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Bruant de Henslow

Contexte

 

1.1   Description

Le Bruant de Henslow est un petit oiseau de prairie (13 cm, de 10 à 15 g). La tête est de couleur vert olive pâle et comporte sur le dessus deux barres noires séparées par une bande pâle. Les plumes du dos sont noires et bordées de blanc, ce qui leur donne l’apparence d’écailles. Le croupion, les ailes et la queue sont châtains, avec du noir au milieu des plumes; la poitrine, les côtés et les flancs sont chamois avec des stries noires. Chez les adultes, les sexes sont semblables; mais les jeunes se distinguent des adultes par l'absence de stries sur les parties inférieures chamois. Il s’agit d’une espèce très discrète, rarement observée et difficile à lever. C’est surtout le chant des mâles pendant la saison de reproduction qui signale la présence de l’espèce; le chant, semblable à celui d’un insecte, est un « tsi‑lick » répété.

1.2    Populations et répartition

1.2.1   Aire de reproduction mondiale

Le Bruant de Henslow se reproduit dans le nord-est des États‑Unis, de l’est du Dakota du Sud au Minnesota, dans l’État de New York et le centre de la Nouvelle-Angleterre, ainsi que plus au sud, au Kansas, au Missouri, au Kentucky, en Caroline du Nord et dans l’est du Texas. Au Canada, il a niché dans le sud de l’Ontario et le sud-ouest du Québec (figure 1). Dans toute son aire de répartition, il est présent de façon très dispersée et localisée. Moins de 9 % de son aire de répartition mondiale se trouve au Canada (NatureServe, 2006).

Figure 1. Aire de répartition nord-américaine du Bruant de Henslow

Figure 1. Aire de répartition nord-américaine du Bruant de Henslow

1.2.2   Aire de reproduction canadienne

Le Bruant de Henslow a été observé pendant la saison de reproduction dans le sud-ouest du Québec (notamment Hull, Eccles Hill, Montréal) entre 1943 et 1950, et entre 1965 et 1968, mais n’y a pas été signalé depuis (Godfrey, 1972; Knapton, 1982). Il est maintenant considéré comme errant lorsqu’on l’y trouve (Gauthier et Aubry, 1996); c’est pourquoi le Bruant de Henslow n’est pas déclaré en péril au Québec.

Le sud de l’Ontario est considéré comme l’aire de répartition historique du Bruant de Henslow, soit vers le nord jusqu’à Barrie et Ottawa, et vers l’est au moins jusqu’à Morrisburg. Cependant, l’aire de reproduction a beaucoup rétréci depuis les années 1950. Au début des années 1980, Knapton (1982, 1986) a découvert que la principale concentration de couples nicheurs se situait dans la partie sud des comtés de Hastings, de Lennox‑Addington, de Frontenac et de Prince Edward. Au début des années 1990, une recherche approfondie de l’oiseau n’a permis de trouver qu’un seul mâle chanteur (Austen, 1994). Des relevés récents menés dans l’est de l’Ontario ont donné des résultats semblables. Au moins sept mâles chanteurs ont été entendus à l’occasion dans la municipalité régionale de Halton en 2000 (M. Austen, comm. pers.). Des indices de reproduction ont été signalés à neuf endroits en Ontario au cours des relevés de l’atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario de 2001-2005 (figure 2).

Figure 2. Répartition de la reproduction du Bruant de Henslow au Canada de 1981 à 1985 et de 2001 à 2005

Figure 2. Répartition de la reproduction du Bruant de Henslow au Canada de 1981 à 1985 et de 2001 à 2005. (Reproduit avec la permission de l’Ontario Breeding Bird Atlas.)

1.2.3   Aire de répartition hivernale

Le Bruant de Henslow migre sur de courtes distances, hivernant principalement dans le sud-est des États-Unis. Son aire d’hivernage est peu connue, mais elle comprendrait l’est du Texas, le sud de la Louisiane, le sud du Mississippi, le sud de l’Alabama, la Floride, le sud de la Géorgie, l’est de la Caroline du Sud et le sud-est de la Caroline du Nord.

