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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le fondule barré (population de Terre-Neuve) au Canada – Mise à jour

Biologie

Généralités

Des trois populations de Terre-Neuve échantillonnées, c’est dans celle du Loch Leven que la longueur totale moyenne était le plus élevée, à 91,9 mm (de 56,5 à 106,3 mm). La population du bassin Indian Bay avait une longueur moyenne de 88,8 mm (de 68,6 à 128,4 mm), et celle du Freshwater Pond, de 73,2 mm (Chippett, en prép.). Selon des études antérieures, les fondules barrés adultes mesuraient habituellement de 6 à 8 cm (Cooper, 1983). Le spécimen de 12,8 cm trouvé dans le bassin Indian Bay est probablement l’individu le plus long jamais observé. Avant lui, un fondule barré de 11,4 cm provenant du lac O’Law, en Nouvelle-Écosse, était le plus grand spécimen enregistré (Scott et Crossman, 1974).

D’après Carlander (1969), le fondule barré atteint la maturité à l’âge 1+ et à une longueur totale d’environ 6 cm. La taille minimale observée chez les femelles matures des populations de Terre-Neuve est de 5,6 cm (Chippett, en prép.).


Reproduction

Le fondule barré est un poisson à ponte fixée sur les végétaux; les œufs sont munis de filaments adhésifs qui, une fois pondus par la femelle, s’attachent à la végétation aquatique. Le mâle libère de la laitance et féconde les œufs alors qu’ils sont suspendus à la papille génitale de la femelle en groupes de 5 à 10 œufs (Richardson, 1939). La fraye aurait lieu d’avril à mai, à une température privilégiée de 21 °C selon Carlander (1969) ou de 23 °C selon d’autres observations documentées (McAllister et Coad, 1974).

Dans le bassin Indian Bay, on a observé que les fondules barrés frayent entre la fin juin et la mi-août, période où la température de l’eau varie entre 19 °C et 23 °C, le plus souvent en présence de potamots du genre Potamogeton. La livrée du mâle subit un changement radical de couleur pendant la fraye; une marque bleu vif apparaît près de la nageoire anale (Chippett, en prép.; Scott et Crossman, 1974). La portion inférieure du corps, notamment la région autour de la nageoire anale, devient d’un bleu brillant irisé. Dans les zones où l’eau est sombre ou trouble, particulièrement celles aux substrats vaseux comme le bassin Indian Bay, on peut repérer les mâles à leurs mouvements brusques et rapides, mis en évidence par le contraste entre le bleu vif de leur ventre et la couleur foncée du substrat (Chippett, en prép.). Ce changement de coloration est beaucoup plus évident en milieu sauvage qu’en captivité.

La taille des œufs des femelles du bassin Indian Bay prélevés à la fin juillet était légèrement supérieure (0= 2,2 mm) aux 2,0 mm signalés par Cooper (1936), et il pouvait y avoir jusqu’à 420 œufs chez les grosses femelles comparativement aux 250 œufs rapportés par Carlander (1969) (Chippett, en prép.).


Physiologie

Le fondule barré peut tolérer de faibles teneurs en oxygène et une grande variété de températures (Scott et Crossman, 1974; Houston, 1990). D’après Rombough et Garside (1977), une température de 34,5 °C constituerait la limite supérieure pour cette espèce, mais Carlander (1969) a observé des individus à 38,3 °C. Sur l’île de Terre-Neuve, la fraye a été observée à des températures de 22 à 24 °C en eau peu profonde, et l’abondance des captures au verveux était fortement liée à la température de l’eau (Chippett, en prép.). Ces observations corroborent celles de Melisky et al. (1980), qui ont constaté que les fondules barrés de la Pennsylvanie avaient une préférence pour des eaux d’environ 28,6 °C, alors que ceux de la Nouvelle-Écosse préféraient une température plus basse de 21,0 °C. Les fondules barrés se déplacent vers les parties plus profondes des lacs à la fin de l’automne et à l’hiver, puis retournent dans les zones peu profondes après la fonte des glaces, en avril ou en mai (J.G. Godin, comm. pers.).

Le fondule barré est euryhalin, mais il habite généralement des cours d’eau et des lacs d’eau douce; on le trouve rarement dans des eaux saumâtres ou marines (Fritz et Garside, 1974, 1975). Cette observation s’applique aux populations de Terre-Neuve (Chippett, en prép.). Notons toutefois que l’espèce peut tolérer une salinité dépassant les 20 parties par millier; la dispersion dans les eaux salées est donc possible (Griffith, 1974). Underhill (1986) croit que le fondule barré peut provenir des provinces de l’Atlantique, mais, comme nous l’avons mentionné ci-dessus, cela est discutable. Les populations des côtes sud et est de Terre-Neuve sont assez près les unes des autres pour autoriser l’hypothèse d’une migration entre ces populations, mais un tel échange est sans aucun doute de faible ampleur (Chippett, en prép.). La population de la côte nord-est, dans le bassin Indian Bay, a peut-être été introduite. C’est ce que laissent croire des preuves anecdotiques fournies par des pêcheurs locaux; en effet, des pêcheurs des provinces Maritimes viennent traditionnellement pêcher aux appâts vivants dans les lacs Backup Pond et Third Pond (W. Norris, comm. pers.). Le fondule barré et le choquemort (Fundulus heteroclitus) sont couramment vendus comme appâts en Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick (A. Curry, comm. pers.).


