Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Limace-prophyse bleu-gris au Canada

Taille et tendances des populations

Activités de recherche

Parmi la faune de la Colombie-Britannique, les gastéropodes terrestres sont beaucoup moins connus que les vertébrés, et on continue d’en découvrir des espèces indigènes. Plus de relevés ont été effectués à l’île de Vancouver que dans la plupart des régions de la province, à commencer par ceux des premiers malacologues, dont G.W. Taylor et A.W. Hanham, à la fin des années 1800 (Drake, 1963, et Forsyth, 2004, donnent une synthèse de l’histoire de la malacologie en Colombie-Britannique). Au cours du XXe siècle, les relevés ont bien souvent été sporadiques, et de nombreuses régions, y compris l’île de Vancouver, ont été pratiquement ignorées.

Rollo et Wellington (1975) ont effectué des relevés dans la région de Vancouver au début des années 1970. Dix ans plus tard, Cameron (1986) a exploré de nombreux milieux à l’île de Vancouver et dans la vallée du bas Fraser. Plus récemment (entre 1990 et 2003), Forsyth a fouillé des centaines de localités dans ces deux mêmes secteurs (R. Forsyth, comm. pers.). Depuis 1999, la Biolinx Environmental Research Ltd. a effectué de nombreux relevés de gastéropodes terrestres sur la côte de la Colombie-Britannique et dans le sud-ouest de la province afin de repérer notamment des espèces jugées rares et potentiellement en péril, comme le P. cœruleum. En date d’avril 2005, la Biolinx Environmental Research Ltd avait exploré, dans le cadre de divers projets, 152 localités de l’archipel Haida Gwaii (îles de la Reine-Charlotte), 234 localités de l’île de Vancouver et 98 localités du sud de la Colombie-Britannique continentale. Elle a fait des relevés notamment dans les réserves de parc national Pacific Rim, Îles-Gulf et Gwaii Haanas, pour le compte de Parcs Canada; dans les propriétés du ministère de la Défense nationale (MDN) situées dans le sud de l’île de Vancouver, dans le sud de la Colombie-Britannique continentale et à l’île Graham, pour le Programme d’aménagement des ressources naturelles du MDN-SCF; dans un certain nombre de terres forestières gérées par la Weyehaueser Company Limited à l’île de Vancouver, dans le sud de la Colombie-Britannique continentale et à l’île Graham (entre 1999 et 2004); dans de nombreuses localités de l’île de Vancouver et du sud de la Colombie-Britannique continentale, pour le Ministry of Water, Land and Air Protection de la province; dans de nombreuses localités de l’île de Vancouver, du sud de la Colombie-Britannique continentale et de l’archipel Haida Gwaii, dans le cadre de projets financés par le Fonds de rétablissement des espèces canadiennes en péril et Habitat faunique Canada.

À l’automne 2004, nous avons exploré les forêts des parcs du district régional de la capitale dans le cadre des travaux de terrain visant à délimiter l’aire de répartition du P. cœruleum pour le présent rapport de situation. Nous avons observé le P. cœruleum dans une seule (parc régional Devonian) des 21 localités que nous avons fouillées à fond et à plusieurs reprises, à l’aide d’abris artificiels. Nous avons également retrouvé l’espèce dans les deux sites connus de la péninsule Rocky Point, où nous avons utilisé des abris artificiels, et nous l’avons découverte dans une autre localité (Sooke) en fouillant le tapis forestier.

À ce jour, des centaines de localités de l’île de Vancouver et de la côte de la Colombie-Britannique continentale ont été explorées à la recherche de gastéropodes terrestres (figures 4 et 5). Différents types de milieux ont été fouillés dans presque toute l’île de Vancouver, dans la vallée du bas Fraser et dans l’archipel Haida Gwaii. Le P. cœruleum a été repéré seulement dans la pointe sud de l’île de Vancouver, dans des forêts mixtes de faible altitude de la zone biogéoclimatique côtière à douglas. Cependant, il subsiste des milieux difficiles d’accès qui n’ont pratiquement pas été explorés, notamment la côte nord-ouest de l’île de Vancouver (entre Tofino et la péninsule Brooks) et les forêts de la côte de la Colombie-Britannique continentale, au nord de la rivière Powell.


