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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fondule barré (population de Terre-Neuve) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatif et menaces

Deux facteurs limitatifs sont à considérer pour les populations de fondules barrés de Terre-Neuve : d’une part les activités forestières (ou toute autre perturbation anthropique potentielle) et leurs effets potentiels sur les bassins hydrographiques habités par l’espèce; d’autre part les obstacles, par exemple les fortes pentes de certains cours d’eau et les barrières physiques, qui empêchent la migration vers les eaux intérieures et l’accès à d’autres habitats propices.

Bien que, sur la côte ouest, on pratique peu la coupe à blanc dans les régions abritant les populations de fondules barrés (H. Smith, comm. pers.), la majeure partie des zones qui entourent plusieurs lacs du bassin Indian Bay, particulièrement celle autour du Fourth Pond (qui est directement lié au Third Pond, l’un des lacs abritant des fondules barrés), a été coupée à blanc ou devrait l’être au cours des cinq prochaines années (M. Wells, comm. pers.). Wells (2002) a signalé une augmentation statistiquement significative de l’accumulation des sédiments dans une zone tampon de 20 m faisant l’objet d’une coupe sélective au sein du bassin Indian Bay le long d’un cours d’eau de tête de bassin (p = 0,0172 pour les sédiments de > 1 mm de diamètre, x 4; p = 0,0001 pour les sédiments < 1 mm de diamètre, x 5). Les effets d’une telle augmentation des sédiments en suspension sont notamment : diminution de l’abondance des invertébrés; baisse du succès d’alimentation chez les espèces chassant à vue; perturbation et mortalité des premiers stades de vie (Miller, 1981). Les sédiments peuvent aussi abraser et étouffer le périphyton et les macrophytes, réduisant ainsi la production primaire (Waters, 1995). Desgagné et Lalancette (1984) signalent que le fondule barré fait appel à ses perceptions visuelles pour se nourrir. Par ailleurs, comme l’a indiqué Richardson (1939), l’espèce se sert des macrophytes pour se reproduire. Par conséquent, l’exploitation forestière peut avoir un effet considérable sur la population de fondules barrés du bassin Indian Bay si elle est pratiquée dans tout le bassin.

En dépit du fait que l’aire de répartition s’est étendue depuis la publication du dernier rapport de situation, les observations les plus récentes ont été réalisées sur les côtes, ce qui confirme probablement que la migration vers les eaux intérieures est freinée par les fortes pentes des cours d’eau, les rapides et les chutes infranchissables. Les futures découvertes auront sans doute lieu sur les côtes, et les observations dans les eaux intérieures seront très peu probables.

D’autres chercheurs jugent que des facteurs tels que les faibles températures de l’eau et la disponibilité de l’habitat (Gibson et al., 1984; Houston, 1990) ne sont probablement pas limitatifs pour le fondule barré sur l’île de Terre-Neuve. Les eaux peu profondes de toutes les niches examinées atteignaient une température maximale d’au moins 23 °C en juillet et en août; la fraye aurait donc pu s’y faire facilement. Toutefois, dans les régions où l’aire de répartition du fondule barré était limitée à un ou à deux lacs, les habitats propices et abondants dans d’autres lacs n’abritaient aucun fondule barré malgré l’existence de ruisseaux ou de rivières facilement praticables. Cette tendance est évidente dans plusieurs des bassins où vivent des populations de l’espèce. Il faut donc mener une étude plus détaillée sur les paramètres potentiels de l’habitat.