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Grive de Bicknell (Catharus bicknelli)

Taille et tendances des populations

 

 Amérique du Nord

Il existe peu de données sur la taille et les tendances des populations de la Grive de Bicknell. Même si certaines mentions remontent à 1881, les études ont été davantage qualitatives que quantitatives et n’ont pas permis de recueillir des données pour évaluer l’ampleur des changements dans les effectifs (Rimmer et al., 1993).

Bien que les chercheurs déplorent le manque de données, qui leur permettraient d’évaluer précisément la taille de la population, ils estiment que celle-ci compte de 5 000 à 15 000 couples en Amérique du Nord. Marshall (comm. pers.) fait l’évaluation la plus modeste, estimant la population au Canada à seulement 200 couples, mais des données recueillies récemment au Québec (Ouellet, 1993; Rompré et al., 1997; Y. Aubry, comm. pers.), au Nouveau-Brunswick (Erskine, 1992; S. Holmes, comm. pers.) et en Nouvelle-Écosse (Erskine, 1992; D. Busby, comm. pers.) indiquent qu’il l’a nettement sous-estimée.

Par ailleurs, Erskine (manuscrit inédit) évalue la population totale de la Grive de Bicknell à environ 5 000 couples (de l’ordre de 1 000 à 10 000 couples), en se fondant sur des extrapolations des données de l’atlas des oiseaux nicheurs et sur les régions d’habitats potentiels au Canada et aux États-Unis. Selon lui, environ 60 p. 100 de l’effectif nicheraient en Nouvelle-Angleterre et dans l’État de New York, et le reste au Canada, en particulier dans le sud du Québec, dans le nord du Nouveau-Brunswick et dans l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse (tableau 1).

Tableau 1. Nombre estimé de couples nicheurs de la Grive de Bicknell en Amérique du Nord (d’après Erskine, manuscrit inédit).
RégionPopulation estimée
Québec1 000
Nouveau-Brunswick700
Nouvelle-Écosse300
Île-du-Prince-Édouard*0*
Maine500
New Hampshire1 000
Vermont500
New York1 000
Total5 000

*Ne niche probablement pas régulièrement.

Rimmer (comm. pers.) pense que les évaluations pour la Nouvelle-Angleterre et l’État de New York sont trop prudentes; selon lui, la population des États-Unis compterait de 5 000 à 8 000 couples. Il estime que la population du Canada constitue de 20 à 30 p. 100 de la population totale en Amérique du Nord. McFarland (comm. pers.) évalue la population des États-Unis à environ 15 000 couples et estime, en se fondant sur ce qu’il décrit comme des évaluations extrêmement grossières des habitats disponibles (zones situées à plus de 915 mètres d’altitude) et sur une densité estimative de 0,5 oiseau par hectare, qu’elle peut grimper jusqu’à 25 000 couples. Cependant, tel que le mentionnent Atwood et al. (1996), comme l’espèce n’utilise qu’une partie des habitats situés à plus de 915 mètres d’altitude, McFarland a certainement surévalué l’effectif.

Québec

Selon les observations et les relevés de la dernière décennie, il semble qu’il existe plusieurs régions importantes pour l’espèce dans la province. D’après Ouellet (1993, comm. pers.), la population est concentrée dans les deux régions suivantes : la péninsule de Gaspé et une zone du nord de la ville de Québec, délimitée par la rivière Batiscan à l’ouest, la rivière Saguenay à l’est, et le lac Saint-Jean au nord. Au cours de relevés détaillés effectués en 1997 et en 1998, on a repéré plusieurs secteurs qui corroboraient les conclusions de Ouellet, notamment la ZEC des Martres, au nord de la ville de Québec, et le parc de conservation de la Gaspésie et lréserve faunique des Chic-Chocs dans la péninsule de Gaspé. D’autres aires de concentration sont situées au mont Mégantic et au mont Gosford, dans la région de l’Estrie, et peut-être au mont Vallin, au nord de la rivière Saguenay (G. Rompré et Y. Aubry, comm. pers.).

Erskine (manuscrit inédit) a évalué la population québécoise de la Grive de Bicknell à environ 99 couples. Toutefois, en raison du haut degré d’incertitude lié aux extrapolations démographiques, il pense qu’il serait plus exact de l’évaluer à environ 1 000 couples (tableau 1), avec des limites de confiance se situant entre quelques centaines et quelques milliers de couples. R. Ouellet (comm. pers.) appuie cette dernière évaluation.

