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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le polystic de Lemmon au Canada

Mise à jour
Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC
sur le
polystic de Lemmon
Polystichum lemmonii
au Canada

polystic de Lemmon

Espèce Menacée 2003

COSEPAC
Comité sur la situation des espèces en péril au Canada



COSEWIC
Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2003. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le polystic de Lemmon (Polystichum lemmonii) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 13 p.

Douglas, G.W. 2003. Rapport de situation du COSEPAC sur le polystic de Lemmon (Polystichum lemmonii) au Canada, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le polystic de Lemmon (Polystichum lemmonii) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-13.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa, (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel du COSEPAC
Site web du COSEPAC

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Status Report on the Lemmon's Holly Fern Polystichum lemmonii in Canada.

Illustration de la couverture

Polystic de Lemmon -- Gracieuseté de la University of Washington Press.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2003
PDF : CW69-14/334-2003F-PDF
ISBN 0-662-75189-2
HTML : CW69-14/334-2003F-HTML
ISBN 0-662-75190-6

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Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2000

Nom commun : Polystic de Lemmon

Nom scientifique : Polystichum lemmonii

Statut : Espèce menacée

Justification de la désignation : Cette espèce comporte une seule petite population présente dans une aire extrêmement limitée géographiquement d’un habitat spécialisé qui consiste en des sols peu profonds sur des substrats rocheux de serpentine riches en métaux lourds. La population est considérablement isolée d’autres populations semblables dans l’État voisin situé au sud et se trouve dans une aire possiblement vulnérable à l’extraction minière.

Répartition : Colombie-Britannique

Historique du statut : Espèce désignée « menacée » en mai 2003. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

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Résumé

Polystic de Lemmon
Polystichum lemm

Information sur l’espèce

Le Polystichum lemmonii est une fougère cespiteuse vivace à rhizome court et robuste. Les frondes sont bipennées, persistantes, décombantes à ascendantes, longues de 10 à 40 cm et larges de 3 à 7 cm. Les pennes, au nombre de 20 à 35 de chaque côté du rachis, sont ovées avec des pinnules arrondies à marge entière ou légèrement dentée. Les sores sont ronds, insérés près de la nervure médiane et protégés par une indusie entière ou finement dentée.

Répartition

Le Polystichum lemmonii pousse depuis le Centre-Sud de la Colombie-Britannique jusqu’au nord de la Californie, en passant par l’État de Washington et l’Oregon, où sa présence est sporadique. Au Canada, on ne trouve l’espèce que dans la région du mont Baldy, sur le versant oriental de la vallée de l’Okanagan, dans le Centre-Sud de la Colombie-Britannique.

Habitat

Dans l’Ouest de l’Amérique du Nord, le P. lemmonii est confiné aux terrains où affleurent des roches ferromagnésiennes ou ultrabasiques. Bien qu’on trouve plusieurs affleurements de roches ultrabasiques dans l’Ouest de la Colombie-Britannique, seules deux petites crêtes de la région du mont Baldy abritent l’espèce. Ces milieux rocheux sont aussi caractérisés par des sols peu profonds et un couvert végétal clairsemé, ce qui crée des microclimats xériques excluant également de nombreuses espèces poussant à proximité, mais adaptées à des microclimats plus mésiques. Ces crêtes présentent donc une flore ultrabasique appauvrie et sont dépourvues de couvert arboré, ce qui contraste avec les forêts montagnardes environnantes, dominées par le douglas (Pseudotsuga menziesii). Les espèces remarquables présentes sur ces crêtes sont l’aspidote touffue (Aspidotis densa), la minuartie à lobes obtus (Minuartia obtusiloba) et l’achillée millefeuille (Achillea millefolium).

Biologie

À part quelques données d’ordre général, nous ne savons que peu de choses sur la biologie du P. lemmonii. Les sporophytes conservent souvent en hiver un grand nombre de spores mûres, qui sont libérées au printemps suivant. L’espèce se reproduit aussi par voie végétative, par allongement des rhizomes souterrains, ce qui donne de grosses touffes de clones. Dans les sites étudiés, le P. lemmonii pousse sur des sols secs, sableux ou graveleux, qui se drainent rapidement; ce genre de conditions n’est idéal ni pour la germination des spores ni pour la fécondation des gamètes. On peut donc en déduire que la reproduction s’y fait surtout par simple allongement des rhizomes, probablement parce que l’espèce, qui se trouve en bordure de son aire de répartition, y est soumise à un stress. Aucun prothalle n’a été observé sur les lieux.

