichant en Amérique du Nord sont donc limitées par le nombre de sites de nidification exempts de prédateurs (ou de sites où l’on élimine les prédateurs) disponibles, et offrant aussi une bonne source de nourriture à proximité.

À l’intérieur d’une colonie, les emplacements des nids des Sternes de Dougall sont mieux protégés que ceux des Sternes arctiques ou des Sternes pierregarins (Burger et Gochfeld, 1988; Ramos et del Nevo, 1995; Whittam, 1997; Whittam, données inédites). Les Sternes de Dougall nichent habituellement à l’abri d’une végétation dense, ou encore de rochers, de planches ou de bois de grève éparpillés (Nisbet, 1981; Spendelow, 1982). Elles nichent aussi dans des boîtes, des pneus à moitié ensevelis ou tout autre abri laissé par les humains (Spendelow, 1982). On a observé un taux de nidification plus élevé dans les abris artificiels que dans les sites naturels (Spendelow, 1996). Le tableau 4 présente de l’information sur les types d’habitat de nidification utilisés par les principales colonies canadiennes. On trouve des descriptions semblables des sites de nidification des colonies américaines dans Nisbet (1981, 1989).

 

Tableau 4. Habitat de nidification utilisé par la Sterne de Dougall au Canada.
EndroitHabitatSites de nidificationSource
Îles BrothersDeux îles rocheuses de 1/3 ha distantes de 600 m, garnies de graminées basses.60 % des nids dissimulés près ou en-dessous d’abris divers : casiers à homard, nichoirs, pneus, coques de doris et panneaux de contreplaqué; végétation; 20 % en milieu dégagé.D’Eon, 1997
Île GrassyÎle rocheuse de 1/3 ha bordée d’une plage de galets étroite.Nids dissimulés sous des abris et sous des touffes de plantes herbacées. Centre de l’île couvert de graminées et autres végétaux, particulièrement des carex et des plantes herbacées maritimes.P. Mills, comm. pers.
Île CountryÎle rocheuse de 19 ha avec plantes herbacées, particulièrement des carex, et des petits taillis d’épinettes blanches.Plupart des nids dissimulés sous des touffes de végétation. Certains nids à l’abri de rochers; un nid sous un nichoir en 1997.Whittam, 1997
Île de SableÎle de 40 km de longueur et de 1,5 km de largeur. Dunes couvertes d’ammophiles et de plantes herbacées.Habituellement dans des touffes d’ammophiles.Kirkham et Nettleship, 1985

 

Effet des goélands sur l’habitat de nidification de la Sterne de Dougall 

De nombreuses colonies de sternes ont été abandonnées durant le XXe siècle à cause de la présence de goélands (Crowell et Crowell, 1946; Kress, 1983; Howes et Montevecchi, 1993). Au Canada, la Sterne de Dougall a presque complètement abandonné l’île de Sable et, presque certainement à cause de la prédation par les goélands, l’île Country (Whittam, 1997). En l’absence de prédation, ces deux îles offrent des sites de nidification de grande qualité, principalement parce qu’elles sont situées loin de la terre ferme (160 km et 5 km, respectivement), d’où une moins forte exposition aux prédateurs terrestres et aux perturbations anthropiques (Lock et al., 1993; Whittam 1997).

En général, au Canada, la Sterne de Dougall niche actuellement dans des sites de petite taille, à proximité de la terre ferme. Par exemple, seulement 600 mètres séparent les îles Brothers du littoral. De plus, il semble que les Sternes de Dougall qui ont abandonné l’île Country en 1997 ont colonisé trois sites dont l’un (celui de la baie Fisherman’s) était relié à la terre ferme et l’autre était située très proche du littoral (celui de l’anse Charlos). Aux États‑Unis, les goélands ont forcé les sternes à gagner des sites se trouvant près des côtes, qui renferment aujourd’hui la majorité des colonies nicheuses de Sterne de Dougall (U.S. Fish and Wildlife Service, 1989; Nisbet et Spendelow, 1998). 

Il serait précieux de savoir si la population de goélands s’accroît ou diminue dans l’Est du Canada. En 1987, on a estimé que 30 000 couples de Goéland marin et 28 000 couples de Goéland argenté nichaient en Nouvelle‑Écosse (Lock, 1987). Selon Lock et al. (1993, p. 16), les populations de goélands ne devraient pas s’accroître beaucoup dans l’avenir, mais elles ne devraient pas non plus diminuer considérablement au cours des prochaines décennies. Malheureusement, aucun relevé des effectifs de goélands n’a été effectué au Canada atlantique au cours des dix dernières années. La seule donnée récente dont nous disposons provient du parc national du Gros‑Morne, à Terre‑Neuve, où la population de goélands sur l’île Stearing, de nulle qu’elle était en 1976, est passée à 615 couples en 1992 (Howes et Montevecchi, 1993). La population a cependant chuté à 282 couples en 1993, probablement à cause du moratoire de 1992 sur la pêche à la morue (Deichmann, 1993). 