En 1997 et en 1998, les données récoltées par une équipe de chercheurs du Service canadien de la faune (CSF) et de l’Université McGill ont montré que les effectifs sont de l’ordre de quelques milliers (G. Rompré et Y. Aubry, comm. pers.). Les chercheurs estiment que le nombre de couples dans la région de l’Estrie est de 750 à 1 250  (G. Seutin et G. Rompré, comm. pers.), de 1 000 à 2 000 en Gaspésie et, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, de 500 à 2 000 (G. Seutin et Y. Aubry, comm. pers.). Par conséquent, la population d’oiseaux au Québec est de

3 000 à 5 000 couples.

Les densités de nidification ont été mesurées à trois endroits au Québec. Sur le mont Gosford, Rompré et Connolly (comm. pers.) ont estimé cette densité à environ 10 couples/10 hectares; sur le mont Mégantic, elle serait de 2,5 couples/10 hectares selon Erskine (1984), et de 12 à 15 couples/10 hectares d’après Rompré et al. (1997). Enfin, Erskine (1980) a calculé une densité de 4,9 mâles/10 hectares dans un secteur près de la Petite Rivière Cascapédia, dans la péninsule de Gaspé.

D’après des observations récentes dans des forêts mixtes et denses de seconde venue, Ouellet (1993; 1995) conclut que l’effectif de la Grive de Bicknell est peut-être en hausse au Québec. Seutin (1998) recommande toutefois la prudence dans les évaluations des tendances des populations qui sont fondées sur des observations dans des habitats de régénération. En effet, la nidification n’a pas été confirmée dans ces habitats, qui peuvent cependant être occupés par des oiseaux non nicheurs (p. ex. des individus sexuellement immatures ou des nicheurs en échec) ou constituer des puits de population maintenus par une immigration continue d’individus provenant de régions sources productives situées à proximité. Les relevés relatifs à la répartition du SCF et de l’Université McGill indiquent aussi que cette grive peut être confinée aux forêts à un certain stade de succession et d’une certaine composition spécifique (Rompré et al., 1997; Seutin, 1998). Par conséquent, beaucoup de forêts en régénération n’équivalent pas nécessairement à une grande quantité d’habitats potentiels pour la Grive de Bicknell (Seutin, 1998; voir la section sur les habitats).

Provinces maritimes

Les populations sont fortement concentrées au Nouveau-Brunswick et dans l’île du Cap-Breton, où elle sont rares mais régulières en haute altitude, surtout à plus de 300 mètres (Erskine, 1992). En se servant de l’atlas et d’autres données, Erskine a estimé en 1992 que la population des Maritimes comptait moins de 1 000 couples, répartis au Nouveau-Brunswick (600 couples), en Nouvelle-Écosse (300 couples) et à l’Île-du-Prince-Édouard (10 couples). Il a légèrement corrigé cette évaluation par la suite, en augmentant la population du Nouveau-Brunswick à 700 couples (Erskine, manuscrit inédit). Les limites de confiance (décrites comme étant un peu plus précises que des estimations) font osciller la taille de l’effectif entre un tiers et trois fois cette évaluation, c’est-à-dire entre 300 et 3 000 couples.

Au Nouveau-Brunswick, les évaluations récentes de la population sont assez stables. En extrapolant les résultats d’un relevé de répartition mené en 1995 par le Service canadien des forêts et la Service canadien de la faune et d’autres travaux effectués de 1996 à 1998, D. Busby (comm. pers.) a estimé que la population compte de 400 à 500 couples. Selon S. Holmes (comm. pers.), elle en compterait 600, si l’on se fie à la disponibilité des habitats et aux travaux de recensement menés en 1996 et en 1997, avec des limites de confiance de 400 à 800 couples.

Les populations du Nouveau-Brunswick sont concentrées dans l’extrême nord-ouest de la province et dans les hautes terres du centre-nord. Les Grives de Bicknell vivent surtout sur des pics en haute altitude et non dans les vallées situées entre les pics. Là aussi, les populations sont petites. Juste au sud du parc provincial Mont Carleton, dans la région de la province qui est peut-être la plus densément peuplée, cinq des pics les plus productifs contiendraient chacun de 50 à 100 couples de Grive de Bicknell (S. Holmes, comm. pers.). Il faut néanmoins être prudent lorsqu’il est question d’extrapoler ces évaluations à l’habitat environnant, puisqu’on a trouvé dans les environs des pics semblables qui accueillent beaucoup moins d’oiseaux, sinon aucun.

