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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le carcajou (Gulo gulo) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins en matière d’habitat

Dans un rapport précédent du COSEPAC, Kelsall (1981) a passé en revue les données disponibles et conclu qu’il était probablement préférable de définir l’habitat du carcajou en fonction de la disponibilité de la nourriture durant l’année à l’intérieur de grandes régions sauvages peu habitées plutôt qu’en fonction de types particuliers de relief ou d’associations végétales, et que les carcajous sont plus nombreux là où on retrouve de gros ongulés et où ils peuvent trouver de la charogne en abondance (animaux laissés par les chasseurs, tués par d’autres prédateurs ou morts de façon naturelle) en hiver.

Le carcajou habite une variété de zones écologiques de différentes élévations, boisées ou non. Dans les régions montagneuses, les femelles adultes ont tendance à choisir des terrains élevés et en pente plus souvent que les mâles et les autres groupes d’âge. De leur côté, les mâles adultes et les jeunes adultes des deux sexes n’ayant pas encore atteint la maturité sexuelle occupent des sites à basse élévation (Lofroth, 2001). En hiver, le carcajou privilégie un habitat à basse élévation (Landa et al., 1998). Il est possible que les femelles adultes choisissent des terrains plus accidentés afin de réduire le risque de prédation pour leurs petits (Golden, comm. pers., 2003). Il y a une forte densité de carcajous dans les régions montagneuses du Yukon et des Territoires du Nord-Ouest, ainsi qu’en Colombie-Britannique et en Alberta où les habitats, les proies et les ongulés abondent et sont diversifiés (aires écologiques boréale, des montagnes du Nord et des montagnes du Sud). L’existence de populations viables d’autres gros carnivores, fournisseurs de charogne, peut être un facteur important dans le choix de l’habitat. Lors d’une étude sur les loups (Canis lupus) menée au Yukon, on a découvert que les carcajous se rendaient souvent sur les lieux où les loups avaient laissé des cadavres de caribou (Rangifer tarandus) et d’orignal (Alces alces) (Hayes, comm. pers., 2002). Aucune étude sur le terrain n’a été faite pour vérifier la présence de carcajous dans l’Archipel arctique ou les Îles du Pacifique, au Québec, au Labrador et dans les provinces des Prairies.

Les carcajous ont besoin d’un type précis d’habitat pour la mise bas. On classe les tanières de carcajous en deux catégories : natales et maternelles. De multiples tanières peuvent servir successivement (Copeland, 1996). Les carcajous construisent leur tanière en terrain élevé, incluant la région de la toundra, entre des rochers, sous un vieil arbre tombé ou dans des tunnels de neige (Magoun et Copeland, 1998). Les tanières ou les endroits exposés peuvent servir de lieu de rendez-vous pour la femelle et ses petits, et de lieu de repos. Le carcajou a aussi des besoins supplémentaires pour se protéger des prédateurs tels que l’Aigle royal (Aquila chrysaëtos), les ours (Ursus arctos et U. americanus) et le loup. Un couvert de neige adéquat qui persistera durant toute la période de mise bas et la proximité de l’habitat d’élevage des petits sont aussi des critères importants. Certains carcajous peuvent réoccuper les lieux ou les habitats de mise bas plusieurs années de suite (Magoun, 1985; Lee et Niptanatiak, 1996).


Tendances

À la limite sud de l’aire de répartition, un nombre important d’habitats de carcajous ont été perdus ou fragmentés à cause de l’importante colonisation qui s’est produite à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle (van Zyll de Jong, 1975). Par conséquent, les pertes sont principalement dues à l’établissement humain, à l’agriculture et à la foresterie. La majorité des habitats ont été supplantés et la population de carcajous a subi une diminution attribuable à la chasse, au piégeage et à l’empoisonnement (on se servait d’appâts empoisonnés pour attirer les loups). Le prélèvement d’ongulés, qui sont d’importantes proies en hiver, a aussi contribué à la disparition du carcajou. En effet, le nombre réduit de proies demeure toujours une menace importante pour la population actuelle de carcajous, entre autres là où les hardes de caribous des bois (Rangifer taranduscaribou) sont perturbées par des opérations forestières et par la chasse excessive. La plus grande partie de l’habitat perdu au moment de l’établissement humain n’était pas de premier ordre (dans l’hypothèse où le faible nombre de fourrures déclaré a un rapport avec la population et non avec l’effort de capture). Ainsi, les pertes en nombre de carcajous peuvent avoir été faibles.

