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Bruant des prés de la sous-espèce princeps

GESTION

3.1. Buts et objectifs

Les buts et les objectifs de gestion, de même que les stratégies à adopter pour les atteindre, sont tirés de la mise à jour du rapport de situation du COSEPAC (Horn, 1999), des plans de surveillance provisoires du Sable Island Preservation Trust (Horn et al., 2003b), de la stratégie de conservation de l’île de Sable (Beson, 1998), des travaux effectués sur le Bruant des prés de la sous-espèce princeps depuis la mise à jour du rapport de situation (Horn et al., 2003a; Smith et al., 2003) et de travaux récents sur d’autres populations de bruants des milieux herbeux.

3.1.1 But

Le présent plan de gestion vise d’abord et avant tout à maintenir l’effectif de la population nicheuse de Bruants des prés de la sous-espèce princeps à son niveau actuel

En raison de son aire de répartition restreinte, cette population actuellement inscrite comme espèce préoccupante ne devrait probablement jamais passer à une catégorie de moindre risque. Il est impossible d’étendre son aire de reproduction; selon toute vraisemblance, l’oiseau a toujours niché presque exclusivement sur l’île de Sable. En lieu et place, les mesures de gestion peuvent seulement être dirigées vers la prévention de tout éventuel besoin futur d’inscrire l’espèce à une catégorie de risque plus élevé. L’inscription de la sous-espèce à la catégorie des espèces menacées se présenterait si l’effectif de la population chutait à moins de 1000 individus matures (COSEPAC, 2003).

Comme il a déjà été mentionné, les résultats des études sur l’effectif actuel de la population soulèvent des discussions, de sorte qu’il est impossible de fixer un objectif démographique. Le présent plan propose notamment d’établir une méthode de recensement exacte et précise pour la sous-espèce. Les études intensives réalisées de 1967 à 1979 sur le Bruant des prés de la sous-espèce princeps semblent indiquer que la population fluctue grandement mais que, à long terme, elle maintient un effectif de 2000 à 3000 oiseaux reproducteurs (Stobo et McLaren, 1975; McLaren, 1979; Horn, 1999). Cependant le recensement le plus récent effectué en 1998 (Smith et al., 2003), en utilisant des techniques statistiques plus perfectionnées, estimait la population au double du nombre rapporté par les estimations précédentes (environ 6000 individus). Les estimations les plus faibles pour la population de la sous‑espèce ont été réalisées après deux hivers particulièrement rigoureux (McLaren, 1979); la population n’a pas chuté en deçà de la marque des 1000 individus et semble s’être rapidement rétablie (Ross et McLaren, 1981).

3.1.2 Objectifs

Voici les objectifs du présent plan de gestion :

                  i.           Maintenir l’effectif de la population nicheuse à son niveau actuel, en prévoyant qu’il pourrait chuter en deçà du seuil fixé à la suite d’hivers particulièrement rigoureux.

                   ii.           Préserver la superficie et la composition actuelles de l’habitat de reproduction.

                  iii.           Éliminer ou réduire les menaces qui pèsent sur le Bruant des prés de la sous‑espèce princeps ainsi que sur son habitat de reproduction et d’hivernage.

3.2 Mesures de gestion

La gestion d’une population qui paraît stable à long terme et qui ne fait face à aucune menace immédiate demande d’adopter une approche axée sur le maintien du statu quo. Des lacunes significatives dans les connaissances, notamment sur l’effectif réel de la population et sur les besoins liés à l’habitat hivernal, exigent cependant une attention particulière, tout comme la coordination des efforts de gestion des sites de reproduction au Canada et du territoire d’hivernage aux États-Unis.

Outre la faible superficie de son aire de répartition, la principale raison pour laquelle le Bruant des prés de la sous-espèce princeps a été désigné comme étant une espèce préoccupante est l’effectif limité, et probablement variable, de sa population (Horn, 1999). Le faible nombre d’individus est en soi une menace à la survie d’une population parce que les fluctuations démographiques stochastiques peuvent faire chuter la population en deçà du seuil viable (Lande, 2002). Il importe donc de suivre de près l’effectif et la variabilité de toute population de petite taille.