 

Protection de l’habitat de nidification 

La présence du Goéland argenté et du Goéland marin dans les colonies de nidification est la plus importante menace pesant sur la Sterne de Dougall au Canada. Le fait d’acquérir des habitats propices à la Sterne de Dougall et de leur attribuer le statut d’aires protégées pourrait certes contribuer au rétablissement de l’espèce, mais ne suffirait pas à régler le problème. On doit surveiller annuellement les colonies jugées essentielles à la survie de la Sterne de Dougall au Canada et y empêcher la nidification des goélands. Des goélands nichent actuellement dans trois des six colonies canadiennes de Sterne de Dougall (table 2). Aux États-Unis, 97 p. 100 de la population de Sterne de Dougall niche dans des endroits gérés et protégés par des biologistes et des gardiens; au nombre des mesures de gestion, on compte la destruction des nids de goélands, le harcèlement des goélands adultes et l’enlèvement des prédateurs persistants (goélands et autres espèces; voir Nisbet et Spendelow, 1998). La gestion des prédateurs est absolument nécessaire à la survie de la Sterne de Dougall (Nisbet, 1981, 1989).

 

Colonies de nidification essentielles 

On dresse ci‑dessous la liste des colonies essentielles (ou core colonies, définies dans Lock et al., 1993) de la Sterne de Dougall au Canada, en indiquant à qui appartient actuellement le terrain où elles se trouvent, leur degré de protection et les menaces pesant sur les sternes. On fait aussi brièvement état de ce que l’on sait actuellement du succès reproducteur des sternes dans chacune des colonies. Les chiffres apparaissant entre parenthèses après les noms des colonies désignent leur emplacement indiqué à la figure 1. Les descriptions générales des habitats de chacun des sites sont données au tableau 4.

 

Îles Brothers, Nouvelle‑Écosse (7)

Ces îles ont récemment été acquises par le gouvernement provincial de la Nouvelle‑Écosse (S. Boates, comm. pers.). T. D’Eon effectue sur chacune des deux îles deux ou trois relevés à chaque saison de nidification; il y a compté le nombre de nids depuis 1991 (tableau 3) et établi la taille des couvées depuis 1996 (tableau 5). La colonie semble productive, car de jeunes Sternes de Dougall ayant atteint l’âge de l’envol y ont été observées en 1996 et en 1997 (D’Eon, 1996, 1997). La productivité de cette colonie a été estimée à au moins 0,62 jeune atteignant l’âge de l’envol par nid en 1997 (données de D’Eon, 1997, et calcul effectué par Whittam, 1997). On doit cependant souligner que la taille moyenne annuelle des couvées de la Sterne de Dougall à cet endroit (tableau 5) est très inférieure à celle de la colonie de l’île Country (tableau 6), ainsi qu’à celle de la plupart des colonies américaines (1,5 à 1,8 œuf; Nisbet, 1981).

 

Tableau 5. Nombre de nids (n) et taille moyenne des couvées des Sternes de Dougall nichant aux îles Brothers en 1996 et en 1997 (D’Eon, 1996, 1997).
AnnéenTaille des couvées (± 1 erreur‑type)
1996481,29 ± 0,07
1997541,30 ± 0,06

 

Tableau 6. Sommaire des données sur la nidification de la Sterne de Dougall sur l’île Country en 1996 (tiré de Whittam, 1997).
Paramètres de la nidificationDonnées

Couvées d’un œuf

Couvées de deux œufs

15

30

Taille moyenne des couvées

Date modale de début de la couvaison

1,6

10 juin

Durée moyenne de l’incubation (jours)23,4

Taux d’éclosion (œufs éclos/nid)

Œufs éclos (%)

Œufs détruits (%)

Œufs non éclos (%)

1,04

47 (63)

18 (24)

10 (13)

Nids dans lesquels au moins un œuf a éclos (%)29 (64)
Taux d’envol (jeunes ayant quitté le nid/oisillons éclos)0,07
Productivité (jeunes ayant quitté le nid/nid)0,08

