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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carcajou (Gulo gulo) au Canada - Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Carcajou
Gulo gulo

Information sur l’espèce

Le carcajou est un carnivore de moyenne taille. C’est le membre terrestre de la famille des Mustélidés ayant la plus grande taille en Amérique du Nord; il ressemble davantage à un petit ours qu’à une belette. La majeure partie du Canada est occupée par une seule sous-espèce de carcajou. Il faudra mener d’autres études pour déterminer si la population de l’île de Vancouver constitue une sous-espèce distincte. Plusieurs populations, dont celles de l’Archipel arctique, des îles du Pacifique, du Québec et du Labrador, peuvent être isolées de la population principale.

Répartition

On trouve des carcajous dans l’ensemble du Nord de l’Eurasie et du continent nord-américain. Au Canada, l’espèce est présente dans les milieux sauvages boisés du Nord d’un océan à l’autre, dans la toundra alpine des montagnes de l’Ouest ainsi que dans la toundra arctique. Autrefois, elle occupait des habitats qui ont été perturbés par l’être humain dans les provinces des Prairies et l’Est du pays.

Habitat

Dans les milieux sauvages qu’il a inféodés, le carcajou utilise de nombreux habitats différents des forêts et de la toundra. L’espèce a besoin d’une réserve adéquate de nourriture à longueur d’année; elle se nourrit d’animaux de petite taille, comme des rongeurs et le lièvre d’Amérique, surtout en été, ainsi que de carcasses de gros animaux, tels que l’orignal et le caribou, qui forment une partie importante de son régime alimentaire en hiver. Les femelles établissent leur tanière sous des roches ou des troncs d’arbres tombés ou encore sous la neige, en terrain élevé. La couverture de neige doit persister tard au printemps pour isoler la tanière, et il doit y avoir de la nourriture à proximité. L’exploitation forestière, hydroélectrique de cours d’eau, l’exploration et l’exploitation pétrolières et gazières ainsi que la création de corridors de transport continuent d’altérer, de supprimer ou de fragmenter des habitats. À l’heure actuelle, les parcs et les aires protégées constituent environ 6 p. 100 de l’aire de répartition du carcajou, et 10 p. 100 des meilleurs habitats dans l’Ouest canadien sont protégés.

Biologie

Dans la plupart des cas, les femelles ne se reproduisent pas avant l’âge de deux ans et, par la suite, la reproduction n’a pas lieu tous les ans. En moyenne, les portées comptent environ trois petits. C’est en été, période où les femelles sont plus sédentaires, qu’a lieu la reproduction, et l’implantation du blastocyste est différée jusqu’à l’hiver. Les causes de la mortalité sont la prédation et la famine. Les facteurs de mortalité anthropiques, comme le piégeage, la chasse et les collisions avec des véhicules routiers et des trains, sont également importants; leur influence peut augmenter avec l’accroissement de la présence humaine dans les régions éloignées. Les petits ont une croissance rapide, ce qui augmente les besoins nutritionnels des mères. L’étendue du domaine vital du carcajou est de 50 à 400 km2 pour les femelles et de 230 à 1 580 km2 pour les mâles. Elle peut être encore plus grande pour les juvéniles, qui peuvent se disperser à plus de 300 km de distance. Il peut y avoir un chevauchement des domaines vitaux des individus de même sexe ou de sexes différents mais, dans l’ensemble, la densité de la population est faible, soit d’environ cinq individus pour une superficie de 1 000 km2 dans les habitats propices. Le carcajou est un charognard et un prédateur; il lui arrive souvent de cacher de la nourriture pour usage ultérieur.

Taille et tendances de la population

Il est difficile d’estimer la taille de la population. Toutefois, l’effectif au Canada oscillerait entre 15 000 et 19 000 individus si l’on extrapole à partir de l’estimation combinée de quelque 9 200 individus pour le Yukon, la Colombie-Britannique et le Manitoba. Selon toute probabilité, il dépassait 20 000 individus avant qu’on commence à piéger l’espèce. Dans beaucoup de régions du pays, les populations de carcajous bénéficient du fait qu’on a cessé d’empoisonner et de réprimer les loups et qu’on a interdit la chasse à l’espèce ainsi que de l’utilisation de systèmes évolués de gestion des lignes de piégeage et des prises et de l’essor des populations d’ongulés (le caribou par exemple). L’aire de répartition du carcajou continue de se réduire dans le Nord de l’Ontario, bien qu’on ait observé des expansions récemment dans le Nord-Ouest de cette province ainsi qu’au Manitoba, où le nombre de caribous a augmenté. Ailleurs au pays, les populations sont stables et en santé, sauf par endroits en Alberta et en Colombie-Britannique où les effectifs du caribou ont chuté. Le carcajou pourrait avoir disparu de l’île de Vancouver, où il formait peut-être une sous-espèce distincte. Dans l’Est du Canada, l’espèce est extrêmement rare ou a disparu.

Facteurs limitatifs et menaces

De manière naturelle, chez le carcajou, la capacité de rétablissement des populations et de repeuplement des habitats vacants est faible. Parmi les autres facteurs qui limitent les effectifs, on compte les récoltes par l’homme, dont le piégeage en périphérie des aires protégées, les perturbations subies par d’importantes composantes des écosystèmes (loups, orignaux et caribous par exemple), la perturbation de lieux de mise bas par des adeptes de loisirs de plein air et les menaces pour les habitats. Qui plus est, dans la partie méridionale de l’aire, la fragmentation de l’habitat peut déstabiliser les populations.

Importance de l’espèce

Le carcajou est un indicateur de l’état de l’écosystème. Il est considéré comme vulnérable dans son aire à l’échelle mondiale. Sa fourrure est prisée pour sa résistance au givre. Les Autochtones considéraient le carcajou à la fois comme un guide spirituel et comme un ennemi impitoyable, dont la férocité et la ruse alimentent certaines croyances et une tradition orale.

Protection actuelle ou autres désignations

La population de l’Est ne fait pas l’objet d’une récolte; par contre, celle de l’Ouest est chassée ou piégée partout sauf en Ontario, et la prise du carcajou est interdite dans certaines régions. Voici le statut attribué à l’espèce par les autorités provinciales et divers centres de données sur la conservation : en grand péril au Québec, en voie de disparition au Labrador, menacée en Ontario et vulnérable ou sensible presque partout dans l’Ouest et le Nord du Canada. Le gouvernement de la Colombie-Britannique considère le carcajou en grand péril dans l’île de Vancouver.