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Programme de rétablissement du mûrier rouge (Morus rubra) au Canada

5. Population et répartition

5.1 Contexte lié aux populations et à la répartition

En 2000, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a désigné le mûrier rouge espèce en voie de disparition parce que le nombre d'individus matures de cette espèce est peu élevé (moins de 250) et en déclin et que sa population est fragmentée (COSEPAC, 2010).

Figure 1 : Répartition nord américaine du mûrier rouge (Argus et White, 1987)

Figure 1 : Répartition nord américaine du mûrier rouge (Argus et White, 1987)

L'extrémité septentrionale de l'aire de répartition du mûrier rouge s'étend jusque dans le Sud de l'Ontario, où l'espèce est limitée à la zone biologique carolinienne (figure 1). Même si son aire de répartition est quelque peu diminuée, rien ne semble indiquer qu'il a déjà été courant ou répandu ici (Ambrose, 1987). Le COSEPAC a évalué l'espèce la dernière fois en 2000, d'après 10 sites connus, dont six populations de base de cinq arbres ou plus dans deux grandes régions : 1) le comté d'Essex et la municipalité de Chatham Kent, dont le parc national de la Pointe Pelée et les îles Pelée, Middle et Sister Est, dans le secteur de la pointe ouest du lac Érié, et 2) la région du Niagara, dont les villes de Hamilton et de Burlington. L'occupation de ces deux régions peut indiquer différentes voies de migration historiques depuis le centre de l'aire de répartition aux États Unis. Les habitats forestiers sont très différents dans ces deux régions; dans la région du Niagara, le mûrier rouge se trouve le long de l'escarpement humide et calcaire9 du Niagara, tandis que l'habitat le long de la rive du lac Érié est plus ouvert et sablonneux. Ces différentes conditions écologiques semblent avoir donné lieu à une différenciation génétique et à une adaptation locale du mûrier rouge (comm. pers. de K.S. Burgess).

Vingt et une populations existantes (séparées par au moins un kilomètre) sont maintenant confirmées (tableau 2 et figure 2). De ce nombre, 10 sont des populations de base de cinq individus ou plus (Thompson, 2002b; Burgess et coll., 2008a; Centre d'information sur le patrimoine naturel [CIPN], données inédites, 2010). Les 10 populations de base sont toutes entièrement ou presque entièrement situées sur des terres publiques ou des terres protégées. Les effets de la nidification des cormorans à aigrettes sur la végétation des îles Middle et Sister Est, dans le bassin ouest du lac Érié, font toutefois douter de la viabilité à long terme de ces deux populations. Les 11 autres populations, qui ne comptent qu'un ou deux arbres chacune, peuvent ne pas être viables à moins que des mesures de rétablissement ne soient mises en œuvre pour en augmenter la taille et réduire au minimum les menaces.

Globalement, le recrutement est faible dans tous les sites (comm. pers. de K.S. Burgess). Les semis de mûrier rouge sont rares dans la réserve naturelle provinciale Fish Point (comm. pers. de K.S. Burgess) et ont été observés seulement rarement dans les communautés forestières plus stables, par exemple à la chute Balls, au cours des 15 dernières années. Même si on a observé que des semis de la première année germaient aux abords d'un sentier de gravier sous de grands arbres fruitiers dans le parc national de la Pointe Pelée, ils n'ont pas survécu plus de deux ans (Ambrose, 1987). De nombreuses expériences de pollinisation donnent à penser que la dépression de consanguinité est faible dans le mûrier rouge (Burgess, 2004a), bien qu'il n'y ait pas eu de comparaisons directes avec les croisements de mûrier rouge dans les grandes populations existantes ailleurs dans l'aire de répartition de l'espèce.