D’Eon aménage aussi des abris pour la nidification et détruit les nids et les œufs de Goéland argenté et de Goéland marin sur les îles Brothers. Le ministère des Richesses naturelles a installé un panneau d’avertissement indiquant la présence de la colonie de sternes sur l’île Nord pour la protéger contre toute perturbation anthropique. En 1994, une exploitation piscicole a été établie à 60 mètres du rivage nord de l’île Nord (Boates et Sam, 1996). On a alors craint que des goélands soient attirés dans le secteur par cette installation et menacent les sternes nichant à proximité, ou encore que l’activité humaine associée à l’exploitation perturbe le comportement reproducteur des sternes. Selon les observations faites jusqu’après la nidification de 1997, il ne semble pas que la pisciculture ait eu un impact négatif sur les sternes (Boates et Sam, 1996; T. D’Eon, comm. pers.). Cependant, s’il y avait expansion de l’exploitation piscicole, les îles Brothers pourraient ne plus être propices à la nidification de la Sterne de Dougall.


Île Grassy, Nouvelle‑Écosse (10)  

Cette île appartient au gouvernement provincial de la Nouvelle‑Écosse. On a découvert en 1993 que la Sterne de Dougall y nichait, mais cette colonie n’a pas fait l’objet d’une surveillance étroite. La productivité de cette colonie doit être établie, de même que les facteurs pouvant influer sur ce paramètre, comme la prédation. Les goélands ne nichent pas sur l’île Grassy, mais ils le font sur de nombreuses îles voisines (P. Mills, comm. pers.). En 1994, des abris de nidification ont été installés pour favoriser la reproduction des sternes, et le ministère des Richesses naturelles a posé un panneau d’avertissement pour empêcher toute perturbation anthropique. Le gouvernement de la Nouvelle‑Écosse prévoit attribuer le statut de zones de gestion de la faune à l’île Grassy et aux îles Brothers, y compris les eaux dans lesquelles elles baignent jusqu’à une distance de 250 mètres (S. Boates, comm. pers.).

Île Country, Nouvelle‑Écosse (17)

Cette île est la propriété du ministère des Pêches et des Océans et relève de la Garde côtière canadienne. Environnement Canada envisage de créer un refuge d’oiseaux migrateurs à cet endroit. Si le ministère des Pêches et des Océans se défaisait de cette île, Environnement Canada tenterait d’en acquérir la propriété. L’île pourrait alors recevoir le statut de réserve nationale de la faune, ce qui assurerait la protection tant des sternes que de leur habitat (Boyne, 1998).

Comme on l’a mentionné plus haut, on sait que la Sterne de Dougall a niché sur l’île Country en nombre relativement élevé en 1987, en 1995 et en 1996 (tableau 3), mais un nombre infime de jeunes y a été produit en 1996 (tableau 6). De plus, le seul couple qui y a niché en 1997 a abandonné son œuf après dix jours d’incubation (Whittam, 1997).

Le Service canadien de la faune (SCF) a conçu un plan de rétablissement des sternes pour l’île Country avec l’aide de l’Équipe canadienne de rétablissement de la Sterne de Dougall, du ministère des Richesses naturelles de la Nouvelle‑Écosse et de la Garde côtière canadienne. Une étude pilote biennale, lancée en avril 1998, examinera si la lutte contre les goélands et les corvidés, sans abattage de ces oiseaux, permettrait de rétablir la Sterne de Dougall et d’autres espèces de sternes à cet endroit (Boyne, 1998). L’Eider à duvet (Somateria mollissima) et l’Océanite cul‑blanc (Oceanodroma leucorhoa) nichent également sur l’île Country (obs. pers.), et on croit qu’une telle gestion des prédateurs leur serait aussi bénéfique (Boyne, 1998). Actuellement, de 60 à 90 couples de Goéland argenté, 20 couples de Goéland marin, deux couples de Corneille d’Amérique et un couple de Grand Corbeau nichent sur l’île Country (Whittam, 1997).

La prédation est la menace la plus directe pour cette colonie, mais il existe aussi une autre menace, moins directe : la construction du gazoduc du Projet énergétique extracôtier de l'île de Sable (PEEIS). Ce gazoduc transportera du gaz naturel depuis les champs gazifères sous‑marins situés à proximité de l’île de Sable jusqu’à la baie Country, en Nouvelle‑Écosse. Comme ce gazoduc passera à moins de cinq ou six kilomètres de l’île Country, on a fait remarquer que sa construction pourrait chasser les poissons dont se nourrissent les oiseaux dans la région et ainsi perturber l’alimentation des sternes. De plus, l’accroissement du trafic maritime, du bruit et éventuellement de la pollution pourrait avoir une incidence sur le comportement reproducteur des oiseaux (Whittam et Leonard, 1996). Par conséquent, il a été convenu que les travaux de construction du segment du gazoduc qui passe à moins de 20 kilomètres de l’île Country devaient être réalisés en dehors de la saison de nidification, c’est‑à‑dire seulement de septembre à avril (Fournier et al., 1997).

