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Programme de rétablissement du mûrier rouge (Morus rubra) au Canada

7. Habitat essentiel

Aux termes du paragraphe 2(1) de la LEP, l'habitat essentiel est « l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d'une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d'action élaboré à l'égard de l'espèce ». Le présent programme de rétablissement précise l'habitat essentiel dans toute l'aire de répartition du mûrier rouge indigène au Canada, dans la mesure du possible pour le moment, d'après les meilleurs renseignements disponibles.

L'emplacement géographique des mûriers rouges connus provient du CIPN du MRNO (figures 6, 7, 9-13, 16 et 19-22) et de Parcs Ontario (figures 14 et 19), de l'Agence Parcs Canada (figures 15 et 18), des Jardins botaniques royaux (figure 8), de l'Office de protection de la nature de la péninsule du Niagara (figure 13), de Janas et coll. (2001; figure 17), de l'Office de protection de la nature de la région d'Essex (figure 24) et de Gerry Waldron, M.Sc., écologiste-conseil (figure 23). Les cartes additionnelles ont été fournies par Information sur les terres de l'Ontario du MRNO (figures 6-24), de l'Atlas de l'Amérique du Nord (figures 6-24), de Conservation Halton (figures 6 et 7), de l'Agence Parcs Canada (figures 15 et 18), de l'Office de protection de la nature de la région de Hamilton (figure 8), des Jardins botaniques royaux (figure 8) et de l'Office de protection de la nature de la péninsule du Niagara (figure 13).

Ces données ont été recueillies par des organismes régionaux, provinciaux et fédéraux et leurs contractuels, de même que par des organismes non gouvernementaux et des particuliers au fil de nombreuses années. La plupart des arbres ont été trouvés au cours de recherches approfondies à Hamilton, dans la municipalité régionale du Niagara et le comté d'Essex de 2000 à 2001, dans le cadre du Programme d'encouragement fiscal pour les terres protégées pour les espèces en voie de disparition en Ontario (Janas et coll., 2001; Thompson, 2002a). Des relevés ciblés en divers endroits ont également été réalisés entre 2002 et 2004, de même qu'en 2007. Lorsqu'il a été possible de le faire, des experts locaux ont été consultés pour avoir leur avis sur la pérennité des individus, en savoir plus sur la pureté génétique, vérifier l'exactitude des données et obtenir des renseignements manquants.

On a déterminé l'habitat essentiel des arbres pour lesquels il est confirmé qu'il s'agit de mûriers rouges de souche pure par vérification génétique ou qui ont été identifiés comme des mûriers rouges (par opposition à des mûriers hybrides ou à des mûriers blancs) par évaluation morphologique d'experts de l'espèce. L'habitat essentiel n'a pas été précisé pour les arbres qui sont considérés comme des hybrides selon les techniques énumérées ci-dessus ou pour les mûriers rouges dont on sait qu'ils ont été plantés ou transplantés ou dont les origines n'ont pas été vérifiées. Des enregistrements datant de plus de 20 ans (avant 1990) et n'ayant pas été vérifiés par des relevés de suivi, ont été jugés historiques et n'ont pas non plus été considérés pour déterminer l'habitat essentiel.

L'habitat essentiel est fondé sur les emplacements UTM (grille de Mercator transverse universelle) des individus, établis à l'aide d'un GPS (système de positionnement géographique). Les coordonnées obtenues au moyen de cette technologie devraient être exactes à environ 10 m ou moins. Les enregistrements obtenus par Paul O’Hara des populations du boisé de l’escarpement Clappison, du boisé de l’escarpement Waterdown et de l’aire de conservation du ruisseau de Borer/escarpement de Rock Chapel/Berry Tract ont été exclus du processus de détermination de l’habitat essentiel pour le moment, puisqu’il a été établi que les points de données ne sont exacts qu’à 80 m à 100 m (comm. pers. de N. Finney, 2010).

L'habitat essentiel est précisé par un cercle au rayon de 15 m entourant le tronc de chaque mûrier rouge vivant, naturel, ce qui donne une superficie d'habitat essentiel de 707 m2 autour de chaque arbre (se reporter à la figure 3). Ces données sont fondées sur une définition de la zone d'enracinement essentielle, qui sert de zone de protection des arbres selon laquelle ladite zone doit avoir un rayon égal à jusqu'à 36 fois le diamètre de l'arbre à hauteur de poitrine (dhp, c.-à-d. le diamètre de l'arbre à 1,3 m au-dessus du sol) (Johnson, 1997). Compte tenu que le dhp maximal enregistré pour un mûrier rouge au Canada est de 40 cm (Farrar, 1995), la zone d'enracinement essentielle maximale a donc 15 m de rayon (40 cm x 36 cm = 14,4 m, arrondis au mètre le plus proche). Ces chiffres sont appuyés par un rayon d'enracinement de 12,7 m reconnu pour le mûrier blanc mature (dhp non fourni) (Stone et Kalisz, 1990), qui appartient au même genre que le mûrier rouge. Par souci de prudence, la plus importante des deux valeurs est utilisée pour déterminer la superficie de l'habitat essentiel.