L’espèce est difficile à détecter pendant la migration; ses habitudes migratoires ainsi que ses voies et son comportement de migration sont donc mal connus.

1.2.4   Taille et tendances des populations

La population continentale de Bruant de Henslow a connu entre 1966 et 2004 un déclin notable de l’ordre de 8,7 % en moyenne annuellement. Selon les données des relevés des oiseaux nicheurs (Breeding Bird Surveys - BBS), les populations de l’espèce ont diminué au Michigan, en Ohio et au Wisconsin. Les données des autres États du centre‑nord des États‑Unis sont insuffisantes pour permettre de dégager des tendances significatives, mais l’atlas des oiseaux nicheurs donne à penser que les tendances des effectifs dans ces États sont variables. Par exemple, en Illinois, l’établissement de vastes zones de prairies dans le cadre du Conservation Reserve Program a permis de décupler le nombre de Bruants de Henslow au cours des dernières années (Herkert, 2005). Dans l’ouest de la Pennsylvanie, le retour à l’état naturel d’anciennes mines à ciel ouvert a créé une zone de quelque 35 373 ha d’habitat de prairie où étaient présents au moins 4 884 Bruants de Henslow en 2001 (Matticeet al., 2005). Malgré cet accroissement de l’habitat propice, l’aire de répartition du Bruant de Henslow en Pennsylvanie semble être demeurée relativement stable entre 1984 et 2004 (Pennsylvania Breeding Bird Atlas, 2006).

Dans l’État de New York, il a été noté que le nombre de Bruants de Henslow a diminué de façon notable dans toute l’aire de répartition lors de relevés menés entre 1980 et 1985 et entre 2000 et 2004 (New York Department of Environment and Conservation, 2005). Actuellement, la plus grande superficie d’habitat propice semble être concentrée dans le comté de Jefferson, près de la base militaire de Fort Drum, où la population a également diminué (C. Norment, comm. pers.). Dans ce comté, des recensements des Bruants de Henslow ont été effectués dans 151 champs en 1997, et 18 (12 %) de ces champs étaient occupés par un total de 47 oiseaux mâles; en 2005, seuls quatre Bruants de Henslow mâles ont été signalés dans trois des 156 champs (2 %) (C. Norment, comm. pers.).

En 2005, au Michigan, 20 mâles chanteurs ont été signalés dans le sud de la péninsule inférieure, et un mâle chanteur l’a été dans le nord; aucun n’a été observé dans la péninsule supérieure (J. Gibson, comm. pers.). Le déclin du Bruant de Henslow dans cet État depuis les années 1970 correspondrait à l’intensification de l’utilisation des prairies au milieu des années 1970 (R. Adams, comm. pers.).

Dans le premier atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario (de 1981 à 1985), le Bruant de Henslow n’a été signalé que dans 38 carrés et la reproduction, confirmée dans seulement trois de ceux-ci (Cadman et al., 1987). En Ontario, au début des années 1980, on estimait à moins de 50 le nombre de couples restants dans la partie sud des comtés de Hastings, de Lennox‑Addington, de Frontenac et de Prince Edward (Knapton, 1987). Au début des années 1990, une recherche approfondie a été menée dans ces secteurs, et seul un mâle chanteur a été trouvé. Les résultats de relevés effectués en 1992 et en 1993 donnent à penser qu’il y avait alors probablement moins de 10 couples nicheurs en Ontario (Austen, 1994). Des indices de reproduction ont été documentés dans neuf endroits dans l’atlas des oiseaux nicheurs de l’Ontario de 2001-2005 et laissent supposer qu’au moins un territoire de reproduction peut exister en Ontario chaque année. Les cotes de conservation du Bruant de Henslow dans toute son aire de répartition sont présentées au tableau 1.