Les plantes des milieux ultrabasiques sont adaptées aux faibles concentrations de calcium, d’azote, de phosphore et de molybdène, et aux fortes concentrations de magnésium, de chrome et de nickel.

Taille et tendances des populations

L’unique population canadienne du P. lemmonii pousse sur deux crêtes rocheuses adjacentes d’environ 280 et 200 m de longueur sur 50 m de largeur, séparées de 160 m. Selon un dénombrement réalisé par l’auteur en 2001, la population compte au total 853 individus, sur une superficie de 2,4 ha. Une récolte effectuée par D.M. Britton en 1987 (déposée au ministère de l’Agriculture, à Ottawa) fait état d’un effectif de peut-être un millier d’individus. Cette information laisse croire que la population est demeurée relativement stable pendant au moins les 15 dernières années. La population examinée comptait de jeunes individus qui semblaient vigoureux.

Facteurs limitatifs et menaces

La menace qui pèse le plus directement sur le Polystichum lemmonii est l’exploration minière et la construction de chemins forestiers. Vu les propriétés ultrabasiques des sols où il pousse, les espèces introduites ne soulèvent aucune préoccupation dans cette localité.

Importance de l’espèce

Le Polystichum lemmonii appartient à un groupe d’espèces relativement petit dont l’aire de répartition est confinée à la côte du Pacifique et atteint sa limite nord dans le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique. L’importance de ces populations périphériques, notamment en ce qui a trait à leurs caractéristiques génétiques, doit être étudiée plus en détail. En effet, ces populations, souvent différentes des populations centrales sur le plan génétique et morphologique, pourraient avoir une importance évolutionniste et écologique disproportionnée par rapport à leur contribution à l'effectif total de l'espèce.

Résumé du rapport de situation

Aucune loi particulière ne protège les plantes vasculaires rares et en voie de disparition en Colombie-Britannique. Le Conservation Data Centre a classé l’espèce S1 et l’a inscrite sur la liste rouge du Bristish Columbia Ministry of Sustainable Resource Management de la province. Il s’agit de la catégorie la plus critique pour les plantes vasculaires indigènes rares en péril dans la province. Un taxon désigné S1 est considéré comme très fortement menacé à cause de son extrême rareté (généralement cinq sites ou moins, ou très peu d'individus restants), ou à cause de certains facteurs qui le rendent particulièrement vulnérable à disparaître entièrement ou à disparaître de la Colombie-Britannique. À l’échelle mondiale, le P. lemmonii est classé G4 et est donc fréquent à commun dans son aire de répartition.

La population de la région du mont Baldy pousse sur une terre publique, mais non dans une aire protégée. Il se pourrait que cette zone réunisse les conditions voulues pour être désignée réserve écologique, mais aucune proposition n’a encore été faite en ce sens.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages  canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)vNote de bas de pageb
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Note de bas de page a

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

Retour à la référence de la note de bas de pagea

Note de bas de page b

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de pageb

Note de bas de page c

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

Retour à la référence de la note de bas de pagec

Note de bas de page d

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique :

Polystichum lemmonii Underw.

Synonymes :

  • Polystichum mohrioides auct. non (Bory) C.Presl
  • Polystichum mohrioides (Bory) C. Presl var. lemmonii (Underw.) Fern.