Dans les États contigus de l’Ouest des États-Unis, le morcellement de l’habitat a donné naissance à des populations isolées et menacées (Banci, 1994). De plus, cela est peut être même en train de se produire dans l’aire écologique nationale des montagnes du Sud, dans le sud de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, ainsi que dans le Nord-Est du Manitoba et le Nord-Ouest de l’Ontario (Kyle et Strobeck, 2002). Dans toute l’aire de répartition du carcajou, l’exploitation forestière, l’exploration et la mise en valeur des ressources pétrolières, gazières et minérales ainsi que les grands réservoirs hydroélectriques menacent l’habitat. En outre, les voies de transport entravent les déplacements et ont essentiellement pour effet de diviser les habitats et d’isoler les populations (Austin, 1998).

Kelsall (1981) et Dauphiné (1989) ont tous les deux considéré que le nombre relativement grand de parcs et d’aires qui servent à protéger les carcajous du piégeage et des effets des activités de mise en valeur des ressources naturelles dans l’Ouest canadien avaient aussi permis d’assurer la préservation des habitats de cette région. Cependant, les loisirs, comme la motoneige et les autres formes de transport sur la neige, dérangent les carcajous, surtout pendant la période de mise bas des mois de février et mars (Heinemeyer et al., 2001). Ces activités sont habituellement permises et se pratiquent fréquemment tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des zones protégées. De plus, comme on permet le piégeage dans beaucoup de zones protégées, les carcajous qui y pénètrent deviennent vulnérables.


Protection et propriété des terrains

La plus grande partie de l’aire de répartition du carcajou se trouve sur des terres publiques, dites « de la Couronne ». Toutefois, à la suite de revendications, des Premières nations et des Inuvialuits ont obtenu des terres au Yukon et dans les Territoires du Nord-Ouest ainsi qu’au Nunavut et en Colombie-Britannique. Les terres autochtones et non autochtones sont sujettes aux activités associées aux utilisations permises par les autorités gouvernementales.

Environ 6 p. 100de l’aire de répartition actuelle du carcajou et 10 p. 100de la partie de l’aire caractérisée par une densité relative « élevée » de population dans l’Ouest canadien (figure 3) se trouvent dans des parcs et des zones protégées (Mulder, comm. pers., 2003). L’établissement de parcs et de zones protégées sur les terres autochtones se poursuit.

Dans nombre de parcs provinciaux en Colombie-Britannique, dans tous les parcs nationaux du Yukon, des Territoires du Nord-Ouest et du Nunavut, ainsi que dans le parc national Wood Buffalo (Territoires du Nord-Ouest et Alberta) et à Wapusk, au Manitoba, le piégeage est permis, bien qu’on le pratique rarement. De gros blocs d’habitats convenables, contigus ou rattachés, sont requis pour la conservation du carcajou (Weaver et al., 1996). La mise en place et le maintien des corridors de déplacement entre les parcs augmenteraient la viabilité de la population dans l’aire écologique des montagnes du Sud, en Colombie-Britannique, et dans l’Ouest des États-Unis.

La plupart des types d’extraction de ressources ou les modifications importantes de l’habitat ne sont pas permis à l’intérieur des zones protégées. Toutefois, bien qu’elles puissent déranger la mise bas, les activités récréatives, comme la motoneige et le ski, ne sont généralement pas limitées; ainsi, des voies d’accès séparent ou traversent les parcs. La route transcanadienne, qui est un obstacle à la liberté de mouvement du carcajou (Austin, 1998), traverse les parcs nationaux Banff, Yoho et des Glaciers et borde le parc national du Mont-Revelstoke.