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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la fausse-teigne à cinq points du yucca (Prodoxus quinquepunctellus ) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

 

L’abondance de la fausse-teigne à cinq points du yucca est limitée par le nombre de hampes florales et de fruits produits. En conséquence, tout facteur qui menace ou limite la plante hôte ou son pollinisateur, la teigne du yucca, a également des effets négatifs pour la fausse-teigne. Certains des renseignements présentés dans les paragraphes qui suivent sont tirés du Rapport de situation du COSEPAC sur le Tegeticula yuccasella (COSEPAC, 2002).

Facteurs limitatifs naturels

Répartition périphérique et isolement des populations

En Alberta, la fausse-teigne à cinq points du yucca se rencontre uniquement dans les secteurs où le yucca glauque est présent, se reproduit de façon sexuée et produit des fruits et où la teigne du yucca est également présente.Ces papillons y sont probablement limités physiologiquement par la température, et leur survie n’est possible que sur les pentes très érodées et sèches exposées au sud, le même genre d’habitat privilégié par leur hôte (COSEPAC, 2002). Les taux de pollinisation sont faibles chez les populations de yuccas qui poussent à une altitude élevée, parce que les basses températures nocturnes limitent l’activité de la teigne du yucca (Dodd et Linhart, 1994). À l’extrémité nord de l’aire du yucca glauque,les plants qui ne poussent pas sur des pentes exposées au sud reçoivent moins d’œufs, produisent moins de fruits et abritent moins de chenilles (D. Hurlburt,2004).

Onefour constitue une région nordique isolée pour les populations du yucca glauque, de la teigne du yucca et de la fausse-teigne à cinq points du yucca. Les données disponibles donnent également à croire que le nombre de plants dans les petites populations périphériques en déclin de yucca glauque est insuffisant pour assurer la survie d’une population viable de teigne du yucca (Dodd et Linhart, 1994; D. Hurlburt, comm. pers.).Les populations de yucca glauque abritant un faible nombre de teignes du yucca produiraient moins de fruits, ce qui entraînerait probablement le déclin de la fausse-teigne. 

Disponibilité de la plante hôte et de son pollinisateur

La survie de la fausse-teigne à cinq points du yucca dépend obligatoirement de la présence du yucca glauque et de la teigne du yucca. Les femelles pondent leurs œufs dans les hampes florales de la plante hôte, mais seules les chenilles qui se développent à l’intérieur des hampes qui produisent des fruits survivent (Snell, 2004). Les hampes qui ne portent aucun fruit se dessèchent rapidement, et les larves qui se trouvent à l’intérieur meurent. Au Canada, la fausse-teigne à cinq points du yucca se rencontre dans seulement une des deux populations canadiennes de yucca glauque, à Onefour. On ignore si elle a déjà été présente dans la réserve de pâturage de Pinhorn. Son absence à cet endroit pourrait toutefois être liée au déclin récent de la population de la teigne du yucca (voir « Herbivorie des ongulés » ci-dessous). 

Herbivorie des ongulés 

L’herbivorie par l’antilope d’Amérique (Antilocapra americana) et le cerf-mulet (Odocoileus hemionus) peut compromettre de façon substantielle le succès de reproduction du yucca glauque et des espèces de papillons qui en dépendent. L’antilope ne mange que les fleurs, mais le cerf-mulet dévore habituellement toute la hampe florale.Ce dernier consomme également les fruits en développement durant les périodes de sécheresse (R. Snell, obs. pers.).

L’herbivorie des ongulés a lieu de façon extensive sur les sites tant de Onefour que de Pinhorn. Cependant, elle est particulièrement destructrice à Pinhorn, car ce site présente une plus petite population de yucca. En 1998 et en 2000, à Pinhorn, les ongulés herbivores ont détruit de 80 à 100 p. 100 des inflorescences (Csotonyi et Hurlburt, 1999; COSEPAC, 2002). La forte pression exercée par les ongulés herbivores a limité considérablement la production de fruits, au point où aucun fruit n’a été produit à Pinhorn au cours de 6 des 7 dernières années. Cette situation a donc causé un déclin de la population de la teigne du yucca, peut-être même sous le seuil minimum viable (COSEPAC, 2002). En 2004, seulement 5 fruits ont été produits, et tous présentaient les signes d’une pollinisation très partielle (J. Nicholson, comm. pers.).