Nom français :

polystic de Lemmon

Famille :

Dryoptéridacées

Grand groupe végétal :

fougères

Description

Le polystic de Lemmon, Polystichum lemmonii Underw.Note de bas de page1, fait partie d’un genre cosmopolite comptant plus de 175 espèces (Smith et Lemieux, 1993), dont neuf sont présentes au Canada (Cody et Britton, 1989; Wagner, 1993) et huit en Colombie-Britannique (Ceska, 2000; Douglas et al., 2002b). Les auteurs américains ont généralement considéré le P. lemmonii comme synonyme de P. mohrioides (Bory) C. Presl., jusqu’à ce que Wagner (1979) démontre que la plante nord-américaine est différente de sa congénère sud-américaine. Le Polystichum lemmonii a été mentionné pour la première fois au Canada par Cody et Britton (1984). L’absence de mention antérieure à 1984 traduit probablement l’absence de travaux sur le terrain sur ces crêtes abritant une flore relativement pauvre. La présence de l’espèce sur deux crêtes rapprochées laisse croire qu’elle s’y trouve depuis un certain temps, assez long pour qu’elle ait pu se propager à partir d’un site initial résultant vraisemblablement d’un cas isolé de dispersion à grande distance.

Le Polystichum lemmonii est une fougère cespiteuse vivace à rhizome court et robuste (figure 1; Ceska, 2000). Les frondes sont bipennées, persistantes, décombantes à ascendantes, longues de 10 à 40 cm et larges de 3 à 7 cm. Les pennes, au nombre de 20 à 35 de chaque côté du rachis, sont ovées avec des pinnules arrondies à marge entière ou légèrement dentée. Les sores sont ronds, insérés près de la nervure médiane et protégés par une indusie entière ou finement dentée.

En Colombie-Britannique, le P. lemmonii est parfois confondu avec le polystic de Kruckeberg (P. kruckebergii) et le polystic des rochers (P. scopulinum). Il se distingue de ces espèces par les dents de ses pinnules, qui ne sont pas épineuses (Hitchcock et al., 1969; Wagner, 1993; Ceska, 2000).

Figure 1. Le Polystichum lemmonii (gracieuseté de la University of Washington Press).

Figure 1. Le Polystichum lemmonii (gracieuseté de la University of Washington Press).
Note de bas de page 1

Taxinomie et nomenclature d’après Douglas et al. (1998a, b; 2000)

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Répartition

Répartition mondiale

Le Polystichum lemmonii pousse depuis le Centre-Sud de la Colombie-Britannique jusqu’au nord de la Californie, en passant par l’État de Washington et l’Oregon (figure 2; Smith et Lemieux, 1993; Wagner, 1993).

Figure 2. Répartition du Polystichum lemmonii en Amérique du Nord.

Figure 2. Répartition du Polystichum lemmonii en Amérique du Nord.

Répartition canadienne

Au Canada, on ne trouve l’espèce que dans la région du mont Baldy, sur le versant oriental de la vallée de l’Okanagan, dans le Centre-Sud de la Colombie-Britannique (figure 3; Ceska, 2000; Douglas et al., 2002a, b).

Figure 3. Position (Ò) du Polystichum lemmonii en Colombie-Britannique.

Figure 3. Position (Ò) du Polystichum lemmonii en Colombie-Britannique.

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Habitat

Besoins de l'espèce

Dans l’Ouest de l’Amérique du Nord, le Polystichum lemmonii est confiné aux terrains où affleurent des roches ferromagnésiennes ou ultrabasiques (Kruckeberg, 1969; Wagner, 1993). Bien qu’on trouve plusieurs affleurements de roches ultrabasiques dans l’Ouest de la Colombie-Britannique, seules deux petites crêtes de la région du mont Baldy abritent l’espèce. Ces milieux rocheux (dunite) sont aussi caractérisés par des sols peu profonds et un couvert végétal clairsemé, ce qui crée des microclimats xériques excluant également de nombreuses espèces poussant à proximité, mais adaptées à des microclimats plus mésiques. Ces crêtes présentent donc une flore ultrabasique appauvrie et sont dépourvues de couvert arboré, ce qui contraste avec les forêts montagnardes environnantes, dominées par le douglas (Pseudotsuga menziesii). Les espèces remarquables présentes sur ces crêtes sont l’aspidote touffue (Aspidotis densa), la minuartie à lobes obtus (Minuartia obtusiloba) et l’achillée millefeuille (Achillea millefolium).

