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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’Engoulevent d'Amérique au Canada

Biologie

Reproduction

L’Engoulevent d’Amérique atteint sa maturité sexuelle à un an (Poulin et al. 1996). Il pond généralement deux œufs, directement sur le sol, le sable, le gravier ou la roche nue (Dexter, 1952; Weller, 1958; Peck et James, 1983; Poulin et al. 1996; Sinclair et al. 2003). L’espèce a généralement une couvée par année, mais elle peut produire une deuxième couvée dans le sud de son aire de répartition (Weller, 1958). La ponte a habituellement lieu de la deuxième semaine de mai à la mi-août (Gauthier et Aubry, 1996; Poulin et al. 1996). Seule la femelle s’occupe de l’incubation, qui dure de 16 à 20 jours, selon la région (Rust, 1947; Foyle, 1946; Campbell et al. 1990). Les oisillons demeurent dans le nid de la mi-juin à la fin août (Poulin et al. 1996). Au cours de cette période, la femelle couve continuellement les oisillons tandis que le mâle nourrit la femelle et les oisillons au nid (Granza, 1967; Brigham, 1989). Les oisillons sont semi-précoces et sont en mesure de parcourir de courtes distances à la recherche d’ombre au cours des premiers jours (Gross, 1940). Les jeunes prennent leur premier envol après 18 jours et peuvent capturer leur premier insecte près du sol après 25 ou 30 jours (Gross, 1940; Rust, 1947). Ils ont atteints leur plein développement à l’âge de 45 à 52 jours (Gross, 1940; Rust, 1947). Au Québec, la période de dépendance après le départ du nid aurait lieu de la deuxième semaine de juin à la dernière semaine de juillet (Gauthier et Aubry, 1996). Au Yukon, des juvéniles dépendant des adultes et n’étant pas encore en mesure de voler sur de longues distances ont été signalés aussi tardivement que le 22 août (Sinclair et al. 2003).


Survie

Il existe très peu de données sur les taux annuels de survie chez les adultes dans les aires de reproduction et d’hivernage. En outre, aucune étude n’a été menée sur le succès de reproduction ou les taux de survie des oisillons après l’envol (Poulin et al. 1996). La durée de vie moyenne de l’Engoulevent d’Amérique est de quatre à cinq ans (Poulin et al. 1996), bien que des oiseaux bagués de neuf ans aient déjà été signalés (Dexter, 1961). De même, des températures extrêmement élevées sur les surfaces de toit en été (c.-à-d. 60 °C) peuvent provoquer la mort des oisillons (Gross, 1940).


Déplacements et dispersion

L’Engoulevent d’Amérique est l’une des espèces d’Amérique du Nord parcourant la plus grande distance nord-sud pendant la migration (Poulin et al. 1996). Il arrive au Canada du début mai au début juin (Weir, 1989; Manitoba Avian Research Committee, 2003) et migre vers l’Amérique du Sud de la mi-août à la mi-septembre (Ouellet, 1974; Manitoba Avian Research Committee, 2003). Les vols de migration automnaux sont souvent associés à l’émergence de fourmis volantes (hyménoptères) en août (Poulin et al. 1996) et comptent des volées de 10 à 16 000 individus (Ouellet, 1974; Tuft, 1986; Weir, 1989; Poulin et al. 1996).

Les facteurs ayant une incidence sur la dispersion du site natal sont inconnus (Poulin et al. 1996). Selon des études sur des oiseaux bagués, les femelles sont fidèles au site de nidification (Dexter, 1961; Poulin et al. 1996). Il n’existe aucune donnée sur les mâles (Poulin et al. 1996).


