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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la frasère de Caroline au Canada – Mise à jour

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

En 2004, les rédacteurs du présent rapport ont effectué des relevés visant neuf des populations (2, 3, 5, 8, 9, 10, 11, 14 et 17; voir tableau 1), répartis sur six jours, entre le 13 et le 30 juillet 2004. Ils ont ainsi réussi à repérer et recenser chacune de ces populations, sauf les populations 5 et 17. Le 13 août, ils sont retournés voir les populations 8 et 11, où ils n’ont repéré aucun individu supplémentaire. La même date, ils ont visité les lieux de la population 12, où ils n’ont aperçu aucun individu de l’espèce; il est possible que cette visite ait été trop tardive pour permettre l’observation de l’espèce.

Tableau 1 : Sommaire des populations canadiennes du Frasera caroliniensis
SiteDernière observationNombre d’individusCommentairesMenaces
1 Innerkip1918InconnuLe site n’a jamais été retrouvé, et les données de localisation sont vagues. 
2 Glen Morris20048623 sous-populations; la population semble s’accroître, mais cela peut être lié à l’intensité des recherches faites en 2004.Plantes envahissantes (Melilotus, Rhamnus).
Habitat protégé.
3 Lac Blue2004745Le propriétaire est intéressé à protéger la population, ce qui a favorisé une augmentation de l’effectif.Plantes envahissantes de diverses espèces; broutage dans le passé; terrain géré en aire de pique-nique.
4 Brantford1930InconnuLe site n’a jamais été retrouvé, et les données de localisation sont vagues. 
5 Grès de la formation d’Oriskany1989« plusieurs »Aucun individu n’a été retrouvé en 2004.Fort impact d’une coupe forestière récente et de la présence de l’Alliaria officinalis.
6 Parc provincial Selkirk2004105Population répartie entre plusieurs lieux dispersés. Stable depuis 1997, alors qu’elle comptait plus de 100 individus.Risque d’ombrage par la fermeture du couvert forestier; plantes envahissantes (Rosa multiflora, Rhamnus spp.).
Habitat protégé.
7 Ruisseau de Borer1989(moins de 10, et aucun en fleurs)Observation fortuite de D. KirkHabitat protégé.
7 Ruisseau de Borer2005aucun2 heures de recherche ciblée au même endroit (UTM), par D. Kirk et R. Hay, et aucun individu trouvé.Habitat protégé.
8 Bois de l’escarpement Clappison2004513, répartis en 2 sous-populations (329 et 184)10 observations depuis 1950, toutes indicatrices d’une population appréciable, mais nous n’avons pas réussi à retrouver une des deux sous-populations en 2004 (peut-être à cause d’une visite trop tardive).Habitat exposé à un risque de lotissement.
Bridgeview2004329, répartis entre un versant (168) et une ligne de transport d’électricité (161)P. O’Hara et J. Ambrose, puis C.J. Rothfels, E.C. Oberndorfer, P. O’Hara et S. Rehman (plutôt séparée des autres observations faites dans ce site)Petits sentiers; un peu d’ordures; plantes envahissantes (Alliaria, Cynanchum, Rhamnus, Lonicera).
Chemin Snake2004(184)Fourré arbustif denseNombreuses espèces envahissantes
Chemin Snake200519, et aucun en fleursRecherche ciblée par R. HayNombreuses espèces envahissantes
9A Sanctuaire Hendrie Valley2004153Population signalée pour la première fois en 1937. Apparemment stable.Érosion, sentier officieux, Rhamnus cathartica, Alliaria officinalis.
9B Sanctuaire Hendrie Valley2005120, dont 18 en fleursSite récemment découvert, situé à environ 200 m du site 9A.L’habitat est protégé, mais le propriétaire n’a pas les moyens de le gérer.
10 Bois Sassafras2004531Déclin d’environ 50 % depuis 1990Un peu de perturbation anthropique; présence d’espèces envahissantes.
10 Bois Sassafras2005« centaines »Des centaines d’individus à l’état végétatif, à feuilles trop fanées pour qu’ils puissent être dénombrés facilement; 5 individus avec tige florifère - D. Kirk et R. HayCoupe forestière récente dans le secteur; risque de lotissement.
11 Chemin King est2004204500 individus répertoriés en 1982. Les individus observés en 2004 forment une nouvelle sous-population; la population originale n’a pas été retrouvée (peut-être à cause d’une visite trop tardive).Érosion; Melilotus alba. Le développement industriel prévu devrait détruire le site.
12 Chemin King ouest1986270Aucun individu n’a été retrouvé en août 2004. La recherche a peut-être été faite trop tard dans la saison.Le développement industriel prévu devrait détruire le site.
Briqueterie Hanson (même site que le précédent)20053 tiges florifèresLes rosettes étaient difficiles à compter parce qu’elles étaient trop fanées - D. Kirk et R. HayLe développement industriel prévu devrait détruire le site.
13 Hamilton1933InconnuLe site n’a jamais été retrouvé, et les données de localisation sont vagues. 
14 Ruisseau Sixteen Mile200467Signalé pour la première fois en 1966; il n’existe aucune estimation antérieure de l’effectif.Plantes envahissantes (Alliaria, Hesperis); sentiers officiaux; ordures.
15 Ruisseau Fifteen Mile1987InconnuAucune donnée n’est disponible sur la position exacte et l’effectif. 
16 Parc provincial des Collines Short19981?Peu de détails dans le rapport de 1998. Environ 1 000 individus ont été vus en 1995.Habitat protégé, mais aucun personnel sur place pour gérer.
16 Parc provincial des Collines Short20051 000 (estimation)Environ 500 individus dans un secteur boisé et quelques centaines dans un secteur dégagé, dont 14 tiges florifères - D. Kirk et R. Hay 
17 Ruisseau Twelve Mile1956InconnuAucun individu n’a été trouvé en 2004, malgré un effort de recherche considérable.Bon habitat, mais abondance de Rosa multiflora envahissant.
18 St. Davids1897InconnuPeut-être disparu – les indications de localité sont vagues, et il n’y a eu aucune observation depuis plus d’un siècle. 
19 Hauteurs Queenston1911InconnuProbablement disparue. 
20 Sarnia1896InconnuLe site n’a jamais été retrouvé et est probablement disparu. 
21 Domaine Cartwright2005287, dont 24 en fleurs.A. Ernest, terrain appartenant au Hamilton Naturalists’ Club.Habitat protégé et gestion assurée par des bénévoles.
22 Cootes Paradise200512, dont 6 en fleurs.Site récemment découvert.Habitat protégé, mais le propriétaire n’a pas les moyens d’en assurer la gestion.

