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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la fausse-teigne à cinq points du yucca (Prodoxus quinquepunctellus ) au Canada

Taille et tendances des populations

 

Activités de recherche

On ne dispose d’aucune donnée sur la taille et les tendances de la population de la fausse-teigne à cinq points du yucca au Canada. Toutefois, plusieurs mesures du cycle de vie sont disponibles et peuvent être utilisées pour estimer directement et indirectement l’état et la taille de la seule population connue au Canada. Au cours de l’été 2002, 142 plants de yucca ont été sélectionnés parmi la population de Onefour. Le site a été revisité par R. Snell 4 ou 5 fois par semaine entre le 14 juin et le 28 août 2002. Durant cette période, elle a surveillé les populations du yucca glauque et de fausse-teigne à cinq points du yucca depuis la floraison jusqu’à la maturation des fruits et de la hampe florale. Durant la floraison, toutes les fleurs ouvertes de yucca ont été inspectées et ont été déclarées occupées si elles contenaient au moins une fausse-teigne à cinq points du yucca (tableau 1). La fausse-teigne à cinq points du yucca et la teigne du yucca vivent souvent ensemble dans les mêmes fleurs. Les femelles des 2 espèces sont faciles à départager sur la base des critères mentionnés précédemment dans la description morphologique de l’espèce, tandis que les mâles se différencient par la présence ou l’absence de petites taches foncées sur les ailes antérieures. Toutefois, il convient de mentionner que les données fondées sur l’observation des mâles représentent une estimation prudente, car chez certains mâles, les ailes antérieures portent un faible nombre de taches ou sont d’un blanc immaculé. Le nombre de fausses-teignes dans chaque fleur n’a pas été noté, car une fois les fleurs ouvertes, les papillons devenaient agités et commençaient à se déplacer à l’intérieur des fleurs. Lorsqu’une fleur était maintenue ouverte trop longtemps, les papillons s’envolaient et se sauvaient. Pour accélérer l’inspection des fleurs, les observateurs se sont contentés de vérifier si elles contenaient ou non au moins une fausse-teigne à cinq points du yucca. Le rapport du nombre total de fleurs examinées au nombre de fleurs occupées a été utilisé comme un indice indirect de l’abondance de l’espèce.

En 2003, le nombre total de pontes par hampe florale a été déterminé sur 16 plants de yucca à Onefour. Les plants ont été examinés à plusieurs reprises pendant la période d’activité du P. quinquepunctellus et une fois après la disparition des derniers adultes. À chaque visite, R. Snell a compté et marqué les nouvelles traces de ponte. Pour éviter les erreurs, elle a inscrit un petit point noir au-dessus de chaque site de ponte à l’aide d’un marqueur Sharpie®. Les cicatrices de ponte sont bien visibles sur les hampes florales lorsque les plants sont en fleur, mais par la suite, lorsque les fruits sont mûrs et une fois que les hampes florales ont commencé à se dessécher, elles peuvent être facilement confondues avec d’autres cicatrices. R. Snell a récolté les hampes florales seulement à la fin de la saison afin de leur laisser le temps d’atteindre leur maturité sur les plants. Ces hampes ont été disséquées, et le nombre de chenilles découvertes à l’intérieur de chaque hampe florale a été noté. À la fin de la saison 2002, 136 autres hampes florales ont été récoltées et soumises à une inspection visant à déterminer si elles contenaient des chenilles. La dissection des hampes florales est une méthode destructive, mais il est malheureusement impossible de dénombrer les chenilles ou d’évaluer le pourcentage de survie larvaire sans examiner l’intérieur des hampes, en particulier parce que cette espèce peut subir une diapause prolongée. Dès lors, le dénombrement des marques de ponte et des adultes qui émergent l’année suivante ne fournit pas une mesure exacte du succès de ponte annuel. Une mesure non destructive fondée, par exemple, sur la surveillance chaque année d’un certain nombre de hampes florales en vue de dénombrer les nouveaux trous de sortie, pourrait être utilisée dans le cadre d’une étude à long terme.

Les vieilles hampes florales ont été examinées de nouveau en 2003 parce qu’elles pouvaient encore fournir un certain nombre de renseignements utiles. Chaque adulte laisse derrière lui un trou de sortie bien visible lorsqu’il émerge de la hampe florale. Bien qu’il soit impossible de déterminer le nombre d’années écoulées depuis la floraison d’une vieille hampe, il a été possible de départager celles qui avaient fleuri en 2002 de celles qui avaient fleuri plus d’un an auparavant. 