Tendances

Les tendances de l’habitat dépendent avant tout des activités d’exploitation. La menace qui pèse le plus directement sur le Polystichum lemmonii vient de l’exploration minière ou de la construction de chemins forestiers.

Protection et propriété des terrains

Aucune loi particulière ne protège les plantes vasculaires rares et en voie de disparition en Colombie-Britannique. Le Conservation Data Centre a classé l’espèce S1 et l’a inscrite sur la liste rouge du Ministry of Sustainable Resource Management de la province. Il s’agit de la catégorie la plus critique pour les plantes vasculaires indigènes rares en péril dans la province. Un taxon désigné S1 est considéré comme « très fortement menacé à cause de son extrême rareté (généralement cinq sites ou moins, ou très peu d'individus restants), ou à cause de certains facteurs qui le rendent particulièrement vulnérable à disparaître entièrement ou à disparaître de Colombie-Britannique ». À l’échelle mondiale, le Polystichum lemmonii est classé G4, et est donc fréquent à commun dans son aire de répartition. On a signalé la présence de l’espèce dans l’État de Washington et en Idaho (SR); en Oregon, elle est classée S4.

La population de la région du mont Baldy pousse sur une terre publique, mais non dans une aire protégée. Il se pourrait que cette zone réunisse les conditions voulues pour être désignée réserve écologique, mais aucune proposition n’a encore été faite en ce sens.

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Biologie

Généralités

À part quelques renseignements d’ordre général, nous ne savons que peu de choses sur la biologie du Polystichum lemmonii. Les milieux ultrabasiques ont toutefois été bien étudiés par Kruckeberg (1969), et on sait que les plantes qui y poussent sont adaptées aux concentrations de calcium, d’azote, de phosphore et de molybdène, et aux fortes concentrations de magnésium, de chrome et de nickel (Kruckeberg, 1969).

La distance des plus proches localités où l’on trouve l’espèce, dans l’État adjacent de Washington, aux États-Unis, témoigne du succès de la dispersion des spores du P. lemmonii sur de longues distances. Ces deux localités sont situées dans la chaîne des North Cascades, l’une dans les monts Twin Sisters, à environ 150 km au Sud-Ouest du mont Baldy, et l’autre dans les monts Wenatchee, à environ 235 km au sud du mont Baldy (Kruckeberg, 1969). Il est toutefois intéressant de noter que le terrain ultrabasique de la rivière Tulameen, où poussent à la fois le P. kruckebergii et le P. scopulinum (Kruckeberg, 1969; Douglas et al., 2002b), n’abrite pas le P. lemmonii, même si ce terrain se trouve à mi-chemin entre le mont Baldy et les monts Twin Sisters. Le fait que les sites du mont Baldy et des Twin Sisters se trouvent toutes deux sur des affleurements de dunite, tandis que le terrain de la rivière Tulameen est un affleurement de clinopyroxénite à olivine, pourrait avoir eu un effet sur la répartition du P. lemmonii. De toute évidence, le P. lemmonii se reproduit sur les crêtes ultrabasiques de la région du mont Baldy étant donné qu’environ 30 p. 100 des 853 individus dénombrés étaient relativement jeunes (touffes de moins de 4 cm de largeur).

On possède quelques données génétiques sur l’espèce. Ainsi, on sait que le Polystichum lemmonii est tétraploïde (2n = 82), et on pense qu’il est un des parents de deux espèces d’origine hybride, le P. kruckebergii et le P. scopulinum (Wagner, 1979).

Reproduction

Les sporophytes du P. lemmonii, comme c’est ceux d’autres fougères à frondes persistantes, conservent souvent en hiver un grand nombre de spores mûres, qui sont libérées au printemps suivant (Farrar, 1976). L’espèce se reproduit aussi par voie végétative, par allongement des rhizomes souterrains, ce qui donne de grosses touffes de clones. Dans le site étudié, le P. lemmonii pousse sur des sols secs, sableux ou graveleux, qui se drainent rapidement; ce genre de conditions n’est idéal ni pour la germination des spores ni pour la fécondation des gamètes. On peut donc en déduire que la reproduction s’y fait surtout par simple allongement du rhizome, probablement parce que l’espèce est soumise à un stress en bordure de son aire de répartition (Walker, 1979). Aucun prothalle n’a été observé sur les lieux.