 

Tableau 1. Cote de conservation
CoteCompétences
N1 (gravement en péril à l’échelle nationale)Canada (N1B)
N3 (susceptible de disparaître à l’échelle nationale ou de s’éteindre)États-Unis (N3B N4N)
S1 (gravement en péril dans la province ou l’État)Ontario (S1B), Arkansas (S1B, S2N), Maryland (S1S2B), Minnesota (S1B), Massachusetts, Nebraska, New Jersey (S1B), Tennessee (S1B), Vermont (S1B), Virginie (S1B), Virginie-Occidentale (S1B)
S2 (en péril dans la province ou l’État)Alabama (S2N), District de Columbia (S2S3N), Illinois, Michigan (S2S3), Caroline du Nord (S2B, S1N), Oklahoma, Texas (S2S3N, SXB), Wisconsin (S2S3B)
S3 (susceptible de disparaître dans la province ou l’État)Géorgie, Indiana (S3B), Iowa (S3B), Kansas (S3B), Kentucky (S3B), Louisiane (S3N), Missouri, New York (S3B)
S4 (apparemment non en péril)Ohio, Pennsylvanie (S4B)
SNA (classement non applicable)Mississippi, Caroline du Sud
SUB (non classable – manque d’information ou données contradictoires)Dakota du Sud
SNR (non évalué)Québec, Floride (SNRN)
SX (vraisemblablement disparu)Rhode Island
SHB (nidification dans le passé)Connecticut(SHB, SHN), Delaware (SHB, S1N), New Hampshire

Source: NatureServe (2006)

 

1.3         Besoins de l’espèce

1.3.1   Besoins biologiques et en matière d’habitat

Besoins biologiques

Les oiseaux arrivent dans leur lieu de reproduction de l’Ontario à la fin d’avril et au début de mai. Les mâles commencent à chanter dès leur arrivée, la fréquence et l’intensité de leurs chants s’accroissant jusqu’à la mi-mai (Herkert et al., 2002). Le chant commence environ une demi‑heure avant le lever du soleil et cesse environ une demi‑heure après le coucher du soleil; l’intensité du chant est plus importante à l’aube et au crépuscule.

Les mâles défendent un territoire; les territoires peuvent se juxtaposer pour constituer une colonie peu structurée (Wiens, 1969; Cully et Michaels, 2000). Au Michigan, le territoire mesure en moyenne 0,3 ha (Robins, 1971); au Wisconsin, il est plus vaste (0,7 ha ± 0,26 é.‑t., n = 4; Wiens, 1969) et, en Pennsylvanie, il est souvent plus petit sur l’emprise des anciennes mines à ciel ouvert (0,18 ha ± 0,05 é.‑t., n = 22, Piehler, 1987). LesBruants de Henslowsont généralement monogames, et la femelle construit le nid, ce qui prend cinq ou six jours (Hyde, 1939). Le nid, fait de plantes mortes (habituellement des herbes sèches) est en forme de coupe; il est installé à la base d’une touffe d’herbe, sur une couche de litière qui le surélève par rapport au sol de 2,5 à plusieurs centimètres (Robins, 1967, 1971). Les nids ne sont généralement pas fixés à la végétation sur pied. Un nouveau nid est construit pour chaque tentative de nidification (Robins, 1971). Les couvées contiennent normalement quatre ou cinq œufs (fourchette de deux à cinq oeufs), pondus à raison de un par jour. La période d’incubation de 10 à 12 jours est assurée par la femelle, tout comme la couvaison.. Les deux parents s’occupent des jeunes, qui prennent leur premier envol vers l’âge de neuf ou dix jours. Au Michigan, le Bruant de Henslow peut produire deux couvées la même année, mais on ignore s’il en va de même en Ontario. Les oiseaux quittent les lieux de reproduction de l’Ontario en septembre et au début d’octobre. Très peu d’oiseaux bagués sont recapturés plusieurs années de suite dans les colonies (Herkertet al., 2002), ce qui donne à penser que la fidélité au site est faible ou que la mortalité est élevée. Cependant, les colonies se maintiennent année après année si l’habitat propice est conservé.

