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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Limace-prophyse bleu-gris au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, le P. cœruleum se trouve à la limite nord de son aire de répartition. On ne sait pas si les conditions du milieu plus au nord dépassent les limites physiologiques de l’espèce ou si la répartition actuelle de l’espèce est le résultat des glaciations du pléistocène, qui auraient causé des extinctions localisées et créé des barrières à la dispersion.

Les principales menaces à la survie de l’espèce en Colombie-Britannique sont la destruction, la fragmentation et la dégradation de son habitat. L’espèce est également confrontée à la concurrence de gastéropodes exotiques ainsi qu’à la prédation par des espèces indigènes et introduites.

Destruction de l’habitat. – Dans le sud et l’est de l’île de Vancouver, les forêts abritant le P. coelureum et situées en dehors des aires protégées reculent à une vitesse alarmante devant l’étalement urbain et les infrastructures associées (voir la section « Tendances en matière d’habitat »). Les localités abritant l’espèce et situées dans des parcs régionaux du district régional de la capitale sont soustraites à la menace de mise en valeur des terres, mais sont par ailleurs souvent dégradés par un usage intensif à des fins récréatives et par l’introduction d’espèces végétales et animales exotiques. Dans les propriétés du ministère de la Défense nationale, l’habitat de l’espèce bénéficie d’une certaine protection.

Fragmentation de l’habitat. – Le morcellement de l’habitat du P. cœruleum qui accompagne la destruction des forêts est une menace majeure à la survie de l’espèce, surtout que celle-ci semble posséder une faible capacité de dispersion. Le confinement des populations à des fragments résiduels de forêt accroît la probabilité d’extinctions locales puisqu’il restreint les chances de recrutement et de recolonisation à partir d’autres populations. Dans le district régional de la capitale, les milieux forestiers sont très fragmentés.

Dégradation de l’habitat. – Toute activité humaine ayant pour conséquence d’assécher le tapis forestier ou de réduire la quantité d’abris pour les limaces peut être source de dégradation de l’habitat du P. cœruleum. Les coupes d’exploitation, les coupes d’éclaircie, le broutage et le prélèvement de bois de chauffage créent des ouvertures dans le couvert forestier et peuvent ainsi modifier les conditions d’humidité du tapis forestier et rendre celui-ci moins favorable au P. cœruleum. Les activités récréatives pratiquées en dehors des routes et des entiers, notamment la circulation en véhicule tout-terrain et en vélo de montagne, compactent le substrat. Il en est de même pour le piétinement lié à d’autres activités récréatives intensives. Les pratiques d’exploitation forestière qui ne laissent pas suffisamment de débris ligneux grossiers, notamment de gros troncs présentant différents états de décomposition, privent l’espèce d’abris essentiels. Les feux intenses qui transforment le tapis forestier sont probablement néfastes pour le P. cœruleum (Burke et al., 2000). Les espèces végétales exotiques envahissantes (p. ex. le genêt à balais, l’ajonc d’Europe et le daphné lauréole) sont en voie de modifier considérablement les écosystèmes indigènes dans l’aire de répartition du P. cœruleum. La dégradation de l’habitat du P. cœruleum s’observe principalement dans les petits peuplements forestiers en voie d’être envahis par des espèces exotiques ou dont les conditions microclimatiques, notamment le degré d’humidité du tapis forestier, sont changées.

Compétition avec des gastéropodes introduits.– Aux États-Unis, la concurrence de gastéropodes exotiques pour les ressources alimentaires ou les abris menace les populations du P. cœruleum (Burke et al., 2000). En Colombie-Britannique, on a recensé pas moins de 25 espèces de gastéropodes exotiques, la plupart d’origine européenne (Forsyth, 2004). Ces gastéropodes se trouvent surtout dans les secteurs habités de l’île de Vancouver, et plusieurs sont présents dans les localités pour lesquelles le P. cœruleum est répertorié (voir la section « Relations interspécifiques »). Certains gastéropodes exotiques envahissants, notamment la limace cendrée, sont agressifs (Rollo et Wellington, 1979). La limace Boettgerilla pallens mange les œufs d’autres limaces (Forsyth, 2004). Or, ces deux espèces ont été observées dans les mêmes localités que le P. cœruleum (Ovaska et Sopuck, données inédites).

Prédation par des espèces indigènes et exotiques. – On peut penser que le morcellement des milieux forestiers augmente le risque de prédation pour les espèces qui y vivent. Les populations du P. cœruleum vivant dans des fragments de forêt de faible étendue, où la quantité de lisière est relativement importante, sont particulièrement exposées aux prédateurs qui exploitent les milieux perturbés, par exemple la corneille, certains carabes et certains gastéropodes exotiques. On croit que la faculté d’autotomie de la queue chez le genre Prophysaon est une adaptation évolutive permettant d’échapper aux carabes et autres prédateurs. Chez le P. foliolatum, espèce parente, il est manifeste que l’autotomie est un mécanisme efficace pour échapper aux carabes (Deyrup-Olsen et al., 1986). Il est peu probable que les coléoptères prédateurs indigènes présentent une menace pour la survie du P. cœruleum, sauf si l’effectif de l’espèce venait à décliner au point de ne plus pouvoir se rétablir de la prédation naturelle. Dans les régions où il a été introduit, l’escargot Oxychilus draparnaudi, espèce carnivore, est perçu comme une menace potentielle pour les gastéropodes indigènes (Frest et Rhodes, 1982). La limace exotique Boettgerilla pallens mange les œufs d’autres gastéropodes (Reise et al., 2000). On peut penser que, dans les fragments d’habitat de moindre étendue, la présence d’éléments pouvant servir d’abris, notamment de gros troncs en décomposition, est particulièrement importante pour permettre au P. cœruleum de se réfugier contre les prédateurs.

Changement climatique. – Les scénarios de changement climatique prévoient un prolongement des périodes de sécheresse estivales et un accroissement de la fréquence des événements extrêmes (Gates, 1993; Environnement Canada, 2002). Les populations du P. cœruleum souffriraient vraisemblablement d’un assèchement du tapis forestier durant leur période d’activité, du printemps à l’automne. Les effets d’un prolongement de la sécheresse estivale se feraient probablement sentir de façon plus aiguë dans les fragments d’habitat dégradé dépourvus de microhabitats où l’espèce pourrait se réfugier.