L’ampleur des dommages causés par les herbivores semble liée à l’intensité de la floraison. Les années où seulement quelques inflorescences ont été produites, soit parce que la population de yucca était petite, soit parce que la floraison était peu abondante, les herbivores ont causé des dommages importants (entre 80 et 100 p. 100 des fleurs détruites). En revanche, au cours des années de floraison abondante, les dommages dus à l’herbivorie ont été faibles (moins de 1 p. 100 des fleurs détruites) (COSEPAC, 2002).Chez une population de plantes qui fleurissent de façon imprévisible, l’incidence de l’herbivoriepeut atteindre son intensité maximale au cours des années de faible floraison. En entraînant la disparition des autres espèces végétales normalement consommées par les ongulés, la sécheresse peut également contribuer à exacerber la situation (D. Hurlburt, comm. pers.; R. Snell, obs. pers). Chez une population de plantes à fleurs dont les effectifs varient de façon imprévisible, la destruction des fleurs due à l’herbivorie réduit la production de fruits et la survie de la teigne du yucca et peut conduire, en réduisant le recrutement, à un déclin soutenu des populations périphériques isolées (Kerley et al., 1993).  

Les années où 80 à 100 p. 100 des fleurs sont détruites à Onefour, le succès de reproduction de la fausse-teigne à cinq points du yucca peut être compromis. Si toutes les fleurs sont consommées, la hampe florale ne produit pas de fruits et se dessèche, et presque toutes les chenilles qui se trouvent à l’intérieur meurent (Snell, 2004). Le cerf-mulet représente une menace particulièrement importante, car il consomme toute la hampe florale, éliminant du coup toutes les chenilles qui se trouvent à l’intérieur.

Herbivorie et interférencepar les insectes 

À la limite nord de l’aire de répartition du yucca glauque, les fourmis des bois (Formica ravida) se nourrissent souvent sur les plants. Elles peuvent menacer directement les plants de yucca et les espèces de teignes qui leur sont associés en s’attaquant aux bourgeons, aux fleurs ou aux fruits. En général, les bourgeons et les fleurs endommagés par les fourmis tombent prématurément, et le nombre de fleurs disponibles pour les pollinisateurs s’en trouve réduit d’autant. Les fourmis peuvent occasionnellement endommager jusqu’à 90 p. 100 des bourgeons (R. Snell, obs. pers). En général, toutefois, elles consomment au plus 30 p. 100 des fleurs disponibles, et la proportion de fleurs détruites par les fourmis n’a eu aucun effet sur la production finale de fruits (Snell, 2004). Les fourmis peuvent être attirées vers les plants de yucca glauque par la présence de pucerons, mais elles sont également présentes sur les plants non infestés par ces insectes. Lorsqu’une fourmi rencontre un insecte autre qu’un puceron sur un plant de yucca glauque, elle peut soit le déranger pour qu’il s’en aille, soit s’en saisir pour le dévorer (Snell, 2004). Bien que les fourmis aient dérangé les teignes du yucca et ainsi réduit le nombre de pontes par fleurs, elles n’ont eu aucun effet sur la rétention des fruits par les plants de yucca (Snell, 2004). Dans le cas de la fausse-teigne à cinq points du yucca, les fourmis ont également empêché les femelles de pondre et réduit de façon significative le nombre de pontes et de chenilles par hampe florale (Snell, 2004).