 

Île de Sable, Nouvelle‑Écosse (21)

Cette île est administrée par le ministère des Pêches et des Océans et relève de la Garde côtière canadienne. Le SCF lui a donné le statut de refuge d’oiseaux migrateurs pour protéger les populations d’oiseaux migrateurs qui y nichent, particulièrement des sternes et une sous‑espèce du Bruant des prés (le Bruant d’Ipswich, Passerculus sandwichensis princeps). L’accès à l’île est limité en vertu d’un règlement de la Garde côtière (Lock et al., 1993).

La Sterne de Dougall niche depuis longtemps à l’île de Sable, et de 10 à 20 couples nicheurs y ont été signalés en 1985 (Kirkham et Nettleship, 1985). Actuellement, seulement un ou deux couples y nichent, et on ne dispose d’aucune donnée sur leur succès reproducteur. En 1995, environ 2 570 Sternes pierregarins et 286 Sternes arctiques nichaient sur l’île dans 20 colonies (Z. Lucas, données inédites).

Au début des années 1970, environ 2 800 couples de Goéland argenté et 1 200 couples de Goéland marin nichaient sur l’île (Lock, 1973). Z. Lucas y a dénombré les goélands en 1997, mais les résultats de ce relevé ne sont pas encore publiés. Durant cette même année, elle a également évalué les effets potentiels de la prédation par les goélands sur le succès reproducteur des sternes de l’île. Elle a observé qu’il y avait prédation à seulement une des cinq colonies qu’elle a étudiées (Z. Lucas, données inédites). Bien qu’elle n’ait pas étudié spécifiquement la colonie où niche la Sterne de Dougall (celle du phare de l’Est), elle y a tout de même observé qu’il ne semble pas y avoir de prédation par les goélands dans cette colonie (Z. Lucas, comm. pers.).

Le PEEIS pourrait déranger les sternes et d’autres oiseaux nichant sur l’île de Sable. Selon ce qu’on en sait, l’île de Sable ne devrait être abordée qu’occasionnellement par des personnes travaillant sur ce projet, et un code de pratique régira ces visites (Fournier et al., 1997). De plus, les instances responsables du PEEIS devront assurer la réalisation d’un programme de suivi des effets sur l’environnement d’au moins cinq ans, qui évaluera les incidences éventuelles du projet sur les oiseaux de l’île de Sable (Fournier et al., 1997).

Un organisme voué à la protection de l’île de Sable est en train de se constituer. Il s’agit du Sable Island Conservancy, un partenariat à but non lucratif regroupant des intérêts industriels privés, le gouvernement et des groupes écologiques locaux et qui vise à préserver l’intégrité de la flore et de la faune de l’île. S’il obtient des fonds du gouvernement fédéral, cet organisme pourrait contribuer à la gestion et à la conservation des sternes de l’île de Sable (I. McLaren, comm. pers.).

En plus des sites de nidification susmentionnés, on compte également deux sites secondaires où la Sterne de Dougall a niché en petits nombres durant au moins cinq ans.

Le premier de ces sites est celui de l’île Machias Seal (2), laquelle constitue un refuge d’oiseaux migrateurs. On y trouve 67 p. 100 de toutes les sternes nichant dans la baie de Fundy (Lock et al., 1994), et un ou deux couples de Sterne de Dougall y nichent depuis 1979 (Kirkham et Nettleship, 1985; K. Amey, comm. pers.). On ne sait rien de la productivité de ces oiseaux. Un gardien qui réside sur l’île empêche les goélands d’y nicher et contrôle l’accès des personnes.

Le deuxième endroit est les îles de la Madeleine (1). La Sterne de Dougall y niche actuellement dans trois colonies : le site de la colonie de l’île aux Cochons se trouvant sur une propriété privée, le Deuxième îlot appartenant à la Couronne, et l’îlot C étant de propriété inconnue (F. Shaffer, comm. pers.). La prédation par le Goéland marin y constitue un problème, mais aucune mesure de gestion de ce prédateur n’a été prévue (F. Shaffer, comm. pers.). Par ailleurs, la prédation par les renards étant aussi très préoccupante. On a donc installé en 1994 des clôtures électriques autour de deux importantes colonies de sternes pour empêcher les renards d’y accéder (F. Shaffer, comm. pers.).