Habitat de reproduction

Le Bruant de Henslow occupe des champs ouverts. On croit qu’il était à l’origine adapté aux prairies d’herbes hautes (Knapton, 1982), aux champs humides et aux marais, mais beaucoup de ces milieux, aux États‑Unis et au Canada, ont été transformés pour l’agriculture, aménagés ou dégradés par un broutage intensif (Smith, 1992), et d’autres sont maintenant, en l’absence de feux, recouverts d’espèces ligneuses. Il ne reste actuellement que 1 % des prairies d’herbes hautes du Canada; il existe des prairies d’herbes hautes reliques dans le sud du Manitoba et de l’Ontario (Morgan et al., 1995). De nos jours, en Ontario, le Bruant de Henslow vit surtout dans des pâturages et dans des prés non fauchés et abandonnés.

Les principales caractéristiques de l’habitat de reproduction, selon des études américaines et ontariennes, sont résumées ci-dessous. Le Bruant de Henslow a des exigences particulières en matière d’habitat de reproduction et d’hivernage. Toutefois, au fur et à mesure que la densité de la population augmente, il est possible que l’éventail des éléments choisis augmente, ce qui ferait diminuer l’importance des caractéristiques décrites ci-dessous (J.R. Herkert, comm. pers.).

Couvert dense d’herbes hautes– En Ontario, des colonies ont été observées dans des champs abandonnés, dans des pâturages inutilisés ou peu utilisés, dans des champs de foin en jachère contenant beaucoup de trèfle et de luzerne, dans des baissières herbeuses de régions agricoles vallonnées, dans des prairies humides et dans des prés rarement fauchés (Cuddy, 1984). Le pourcentage élevé de couverture et une densité moyenne à élevée degraminées et de carex constituent les principales caractéristiques de ces habitats. La végétation dense mesure généralement plus de 30 cm de hauteur. Herkert (1998) a examiné les associations du Bruant de Henslow avec l’habitat et a découvert que son abondance était positivement corrélée avec une hauteur maximale de plantes herbacées ainsi qu’avec une densité maximale de la végétation et négativement corrélée avec la quantité de sol dénudé.

Couche épaisse de chaume – Un épais tapis de matières végétales mortes des années précédentes est généralement présent dans la couche de surface. Au Kansas (Zimmerman, 1988), au Wisconsin (Wiens, 1969) et en Illinois (Herkert, 1994a), les zones occupées avaient une plusforte densité de végétation morte sur pied que les secteurs inoccupés. Certaines zones présentant une couche de litière épaisse (Wiens, 1969; Winter, 1999) à forte couverture (Wiens, 1969; Kahl et al., 1985) semblent avoir la préférence des oiseaux, et sont peut-être associées à un succès de nidification plus important (Winter, 1999). Néanmoins, au Missouri, le Bruant de Henslow a été négativement corrélé avec cette caractéristique (Skinner et al.,1984).

Absence de végétation émergente – Le Bruant de Henslow semble éviter les sites bordés de collines ou de forêts, ceux contenant des poteaux, des clôtures, des fils ou des arbres(Wiens, 1969), de même que les prairies parsemées de broussailles et d’arbres. Une vue dégagée jusqu’à l’horizonsemble essentielle (Peterson, 1983). Dans l’État de New York, les territoires du Bruant de Henslow possédaient moins de 10 plantes à tiges ligneuses (hauteur moyenne de 0,5 m) par zones de 250 m2 et une couverture de broussailles inférieure à 1 % (Krebs, 2002). Au Kansas, l’habitat du Bruant de Henslow présentait des densités d’arbres (> 4 m) beaucoup plus faibles (0,54 arbre/ha en moyenne) que les sites choisis au hasard (6,67 arbres/ha, Cully et Michaels, 2000). 

