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Grive de Bicknell (Catharus bicknelli)

Facteurs limitatifs

 

Pertes d’habitats et dommages aux habitats

Plusieurs menaces pèsent sur les populations de la Grive de Bicknell. Au Canada, beaucoup d’habitats sont situés dans des forêts industrielles, ce qui est source de préoccupation vu le caractère peu concluant des données sur les effets des opérations forestières sur l’espèce. Au Nouveau‑Brunswick, presque tous les habitats de haute altitude se trouvent sur des terres à vocation industrielle, dont la plupart en sont à divers stades de régénération après la coupe à blanc (Nixon, observation personnelle). De plus, les activités d’exploitation forestière sont très courantes à l’île du Cap-Breton, où on estime que 25 p. 100 de la population de cette grive vit, et au Québec.

La présence de l’espèce dans les secteurs en régénération soulève plusieurs questions liées aux pratiques d’exploitation forestière et à leurs conséquences sur les habitats. Premièrement, il se peut que l’habitat en régénération soit suboptimal et qu’il constitue un puits pour l’espèce (Seutin, 1998). Deuxièmement, au Québec, l’espèce quitte les forêts en régénération qui ont subi une éclaircie précommerciale (Rompré et al., 1997; Seutin, 1998). Elle peut aussi se trouver en plus faibles densités dans des zones d’éclaircies au Nouveau‑Brunswick, où elle semble préférer des densités de tiges élevées de la classe de taille de 5 à 10 cm (Holmes et Nixon, données inédites). Les éclaircies contribuent à réduire la densité des feuilles et/ou la possibilité pour les oiseaux de se dissimuler dans les nids ou à proximité, ce qui entraîne une augmentation du taux de prédation sur les nids (Nolan, 1978; Martin et Roper, 1988).

Même si les peuplements en régénération offrent des habitats de nidification propices pour l’espèce, le problème de la répartition inégale de ces peuplements dans le temps et dans l’espace demeure, tel qu’énoncé dans la section Tendances relatives au nombre d’habitats et à leur qualité. Les dépôts atmosphériques, notamment les précipitations acides, ont aussi eu des incidences sur les habitats dans l’aire de reproduction (voir la section Tendances relatives au nombre d’habitats et à leur qualité).

Par ailleurs, il se peut que les habitats frais, situés en haute altitude, que préfère la Grive de Bicknell, soient particulièrement sensibles au réchauffement planétaire.

Pour l’instant, il est impossible d’évaluer l’impact de la dégradation des habitats sur les populations de la Grive de Bicknell, puisqu’aucune étude de surveillance à long terme de l’espèce et de son habitat n’a été menée (Rimmer et McFarland, 1994). Cependant, on sait que les aires de nidification du Sud sont beaucoup plus limitées que celles du Canada; situées dans des régions très sensibles à la dégradation causée par les précipitations acides et les dépôts atmosphériques, elles semblent aussi plus vulnérables aux effets du réchauffement planétaire. Par conséquent, même si une plus faible proportion de la population totale de Grives de Bicknell niche au Canada plutôt que dans le nord‑est des États‑Unis, les habitats du Canada pourraient devenir plus importants dans l’avenir si les tendances actuelles se maintiennent.

Prédation et perturbation 

Malgré la rareté des données sur les taux de prédation de la Grive de Bicknell, il se peut que ce facteur soit responsable d’une grande partie des pertes au nid. Dans l’île Seal, au large de la Nouvelle‑Écosse, de grands nombres de corbeaux et de corneilles ainsi que des populations en âge de reproduction de chats harets et d’écureuils introduits ont peut‑être réduit à néant l’effectif d’oiseaux et causé la disparition définitive de l’espèce (Wallace, 1939; Dalzell in Erskine, manuscrit inédit). Aucune donnée ne permet d’évaluer les taux de prédation à cet endroit; cependant, sur le mont Mansfield, au Vermont, la prédation d’œufs et d’oisillons compte pour 46 p. 100 de l’ensemble des pertes au nid, ce qui correspond à six des treize nids (Wallace, 1939). Les prédateurs ont mangé des oisillons âgés de six jours. De plus, on a remarqué des signes de prédation dans au moins trois des cinq nids vides trouvés plus tard au cours de l’été.