À Onefour, les chercheurs ont examiné 149 vieilles hampes florales afin de déterminer si des adultes en avaient émergé. À Pinhorn, aucun trou de sortie n’a été trouvé dans les vieilles hampes de yucca, mais quelques hampes portaient des marques qui auraient pu être de vieilles cicatrices de ponte (K. Foreman, comm. pers.). Les chercheurs n’ont toutefois pas disséqué ces hampes pour y confirmer la présence du Prodoxus (c.-à-d. galeries d’alimentation, chenilles ou chrysalides). Il convient de mentionner que les marques de ponte sont très difficiles à reconnaître dans les vieilles hampes et qu’elles ne sont formellement identifiables que lorsque les hampes florales sont vertes. 

Abondance

Un recensement de tous les plants de yucca présents en Alberta a été effectué en 1998. La population de Onefour s’élevait alors à 28 174 rosettes réparties entre 8 499 clones (Csotonyi et Hurlburt, 1999). La population de Pinhorn a été estimée à 1 383 rosettes réparties entre 404 clones (Csotonyi et Hurlburt, 1999). Des chercheurs s’affairent actuellement à récolter et à analyser de nouvelles données démographiques sur le yucca glauque et les espèces de papillons qui lui sont associées à Pinhorn (J. Nicholson, comm. pers.).

Durant la saison de floraison de 2002, 8 544 fleurs de yucca glauque ont été examinées à Onefour. Au total, 510 d’entre elles contenaient au moins une fausse-teigne à cinq points du yucca (tableau 1). En 2003, à Onefour, le nombre moyen de marques de ponte par hampe florale s’élevait à 652 (tableau 2). Ce nombre est significativement supérieur aux valeurs enregistrées dans le nord du Montana. Il convient toutefois de préciser que la floraison du yucca glauque à Onefour a été très faible en 2003, alors que moins de 1 p. 100 des clones ont produit une hampe florale. La relative rareté des hampes florales pourrait expliquer le grand nombre de marques de ponte enregistré sur chaque hampe cette année-là. En 2002, année marquée par la production d’un grand nombre de hampes florales, le nombre de chenilles par hampe se rapprochait davantage des valeurs enregistrées au Montana (tableau 2).

À Onefour, les hampes qui avaient fleuri en 2002 présentaient en moyenne 2,301± 0,896 trous de sortie. Sur celles qui avaient fleuri avant 2002, ce nombre s’élevait à 29,36 ± 6,437 trous. Ces données ne doivent pas être interprétées comme une preuve du déclin de la population. Comme le nombre de trous de sortie est similaire au nombre de chenilles trouvées à l’intérieur des hampes florales au moment de la dissection (tableau 2), cette donnée confirme plutôt l’existence d’une diapause prolongée. Les hampes âgées de seulement un an contiennent encore des chenilles, et d’autres adultes devraient continuer d’en émerger au cours des prochaines années, laissant derrière eux des trous de sortie.


À la réserve de pâturage de Pinhorn, aucune fausse-teigne à cinq points du yucca adulte n’a jamais été observée, et la présence de trous de sortie dans les hampes florales n’y a jamais été signalée. On ne peut cependant écarter entièrement la possibilité que l’espèce y ait déjà été présente. Si certaines des marques observées sur les vieilles hampes florales étaient effectivement des anciennes cicatrices de ponte, elles confirmeraient la présence historique de la fausse-teigne à cinq points du yucca à Pinhorn. Même si des adultes avaient pondu dans les hampes florales, les chenilles n’auraient pas pu survivre à cause de l’absence de fruits. C’est ce qui expliquerait la présence de marques de ponte, mais l’absence de trous de sortie. Même si une population de yucca glauque est présente à Pinhorn, le déclin de la population de la teigne du yucca et l’incapacité des plants de yucca de produire des fruits empêcheraient la fausse-teigne à cinq points du yucca d’y établir une population, à supposer qu’elle y ait déjà été présente.  

 

Tableau 2. Données (moyennes ± écart-type) sur la population et le cycle de vie de la fausse-teigne à cinq points du yucca (Prodoxus quinquepunctellus) à Onefour (Alberta). Deux sites du nord du Montana sont inclus à des fins de comparaison.
Site et annéenNombre de pontes par hampe floraleNombre de chenilles par hampe floraleTaux de survie

Onefour, Alberta

    2002

 Non mesuré15,765 ± 1,637 
    200316651,937 ± 130,45227,437 ± 8,200      0,040 ± 0,09
Loma, Montana    
    2002 Non mesuré23,667 ± 4,465 
    200368273,691 ± 25,41918,397 ± 3,5190,053 ± 0,010

Fort Benton, Montana

    2003

38300,632 ± 32,45841,868 ± 7,5000,122 ± 0,016

 

Fluctuations et tendances

En l’absence de données à long terme, il est difficile de savoir si la population de la fausse-teigne à cinq points du yucca augmente, diminue ou est stable. Des fluctuations d’abondance de la fausse-teigne sont couramment observées dans les populations de yucca (Aker, 1982; Addicott, 1998; Hurlburt, 2004). Toutefois, faute de données à long terme, il est impossible de prévoir quels effets ces fluctuations auront sur la persistance de la population. Les petites populations isolées sont peut-être plus sensibles que les grandes aux variations stochastiques et plus vulnérables (COSEPAC, 2002).