Vastes zones de prairie – Le Bruant de Henslow a été décrit comme une espèce sensible à la superficie de l'habitat en Illinois. La taille des prairies influe positivement et significativement sur laprobabilité de la présence du Bruant de Henslow; une parcelle d’habitat de 55 ha est requise pour que la probabilité de la présence de l’espèce atteigne 50 % de sa valeur maximale (Herkert, 1994b). La taille moyenne des parcelles occupées s’établissait à 421 ha (Herkert, 1994a). Selon J. R. Herkert (comm. pers.), la taille des champs occupés est inversement proportionnelle à l’accroissement de la densité de la population et du nombre d’individus; il est possible que de vastes parcelles de prairies soient nécessaires à l’établissement de l’oiseau et au maintien de colonies lorsque les densités de population sont faibles.

La superficie des prairies remises en état devrait être supérieure à 50 ha, et couvrir de préférence 100 ha. Il faudrait établir des zones de plus de 30 ha d’un seul tenant. Les prairies plus petites sont habituellement dominées par des espèces généralistes, et il est moins probable qu’elles abritent des populations viables d’espèces sensibles à la superficie de l'habitat telles que le Bruant de Henslow (Herkert, 1998). Cependant, de petites parcelles entourées d’autres prairies et situées à proximité de vastes zones herbeuses fourniraient peut-être un habitat propice, mais hébergeraient des densités de population plus faibles (Winter et Faaborg, 1999). Une gestion par rotation (par exemple fauchage, brûlage, broutage) appliquée à des petites sections de prairie selon un calendrier régulier pourrait constituer le système le plus approprié, et serait plus facile dans de vastes prairies. Les unités gérées devraient mesurer environ 30 ha (Herkert, 1998).

Terres basses et humides – En Ontario, un certain nombre de stations historiques contenaient ou avoisinaient des terres basses soumises à des inondations saisonnières au printemps. La calamagrostide du Canada(Calamagrostis canadensis) ou l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea) étaient fréquents dans ces habitats (Cuddy, 1984). Au Michigan, le Bruant de Henslow occupait un habitat au niveau d’humidité moyen et évitait les zones très humides ou sèches (Robins, 1971). Selon J. R. Herkert (comm. pers.), sur les 11 prairies étudiées pendant 11 ans en Illinois, le champ abritant la population la plus stable d’année en année était le plus humide. Herkert suppose que cette prairie indigène contenait de l’habitat dont la structure de la végétation était la plus stable d’année en année (même après un incendie), et que cette stabilité était attribuable à l’humidité des lieux. À la base militaire de Fort Drum, dans l’État de New York, les couples nicheurs de Bruant de Henslow semblaient choisir des microhabitats avec eau stagnante (C. Norment, comm. pers.).

Habitat de migration

Puisque le Bruant de Henslow semble migrer seul ou en petits groupes, la nuit et pendant une courte période (une à deux semaines), les individus en migration sont rarement observés. Ils ont été trouvés dans des habitats de prairies, dans des haies adjacentes à des habitats de prairies et à la bordure de zones à végétation frutescente.

Habitat d’hivernage

Le choix de l’habitat dans les lieux d’hivernage est peu connu. Il semble que l’habitat type soit constitué de savanes ouvertes à pins des marais (Pinus palustris) au tapis végétal dense; l’intervalle entre les feux est important pour le maintien d’une structure forestière appropriée (Chandler et Woodrey, 1995; McNair, 1998; Plentovich et al., 1999; Fuller et al., 2005;  Johnson et al. 2005; Thatcher et al., 2005).

1.3.2     Facteurs limitatifs

Le Bruant de Henslow a besoin de vastes prairies pour se reproduire, élever ses petits et se nourrir, et d’un milieu peu perturbé et de la présence de quantités suffisantes d’invertébrés pour son alimentation. Il est essentiel que les prairies ne soient pas perturbées par autre chose que la gestion nécessaire par le feu, le broutage et le fauchage. Les facteurs suivants risquent de détruire l’habitat :

·       drainage ou remblayage des dépressions;

·       urbanisation;

·       afforestation;

·       culture sans longues périodes de jachère;

·       fauchage régulier empêchant la formation d’un couvert herbacé haut et dense;

·       broutage intensif empêchant la formation d’un couvert herbacé haut et dense;

·       succession végétale transformant les prairies en zones arbustives ou boisées;

·       feux empêchant la formation d’un couvert herbacé haut et dense à épaisse couche de chaume.