Au Vermont, l’écureuil roux (Tamiasciurus hudsonicus) semble être le principal prédateur des nids (Rimmer et McFarland, 1996), et le Geai bleu (Cyanocitta cristata; Wallace, 1939) arrive au second rang. La belette (Mustela sp.), le tamia rayé (Tamias striatus) , le raton laveur (Procyon lotor), le Grand Corbeau (Corvus corax) l’Épervier brun (Accipiter striatus) et le Mésangeai du Canada (Perisoreus canadensis) sont également des prédateurs probables (Wallace, 1939; Rimmer et McFarland, 1994; 1996; G. Rompré, comm. pers). Bien que Wallace (1939) souligne que le Geai bleu et les corneilles se retrouvent rarement à des altitudes supérieures à 914 mètres au Vermont, ces prédateurs causent peut‑être un problème plus grave au Canada, où l’habitat de la Grive de Bicknell se situe à plus basse altitude.

D’autres facteurs peuvent influer considérablement sur les pertes d’œufs et d’oisillons. La Grive de Bicknell semble plus sensible aux perturbations au nid, en particulier à celles qui sont causées par les humains (Wallace, 1939; Rimmer et McFarland, 1994; McFarland et Rimmer, 1996). Dans une étude portant sur les populations de l’espèce au Vermont, deux des quatre nids occupés ont été abandonnés au stade de l’œuf quelques jours après avoir été découverts (Rimmer etMcFarland, 1994). On a estimé que des œufs provenant d’un nid étaient âgés d’environ sept jours. Selon l’étude de Wallace (1939), l’abandon compte pour presque 9 p. 100 de la mortalité totale observée, les œufs non fécondés et les embryons anormaux pour plus de 11 p. 100, et les maladies pour presque 7 p. 100.

Ces taux de mortalité élevés peuvent nuire à la capacité de reproduction ou de nidification de l’espèce, qui est déjà faible. Tel qu’il a été mentionné précédemment, la Grive de Bicknell n’a, en général, qu’une couvée et ne pond que quelques œufs à la fois. Wallace (1939) a calculé une moyenne de 3,46 œufs par nid, ce qui est nettement inférieur à la moyenne de la plupart des espèces de passereaux, mais pas à celle de Catharus. Dans le cas de pontes plus tardives en saison, le nombre d’œufs diminue.

Compétition

Dans l’est du Canada, il se peut qu’il existe dans une certaine mesure une division des habitats attribuable à la compétition. Dans le sud du Québec et dans les provinces Maritimes, les populations de Grives de Bicknell se trouvent généralement à côté de plus grandes populations de Grives à dos olive (Catharus ustulatus), espèce plus répandue et généraliste en matière d’habitat. Bien que la Grive de Bicknell habite de plus hautes altitudes que la Grive à dos olive (Noon, 1981), on note une grande zone de chevauchement altitudinal entre les deux espèces. Au cours des relevés effectués au Québec, la Grive à dos olive a été repérée à tous les sites de dénombrement ponctuel où la Grive de Bicknell avait été vue ou entendue (Rompré et al., 1997). Au Nouveau‑Brunswick, la Grive à dos olive a réagi d’une manière agressive aux enregistrements de chants de Grives de Bicknell à plusieurs reprises (Nixon et Holmes, données inédites). Sur 90 sites de relevé, on a signalé la présence de la Grive à dos olive dans les 59 sites de relevé où la Grive de Bicknell a été vue ou entendue et, souvent, en beaucoup plus grandes densités que cette dernière.

Même si la Grive de Bicknell a relativement peu de compétiteurs dans les habitats de haute altitude dans le nord‑est des États‑Unis, il est possible que la Grive à dos olive influe sur le choix des habitats et la taille des populations. Wallace (1939) conclut à la présence de moins d’une douzaine d’espèces aviennes à plus de 914 mètres d’altitude, et Noon (1981) trouve peu de signes de chevauchement d’habitats (entre les hautes et les basses altitudes) entre la Grive de Bicknell et quatre autres grives insectivores sur deux pics au Vermont. Cependant, McFarland (comm. pers.) a repéré la Grive à dos olive à plus de 1 000 mètres d’altitude et a observé chez cette espèce des réactions agressives lorsqu’on lui faisait entendre des enregistrements de cris et de chants de Grives de Bicknell. Rimmer (comm. pers.) a constaté que la Grive à dos olive ne niche presque jamais dans le krummholz, mais il a observé des cas de chevauchement complet entre les deux espèces dans des parcelles de Grives de Bicknell situées en basse altitude, cette dernière espèce étant toujours présente en plus faibles densités. Par conséquent, bien qu’on ne possède pas encore de données sérieuses sur la compétition entre ces deux espèces, on ne peut rejeter l’hypothèse d’une compétition interspécifique.