Les habitats des dunes, incluant ceux de l’île de Sable, sont des milieux dynamiques (Byrne et McCann, 1995), et l’île de Sable est le seul site de reproduction du Bruant des prés de la sous‑espèce princeps (si l’on excepte les quelques couples mixtes du continent). Il importe donc d’effectuer un suivi des changements affectant l’étendue de l’habitat disponible et de comprendre les causes de ces changements. Les préoccupations sur l’érosion des dunes ont donné lieu, un peu partout dans le monde, à toutes sortes d’expériences de manipulation de l’habitat dunaire, par exemple la construction de barrières pour retenir le sable emporté par le vent, la plantation de végétation et l’exclusion ou le retrait des animaux brouteurs. Toutefois, il est maintenant généralement reconnu que ces efforts peuvent avoir des répercussions imprévues à moins que la dynamique du site visé soit bien comprise (Doody, 2001). Par conséquent, les manipulations à grande échelle de l’habitat devraient être évitées jusqu’à ce que les tendances affectant l’habitat soient mieux comprises et que les causes puissent en être attribuées à des facteurs anthropiques (voir la section 2.4, Lacunes dans les connaissances).

La protection de l’habitat d’hivernage est un enjeu complexe qui doit faire l’objet d’un examen rigoureux orienté sur l’habitat du Bruant des prés de la sous‑espèce princeps (pour un examen général, voir Bernd-Cohen et Gordon, 1998). Certaines zones bénéficient d’une protection en vertu de diverses désignations accordées par les autorités municipales, d’État ou fédérales (parc provincial, parc d’État, réserve faunique nationale, parc national, parc-littoral national). Cependant une grande proportion du territoire d’hivernage de la sous‑espèce est situé sur des terrains privés; ces terrains bénéficient toutefois d’un certain niveau de protection, soit par un statut de refuge privé, soit par des règlements d’État, provinciaux et municipaux qui régissent l’habitat dunaire, en particulier l’érosion des dunes (Bernd-Cohen et Gordon, 1998).

3.2.1 Suivi de la population nicheuse

Recensement de la population nicheuse à des intervalles appropriés. À l’époque de la mise à jour du rapport de situation (Horn, 1999), le nombre de Bruants des prés de la sous-espèce princeps utilisant l’île de Sable pour nicher était estimé à un nombre se situant entre 2100 et 3400 individus sur la base des recensements réalisés de 1967 à 1979 et en 1995; les données disponibles indiquaient également qu’en 1977 et en 1978, la population avait chuté pour atteindre 1700 et 1250 oiseaux respectivement. Par ailleurs, un recensement effectué en 1998 avec des méthodes statistiques plus rigoureuses a donné une estimation de 5962 individus (Smith et al., 2003). Cet écart important entre les estimations met clairement en doute notre capacité à évaluer correctement la taille de la population et la variabilité de son effectif.

Il faut mettre au point une méthode de recensement exacte et précise et l’appliquer selon les besoins jusqu’à ce que l’effectif et le degré de stabilité de la population puissent être confirmés. Les recensements de 1967 à 1995 ont été réalisés en effarouchant tous les oiseaux le long de transects de longueur variable dans des habitats représentatifs. Les transects ont été choisis de façon à ce qu’il soit facile de les retrouver pour y retourner chaque année et ce, afin de permettre un échantillonnage uniforme de tous les habitats et une estimation précise des tendances annuelles. Cependant, comme les échantillons n’étaient pas aléatoires, les estimations ont peut-être été biaisées, et leur variabilité ne peut être évaluée (Smith et al., 2003). Le recensement de 1998 a surmonté ce problème en utilisant des transects de dénombrement choisis aléatoirement, mais ce probablement au détriment de la représentativité et de la reproductibilité des échantillons.