En Nouvelle-Écosse, la population est concentrée dans l’île du Cap-Breton. Des relevés du SCF ayant trait à la répartition de l’espèce indiquent que les Grives de Bicknell se rassemblent surtout dans le nord-ouest, de Cape North jusqu’à la moitié de la péninsule. Pour D. Busby (comm. pers.), qui se fonde sur les habitats favorables à l’espèce, la population compterait de 400 à 500 couples répartis comme suit : parc national des Hautes-Terres-du-Cap-Breton et région immédiate vers le nord (200 couples), hautes terres déboisées (100 couples), Cape North (50 couples), île Scaterie (25 couples) et île St. Paul (25 couples).

Les récentes observations de la Grive de Bicknell dans l’Île-du-Prince-Édouard (Erskine, 1992) constituent une première dans la province, mais cette population est vraisemblablement peu importante. Erskine (manuscrit inédit) évalue la population totale à moins de cinq couples et estime que la nidification n’est que sporadique. Non seulement la nidification n’est pas confirmée, mais les habitats disponibles semblent insuffisants pour soutenir une population viable. Néanmoins, il se pourrait que la Grive de Bicknell niche sporadiquement dans l’île depuis des années.

Nord-est des États-Unis

Le nord-est de l’Amérique pourrait abriter la plus grande partie de la population totale de Grives de Bicknell nicheuses, soit entre 60 p. 100 (Erskine, manuscrit inédit) et 70 ou 80 p. 100 (C. Rimmer, comm. pers.). Erskine (comm. pers.) évalue l’effectif des États-Unis à 3 000 à 6 000 couples, Rimmer (comm. pers.), à 5 000 à 10 000 couples, et McFarland (comm. pers.), très grossièrement, à 15 000 à 25 000 couples.

Selon les études de répartition de l’espèce, les populations semblent en déclin en Nouvelle-Angleterre et dans l’État de New York. Atwood et al. (1994) constatent que l’oiseau est absent de 10 des 71 (14 p. 100) anciens sites (avant 1992). Marshall (comm. pers.)remarque aussi des changements dans les populations en fonction de l’altitude, c’est-à-dire qu’elles migrent en altitude vers l’habitat optimal situé à la limite des arbres. Il souligne que, sur le Camel's Hump, au Vermont, des populations qui vivaient auparavant sous la limite des arbres à 1 036 mètres en 1984 ont grimpé à 1 219 mètres en 1994. Il signale la même tendance au mont Mansfield, au Vermont, où les populations sont passées de 884 à 1 067 mètres, encore une fois durant une période de dix ans. Si ce déclin sur le plan de la répartition altitudinale est exact, il ne semble toutefois pas accompagné d’une réduction des densités des effectifs en haute altitude. Sur le mont Mansfield, le suivi de parcelles de relevés menés depuis 1992 à une altitude de 1 150 mètres révèle une population stable (Rimmer et McFarland, 1996).

L’histoire de la population de la Grive de Bicknell sur le mont Greylock, au Vermont, illustre bien le sort des petites populations isolées au sommet des montagnes. La première mention de l’espèce au sommet remonte à 1888 (Faxon, 1889). Maynard (Wallace, 1939) y a observé environ douze couples en 1910. De 1934 à 1960, on y trouvait une population de nicheurs petite et stable, constituée de 6 à 11 couples, qui a baissé graduellement jusqu’à un ou deux couples en 1972, et avait disparu l’année suivante (voir Veit et Petersen, 1993). Il n’y a eu depuis aucune autre mention. Bien qu’on ne connaisse pas les causes de la disparition de cette population, l’augmentation des perturbations humaines près du sommet peut y avoir contribué (Veit et Petersen, 1993).

Au Vermont, où on considérait dans le passé la Grive de Bicknell comme un résident d’été rare ou peu fréquent (Kibbe, 1985), les densités des populations sont très peu connues. L’espèce n’est signalée ni dans les itinéraires de relevés des oiseaux nicheurs du Fish and Wildlife Service des États-Unis, ni dans les recensements des oiseaux nicheurs du Vermont, qui ont été publiés dans American Birds. Cependant, Erskine (manuscrit inédit) évalue, à partir d’extrapolations, la population totale de l’État à environ 500 couples. Plus récemment, McFarland (comm. pers.) a estimé qu’elle ne pourrait dépasser 1 000 couples.