La population la plus importante dans la région de Niagara/Hamilton/Burlington compte environ 155 arbres de toutes les catégories d'âge. La population la plus importante dans la région d'Essex/Chatham Kent compte environ 55 arbres de tous âges. Le nombre total de mûriers rouges de toutes les catégories d'âge dans le paysage canadien est d'environ 322 (Janas et coll., 2001; Burgess et coll. 2008a; Essex Region Conservation Authority, données inédites, 2008; Agence Parcs Canada, données inédites, 2008; Parcs Ontario, données inédites, 2008, 2009; Niagara Peninsula Conservation Authority, données inédites, 2009; Jardins botaniques royaux, données inédites, 2009; CIPN, données inédites, 2010; et comm. pers. de G. Waldron, 2010). L'apparente augmentation de la population générale au cours des dernières années s'explique par la découverte de vieux individus auparavant non recensés, plutôt que par le rétablissement de la population.

La répartition canadienne du mûrier rouge indique un déclin par rapport aux relevés historiques (figure 2). Au total, 36 occurrences ont été consignées pour le mûrier rouge. Toutefois, 5 d'entre elles sont maintenant considérées comme des occurrences disparues et 10 autres sont historiques (n'ont pas été observées au cours des 20 dernières années). Les limites nord de l'aire de répartition du mûrier rouge se sont déjà étendues jusqu'à Whitby, mais ont depuis reculé jusqu'à la région de Burlington (Ambrose, 1987). Dans le parc national de la Pointe Pelée, la perte de trois individus génétiquement purs a été documentée depuis la fin des années 1990 (Burgess et coll., 2008a). À certains autres sites, on ne voit plus que des arbres hybrides, ce qui indique que le mûrier rouge s'y est probablement déjà trouvé par le passé, mais qu'il a été supplanté à la suite de l'hybridation avec le mûrier blanc exotique (Ambrose, 1999). La perte enregistrée d'occurrences, de même que la disparition d'arbres dans ces dernières, combinées à un recrutement minime observé, indiquent que le déclin se poursuit.

Tableau 2 : Emplacement et propriété des terres où se trouvent des mûriers rouges au Canada

No de parcelle d’habitat essentielSituation géographiquePropriétaire(s) foncier(s)
Populations de base (5 individus ou plus, à moins d'un kilomètre l'un de l'autre)
228_1Boisé de l'escarpement Clappison, HamiltonConservation Halton
228_2Boisé de l'escarpement Waterdown, BurlingtonConservation Halton et terres privées
228_3Aire de conservation du ruisseau de Borer/escarpement de Rock Chapel/Berry Tract, HamiltonOffice de protection de la nature de Hamilton, Jardins botaniques royaux et terres privées
228_4Vallée Niagara/promenade du Niagara, Niagara FallsCommission des parcs du Niagara et Hydro One
228_8Aire de conservation des chutes Balls, VinelandOffice de protection de la nature de la péninsule du Niagara
228_9Parc provincial Rondeau - nord, MorpethParcs Ontario
228_12
228_13
Parc national de la Pointe Pelée - sud, Leamington (bien que sur le plan historique, il n'y ait qu'une population, la perte d'un seul individu situé au centre place maintenant les individus existants à plus d'un kilomètre de distance les uns des autres. L'habitat essentiel de cette population est, par conséquent, cartographié en deux endroits)Agence Parcs Canada
228_15Réserve naturelle provinciale Fish Point, île Pelée, bassin ouest du lac ÉriéParcs Ontario
228_16Île Middle, parc national de la Pointe Pelée, bassin ouest du lac ÉriéAgence Parcs Canada
228_17Réserve naturelle provinciale de l'île Sister Est, bassin ouest du lac ÉriéParcs Ontario
Autres populations (4 individus ou moins, à moins d'un kilomètre l'un de l'autre)
228_5St. David'sTerres privées
228_6Leawood Court, St. CatharinesTerres privées
228_7Pendale Plaza, St. CatharinesUniversité Brock
228_10Parc provincial Rondeau - sud, MorpethParcs Ontario
228_11Parc national de la Pointe Pelée - nord, LeamingtonAgence Parcs Canada
228_14Alvar du chemin Stone, île PeléeOffice de protection de la nature de la région d'Essex
228_18Lot 6, concession 3 est, KingsvilleTerres privées
228_19Sanctuaire d'oiseaux For the Birds, ColchesterTerres privées
228_20Site 40, Étude sur le ruisseau Big, AmherstburgTerres privées
228_21Aire écologiquement vulnérable du boisé de chicot févier de la rivière CanardTerres privées
228_22Site CA5 - candidature au patrimoine naturel de LaSalle, LaSalleVille de LaSalle et terres privées