L’expérience acquise avec ces tentatives et avec les recensements réussis dans d’autres habitats de prairie (voir p. ex. Wiens, 1985; Walters et al., 2000) devrait être utilisée pour mettre au point une méthode améliorée de recensement à des fins de modélisation à long terme. Les caractéristiques requises devraient inclure : a) une faible variation annuelle attribuable à des erreurs d’échantillonnage; b) une randomisation permettant une estimation des erreurs d’échantillonnage; c) une estimation des erreurs de l’observateur. Les erreurs de l’observateur peuvent être mesurées en consignant la distance entre les oiseaux et le transect pendant le dénombrement (Buckland et al., 1998), en répétant l’échantillonnage de certains transects et en effectuant le dénombrement dans des secteurs où le nombre réel d’oiseaux est connu grâce à des cartes de territoires et à des études de baguage (Walters et al., 2000).

Ces recommandations valent pour le dénombrement en effarouchant les oiseaux sur des transects précis. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille renoncer à d’autres méthodes, mais il faut savoir que chaque méthode présente des inconvénients particuliers pour ce qui est de cette population. D’une part, les dénombrements ponctuels pendant la saison du chant représentent la méthode de prédilection pour le recensement des bruants des milieux herbeux (voir p. ex. Curnutt et al., 1998), y compris le Bruant des prés (voir p. ex. Rotella et al., 1999). Sur l’île de Sable, cependant, la saison du chant est courte (Reid et Weatherhead, 1990), et il est difficile d’entendre le chant des mâles les jours de grand vent (obs. pers.). De plus, la densité des mâles chanteurs peut parfois varier très peu en fonction de l’effectif de la population (Reid et Weatherhead, 1988). D’autre part les programmes de marquage‑recapture peuvent donner des résultats très précis et fournir des données démographiques précieuses (Sillett et Holmes, 2002), mais ils nécessiteraient des efforts intensifs tout au long de la saison de reproduction, qui est particulièrement longue chez cette sous‑espèce.

Quant une nouvelle méthode de recensement aura été mise au point, des analyses de puissance devront être réalisées afin de déterminer à quelle fréquence il convient de réaliser les recensements pour pouvoir détecter des reculs démographiques. Pour y parvenir et pour estimer le risque d’extinction attribuable à des fluctuations démographiques stochastiques, il faut disposer de données sur la variabilité annuelle de l’effectif. Les recensements de 1967 à 1979 fournissent des renseignements de cette nature, mais des données récentes semblent indiquer que celles-ci ne sont pas fiables (Smith et al., 2003). Ainsi les analyses de puissance ne devront être entreprises qu’après une nouvelle série de recensements annuels ou après la validation des données issues des recensements antérieurs. Il sera alors possible d’entreprendre une analyse de la viabilité de la population (AVP) pour estimer formellement le risque d’extinction en fonction de la variabilité seulement, quoique des catastrophes peu fréquentes, comme les tempêtes, donnent habituellement des modèles d’analyse de la viabilité de la population exagérément optimistes pour les populations localisées et mêmes pour celles qui comptent un effectif important. (Pimm et Bass, 2002).

3.2.2 Suivi de l’habitat de reproduction

Estimation de la superficie et de la répartition de l’habitat de reproduction. Sur les sites de reproduction, la superficie et la répartition des parcelles couvertes de végétation doivent être mesurées pour détecter leur évolution dans le temps. La photographie aérienne semble être la méthode la plus rigoureuse et la plus efficace à cet effet (Freedman, 1996; Desjardins, 2002), bien que l’imagerie satellitaire mérite également d’être explorée comme moyen de caractériser la végétation (voir p. ex. Mayer et al., aucune date) et la topographie (DeStoppelaire et al., 2001). Certains habitats de l’île de Sable sont difficiles à reconnaître sur des photos aériennes (Z. Lucas, comm. pers.). Par conséquent, les résultats des recensements aériens devront d’abord être confirmés par des vérifications au sol. Si la méthode choisie pour le recensement des bruants (voir la section 3.2.1 ci‑dessus) nécessite ou du moins permet la collecte de données sur la répartition de la végétation, ces données pourraient être utilisées pour la vérification au sol.