La gestion de l’habitat de prairies à l’aide des feux, du broutage et du fauchage est périodiquement nécessaire afin d’assurer la disponibilité à long terme des habitats de reproduction et d’hivernage. Le choix du moment opportun pour ces activités est essentiel. Historiquement, les prairies naturelles ont été protégées contre l’envahissement des espèces ligneuses par des feux de friche cycliques. Le temps qu’il faut au Bruant de Henslow pour recoloniser les prairies après un feu varie selon les endroits, et est peut-être lié au moment, à l’intensité et à l’hétérogénéité du brûlage. Au Kansas, où des brûlages dirigés étaient effectués selon un cycle de trois ans, les Bruants de Henslow revenaient après un an, à de faibles densités, puis à des densités beaucoup plus fortes après deux ou trois ans (Austen et al., 1997). Au Minnesota, le Bruant de Henslow a recolonisé un champ brûlé après quatre ou cinq ans, soit à peu près au moment du rétablissement de petits végétaux ligneux, et cet oiseau a été éliminé quand le cycle des brûlages dirigés était inférieur à quatre ans (Austen et al., 1997).

1.4    Menaces

Les facteurs qui menacent la survie du Bruant de Henslow sont présentés en ordre décroissant d’importance :

1.4.1 Destruction et dégradation de l’habitat de reproduction

Il semble que le déclin du Bruant de Henslow observé au Canada et aux États-Unis ait suivi la disparition graduelle des prairies et des champs abandonnés qui existaient auparavant dans les lieux de reproduction (Knapton, 1986; Hands et al., 1989; McPeek, 1991; Peterjohn and Rice, 1991; Smith, 1992). Le développement industriel et résidentiel ainsi que les modifications des pratiques agricoles constituent les principaux facteurs de disparition et de réduction de l’habitat. Les changements des pratiques agricoles qui dégradent l’habitat comprennent les cultures en rangées, la production fourragère et céréalière, l’utilisation des champs en continu sans jachère, le fauchage précoce ou fréquent du foin, le surpâturage et l'afforestation. Certains phénomènes naturels comme la colonisation graduelle des champs par les arbustes et les arbres, et l’inondation des terres basses entraînent également des pertes d’habitats. Le Bruant de Henslow a besoin de vastes zones d’habitat propice; par conséquent, la fragmentation par la modification des pratiques d’utilisation du sol menace également l’habitat. De récentes augmentations de populations de Bruant de Henslow dans certains zones des États‑Unis (augmentation de dix fois en Illinois) semblent être liées à la création d’un habitat de prairie non perturbé par le Conservation Reserve Program (Herkert, 1997; Herkert et al., 2002), ce qui donne à penser que la création d’habitat pourrait renverser la tendance à la baisse des populations de cette espèce au fil du temps.

1.4.2 Perte d’habitat d’hivernage

L’habitat d’hivernage type, les savanes à pins des marais, est menacé par bon nombre des mêmes processus qui menacent l’habitat de reproduction. Les principales menaces comprennent les changements attribuables à la fréquence décroissante des feux et à la destruction et à la dégradation de l’habitat en raison du drainage, de l’urbanisation et de la conversion en terres agricoles ou en pinèdes (Herkert et al., 2002). Par exemple, au Mississippi, des savanes à pins gérées selon un cycle de brûlage de trois ou quatre ans semblaient offrir un habitat d’hivernage propice pour le Bruant de Henslow (Chandler et Woodrey, 1995); peu de bruants sont observés lorsque les intervalles des feux sont plus longs.