Abondance

On ne connaît ni l’abondance ni la densité des populations de P. cœruleum de la Colombie-Britannique et des États-Unis. Pilsbry (1948) mentionne qu’on trouve souvent des invididus isolés sur le tapis forestier. Cependant, dans les localités de l’île de Vancouver où plusieurs spécimens ont été capturés, ceux-ci se trouvaient à quelques mètres les uns des autres, ce qui indique soit une affinité pour le microhabitat, soit la poursuite de fonctions comme l’accouplement.

À l’île de Vancouver, le nombre d’individus observés durant toute une période de relevé variait entre un et cinq par site, et on ne peut pas déduire beaucoup d’information de ces observations. Dans la péninsule Rocky Point, Ovaska et Sopuck (2002) ont fait des relevés au printemps et à l’automne le long de 35 transects de 1 m de large sur 100 m de long et ont observé le P. cœruleum dans seulement deux d’entre eux (fréquence d’occurrence de 5,6 p. 100; 6 individus en tout, dont 5 dans un même transect et l’autre à 1 km de distance). La densité minimum de limaces dans ces deux transects était de 0,05 et 0,01 individu par mètre carré. La limace terrestre du Pacifique (Ariolimax columbianus), espèce commune des forêts côtières de la Colombie-Britannique, était présente dans tous les transects sauf trois (fréquence d’occurrence de 91,4 p. 100; 117 individus en tout; densité minimum allant jusqu’à 0,12/m2). Vingt abris artificiels disposés sur le tapis forestier sur une distance d’environ 100 m dans chacune des deux localités où le P. cœruleum avait été observé ont permis de recenser trois autres individus en deux visites à l’automne 2003.

À Colwood, Ovaska et Sopuck (2004a) ont passé 21,4 heures à chercher des gastéropodes le long de 10 tracés sinueux. Ils ont trouvé deux P. cœruleum sur l’un des tracés. Dans le champ de tir Heals, à Saanich, Hawkes (2004) a trouvé un seul P. cœruleum dans une superficie d’environ 230 ha qu’il a fouillée durant 24 heures environ durant l’automne. Dans le parc régional Devonian, Ovaska et Sopuck (2004b) ont vérifié à trois reprises 20 abris artificiels (60 vérifications en tout) et ont trouvé un seul P. cœruleum. À Sooke, Ovaska et Sopuck (2004b) ont passé 54 minutes-personnes à fouiller le tapis forestier et ont trouvé un seul P. cœruleum.


Fluctuations et tendances

On ne connaît ni les fluctuations ni la tendance à long terme de la population de la Colombie-Britannique. Aux États-Unis, l’espèce semble relativement commune dans le sud-ouest de l’Oregon, mais rare et en déclin dans les autres régions de l’Oregon ainsi que dans l’État de Washington (Cordeiro, 2002a; idem, 2002b; idem, 2002c). Dans l’État de Washington, la plupart des localités historiques de l’espèce ont été profondément transformées au profit de l’étalement urbain. Les populations de ces localités, y compris celle de la localité type d’Olympia, ont probablement disparu (Wilke et Duncan, 2004).


Effet d'une immigration de source externe

La migration de limaces entre l’État de Washington et le sud de la Colombie-Britannique continentale est conceivable, mais peu probable. Le P. cœruleum n’est pas répertorié pour la Colombie-Britannique continentale, et dans la région limitrophe des États-Unis ainsi que dans la vallée du bas Fraser, les fragments résiduels de milieux forestiers sont dispersés dans un paysage agricole et urbain. L’île de Vancouver est séparée de la Colombie-Britannique continentale par le détroit de Georgie et séparée de la péninsule Olympic, dans l’État de Washington, par le détroit Juan de Fuca, ce qui ne laisse aucune possibilité de rétablissement par dispersion naturelle.