Les recensements doivent avoir lieu assez régulièrement pour permettre de détecter non seulement les changements ayant affecté la superficie totale du terrain couvert de végétation, mais aussi les fluctuations de la prépondérance et de la continuité des habitats de qualité faible et élevée pour les bruants – soit les parcelles dominées par l’ammophile et la bruyère respectivement. L’intervalle de cinq à dix ans que recommande la stratégie de conservation de l’île de Sable (Beson, 1998) semble réaliste, compte tenu du coût élevé des recensements. Cet intervalle pourrait aussi être suffisant parce que les changements à grande échelle de l’habitat seront vraisemblablement lents. Il devrait, malgré tout, être réévalué à mesure que de nouvelles données deviendront disponibles.

Le Sable Island Preservation Trust travaille, de concert avec le Centre des sciences géographiques (Collège communautaire de la Nouvelle‑Écosse, campus de la vallée de l’Annapolis), à la production d’une carte numérique géoréférencée qui facilitera grandement les futurs dénombrements et les recensements de la végétation. En raison d’un manque de fonds, il a fallu renoncer au projet pilote qui visait à comparer les photos aériennes prises dans le cadre de ce projet en 2002 avec les photos prises par la province en 1996 et les données antérieures; ce projet devrait toutefois être remis de l’avant (Desjardins, 2002).

3.2.3 Examen du statut de conservation de l’île de Sable

Renforcement de la protection légale de l’habitat. L’île de Sable est officiellement protégée par le Règlement sur l’île de Sable, adopté en vertu de la Loi sur la marine marchande du Canada, et par le Règlement sur les refuges d’oiseaux migrateurs, adopté en vertu de la Loi de 1994 sur la convention concernant les oiseaux migrateurs. Le premier règlement régit l’accès à l’île et les activités qui y sont pratiquées tandis que le second interdit toute perturbation des oiseaux migrateurs et de leurs nids, cependant ni l’un ni l’autre ne protège l’habitat proprement dit.

Certains secteurs de l’île de Sable ont été identifiés comme habitat essentiel pour la Sterne de Dougall, et ils sont protégés en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Cependant, les secteurs identifiés visent d’abord et avant tout à protéger les colonies de sternes, et il se peut qu’ils ne chevauchent que légèrement l’habitat du Bruant des prés de la sous‑espèce princeps. Il faudrait donc prendre d’autres mesures pour protéger adéquatement l’habitat de ce dernier. 

3.2.4 Respect de la réglementation en vigueur à l’île de Sable

Renforcement du respect de la réglementation en vigueur à l’île de Sable. L’isolement qui caractérise l’île de Sable procure une certaine protection à la sous-espèce. Toutefois, cet isolement est appelé à diminuer avec la disponibilité croissante de moyens de navigation de plus en plus perfectionnés et abordables qui facilitent les déplacements jusqu’à l’île. La plupart des visites, qu’elles soient informelles ou organisées dans le cadre d’un projet (p. ex. pour l’entretien des installations ou pour des recherches), sont peu susceptibles de nuire à la population de bruants. Néanmoins, il existe un faible risque que les visiteurs, intentionnellement ou par inadvertance, causent de graves dommages à l’habitat de la sous-espèce, par exemple en allumant des feux ou en introduisant des mammifères prédateurs ou des plantes non indigènes. Ces deux dernières menaces en particulier ont marqué l’histoire du biote de l’île de Sable.

Pour éliminer ces menaces, il faut surveiller de près l’ensemble des activités humaines qui se déroulent sur l’île. À l’heure actuelle, les visites sont étroitement contrôlées. Sauf dans des situations de détresse, les visiteurs doivent obtenir un permis à cet effet auprès de la Garde côtière canadienne, qui a été investie de ce pouvoir d’autorisation par le ministre des Pêches et des Océans du Canada conformément à la Loi sur la marine marchande du Canada. À leur arrivée, les visiteurs doivent assister à une séance d’information sur le protocole environnemental à suivre, et ils sont surveillés pendant toute la durée de leur visite par du personnel qui habite l’île toute l’année.