1.4.3 Perturbations catastrophiques

La petite taille de la population et la répartition en grappes des nicheurs, en raison de la disponibilité restreinte d’habitats propices et du comportement de reproduction semi‑colonial du Bruant de Henslow, donnent à penser que les catastrophes localisées telles que les feux mal gérés ou non maîtrisés, les pratiques agricoles incompatibles et les phénomènes météorologiques extrêmes constituent des menaces pour l’espèce.

Les phénomènes catastrophiques localisés (notamment, fortes tempêtes et ouragans) dans les lieux d’hivernage menacent peut-être également l’espèce. Actuellement, les données sur la répartition hivernale du Bruant de Henslow sont insuffisantes pour évaluer sa vulnérabilité.

1.4.4 Faible taux de survie des adultes et des juvéniles

Parmi les oiseaux bagués aux sites de reproduction, rares sont ceux qui sont revenus l’année suivante (Robins, 1967; Handset al., 1989; Skipper, 1998); on peut donc supposer que la mortalité est élevée chez les juvéniles ou les adultes avant ou pendant la migration, ou encore dans les lieux d’hivernage. Cependant, il est possible que le Bruant de Henslow ne soit pas fidèle aux sites de reproduction en raison de la nature imprévisible de son habitat (Hands et al., 1989), la rareté des oiseaux bagués qui retournent aux sites ne constituant pas nécessairement la preuve d’un taux de mortalité élevé. Il serait nécessaire d’accroître la surveillance pour le confirmer.

1.4.5 Menaces pesant sur le succès de reproduction

Il existe très peu de données sur les taux de succès de la nidification ou les taux de prédation chez le Bruant de Henslow. Au Michigan, Robins (1971) a observé que 6 de 11 nids (55 %) contenaient au moins un oisillonet que dans une seule des 11 nichées (9,1 %), tous les jeunes ont survécu. Des 46 œufs pondus, 17 ont donné des petits (37 %; Robins, 1971). Puisque le Bruant de Henslow niche très près du sol, des mammifères tels que la mouffette, la belette et le raton laveur, ainsi que les serpents constitueraient d’importants prédateurs des nids (Robins, 1971; Smith, 1992; Winter, 1999; Winter et al.,2000). Il est possible que la prédation soit plus élevée dans les petites parcelles de prairies, en particulier à proximité des terrains boisés. Au Missouri, on a observé les taux de prédation sur des nids artificiels installés au sol dans des fragments de prairies d’herbes hautes. Le taux de prédation sur les nids situés à proximité de la végétation ligneuse (< 60 m) s’établissait à 28,7 %, comparativement à 7,9 % pour les nids plus éloignés (Burger et al., 1994). Chez le Bruant de Henslow, le succès de nidification était inférieur dans les zones situées à moins de 50 m d’une lisière de végétation frutescente, probablement en raison de la prédation (Winter et al., 2000).

Au Michigan et en Ontario, il peut arriver en de rares occasions que les nids de ce bruant soient parasités par le Vacher à tête brune (Molothrus ater) (Robins, 1971; Peck et James, 1987). En Ontario, sur 12 nids étudiés, un seul était ainsi parasité (Peck et James, 1987), ce qui représente un taux de parasitisme de 8,3 %. En Oklahoma et au Missouri, les nids parasités où les oisillons ont atteint l’envol comptaient à la fois de jeunes Bruants de Henslow et de jeunes Vachers à tête brune (Winter, 1999; Reinking et al., 2000).

La compétition pour l’habitat, en particulier avec d’autres espèces de bruants, limite peut-être le succès de la reproduction. Desinteractions agressives entre leBruant de Henslow et le Goglu des prés (Dolichonyx oryzivorus), le Bruant des prés (Passerculus sandwichensis), le Bruant sauterelle (Ammodramus savannarum) et le Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus) ont été observées (Wiens, 1969; Robins, 1971). Les habitats du Bruant des prés et du Bruant sauterelle coïncident de très près avec ceux du Bruant de Henslow (Hands et al.,1989; Smith, 1992; Smith et Smith, 1992), bien qu’il semble que ce dernier exige une superficie plus grande et un habitat de prairie à la végétation plus dense et plus haute (Smith et Smith, 1992).