Les plus gros effectifs et les plus fortes densités de Grive de Bicknell au Vermont sont signalées sur le mont Mansfield, où Torrey (1889) a entendu, le jour, des cris si persistants qu’ils deviennent presque une nuisance. Selon de récentes évaluations, fondées sur sept années de travaux sur le terrain, l’effectif est d’environ 250 couples (Rimmer et al., 1996). Grâce à une cartographie par secteur des appels de mâles corrigée en fonction des territoires partiels, Rimmer et al. (1996) ont estimé que les densités de population fluctuent annuellement entre 48 et 62 couples/40 hectares. Les densités semblent beaucoup plus faibles sur les autres pics du nord-est des États-Unis : au Vermont, 6 couples/40 hectares sur le mont Equinox et 14,5 couples/40 hectares sur le mont Belvidere; dans l’État de New York, 19,7 couples/40 hectares sur le mont Plateau (McFarland et Rimmer, 1996).

Selon Palmer (1949), la Grive de Bicknell est un résident d’été assez commun dans les forêts d’épinettes situées en altitude dans le Maine. En se servant des données des relevés de répartition de l’espèce effectués de 1993 à 1995 (Rimmer et McFarland, 1996), Rimmer (comm. pers.) a évalué la population totale à plus de 1 000 couples. Marshall (comm. pers.) estime qu’elle est inférieure à 550 couples. Les plus fortes densités sont sans doute celles du mont Katahdin, où l’évaluation atteint 500 couples (J. Marshall, comm. pers.). Des mentions sporadiques existent sur la côte du Maine, mais un relevé récent n’y a décelé aucun individu. La Grive de Bicknell semble donc une espèce rare, sporadique et peut-être seulement de passage dans le Maine (Rimmer et McFarland, 1996).

Vu la forte proportion d’habitats de nidification propices que comptent le New Hampshire et l’État de New York, c’est dans ces régions que les effectifs de la Grive de Bicknell pourraient être les plus élevés. Selon Erskine (manuscrit inédit), plus des deux tiers de la population totale du nord-est des États-Unis se trouveraient dans ces deux États, qui abriteraient chacun 1 000 couples. Selon Marshall (comm. pers.), il y aurait environ 2 200 couples dans l’État de New York, et 350 au New Hampshire. L’évaluation la plus généreuse est celle de McFarland (comm. pers.), qui estime que les deux États abritent plus de 15 000 couples.

Au New Hampshire, la population de nicheurs semble concentrée dans les montagnes Blanches. Au mont Moosilauke, les densités moyennes de population varient de 3,2 oiseaux/10 hectares dans une vallée subalpine à 2,0 oiseaux / 10 hectares sur la crête montagneuse (Sabo et Holmes, 1983). Sur le mont Osceola, on a mesuré des densités de 22 couples/40 hectares (Morse, 1979).

La limite méridionale extrême de l’aire de répartition de la Grive de Bicknell se situe dans les monts Catskill (État de New York), où l’espèce est connue comme un nicheur assez fréquent (Peterson, 1988). L’espèce est en outre décrite comme un résident assez commun des Adirondacks, où Peterson (1988) pense que son aire de répartition et son abondance sont stables. De même, Atwood et al. (1994) signalent sa présence sur 33 des 44 pics (75 p. 100) où des relevés ont été menés de 1992 à 1993 et sur 16 des 16 pics (100 p. 100) pour lesquels il existait des mentions avant 1992.

 

Bassin des Caraïbes

Dans son aire d’hivernage, la Grive de Bicknell semble concentrée dans l’île d’Hispaniola (Rimmer et al., 1997). Des relevés de répartition menés de 1994 à 1997 ont permis de repérer des individus dans seulement sept des treize (54 p. 100) sites historiques en République dominicaine. Par ailleurs, des études démographiques approfondies révèlent un déclin possible des densités à deux endroits. À Pueblo Viejo, l’espèce a connu un déclin, passant de 77 territoires/40 hectares en 1995 à 60 territoires/40 hectares en 1996, et à 50 territoires/40 hectares en 1997; à Loma del Toro, la densité de Grives de Bicknell a chuté de 40 territoires/40 hectares en 1995 à 18 territoires/40 hectares en 1996. Bien que ces baisses puissent être attribuables à l’intensification des activités de recherche (Rimmer et al., 1997), il se peut aussi que les effectifs soient affectés par le déboisement. On pense que des habitats essentiels disparaissent à un rythme alarmant dans l’île d’Hispaniola, y compris dans les parcs nationaux et les réserves (Rimmer et al., 1997).