Alimentation et habitudes alimentaires

L’Engoulevent d’Amérique est un insectivore aérien se nourrissant principalement à l’aube et au crépuscule (Poulin et al. 1996), à des hauteurs variant de 1 à 80 m (Brigham, 1990; Poulin et al. 1996). Contrairement à d’autres espèces d’engoulevents qui ont recours à l’écholocalisation, l’Engoulevent d’Amérique détecte visuellement ses proies, à l’aide de son tapis choroïdien très développé, qui améliore sa vision dans les milieux à faible luminosité (Poulin et al. 1996). Si la densité des insectes est élevée, l’espèce peut se nourrir en groupes allant de quelques dizaines à plusieurs centaines d’individus (Brigham et Fenton, 1991; Brigham et Barclay, 1995). En milieu urbain, les engoulevents se nourrissent souvent près des réverbères et des lumières des immeubles, où ils capturent des insectes attirés par la lumière (Poulin et al. 1996). Au cours des périodes de reproduction et de migration, l’espèce est fréquemment observée se nourrissant de trichoptères au-dessus de l’eau (Montréal, Ouellet, 1974; vallée de l’Okanagan, Firman et al. 1993; nord-ouest de la Saskatchewan, C. Savignac, obs. pers., 2005).

L’Engoulevent d’Amérique se nourrit d’une grande variété d’insectes (plus de 50 espèces), mais il préfère les homoptères, les coléoptères, les hyménoptères, les diptères et les orthoptères (Gross, 1940; Blem, 1972; Caccamise, 1974; Brigham, 1990; Brigham et Fenton, 1991; Firman et al. 1993; Todd et al. 1998). Des analyses de contenu stomacal ont montré que les fourmis volantes et les coléoptères représentaient respectivement 25 p. 100 (c.-à-d. de 200 à 1 800 fourmis/estomac) et 20 p. 100 de la nourriture totale ingérée (n = 87 individus, Gross, 1940).


Relations interspécifiques

L’Engoulevent d’Amérique est agressif envers les autres espèces semblables, telles que l’Engoulevent piramidig et l’Engoulevent de Caroline (Bjorklund et Bjorklund, 1983). Toutefois, il est subordonné aux chauves-souris à certains sites d’alimentation (Shields et Bildstein, 1979). L’Engoulevent minime exclut l’Engoulevent d’Amérique de son territoire dans certaines régions désertiques du sud des États-Unis, où les densités d’insectes sont faibles (Caccamise, 1974).

Parmi les prédateurs potentiels des engoulevents adultes, il y a le chat domestique (Felix catus), la Crécerelle d’Amérique (Falco sparverius) et le Faucon pèlerin (Falco peregrinus) (Poulin et al. 1996). Les œufs et les nids sont fréquemment la proie de la Corneille d’Amérique (Corvus brachyrhynchos), du Grand Corbeau (Corvus corax), des mouettes et goélands, des strigidés, du coyote (Canis latrans), de la mouffette rayée (Mephitis mephitis), des chiens, des renards et des serpents (Marzilli, 1989; Wedgwood, 1991).


Domaine vital et territoire

L’Engoulevent d’Amérique a un comportement extrêmement territorial, et les mâles franchissent rarement les limites territoriales (Wedgwood, 1973). La taille moyenne du territoire varie selon l’habitat; en milieu urbain, il est estimé à 10 ha (Rust, 1947; Armstrong, 1965; Wedgwood, 1973) et à 28,3 ha dans les zones naturelles (Wedgwood, 1973). En outre, la taille du territoire peut varier selon l’existence de sites de nidification propices, tel que l’a montré une étude menée en Floride, où la distance moyenne entre 16 nids n’était que de 73 m (Sutherland, 1963). En Saskatchewan, la densité des territoires de l’Engoulevent d’Amérique est plus élevée en milieu urbain (1 mâle/18,6 ha) qu’en banlieue (1 mâle/36,6 ha, n = 48, Wedgwood, 1973).


Comportement et adaptabilité

Depuis le milieu du XIXe siècle, l’Engoulevent d’Amérique s’est bien adapté aux milieux urbains où les immeubles aux toits couverts de gravier fournissent des sites de nidification propices (Poulin et al. 1996). L’espèce a également tiré profit de l’abondance d’insectes près des réverbères et des habitats artificiels, tels que les bassins de traitement.