Les nitidules (Nitidulidés) se nourrissent occasionnellement sur les bourgeons, les fleurs et les fruits en développement du yucca (Davis, 1967; Udovic, 1986; Bronstein et Ziv, 1997; Huth et Pellmyr, 1997). Les fleurs et les bourgeons endommagés par les nitidules risquent davantage d’avorter que ceux qui ne le sont pas (Udovic, 1986; Huth et Pellmyr, 1997), et le nombre de fleurs disponibles pour la teigne du yucca s’en trouve ainsi réduit d’autant. Les nitidules peuvent endommager entre 15 et 45 p. 100 des fleurs, mais ils causent des dommages encore plus importants lorsqu’ils se nourrissent à l’intérieur des fruits (Bronstein et Ziv, 1997).

Facteurs limitatifs anthropiques

Les facteurs limitatifs anthropiques se rapportent tous à des problèmes qui menacent le yucca glauque. Les renseignements présentés ci-après sont tirés du Rapport de situation du COSEPAC sur le Tegeticula yuccasella (COSEPAC, 2002).

Activités agricoles

Dans de nombreuses régions du Montana, le yucca ne se rencontre plus que dans des terres non arables (D. Hurlburt, comm. pers.). À l’heure actuelle, si l’on fait abstraction du pâturage, l’agriculture ne représente pas une menace imminente ni pour le yucca glauque ni pour la teigne du yucca en Alberta. La situation pourrait cependant changer en cas d’intensification de l’activité agricole.  

Dans les deux sites albertains, le yucca glauque et la teigne du yucca doivent coexister avec le bétail et subissent les effets des pratiques de pâturage courantes. Heureusement, la plupart des plants de yucca poussent sur des pentes abruptes et rocheuses peu fréquentées par le bétail. En revanche, à Onefour, les plants qui se trouvent sur le sommet des pentes et en terrain plat sont beaucoup plus vulnérables, et la plupart des fleurs et des fruits ont été mangés par le bétail en 2001. Dans le passé, les responsables de la Sous-station de recherches de Onefour n’ont pas laissé le bétail paître dans le peuplement de yucca glauque pendant la floraison et la fructification. Toutefois, durant les périodes de sécheresse, comme celle de 2001, elles ne peuvent se permettre ce luxe, car la nourriture pour le bétail se fait rare (I. Walker, comm. pers.).Dans diverses populations de yucca du sud-ouest des États-Unis, les hampes en fleur sont régulièrement détruites par le bétail (J. Addicott, comm. pers.). Il est donc possible, mais peu probable, que le pâturage puisse devenir une menace sérieuse en Alberta. 

On estime qu’en Alberta, les deux tiers des prairies originales ont été convertis en terres cultivées (Samson et Knopf, 1994). Heureusement, la plupart des secteurs occupés par le yucca glauque et son pollinisateur se prêtent difficilement à l’exploitation agricole et ne sont actuellement pas menacés par ce genre d’activité. Au Montana, la culture en bandes et l’irrigation se pratiquent couramment dans les terres adjacentes aux coulées habitées par le yucca glauque, et rien ne permet de supposer que les terrains plats adjacents aux peuplements de yucca glauque ne seront jamais l’objet de telles pratiques en Alberta. Au cours des vingt-cinq dernières années, le yucca glauque a envahi les terrains plats s’étendant au nord de la population originale (Csotonyi et Hurlburt, 1999), mais cette expansion est directement menacée par les pratiques d’agriculture intensive.

À l’heure actuelle, l’application d’herbicides contre les mauvaises herbes s’effectue seulement de façon ponctuelle à proximité du site de Onefour. Toutefois, l’utilisation généralisée d’herbicides et d’insecticides pourrait induire une mortalité et réduire le succès de la reproduction chez le yucca glauque et son pollinisateur. À l’échelle des Grandes Plaines, le labourage et l’application de Round-up entraînent régulièrement la destruction de nombreux plants de yucca glauque (D. Hurlburt, comm. pers.). Au Montana, les plants de yucca glauque qui poussent sur les bords de route traités contre les mauvaises herbes reçoivent généralement moins d’œufs et produisent moins de fruits (D. Hurlburt, comm. pers.).