Note : Des données visant l’année 2005 ont été fournies pour plusieurs des sites, après la rédaction du présent rapport, par le Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario, à Peterborough.

En 2005, Donald Kirk et Rebecca Hay ont fouillé le site 12 et y ont trouvé 3 tiges florifères ainsi qu’un nombre indéterminé de rosettes végétatives. La même année, les rédacteurs du présent rapport ont découvert 2 nouvelles populations, dont une dans le sanctuaire de Cootes Paradise du Royal Botanical Gerdens (pop. 22) et une dans le sanctuaire naturel du domaine Cartwright, récemment acquis par le Hamilton Naturalists’ Club (pop. 21; Rothfels, 2005). Des données supplémentaires ont été recueillies sur 4 autres sites (9, 10, 12 et 16), et aucun individu de l’espèce n’a été trouvé dans un cinquième site (pop. 7), qui est sans doute disparu.

Les populations ont été recensées par une fouille intensive des milieux propices, et l’estimation de leur effectif est fondée sur un dénombrement direct des individus. Cette méthode fournit des données comparatives fort utiles, mais elle comporte plusieurs limites qui rendent difficile une évaluation exacte des tendances des populations. D’abord et avant tout, il faut se rappeler que la majorité des estimations antérieures ont été faites de manière plutôt aléatoire, car les observateurs répertoriaient habituellement les populations de Frasera caroliniensis au passage, dans le cadre de travaux de terrain menés à d’autres fins. Par exemple, dans le site 2, les rédacteurs du présent rapport ont trouvé beaucoup plus d’individus en 2004 que ne l’avaient fait les observateurs antérieurs; il est difficile de préciser si cette différence est indicatrice d’une augmentation réelle de l’effectif ou traduit simplement le plus grand effort de recherche consenti en 2004.

Une autre limite de cette méthode est liée à la biologie de reproduction particulière du Frasera caroliniensis. Comme il s’agit d’une plante vivace monocarpique à floraison synchrone, une grande partie de chaque population peut fleurir et mourir la même année, ce qui produit un déclin temporaire de l’effectif. Par conséquent, si on se fonde sur une seule année de relevés, on risque de sous-estimer l’effectif de populations qui viennent de fleurir. C’est peut-être ce qui est arrivé dans le cas de la population 10, où les rédacteurs ont recensé à peu près la moitié du nombre d’individus observés en 1990.

La seule façon de surmonter ces limites serait d’établir une surveillance régulière et continue des populations. De tels travaux ne peuvent entrer dans le cadre de l’évaluation de la situation, mais sont habituellement intégrés à la planification du rétablissement.