Figure 2 : Répartition du mûrier rouge au Canada (mise à jour à partir de Thompson, 2002b)

Figure 2 : Répartition du mûrier rouge au Canada (mise à jour à partir de Thompson, 2002b)


5.2 Objectifs liés aux populations et à la répartition

Le présent programme de rétablissement a pour objet d'assurer la pérennité du mûrier rouge au Canada par la conservation et la restauration de métapopulations10 dynamiques pour qu'elles soient stables à long terme dans les deux grandes régions de son occurrence.

Les objectifs liés aux populations et à la répartition du mûrier rouge sont les suivants :

  1. maintenir toutes les populations existantes de l'espèce dans toute l'aire de répartition canadienne (Ontario);
  2. empêcher que le nombre d'individus ne continue de diminuer dans l'aire de répartition de l'espèce.

Ces objectifs seront revus et peut être modifiés quand des nouvelles informations seront disponibles. Plus particulièrement, des études génétiques visant à confirmer le nombre total et l'emplacement de mûriers rouges purs pour certaines des populations les plus importantes au Canada pourraient exiger la modification des objectifs. Des recherches récentes réalisées aux États Unis ont identifié dans l'ouest du Kentucky et les États environnants, une espèce distincte, Morus murrayana, qu'on croyait auparavant du mûrier rouge (Galla et coll., 2009). D'autres études génétiques de la population indigène au Canada sont nécessaires pour déterminer s'il y a une ou deux espèces indigènes de mûrier et préciser la taille des populations associées.

Les effets de la nidification des cormorans à aigrettes sur les populations des îles Middle et Sister Est sont assez graves pour qu'on ne puisse garantir le maintien de ces deux populations. En outre, même si des tentatives doivent être faites pour maintenir les 11 populations qui comptent un ou deux individus chacune, leur maintien à long terme demeure incertain, même si les menaces sont réduites, en raison de la très petite taille de ces populations, du fait que chaque individu a des fleurs soit mâles ou femelles et de la possibilité de disparition que pourraient provoquer des événements naturels. Par exemple, la tornade du 6 juin 2010 survenue de Harrow à Leamington est passée très proche d'un boisé du comté d'Essex qui contenait une population de deux mûriers rouges.

Il est à noter que le deuxième objectif ne consiste pas spécifiquement à maintenir le nombre d'arbres matures. La raison en est : 1) que les estimations actuelles des populations sont incertaines, compte tenu des occurrences possibles d'hybrides et d'une nouvelle espèce; 2) que certains arbres matures sont en train de mourir et que la perte de ces arbres ne pourra vraisemblablement pas être évitée; et 3) que le seul moyen de maintenir les populations consiste à faciliter la régénération ou à planter de jeunes individus (non matures).

Compte tenu de ces objectifs, et en espérant le meilleur scénario possible, on s'attend à ce que dans les évaluations futures, le mûrier rouge demeure dans la catégorie « très petite population totale » du COSEPAC, mais ne passe pas à la catégorie « petit nombre en déclin d'individus matures ».

9 Le calcaire désigne un substrat à base de calcium ou de carbonate de calcium.
10 Une métapopulation se compose d'un groupe de populations de la même espèce séparées les unes des autres, mais dans lesquelles il y a tout de même des échanges d'individus.