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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Salamandre pourpre (Gyrinophilus porphyriticus) au Canada

Biologie générale

Reproduction

Server (1986) décrit le dimorphisme sexuel de la glande cloacale et Wortham et al. (1982) illustrent la morphologie des spermatozoïdes. Les mâles sont relativement plus longs que les femelles et, à travers la peau translucide du ventre, on peut reconnaître les testicules noirs ou les ovules blancs (Bishop, 1941).

Le Gyrinophilus porphyriticus se reproduit annuellement en Caroline du Nord (Bruce, 1969). L’accouplement a lieu en automne et la ponte se déroule le printemps ou l’été suivant (Bruce, 1969 et 1972). Le succès de la parade nuptiale est variable et dépend peut-être de la taille des adultes (Beachy, 1996). Les œufs sont fixés sous de grosses roches ou bûches baignant dans l’eau en mouvement. Le nombre d’œufs varie de 44 à 132 dans l’État de New York (Bishop, 1941). Dans les régions méridionales, on signale des pontes moins nombreuses : de 9 à 63 œufs en Caroline du Sud et du Nord (Bruce, 1972), 87 chez une femelle en Caroline du Nord (Calisaya et Marks, 1994) et de 44 à 66 en Virginie (Organ, 1961). L’éclosion a lieu à la fin de l’été (DeGraaf et Rudis, 1983) ou en automne (Organ, 1961). Calisaya et Marks (1994) décrivent le développement de la fécondation à l’éclosion.

Croissance et longévité 

Le Gyrinophilus porphyriticus a la période larvaire la plus longue de toutes les espèces de Pléthodontidés (Hairston, 1987; Beachy et Bruce, 1992), soit de 3 à 5 ans (Bruce, 1980) et même 6 ans (Resetarits, 1995). La croissance des larves est influencée par la qualité de l’habitat aquatique et par la pression de prédation (Bruce, 1978 et 1980; Resetarits, 1991 et 1995). Les juvéniles métamorphosés émergent au printemps ou en été et atteignent la maturité sexuelle un an plus tard (Bishop, 1941). Dans l’État de New York, les individus atteignent ce stade à l’âge de 4 ou 5 ans, alors qu’ils ont une longueur totale de 14 cm (Bishop, 1947). Bruce (1969) estime que les femelles atteignent la maturité sexuelle à l’âge de 5 ans. Resetarits (1995) signale des individus de 6 ans sexuellement immatures. Cela permet de penser que la salamandre pourpre est l’une des espèces qui atteignent la maturité sexuelle à l’âge le plus avancé, et qu’elle a probablement l’un des taux de recrutement les plus faibles de tous les Pléthodontidés. Sa longévité dépasse probablement 10 ans (Tilley, 1977; Castenet et al., 1966).

Déplacements

Comme chez les autres espèces de salamandres vivant dans les ruisseaux, les larves et les adultes se déplacent probablement en suivant les ruisseaux, bien que ce comportement n’ait pas été signalé spécifiquement chez le G. porphyriticus (Bruce, 1986). Les larves provenant des populations d’amont et qui sont emportées par le courant deviennent peut-être des colonisateurs pour les populations d’aval (Resetarits, 1995).

Les déplacements sur la terre ferme doivent être plus rares que chez les autres espèces de salamandres (Bruce, 1978), bien qu’aucun auteur ne fasse état des distances parcourues. Bishop (1941) signale des déplacements entre des ruisseaux. Barbour (1971) indique que l’espèce s’éloigne généralement des ruisseaux en suivant les habitats humides comme les fossés qui bordent les routes. Huheey et Stupka (1967) signalent qu’un grand nombre d’individus traversaient les routes pendant les nuits pluvieuses dans les montagnes Great Smoky. Il est possible que la rareté des déplacements entre les ruisseaux favorise l’isolement des populations (Tilley et Scherdtfeger, 1981). Cela pourrait expliquer l’existence de variations géographiques et la tendance à l’isolement sexuel entre les populations et les sous-espèces du G. porphyriticus (Bruce, 1978; Beachy, 1996) (voir figure 2).

Écologie

La salamandre pourpre est un prédateur des autres salamandres, des invertébrés terrestres et aquatiques et des membres de sa propre espèce (Burton, 1976; Resetarits, 1995). Les larves se nourrissent sur le substrat et sous les objets formant une couverture (Resetarits, 1991), et les adultes se nourrissent principalement sur le rivage des ruisseaux. La forte pression de prédation exercée par le G. porphyriticus a peut-être pour effet de réduire la quantité de nourriture disponible (Culver, 1973, 1975), et par conséquent de ralentir la croissance des larves (Resetarits, 1991; 1995). Sur un tronçon de ruisseau abritant une forte densité de salamandres pourpres, il est possible que les autres salamandres soient moins abondantes ou absentes (Bonin, 1991a, obs. pers.).

Les larves sont sujettes à la prédation par l’Omble de fontaine (Salvelinus fontinalis), ce qui influence fortement la répartition et la dynamique des populations (Resetarits, 1991 et 1995). Les adultes occupent un habitat terrestre et échappent ainsi à la prédation par l’omble de fontaine. On pense que les adultes sont protégés des prédateurs terrestres par leurs sécrétions toxiques et par leur coloration rouge qui les fait ressembler à d’autres espèces encore plus toxiques (Brodie et al., 1979; Brandon et Huheey, 1981). La salamandre pourpre est l’hôte de plus d’une douzaine d’espèces d’helminthes parasites (Catalano et al., 1982).

Comportement, physiologie et vulnérabilité 

L’espèce Gyrinophilus porphyriticus est nocturne et ne se nourrit que pendant les nuits pluvieuses (Burton et Likens, 1975; Burton, 1976). Il est donc rare qu’elle interagisse directement avec les humains. Cependant, étant donné les limites physiologiques que lui impose l’absence de poumons (Spotila 1972; Feder 1983) et la durée de sa période larvaire (Resetarits, 1995), elle est peut-être intolérante à l’égard des modifications qui touchent son habitat. Dans des conditions naturelles, la longévité des adultes et le nombre relativement élevé d’œufs produits à chaque ponte contrebalancent la mortalité des larves due à la pression de prédation et aux fluctuations de l’habitat aquatique (Resetarits, 1995). L’adaptabilité de l’espèce est probablement limitée lorsque les modifications de l’habitat touchant la longévité des adultes ou empêchent le développement des larves aquatiques. La vulnérabilité de l’espèce est bien reflétée par la spécificité de l’habitat dont il est question plus haut et par les nombreux facteurs limitatifs qui sont énumérés ci-dessous.