3.2.5  Adoption d’une approche préventive à l’égard des projets susceptibles d’avoir des répercussions sur le Bruant des prés de la sous-espèce princeps

Examen critique de tous les projets proposés pour l’île de Sable et détermination de leurs effets possibles sur le Bruant des prés de la sous‑espèce princeps et son habitat. L’examen des propositions de projet doit toujours tenir compte des risques d’interaction avec la population de bruants et son habitat. Le processus d’évaluation environnementale doit intégrer l’identification de solutions de rechange au projet et des moyens d’éviter ou de réduire au minimum les répercussions possibles, des recherches pour éliminer les incertitudes, la vérification des prévisions sur les impacts et l’évaluation de l’efficacité des mesures d’atténuation, tout en tenant compte des buts, des objectifs et des mesures exposés dans le plan de gestion. Partout dans l’habitat de reproduction, de migration et d’hivernage du Bruant des prés de la sous‑espèce princeps, on accordera une attention particulière à tout projet ou à toute activité susceptible d’entraîner : 1) une perte ou une altération de l’habitat; 2) l’introduction de prédateurs sur l’île de Sable; 3) la mortalité directe (par collision avec des constructions verticales ou à la suite de déversements). Il faut s’employer en priorité à évaluer les risques pour l’habitat de l’île de Sable et à garantir le respect de l’objectif de gestion visant à préserver la totalité de l’habitat de reproduction.

La multiplication des projets et des activités peut avoir des effets cumulatifs qui sont indétectables à court terme. Par conséquent, il importe que les décisions sur les projets susceptibles d’avoir des répercussions sur la population de bruants et sur son habitat, s’appuient sur l’application du principe de précaution, sur l’examen des risques d’accroissement des effets cumulatifs et sur l’examen des mesures d’atténuation qui pourraient être prises pour éviter ou réduire au minimum les répercussions, y compris les solutions de rechange au projet. En outre, l’approbation des projets devrait être conditionnelle à la mise en œuvre d’un programme de suivi ou de surveillance des répercussions qui serait pris en charge par du personnel possédant de l’expérience avec le Bruant des prés de la sous-espèce princeps, et qui utiliserait des méthodes assez sensibles pour permettre la détection des effets cumulatifs subtils. 

3.2.6 Conservation de la population hivernante et de son habitat

Coopération avec les autorités américaines pour identifier le Bruant des prés de la sous‑espèce princeps comme espèce prioritaire. L’Initiative de conservation des oiseaux de l’Amérique du Nord (ICOAN) est le fruit d’une coalition formée de gouvernements, d’universités, d’organismes privés et d’entreprises du Canada, des États‑Unis et du Mexique. Elle a été créée dans le but de faire progresser les efforts de conservation des oiseaux par l’évaluation, la planification et l’exécution de projets. L’ICOAN a divisé le continent nord-américain en régions de conservation des oiseaux (RCO) et évalue les espèces prioritaires dans chacune de ces régions.

Le Bruant des prés de la sous-espèce princeps figure sur la liste des espèces d’oiseaux terrestres « hautement prioritaires » dans la RCO 14 (Dettmers, 2003), la région où la sous-espèce se reproduit et hiverne en petit nombre. Actuellement, la population hivernante ne fait pas partie des priorités de la RCO 27, ni de la RCO 30, deux régions qui englobent la majeure partie du territoire d’hivernage de la sous-espèce. Pour identifier et promouvoir des mesures qui profiteront à la population hivernante de Bruants des prés de la sous‑espèce princeps, il faudra entamer des discussions avec les responsables de la planification des RCO 27 et 30.

