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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Limace-prophyse bleu-gris au Canada

Biologie

On connaît peu de choses sur l’écologie et le cycle vital du P. cœruleum. Il n’existe pratiquement aucune documentation sur les populations de la Colombie-Britannique, les données disponibles se limitant aux observations inédites des chercheurs. Burke et al. (2000) donnent un sommaire des données sur la biologie du P. cœruleum recueillies aux États‑Unis, aux fins de gestion de l’espèce. McGraw et al. (2002) ont étudié le régime alimentaire du P. cœruleum en Oregon.


Cycle vital et reproduction

Il semble que le P. cœruleum ait un cycle vital annuel, accomplissant sa croissance jusqu’à la maturité et se reproduisant la même année (Burke et al., 2000). L’absence de mentions d’individus adultes pour le début du printemps en Colombie-Britannique et aux États‑Unis donne à croire que peu d’individus, s’il en est, vivent plus d’une année. L’espèce passe probablement l’hiver sous forme d’œufs, qui éclosent au printemps. En Colombie-Britannique, les spécimens observés étaient tous des adultes et ont tous été repérés à la fin de l’automne, entre octobre et décembre.

Comme les autres gastéropodes pulmonés, le P. cœruleum est un ovipare ainsi qu’un hermaphrodite simultané, chaque individu possédant à la fois les organes reproducteurs mâles et femelles. Aucun cas d’autofécondation n’a été observé, et on pense que la fécondation croisée est la règle, comme chez la plupart des pulmonés. On ne connaît ni la taille des pontes ni les particularités de la reproduction chez le P. cœruleum.


Alimentation et prédation

En Oregon, on a trouvé dans les fèces du P. cœruleum des spores et des hyphes de champignons (McGraw et al., 2002) en quantités indiquant que les champignons forment une partie importante du régime alimentaire de l’espèce. Les hyphes et les spores de champignons étaient les éléments les plus communs; ils étaient présents dans 90 p. 100 des échantillons analysés (échantillons du printemps et de l’automne confondus). Bien que les champignons aient été un des principaux éléments trouvés dans les fèces du printemps et de l’automne, la fréquence des spores était beaucoup plus élevée dans les échantillons d’automne (62 p. 100) que dans ceux de printemps (24 p. 100). Les spores provenaient de dix familles de champignons, pour la plupart des espèces mycorhiziennes associées à des plantes vasculaires, notamment des espèces bénéfiques associées aux conifères. Les fèces contenaient également des tissus végétaux (fréquence de 59 p. 100, échantillons du printemps et de l’automne confondus) et des lichens (25 p. 100). En Colombie-Britannique, des individus gardés en captivité acceptaient des matières végétales fraîches (laitue et carottes) et ont vécu durant plusieurs mois (K. Ovaska, données inédites).

Divers vertébrés et invertébrés se nourrissent de limaces, et le P. cœruleum compte probablement parmi leurs proies (Burke et al., 2000). Des escargots des genres Haplotrema et Ancotrema et des carabes (coléoptères de la famille des Carabidés), grands prédateurs de gastéropodes, sont communs dans l’habitat du P. cœruleum. Le P. cœruleum, comme d’autres espèces de Prophysaon, possède la faculté de s’amputer de sa queue, adaptation efficace pour échapper aux prédateurs (Hand et Ingram, 1950).


Déplacements et dispersion

On pense que le P. cœruleum a une capacité de dispersion très limitée, de l’ordre de quelques dizaines à quelques centaines de mètres par génération, mais il existe peu de données à cet égard (Wilke et Duncan, 2004; N. Duncan, comm. pers.). En Oregon, des individus gardés en captivité ne se sont pas beaucoup déplacés (N. Duncan, comm. pers.). On ne sait pas s’il y a dans la vie de l’espèce une étape où elle se disperse, mais il est peu probable qu’elle franchisse une grande distance en une seule génération sans l’intervention de vecteurs comme les animaux ou les éléments. On ne connaît aucun vecteur animal ni autre agent de dispersion (comme le vent ou l’eau) de l’espèce et on n’en imagine aucun.

Le tranport par des humains est possible, mais probablement marginal. À la différence des limaces exotiques devenues communes dans les milieux perturbés de presque toute l’Amérique du Nord, le P. cœruleum ne semble pas envahissant, il vit dans la forêt plutôt que dans les milieux remaniés et dégagés, et sa répartition au Canada et dans le nord des États‑Unis est très morcelée. Le risque d’introduction involontaire d’individus ou d’œufs de l’espèce par du matériel de pépinière ou de la terre adhérent aux chaussures est donc très faible.

Bien que découvert tout récemment dans l’île de Vancouver, le P. cœruleum s’y trouve fort probablement depuis longtemps. Plusieurs raisons permettent de le croire (R. Forsyth, comm. pers.). D’abord, très peu des mollusques terrestres indigènes de la Colombie-Britanniquepossèdent des caractères propices à l’introduction. Les espèces introduites sont presque toujours des espèces synanthropiques. Les espèces exotiques présentes dans les forêts indigènes, par exemple, ne sont que des sous‑populations des espèces exotiques présentes dans les jardins des villes. Aucune espèce exotique ne se rencontre uniquement dans les forêts indigènes. En outre, la répartition connue du P. cœruleum dans l’île de Vancouver ne présente aucune anomalie; au contraire, elle correspond à celle de l’espèce aux États‑Unis et recoupe celle d’autres mollusques terrestres.


Relations interspécifiques

En Colombie-Britannique, de nombreux gastéropodes exotiques sont présents dans l’aire de répartition du P. cœruleum (Forsyth, 2004). Dans les localités où le P. cœruleum a été observé, on trouve notamment la limace rouge (Arion rufus), la limace cendrée (Limax maximus) et la limace Boettgerilla pallens (K. Ovaska et L. Sopuck, données inédites). On ne sait pas si les espèces exotiques exercent une pression de prédation sur le P. cœruleum ou lui livrent une compétition pour les ressources alimentaires ou les abris, mais il est possible qu’elles lui nuisent.


Adaptabilité

La présence du P. cœruleum dans des forêts en régénération et à la lisère de forêts montre que l’espèce tolère une certaine perturbation du milieu. La présence d’abris (troncs en décomposition, etc.), d’ombre et d’humidité est peut‑être plus déterminante que l’âge de la forêt. La question de savoir si l’espèce préfère la forêt en régénération ou si elle y vit à défaut de forêts anciennes n’a pas été étudiée.