Survie

Environ 30 p. 100 des 853 individus dénombrés étaient relativement jeunes (touffes de moins de 4 cm de largeur). Le reste consistait en touffes d’âges variés dont la taille semblait augmenter.

Physiologie

Inconnue.

Déplacements et dispersion

L’espèce se propage par voie végétative, par allongement de rhizomes souterrains, et pourrait se disperser plus largement au moyen de spores transportées par l’air.

Nutrition et relations interspécifiques

Inconnues.

Comportement et adaptabilité

Inconnus.

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Taille et tendances des populations

L’unique population canadienne du P. lemmonii pousse sur deux crêtes rocheuses adjacentes d’environ 280 et 200 m de longueur sur 50 m de largeur, séparées de 160 m. Selon un dénombrement réalisé par l’auteur en 2001, la population compte au total 853 individus, sur une superficie de 2,4 ha. Une récolte effectuée par D.M. Britton en 1987 (déposée au ministère de l’Agriculture, à Ottawa) fait état d’un effectif de peut-être un millier d’individus. Cette information laisse croire que la population est demeurée relativement stable pendant au moins les 15 dernières années. La population examinée en 2001 comptait de jeunes individus qui semblaient vigoureux.

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Facteurs limitatifs et menaces

La menace qui pèse le plus directement sur le Polystichum lemmonii est l’exploration minière et la construction de chemins forestiers. La population pousse à côté d’une vieille mine d’or. Les affleurements de roches ultrabasiques présentent souvent un attrait particulier pour l’exploration minière et peuvent aussi servir de carrière pour la construction de routes. Vu les propriétés ultrabasiques des sols, les espèces introduites ne soulèvent par ailleurs aucune préoccupation dans cette localité.

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Importance de l'espèce

Le Polystichum lemmonii appartient à un groupe d’espèces relativement petit dont l’aire de répartition est confinée à la côte du Pacifique et atteint sa limite nord dans le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique. L’importance de ces populations périphériques, notamment en ce qui a trait à leurs caractéristiques génétiques, doit être étudiée plus en détail. En effet, ces populations, souvent différentes des populations centrales sur le plan génétique et morphologique, pourraient avoir une importance évolutionniste et écologique disproportionnée par rapport à leur contribution à l'effectif total de l’espèce (Mayr, 1982; Lesica et Allendorf, 1995). La protection des populations périphériques génétiquement distinctes pourraient s’avérer importante pour la survie à long terme de l’espèce dans son ensemble (Lesica et Allendorf, 1995).

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Résumé du rapport de situation

Aucune loi particulière ne protège les plantes vasculaires rares et en voie de disparition en Colombie-Britannique. Le Conservation Data Centre a classé l’espèce S1 et l’a inscrite sur la liste rouge du Ministry of Sustainable Resource Management de la province. Il s’agit de la catégorie la plus critique pour les plantes vasculaires indigènes rares en péril dans la province. Un taxon désigné S1 est considéré « très fortement menacé à cause de son extrême rareté (généralement 5 sites ou moins, ou très petit nombre d’individus), ou à cause de certains facteurs qui le rendent particulièrement vulnérable à disparaître entièrement ou à disparaître de la Colombie-Britannique ». À l’échelle mondiale, le P. lemmonii est classé G4 et est donc fréquent à commun dans son aire de répartition.

La population de la région du mont Baldy pousse sur une terre publique, mais non dans une aire protégée. Il se pourrait que cette zone réunisse les conditions voulues pour être désignée réserve écologique, mais aucune proposition n’a encore été faite en ce sens.

On a dénombré un peu plus de 850 individus dans le site de la région du mont Baldy, dans le Centre-Sud de la Colombie-Britannique. Le pronostic pour l’espèce n’est pas bon, car les affleurements de roches ultrabasiques sont souvent des lieux recherchés pour l’exploration minière et peuvent servir de carrière lors de la construction de routes.