La perturbation de l’habitat, au début de la saison de reproduction, par les activités agricoles telles que le broutage et le fauchage constitue probablement la menace la plus importante pour la reproduction. Si ces activités n’empêchent pas l’établissement du territoire, elles risquent de retarder le début de la reproduction jusqu’à ce que la hauteur et la densité de la végétation fournissent un habitat suffisant; au minimum, des touffes d’herbes doivent être présentes (Winter, 1999). Le fauchage au cours de la saison de reproduction entraînera un taux élevé de mortalité des oisillons au nid et des jeunes au stade de l’envol, et est donc incompatible avec la persistance du Bruant de Henslow. Toutefois, il serait acceptable de faucher plus tard au cours de la saison. Par exemple, dans l’État de New York, des champs de foin ont été fauchés en septembre de façon à laisser des bandes ou un habitat non fauché en damier, ce qui a fourni un habitat propice au Bruant de Henslow au printemps suivant (Lazazzero, comm. pers.).

1.5    Mesures achevées ou en cours

En 1995, un plan de gestion de l’habitat du Bruant de Henslow a été ébauché (Enright, 1995). Ce plan contenait des lignes directrices générales sur la superficie et la forme de l’habitat, les mélanges de graminées à planter, le brûlage, le broutage et la fauchaison, ainsi que la gestion de la végétation ligneuse. On y proposait de remettre en état un habitat de prairie de quelque 1000 ha à South Cayuga, en Ontario, principalement dans des terres appartenant au ministère des Richesses naturelles de l’Ontario. Le plan de gestion n’a pas été mis en œuvre.

En 1998,un projet de gestion adaptative de l’habitat a été lancé à Ostrander Point, dans le comté de Prince Edward. Environ le tiers de la superficie à traiter a été fauchée et débroussaillée. En 1999, on a mené un recensement des oiseaux afin d’établir si la fauche et le débroussaillage avaient eu une incidence positive sur le Bruant de Henslow; plusieurs mâles chanteurs ont été entendus en 1999 et de nouveau en 2000, ce qui signifie que, grâce à une gestion soigneuse de l’habitat, l’espèce peut de nouveau se reproduire à cet endroit(Environment Canada, 2006).

Même si aucun projet d’intendance de l’habitat en Ontario ne vise exclusivement le Bruant de Henslow, il est possible que l’espèce bénéficie de quelques projets de protection de l’habitat achevés entre 2000 et 2006, notamment dans les terres de la Première nation de Walpole Island, ainsi que des projets de remise en état de l’habitat terminés ou en cours, par exemple sur le territoire de la Première nation d’Alderville et dans l’île Pelée.

1.6     Lacunes dans les connaissances

En plus des lacunes dans les connaissances permettant de désigner l’habitat essentiel, il faut signaler que des données manquent en ce qui concerne les éléments suivants :

·       la taille, la situation et la répartition de la population de Bruant de Henslow au Canada;

·       la productivité et les facteurs qui l’affectent;

·       les techniques de gestion visant à maintenir, à créer ou à mettre en valeur l’habitat du Bruant de Henslow en Ontario;

·       les sources des oiseaux immigrants vers l’Ontario à partir des États-Unis;

·       les besoins en matière d’habitat de migration et d’hivernage et leur emplacement pour la population canadienne;

·       l’importance des menaces à l’habitat de migration et d’hivernage pour la population canadienne.

Le Bruant de Henslow répond aux enregistrements de cris de ses congénères. Au début des années 1990, des cris enregistrés ont été utilisés pour recenser les Bruants de Henslow (M. Austen, comm. pers.), et cette technique pourrait servir à amener les bruants sur un nouveau site de reproduction (en jouant sur l’attraction par des congénères).