L’aire de reproduction de cet oiseau est minuscule comparativement à son aire de répartition hivernale, ce qui suggère que la population hivernante est très dispersée le long de la côte est. À l’intérieur de ce territoire, l’oiseau semble cependant rechercher un type d’habitat précis dont les caractéristiques n’ont pas encore été suffisamment évaluées. De plus, il se peut que les îles situées au large de la Virginie accueillent le gros de la population hivernante, mais aucun recensement formel n’y a été effectué (Stobo et McLaren, 1971). L’intérêt suscité par un dénombrement hivernal des Bruants des prés de la sous-espèce princeps est demeuré faible depuis que l’entité est passée du statut d’espèce à celui de sous-espèce (McLaren, 1979); les totaux obtenus lors des recensements des oiseaux de Noël (CBC) demeurent faibles et donc peu fiables (Horn, 1999).

Répétition des recensements hivernaux.Il faudrait répéter le recensement de Stobo et McLaren (1971) en y apportant les améliorations qu’ils suggèrent, soit une évaluation plus objective des associations d’habitat ainsi que des recensements formels dans les îles situées au large de la Virginie. Il serait très avantageux de réaliser une étude sur le comportement et l’écologie de l’oiseau dans son territoire hivernal pour comprendre ses besoins en matière d’habitat et, par conséquent, pour choisir les mesures de gestion appropriées. Ces deux tâches seraient évidemment facilitées par la participation de chercheurs universitaires ou gouvernementaux des États du centre du littoral de l’Atlantique.

Il serait également important de surveiller les changements affectant l’habitat d’hivernage, mais il faudra auparavant développer une meilleure identification de cet habitat. Comme étape préliminaire, une recherche documentaire pour extraire les données sur les tendances affectant l’habitat dunaire le long de la côte est de l’Amérique du Nord pourrait constituer un précieux outil pour décider si la protection de l’habitat hivernal devrait être une priorité de gestion.

3.2.7 Sensibilisation et communications

Mobilisation du public et des médias.Le soutien du public à la cause de la protection de l’île de Sable et, en particulier, de l’habitat d’hivernage, contribuera aux efforts de gestion. Le Bruant des prés de la sous-espèce princeps, l’un des seuls oiseaux chanteurs endémiques du pays, contribue aux attraits de l’île de Sable pour en faire un site d’intérêt particulier au Canada. Toute publicité pour faire connaître ce fait sera bénéfique pour obtenir le soutien du public ainsi que l’appui politique et financier en faveur de la conservation de l’île et sa population de bruants. L’intérêt pour cet oiseau pourrait avoir comme conséquence directe de meilleures estimations de la répartition et des tendances démographiques de la population hivernale, car pendant les CBC, il serait davantage recherché par les observateurs. Il est possible d’accroître l’intérêt et le degré de sensibilisation par des causeries publiques, des documents affichés sur le Web, des dépliants et des articles de fond, tant au Canada que dans les États de la côte de l’Atlantique. Le Service canadien de la faune et des chercheurs de la Dalhousie University ont déjà périodiquement accordé des entrevues à la radio et à la télévision, et présenté des conférences publiques sur le Bruant des prés de la sous‑espèce princeps, mais aucune campagne officielle n’a été lancée à cet effet.

3.3 Approche recommandée, portée des efforts de gestion

Les Bruants des prés de la sous-espèce princeps utilisent divers habitats sur l’île de Sable, de sorte que les efforts doivent aller vers la conservation de l’île tout entière, plutôt que vers la gestion d'un habitat en particulier. De plus, la sous-espèce a besoin à la fois de l’île pour se reproduire et de tout le littoral atlantique des États‑Unis pour hiverner; cette combinaison de besoins est unique et demande une approche qui cible la population plutôt que l’habitat ou les espèces qui y sont associées.

3.4 Évaluation

Les mesures de gestion seront couronnées de succès à long terme si la population nicheuse, l’habitat d’hivernage et l’habitat de reproduction demeurent stables. L’efficacité des mesures de gestion sera évaluée au moyen de programmes de suivi à long terme qui permettront de cerner les tendances affectant l’habitat de reproduction et l’effectif de la population nicheuse. Toute indice permettant de conclure à un déclin de l’habitat de reproduction, en particulier des parcelles de bruyère, devrait susciter une réévaluation immédiate des mesures de gestion de la population de bruants et de l’île. La gestion du Bruant des prés de la sous-espèce princeps devrait s’inscrire dans un plan de gestion intégré de l’île.