Figure 3 : Illustration conceptuelle de l'habitat essentiel (zone d'enracinement au rayon de 15 m) autour d'un mûrier rouge

Figure 3 : Zone d'enracinement d'un rayon de 15 m

Dans les cas où il y a plus d'un mûrier rouge, l'habitat essentiel comprend également toutes les catégories de communautés CET12 de forêts13, de boisés14 et de talus d'éboulis15 se trouvant à l'intérieur d'une forme dans laquelle se trouve l'habitat essentiel sur les cartes et englobant la zone d'enracinement de tous les mûriers rouges qui se trouvent à 999 mètres ou moins les uns des autres (se reporter à la figure 4A). Dans l'île Middle, l'habitat essentiel comprend également la CET des prés/taillis culturels, car cette communauté est en cours de régénération à la suite des utilisations anthropiques antérieures; elle devrait redevenir un boisé et un jour, une forêt. La région dans laquelle l'habitat essentiel se trouve est représentée par un polygone convexe minimal16 autour de toutes les zones d'enracinement de mûriers rouges qui se trouvent à 999 m ou moins les uns des autres (se reporter à la figure 4B). Un kilomètre est considéré comme étant l'écart minimal nécessaire pour que des arbres figurent dans deux populations distinctes au lieu d'une seule (NatureServe, 2010). Pour cette raison, la valeur de 999 m a été choisie pour s'assurer de la protection de tous les habitats convenables entre les arbres d'une même population de mûrier rouge.

Figure 4 : Illustration conceptuelle A) de la superficie à l'intérieur de laquelle se trouve l'habitat essentiel des emplacements qui comptent deux mûriers rouges ou plus séparés par 999 m ou moins et B) d'une situation dans laquelle la distance entre deux mûriers est supérieure à 999 m, ce qui crée des polygones distincts d'habitat essentiel pour chaque population

Figure 4 : Illustration conceptuelle A) de la superficie à l'intérieur de laquelle se trouve l'habitat essentiel des emplacements qui comptent deux mûriers rouges ou plus séparés par 999 m ou moins et B) d'une situation dans laquelle la distance entre deux mûriers est supérieure à 999 m, ce qui crée des polygones distincts d'habitat essentiel pour chaque population.

Dans toute l'aire de répartition de l'espèce, les attributs biophysiques de l'habitat essentiel du mûrier rouge comprennent des zones humides, mais bien drainées dont le couvert forestier dépasse 35 % (catégorie de la CET des communautés de forêts et de boisés). Sont compris :

  • les plaines d'inondation et les vallées fluviales;
  • les zones où une lumière additionnelle perce le couvert forestier (p. ex. les échappées et les abords des forêts);
  • le comté d'Essex, y compris le parc national de la Pointe Pelée, les îles Pelée, Middle et Sister Est et la municipalité de Chatham-Kent : baissières humides dans des sols sablonneux;
  • l'escarpement et la péninsule du Niagara : sols calcaires loameux, plus la catégorie de la CET des talus d'éboulis à certains endroits, en particulier le long de replats (zones plates) de l'escarpement où les niveaux d'humidité demeurent élevés.

Les emplacements généraux des parcelles d'habitat essentiel du mûrier rouge sont indiqués à la figure 5. L'annexe B renferme les cartes régiospécifiques de l'habitat essentiel de 22 parcelles d'habitat essentiel. Lorsqu'il y a un mûrier rouge à moins de 999 m d'un autre mûrier rouge, la zone dans laquelle se trouve l'habitat essentiel a été cartographiée. Seules les zones situées dans ces limites et qui correspondent à la description biophysique de l'habitat essentiel décrit dans la présente section constituent un habitat essentiel.

Les caractéristiques anthropiques existantes sont exclues de l'habitat essentiel, car elles ne constituent pas des habitats qui conviennent à la pérennité de l'espèce. Au nombre des caractéristiques anthropiques exclues, mentionnons les infrastructures existantes (p. ex. les routes, les sentiers et les stationnements), les zones cultivées (p. ex. les champs agricoles) et les types de végétation non naturels (p. ex. les pelouses et les champs d'épuration). De plus, tous les mûriers blancs et les mûriers hybrides sont exclus de l'habitat essentiel, car l'habitat optimal du mûrier rouge ne devrait compter aucun de ces arbres.

Figure 5 : Emplacements généraux des parcelles d'habitat essentiel du mûrier rouge au Canada

Figure 5 : Emplacements généraux des parcelles d'habitat essentiel du mûrier rouge au Canada


7.1 Activités susceptibles d'entraîner la destruction de l'habitat essentiel

Le tableau 4 ci-dessous donne des exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel proprement dit ou ses environs (liste non exhaustive).

