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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carcajou (Gulo gulo) au Canada - Mise à jour

Résumé du rapport de situation

L’aire de répartition du carcajou s’est réduite dans la majeure partie du Sud et de l’Est du Canada depuis le milieu du XIXe siècle. On ne connaît pas les limites exactes de l’aire des populations viables de l’espèce avant l’arrivée des colons européens, mais celle-ci s’est amenuisée dans le Nord des provinces des Prairies et de l’Ontario, et le carcajou est disparu du Nouveau-Brunswick et pourrait l’être également du Québec et du Labrador.

La population de l’Ouest est relativement prospère, sans toutefois constituer un bassin permettant le repeuplement naturel de la population de l’Est au Québec et au Labrador. Les restrictions imposées pour la chasse et le piégeage et l’augmentation naturelle du nombre de caribous n’ont pas suffi à empêcher la disparition de cette population. Il existe une ébauche de plan de rétablissement du carcajou au Québec et au Labrador.

Selon certaines indications, il se produit un flux génique restreint vers au moins deux régions dans l’aire de la population de l’Ouest, soit vers la population de Revelstoke, en Colombie-Britannique, et les sous-populations du Nord-Ouest de l’Ontario et du Manitoba (Kyle et Strobeck, 2002). La sous-population du Sud des Rocheuses, en Colombie-Britannique et en Alberta, est davantage vulnérable aux pratiques d’utilisation des terres, qui pourraient la fragmenter et la déstabiliser dans l’avenir. On ne connaît pas la situation des autres populations isolées, à savoir celles des îles du Pacifique (îles de Vancouver et Pitt) et de l’Archipel arctique. En fait, le carcajou pourrait être disparu de l’île de Vancouver.

Parmi les facteurs biologiques qui influent sur la vulnérabilité du carcajou aux baisses d’effectifs et sur sa capacité de recolonisation, on retrouve le besoin de grands espaces, les faibles densités et taux de reproduction et le fait que peu de juvéniles survivent. Malgré ces facteurs, avec le temps, le carcajou peut reconstituer ses effectifs et occuper de nouveau des régions où il était déjà présent. Ses populations étaient confrontées à différentes menaces, dont les pertes d’habitat, le piégeage et la chasse, l’empoisonnement (lorsqu’il existait des programmes de lutte contre le loup) ainsi que la perturbation d’importantes composantes de l’écosystème, tels les ongulés (principale source de nourriture en hiver) et les loups (fournisseurs de charogne). La perturbation des femelles à l’époque de la mise bas est un problème de plus en plus aigu dans les montagnes de l’Ouest canadien, où les loisirs d’hiver sont en croissance rapide. Les parcs et les aires protégées sont exposés aux répercussions des utilisations du territoire à des fins récréatives, des voies de transport et, dans certains cas, du piégeage.

Les pertes d’habitat ne sont pas aussi importantes actuellement qu’elles l’étaient à une époque antérieure d’établissement humain. La fragmentation et ses effets indirects sur les proies, en particulier les populations de caribous des montagnes dans l’Ouest du pays, ont des incidences plus marquées.

On a noté (d’après les données sur les prises et les observations) un rétablissement de populations et d’aires de répartition par suite de la disparition de plusieurs facteurs qui avaient réduit celles-ci à l’échelle locale. Les programmes d’empoisonnement des loups subventionnés par les pouvoirs publics dans la majeure partie de l’Ouest canadien sont chose du passé. Il s’est produit une expansion naturelle de plusieurs grandes hardes de caribous au Manitoba, en Ontario, au Québec et au Labrador. En outre, le piégeage n’est plus permis que dans les quatre provinces de l’Ouest et les trois territoires, et les systèmes de gestion des prises utilisés par les autorités gouvernementales et les trappeurs s’améliorent. On a observé un rétablissement du nombre de carcajous localement dans le Nord-Ouest de l’Ontario et le Nord du Manitoba. Dans les trois territoires et le Nord de la Colombie-Britannique, la population est stable et en santé, bien que la situation soit préoccupante à certains endroits. Des baisses d’effectif peuvent s’être produites en Alberta. La population de l’Ouest demeure vulnérable sur plusieurs fronts.

Des connaissances à l’échelle locale et des connaissances traditionnelles (résultats d’enquêtes menées auprès des trappeurs, relevés de prises et observations de carcajous au Québec et au Labrador) ont été utilisées pour la production du présent rapport. Toutefois, il existe d’autres connaissances traditionnelles pertinentes chez les Autochtones qui ne sont pas bien documentées ou pas accessibles. Un projet pilote en cours dans des collectivités du Nord canadien vise à déterminer comment on pourrait documenter et décrire le savoir traditionnel autochtone et s’en servir pour l’évaluation de la situation de différentes espèces sauvages (Cardinal, comm. pers., 2003). Ce projet n’a pas pour but de réunir tout ce savoir, mais d’utiliser l’information provenant des trois territoires et recueillie à la suite d’études en cours au Labrador.