3.5 Tableau sommaire : Stratégies de gestion

Voici les différents niveaux de priorité : élevé = mesure hautement prioritaire, sans laquelle la population risque de connaître un déclin irréversible; moyen = mesure nécessaire pour évaluer et orienter les efforts de rétablissement; faible = toute autre mesure nécessaire à la survie de la population

Niveau de priorité ObjectifsPartieMesure de gestion Étapes précises Résultats attendus
Élevé i3.2.1Effectuer le suivi de la population nicheuse Recenser la population nicheuse à des intervalles appropriés Cerner les tendances démographiques et détecter les changements
Moyen ii3.2.2Effectuer le suivi de l’habitat de reproduction Estimer la superficie et la répartition de l’habitat de reproduction Déceler les changements touchant l’habitat de reproduction
Moyen ii/iii3.2.3Examiner le statut de conservation de l’île de Sable Renforcer la protection légale de l’habitat Protéger l’habitat de reproduction
Élevé Tous 3.2.4Assurer le respect de la réglementation en vigueur à l’île de Sable  Promouvoir et assurer le respect de la réglementation en vigueur à l’île de Sable Réduire au minimum les perturbations des oiseaux nicheurs et de l’habitat de reproduction
Élevé Tous 3.2.5Adopter une approche préventive à l’égard des projets susceptibles d’avoir des répercussions sur le Bruant des prés de la sous-espèce princeps Faire un examen critique des projets afin de cerner leurs effets potentiels sur les bruants et leur habitat

Réduire au minimum les perturbations des oiseaux et de l’habitat

Protéger les oiseaux et l’habitat

Faible ii/iii3.2.6Conserver la population hivernante et son habitat

Coopérer avec les autorités américaines afin de faire du Bruant des prés de la sous-espèce princeps une espèce prioritaire

Répéter les recensements hivernaux

Définir les caractéristiques essentielles de l’habitat hivernal

Protéger l’habitat hivernal

Faible Tous 3.2.7Sensibilisation et communications Mobiliser le public et les médias Accroître le degré de sensibilisation

 

3.6 Calendrier de mise en œuvre

Les cases ombrées indiquent l’année de mise en œuvre proposée.

Étapes précises PartieResponsable †Autres†20052006200720082009
Recenser la population nicheuse à des intervalles appropriés 3.2.1SCF UniversitésEn particulier, mettre au point une méthode de recensement qui dictera la fréquence des recensements futurs   
Estimer la superficie et la répartition de l’habitat de reproduction 3.2.2 SCF

CSG

SIPT

    
Renforcer la protection légale de l’habitat 3.2.3SCF       
Faire connaître la réglementation en vigueur à l’île de Sable et en assurer le respect 3.2.4

SCF

SMC

MPO

 Permanent
Faire un examen critique des projets afin de cerner leurs effets potentiels sur les bruants et leur habitat 3.2.5

SCF

DPE

 Permanent
Coopérer avec les autorités américaines afin de faire du Bruant des prés de la sous-espèce princeps une espèce prioritaire 3.2.6SCF

Organismes américains

ICOAN

 
Répéter les recensements hivernaux 3.2.6Organismes américains ICOAN SCF À déterminer
Sensibilisation et communications 3.2.7Divers   

†Les acronymes sont les suivants :

SCF :         Service canadien de la faune, Direction de la conservation de l’environnement, Environnement Canada

SMC :       Service météorologique du Canada, Environnement Canada

MPO :       Ministère des Pêches et des Océans

DPE :        Direction de la protection de l’environnement, Environnement Canada

CSG :        Centre des sciences géographiques, Collège communautaire de la Nouvelle‑Écosse, campus de la vallée de l’Annapolis

SIPT :       Sable Island Preservation Trust

ICOAN :   Initiative de conservation des oiseaux de l’Amérique du Nord