Déplacements et dispersion

Les fondules barrés sont observés dans les eaux peu profondes et abritées durant le jour, dans des zones à végétation aquatique submergée abondante et dense, mais on signale très peu de déplacements diurnes. Toutefois, selon des données tirées de la pêche au verveux dans divers types d’habitats, les fondules barrés sont plus abondants dans les zones rocheuses plus profondes et plus exposées, ce qui peut indiquer des déplacements nocturnes (en dehors des zones de végétation ou entre celles-ci) (Chippett, en prép.).

Les fondules barrés du bassin Indian Bay occupent une aire de répartition très limitée. Il est probable que, si cette population s’est peu dispersée dans l’ensemble du bassin, c’est en raison de la présence de longues portions profondes et non protégées, où la prédation par l’omble de fontaine et le saumon atlantique est considérablement plus élevée que dans les zones peu profondes à végétation dense (Chippett, en prép.).


Nutrition et interactions interspécifiques

Selon Keast et Webb (1966), en dépit de la position supère de la bouche, le fondule barré se nourrit dans toutes les parties de la colonne d’eau. Les petits individus mangent des larves de chironomes, des ostracodes, des cladocères, des copépodes, de petites quantités d’amphipodes et quelques insectes aériens, alors que les gros individus se nourrissent, en plus des espèces susmentionnées, de nymphes des ordres des Odonates et des Éphéméroptères, de mollusques, de Turbellariés et de petits crustacés (Keast et Webb, 1966; Baker-Dittus, 1978). Il n’y a pas de données précises sur l’alimentation des fondules barrés des populations de Terre-Neuve, mais des spécimens provenant du bassin Indian Bay contenaient une grande proportion de larves de chironomes (obs. pers.).

Le fondule barré est un poisson fourrage pour de grandes espèces telles que le saumon atlantique (Salmo salar), l’omble de fontaine (Salvelinus fontinalis) et l’anguille d’Amérique (Anguilla rostrata). Il est aussi la proie du Martin-pêcheur d'Amérique (Megaceryle alcyon) et du Grand Harle (Mergus merganser) (White, 1953,1957; Scott et Crossman, 1974). Cependant, on observe souvent des fondules barrés adultes au milieu de grands bancs de jeunes ombles de fontaine de taille semblable. Des fondules barrés sont capturés au verveux en compagnie d’ombles de fontaine, d’anguilles d’Amérique, d’épinoches à trois épines (Gasterosteus aculeatus), de saumons atlantiques (adultes et tacons) ainsi que d’éperlans arc-en-ciel (Osmerus mordax). Dans le Loch Leven, la prédation est probablement très forte en raison de la grande population d’anguilles d’Amérique dans cette région, ce que confirme le nombre de poissons capturés au verveux (Chippett, en prép.).


Comportement

Rassemblement en bancs

Les fondules barrés adultes (3-4 ans) étaient habituellement observés en petits bancs de 3 à 6 individus, tandis que les plus jeunes (1-2 ans+) se trouvaient plutôt en bancs de 8 à 12 individus. Les bancs demeuraient dans le même secteur pendant de longues périodes. Les petits poissons utilisaient le bord des zones d’eau stagnante à végétation riveraine abondante servant d’abri, tandis que les adultes (3-4 ans) fréquentaient plutôt les zones à découvert, en particulier les embouchures de rivières et de ruisseaux (Chippett, en prép.). Le rassemblement en bancs joue probablement un rôle dans le comportement d’évitement des prédateurs et l’alimentation (Keast et Webb, 1966; Godin et Morgan, 1985).

Fraye

Les fondules barrés du bassin Indian Bay affichent des comportements de pré-fraye et de fraye de la fin juin à la mi-août, période pendant laquelle la température de l’eau varie entre 19 °C et 24 °C (Chippett, en prép.). Comme l’a observé Richardson (1939), les mâles choisissent des aires de reproduction dans des fosses herbeuses aux eaux tranquilles, qu’ils défendent vigoureusement. Les mâles et les femelles de taille semblable se sont appariés. Pendant les intenses combats en cercles entre mâles rivaux, il arrive que les mâles pourchassés soient forcés à sortir de l’eau (obs. pers.).