Étant donné que le yucca et la teigne du yucca ont tous deux été inscrits à l’annexe 1 de la Loisur les espèces en péril du gouvernement fédéral, des mesures sont prises pour protéger ces espèces et leur habitat. Par conséquent, le broutage du bétail, la culture des terrains plats qui jouxtent immédiatement la colonie de yucca ou l’utilisation de pesticides pour éliminer les plants de yucca ne seront sans doute plus permis. Ainsi, de telles menaces ne pèseront plus sur ces deux espèces, ni sur la fausse-teigne à cinq points du yucca.

Circulation de véhicules 

Les deux sites albertains qui abritent une population de yucca glauque sont bien connus et directement accessibles par la route. Ils sont donc visités tous les jours en été et en automne par des naturalistes, des chasseurs, des éleveurs, des patrouilleurs frontaliers et des archéologues. Dans les deux sites, des plants ont été détruits par des véhicules tout terrain. On a même vu un conducteur écraser délibérément des plants de yucca glauque à Onefour (D. Hurlburt, comm. pers.). Il convient de noter que les jeunes plants de yucca glauque sont plus susceptibles de pousser dans le sol perturbé des routes qu’ailleurs. Il est rare, cependant, que ces jeunes plants survivent à leur première saison de croissance (D. Hurlburt, comm. pers). Les véhicules tout terrain ont également détruit les croûtes de terre et accéléré l’érosion (D. Hurlburt, comm. pers.). Un effort accru de concertation s’impose pour sensibiliser le public à ce problème.

Utilisation à des fins horticoles et médicinales 

Dans le sud de l’Alberta, de nombreux jardins contiennent des plants de yucca glauque issus des populations de Onefour et de Pinhorn (Hurlburt, 2001). Un jardin d’un ranch de la région contient plus d’une douzaine de plants, tous issus de la population en déclin de Pinhorn (D. Hurlburt, pers. comm.). Aucune marque de ponte ni aucun signe de pollinisation par la teigne du yucca n’ont été observés sur les sujets transplantés (Hurlburt, 2001). Bien qu’elle ne soit pas souhaitable, la transplantation de plants ne devrait pas avoir d’incidence sur les populations de la plante hôte et de son pollinisateur. Lorsqu’un plant est transplanté, il arrive souvent qu’une partie de ses racines demeurent dans le sol et produisent de nouvelles pousses au cours des années subséquentes.

D’autres espèces de yuccas (p. ex. Yucca elaphantipes , Y. filamentosa) sont offertes par les pépiniéristes et cultivées dans des jardins privés en divers endroits du Canada. La présence de marques de ponte, de fruits ou de teignes parmi les fleurs de ces plants n’a jamais été mentionnée dans la littérature. Même s’il se peut que ces petits plants isolés (indigènes ou non) soient visités par la teigne du yucca, il est peu probable qu’ils puissent soutenir des populations importantes ou persistantes de ce papillon. La fécondation des fleurs de yucca nécessite généralement plusieurs visites par des teignes (D. Hurlburt, 2004) et, chez la plupart des espèces et des populations, s’effectue par pollinisation croisée. En outre, les espèces de yuccas offertes sur le marché ne sont pas nécessairement pollinisées par le T. yuccasella.

Au Canada, on a constaté un intérêt pour la collecte de graines de yucca glauque aux fins de la production de matériel de pépinière et la collecte de racines et de pétales à des fins médicinales. La production de fruits est extrêmement faible certaines années, et la récolte de graines pourrait menacer la viabilité des populations albertaines. L’importance relative, pour le maintien des populations du yucca glauque, des rares années de bonne fructification par rapport aux années de faible fructification, plus nombreuses, demeure à évaluer. Les populations albertaines ne feront jamais l’objet d’une exploitation commerciale à grande échelle du fait de leur petite taille, mais elles pourraient être menacées par des récoltes plus restreintes effectuées par des particuliers.