Tableau 4 : Exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel

Effet d'une activité susceptible de détruire l'habitat essentielExemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel
Perte ou fragmentation de l'habitat essentielDéveloppement anthropique dans l'habitat essentiel (p. ex. activités agricoles comme le défrichement, le travail du sol et la plantation de cultures, le développement industriel ou résidentiel, la construction d'infrastructures telles qu'une nouvelle route, un pipeline, une conduite des éoliennes) ou une exploitation forestière de haute intensité dans l'habitat essentiel (aménagement de sentiers ou autres sites pour l'enlèvement et/ou l'empilage de grumes).
Endommagement du couvert forestier ou de la végétation de sous-étage, évaporation accrue menant à l'assèchement du sol ou à sa compaction (ce qui peut nuire à l'établissement de nouveaux mûriers rouges)Exploitation forestière - enlèvement des arbres dans l'habitat essentiel selon des pratiques non conformes aux normes d'exploitation forestière écologique (p. ex. Forest Stewardship Council, 2004). Des exemples d'activités forestières susceptibles de détruire l'habitat essentiel comprennent la coupe à blanc, l'écrémage et les coupes à diamètre limite.
Modification des réseaux de drainage, de l'écoulement des eaux souterraines, des degrés d'humidité du sol dans l'habitat essentielDrainage d'une propriété (p. ex. à des fins de développement agricole, industriel ou résidentiel) dans l'habitat essentiel ou à proximité
Modification de la végétation forestière entraînant une hausse de l'hybridation avec des mûriers blancs ou des mûriers hybrides et production réduite de graines de mûrier rouge purPlantation intentionnelle de mûriers blancs dans l'habitat essentiel
Accroissement de l'ombre ou modification du couvert forestier ou de la végétation de sous-étage, ce qui crée de la concurrence avec les semis ou les gaules de mûrier rougePlantation intentionnelle d'espèces non indigènes dans l'habitat essentiel
Perturbation du sol (qui peut entraîner une augmentation des plantes exotiques) et/ou la destruction de la végétationVandalisme ou véhicules hors route dans l'habitat essentiel


7.2 Calendrier des études visant l'identification de l'habitat essentiel

Le tableau 5 décrit les travaux additionnels nécessaires pour mieux définir les objectifs liés aux populations et à leur répartition et déterminer s'il faut modifier la description de l'habitat essentiel pour appuyer ces objectifs de rétablissement.

Tableau 5 : Calendrier des études visant l'identification de l'habitat essentiel

Description des recherchesRésultats attendusÉchéancier estimé, à compter du dépôt du programme de rétablissement définitif
Confirmer l'état des populations de mûrier rouge et d'arbres en particulier, au besoin.Mise à jour de l'information sur la taille des populations de mûrier rouge et la présence ou l'absence d'arbres.3 ans
Chercher dans les habitats convenables (escarpement du Niagara, terres de l'Université Brock, comté d'Essex, lieux historiques, etc.) pour y trouver des mûriers rouges non encore recensés.Amélioration des connaissances sur la répartition et l'abondance actuelles.4 ans
Procéder à des relevés de la CET des populations existantes de mûrier rouge.Identification des communautés végétales dans les zones entourant les arbres actuels, vérifiées au sol et cartographiées dans la mesure du possible pour tous les sites existants qui contribuent aux définitions de l'habitat essentiel.4 ans
Confirmer la pureté génétique des arbres reconnus comme des mûriers rouges.Confirmation de la pureté génétique des arbres déjà identifiés à l'aide des caractéristiques morphologiques et distinguer les véritables mûriers rouges de l'espèce M. murrayana afin de confirmer quels individus doivent voir leur habitat essentiel être protégé.5 ans
Modéliser, identifier et délimiter l'habitat essentiel.Précision des objectifs liés aux populations et à la répartition d'après l'information qui précède. Description de l'habitat optimal et modifications à y apporter pour appuyer les objectifs liés aux populations et à la répartition du mûrier rouge au Canada, au besoin.6 ans

12 Une communauté est un niveau structurel, dans le système de classification écologique des terres, qui regroupe les communautés végétales d'après des modèles et des processus écologiques semblables, géneralisés.
13 Les forêts ont un couvert forestier supérieur à 60 %.
14 Les boisés ont un couvert forestier supérieur à 35 %, mais inférieur ou égal à 60 %.
15 Les talus d'éboulis sont des pentes constituées de fragments ou de blocs au pied des falaises où des débris rocheux représentent plus de 50 % de la surface du substrat et où la profondeur moyenne de ce dernier est inférieure à 15 cm.
16 Un polygone convexe minimal est la plus petite forme dessinée avec des segments droits qui entourent tous les segments en ligne droite qui peuvent être tirées entre deux points, quels qu'ils soient (dans ce cas, les mûriers rouges avec leur zone d'enracinement de 15 m). Pour avoir une idée, imaginez un élastique entourant un groupe de chevilles sur une planchette de jeu.