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Résumé technique

Polystichum lemmonii

Polystic de Lemmon – Lemmon’s holly fern

Répartition au Canada :

Colombie-Britannique

Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km²) :

2,4 ha

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?

Non

Zone d’occupation (km²) :

2,4 ha

Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?

Non

Nombre d’emplacements existants :

1

Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?

Non

Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Stable

Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).Nombre inconnu d’années

Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles).

853

Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).

Stable

S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte).

-

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?

-

La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de  < 1 individu/année)?

Tous les individus se trouvent dans une aire peu étendue et relativement isolée.

Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune. Mont Baldy –

853

Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).

Stable

Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?

Non

Menaces

Construction de routes ou extraction minière

Effet d’une immigration de source externe

Faible

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?

États-Unis

Statut ou situation des populations de l’extérieur?

G5

Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?

Possible

Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?

On ne sait pas.

Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants à l’endroit en question?

Quelques terrains ultrabasiques

Analyse quantitative

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Remerciements

Je désire remercier Kathy Paige, pour sa participation aux travaux sur le terrain, Louise Bacon et Jenifer Penny, pour l'aide de bureau, ainsi que Graham Nixon (BC Geological Survey), pour l'analyse des types de roche ultrabasique.

Ce projet a été financé par le Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique.

 

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Ouvrages cités

Ceska, A. 2000. Pteridophytes. Pages 260-343 in G.W. Douglas, D. Meidinger et J. Pojar (éd.). Illustrated flora of British Columbia.Volume 5. Dicotyledons (Salicaceae through Zygophyllaceae) and Pteridophytes. B.C. Ministry of Environment, Lands and Parks et B.C. Ministry of Forests. Victoria (C.-B.) 427 p.

Cody, W.J., et D.M. Britton. 1984. Polystichum lemmonii, a rock shield-fern new to British Columbia and Canada. Canadian Field-Naturalist 98: 375.

Cody, W.J., et D.M. Britton. 1989. Les fougères et les plantes alliées du Canada. Direction générale de la recherche, Agriculture Canada, Publication 1829/F. Ottawa (Ontario) 452 p.

Farrar, D.L. 1976. Spore retention and release from overwintering fern fronds. American Fern Journal 66: 49-52.

Douglas, G.W., D. Meidinger et J.L. Penny. 2002a. Rare native vascular plants of British Columbia. Deuxième édition. Province de Colombie-Britannique. Victoria (C.-B.) 359 p.

Douglas, G.W., D. Meidinger et J. Pojar.2000. Illustrated flora of British Columbia. Volume 5. Dicotyledons (Salicaceae through Zygophyllaceae) and Pteridophytes. B.C. Ministry of Environment, Lands and Parks et B.C. Ministry of Forests. Victoria (C.-B.) 389 p.

Douglas G.W., D. Meidinger et J. Pojar. 2002b. Illustrated flora of British Columbia. Volume 8 – General Summary, Maps and Keys. B.C. Ministry of Sustainable Resource Management et B.C. Ministry of Forests, Victoria (C.-B.) 457 p. 

Douglas, G.W., G.B. Straley et D. Meidinger. 1998a. Illustrated flora of British Columbia. Volume 1. Gymnosperms and Dicotyledons (Aceraceae through Asteraceae). B.C. Ministry of Environment, Lands and Parks et B.C. Ministry of Forests. Victoria (C.-B.) 436 p. 

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L’auteure

George W. Douglas détient un M.Sc. en foresterie de la University of Washington ainsi qu'un Ph.D. en botanique de la University of Alberta, à Edmonton.Il étudie les plantes rares depuis plus de 20 ans. Il est auteur principal des Plantes vasculaires rares du Yukon (1981), coauteur de The Rare Vascular Plants of British Columbia (1985) et auteur principal de Rare Native Plants of British Columbia (1998), 2002). Il est également directeur principal de la publication Illustrated Flora of British Columbia (1998-2002). Il occupe le poste de botaniste de programme au Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique depuis la fondation de ce centre, en 1991. Durant cette période, il a été auteur ou coauteur de 22 rapports de situation du COSEPAC.

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Collections examinées

Nous avons vu et vérifié les spécimens d’herbier conservés au Royal British Columbia Museum, à Victoria.

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