Abondance

Malgré les limites précitées, les données dont nous disposons actuellement permettent d’évaluer l’abondance du Frasera caroliniensis au Canada. Si on tient compte à la fois des données recueillies par les rédacteurs et de celles disponibles dans la base de données du Centre d’information sur le patrimoine naturel (CIPN) de l’Ontario, la population canadienne totale de rosettes végétatives de l’espèce s’élevait à 3 919 en 2004. Les travaux de terrain de portée plus limitée effectués en 2005 ont permis de relever en tout 63 tiges florifères réparties entre 7 populations, comme le montre le tableau 1.

Il est difficile d’évaluer la structure de la population canadienne du Frasera caroliniensis. L’espèce comporte essentiellement 3 classes d’âge, correspondant respectivement aux plantules, aux rosettes immatures et aux adultes reproducteurs. Cependant, nous n’avons pas réussi à prédire le moment auquel un individu donné passera du stade immature ou stade adulte, ce qui nous a obligés, comme biologistes de terrain, à répartir superficiellement les populations en classes de taille. La plupart des populations étudiées semblaient principalement constituées d’individus ayant à peu près la même taille. La seule exception à cette règle était la population des bois de l’escarpement Clappison, où plusieurs classes de taille étaient représentées. Aucune des observations antérieures consignées dans la base de données du CIPN ne fournit d’indication sur la structure d’âge ou de taille d’une population. Comme seul le nombre de rosettes vivantes a été consigné et qu’il est impossible de déterminer lesquelles de ces rosettes étaient assez développées pour pouvoir produire des fleurs l’année suivante, nous ne connaissons pas le nombre réel d’individus parvenus à maturité et potentiellement reproducteurs présents en 2004, et seulement 63 tiges florifères ont été dénombrées en 2005, dans 4 des 8 populations ou sous-populations recensées. Il est donc impossible de déterminer, à partir des données actuelles, combien de pousses végétatives, en plus des tiges déjà en fleurs, peuvent être considérées comme suffisamment développées pour mériter d’être comptées à titre d’individus adultes.

Le nombre total d’individus présents en 2005 est sans doute de l’ordre de 4 200, la plupart à l’état végétatif.


Fluctuations et tendances

Parmi les populations qui ont été observées récemment, 4 (6, 8, 9 et 16) peuvent sans doute être considérées comme stables. Un total de 2 (2 et 3) sont peut-être en augmentation, mais l’accroissement observé peut être le résultat de la plus grande intensité des recherches menées en 2004, comme nous l’avons mentionné. La population 10 est relativement grande, mais des relevés récents semblent indiquer qu’elle connaît d’amples fluctuations d’une année à l’autre. Il faudrait une surveillance plus détaillée de cette population pour pouvoir en préciser la situation. De même, la population du domaine Cartwright (21) est grande, mais nous ne possédons aucune donnée permettant d’en évaluer les tendances, puisqu’elle vient d’être découverte. Les propriétaires des sites 11 et 12 ont l’intention d’y étendre le développement industriel, et des activités semblables ont déjà détruit la plus grande partie de ces 2 populations au cours de la dernière vingtaine d’années.

Au total, 9 populations historiques, observées entre 1896 et 1956, sont sans doute disparues (1, 4, 5, 7, 13, 17, 18, 19 et 20). De plus, 2 des 3 populations restantes sont petites (14 et 22), tandis que la situation de la dernière est inconnue (15). La perte historique de 9 populations au cours du dernier siècle représente un déclin d’environ 41 p. 100.

En résumé, parmi les 10 grandes populations de Frasera caroliniensis de l’Ontario, seulement la moitié sont situées dans des zones protégées (2, 6, 9, 16 et 21), et 2 risquent fortement de disparaître prochainement (11, 12). Les autres sont menacées soit par un changement de propriétaire, soit par une modification des priorités des propriétaires actuels. Cependant, la densité des populations situées dans le sud-ouest de Halton et l’existence de grandes étendues de milieux propices le long de l’escarpement du Niagara semblent indiquer que de nouvelles populations pourraient encore être découvertes.


Effet d'une immigration de source externe

La dispersion naturelle du Frasera caroliniensis depuis les États-Unis vers le Canada est impossible ou constitue à tout le moins un phénomène extrêmement rare. En effet, la rivière Niagara, le lac Érié et la rivière Détroit sont des obstacles redoutables pour une plante dont les graines ne semblent aucunement adaptées à la dispersion par les oiseaux. Quoi qu’il en soit, pour cette espèce, la perte d’habitat constitue une préoccupation bien plus immédiate que son taux de recrutement limité.