Même à l’intérieur d’une saison, les effectifs des adultes de la fausse-teigne à cinq points du yucca fluctuent (voir Cycle de vie et reproduction). Des fluctuations importantes, mais non quantifiées, sont également observées d’une année à l’autre. Au cours des années de floraison abondante, seul un petit pourcentage des hampes florales est détruit par les ongulés herbivores, et le succès de reproduction de la fausse-teigne est élevé. En revanche, durant les années où seulement quelques plants de yucca fleurissent, presque toutes les hampes peuvent être dévorées par les ongulés, et le succès de reproduction de la fausse-teigne peut être pratiquement nul. Le nombre d’adultes qui émergent au cours d’une année donnée est proportionnel au succès de reproduction de l’espèce l’année précédente.

La taille de la population de yucca glauque à Onefour a été estimée à 8 499 clones, ou 28 174 rosettes (Hurlburt, 2001). Chaque année, entre moins de 1 p. 100 et 50 p. 100 des rosettes fleurissent, pour une production annuelle totale d’environ 280 à 14 000 inflorescences. Le nombre moyen de chenilles de fausse-teigne produites par inflorescence s’élevait à 15,8 ± 1,6 chenilles au cours d’une année de floraison abondante (près de 50 p. 100 des plants en fleur), contre 27,4 ± 8,2 chenilles au cours d’une année de faible floraison (moins de 1 p. 100 des plants en fleur) (Snell, données inédites). En multipliant le nombre moyen de chenilles par inflorescence par le nombre total d’inflorescences produites, on obtient une estimation très grossière des effectifs larvaires au cours d’une année de faible floraison et d’une année de floraison abondante, soit 7 672 et 221 200 chenilles, respectivement. Si, plutôt que d’utiliser le nombre moyen de chenilles par inflorescence, on utilise le plus faible nombre pour les années de faible floraison et le nombre le plus élevé pour les années de floraison abondante, l’intervalle maximal estimé du nombre de chenilles produites annuellement varie entre 5 376 et 243 600 chenilles.

Ces estimations correspondent à la taille la plus élevée de la population larvaire produite chaque année. Certaines années, toutes les hampes florales sont dévorées par les ongulés, et aucune chenille ne survit. Il convient de rappeler que le nombre de chenilles produites chaque année dépasse largement le nombre d’adultes qui émergent l’année suivante. Un certain pourcentage de chenilles meurt au cours de l’hiver et n’atteint donc pas l’âge adulte. D’autres chenilles demeurent en diapause pendant plusieurs années avant d’émerger à l’état adulte. Enfin, les chenilles qui survivent à l’hiver et qui atteignent l’âge adulte peuvent émerger durant une année où aucun yucca ne fleurit et peuvent mourir sans avoir pu se reproduire. Compte tenu de tous ces facteurs, la taille de la population adulte peut s’approcher de zéro certaines années, en particulier lorsque presque toutes les hampes florales ont été broutées par les ongulés l’année précédente; en pareilles circonstances, les seuls adultes présents sont ceux qui ont émergé au terme d’une diapause prolongée. En 2002, 510 adultes ont été observés lors de l’inspection de 142 plants de yucca (tableau 1). En revanche, la population totale peut s’élever à plusieurs milliers à la suite d’années favorables.   

Effet d’une immigration de source externe

Bien que la fausse-teigne à cinq points du yucca soit relativement commune parmi les populations de yuccas établies plus au sud, il y a peu de chance qu’elle recolonise le site de Onefour si jamais elle venait à y disparaître, ou encore que des individus de la population canadienne se dispersent vers une autre population. Au moins 200 km séparent la population canadienne de yucca glauque des populations américaines connues les plus proches (D. Hurlburt, comm. pers.), et ce territoire comporte très peu d’habitats indigènes favorables au yucca glauque (COSEPAC, 2002). On voit difficilement comment les adultes pourraient franchir une telle distance, car les Prodoxidés présentent une piètre capacité de vol, vivent peu longtemps et sont vraisemblablement incapables de se disperser sur de longues distances au-dessus de terrains inhospitaliers (Kerley et al., 1993; Marr et al., 2000; COSEPAC, 2002; J. Addicott, comm. pers.). Enfin, la recolonisation par la teigne du yucca de populations de yucca privées de leur pollinisateurn’a jamais été signalée (COSEPAC 2002).