Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Gentiane de Victorin (Gentianopsis procera macounii var. victorinii) au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce

L’habitat de la gentiane de Victorin est la portion du littoral qui se situe dans la zone de transition entre l’hydrolittoral moyen et supérieur de la zone intertidale estuarienne d’eau douce et légèrement saumâtre. Cette zone est couverte d’eau durant deux à trois heures par jour lors des marées hautes d’équinoxe (figure 4), mais les basses marées hautes l’atteignent rarement. L’étude de Brouillet et al. (1996) a permis d’observer la gentiane de Victorin dans sept segments (1,45 p.100 des segments échantillonnés) des 34 sites d’échantillonnage et tous ces segments (100 p.100) étaient situés dans l’hydrolittoral supérieur. L’espèce pousse dans une herbaçaie à spartine pectinée dense et haute (figure 5) et parfois sur des affleurements rocheux surélevés ayant une végétation plus ou moins dense. La gentiane de Victorin se retrouve à l’interface de l’hydrolittoral supérieur et moyen ou près d’ouvertures dans la végétation de l’hydrolittoral supérieur; une végétation plus basse lui permet de recevoir plus de lumière que dans l’hydrolittoral supérieur où la strate herbacée est plus haute. Elle préfère les dépôts de surface épais (plus de 15 cm) de texture fine ou mixte (rarement grossière), dont la pierrosité est nulle ou très faible (rarement très pierreuse).

Figure 4. Habitat de la gentiane de Victorin à Saint-Vallier

Figure 4. Habitat de la gentiane de Victorin à Saint-Vallier

Figure 5. Perturbations de l’habitat de la gentiane de Victorin à Saint-Jean-Port-Joli

Figure 5. Perturbations de l’habitat de la gentiane de Victorin à Saint-Jean-Port-Joli

Deux autres espèces désignées « préoccupantes » par le COSEPAC partagent souvent le même habitat que la gentiane de Victorin : une population de la vergerette de Provancher et plusieurs populations de la cicutaire de Victorin.

Tendances

Dans son rapport, Legault (1986) mentionne 20 populations de gentiane de Victorin, dont deux sont considérées disparues du Canada. Depuis lors, plusieurs des populations ont été menacées ou détruites par le remblayage des rives. Ainsi, cinq des populations connues à cette époque sont maintenant disparues du pays et trois sont maintenant historiques, malgré les efforts déployés par l’auteur au cours des dernières années pour les localiser (Tableau 1). Il ne reste donc que 10 des 20 populations connues mentionnées dans le rapport de Legault (1986).

L’habitat potentiellement convenable de la gentiane de Victorin a fortement régressé dans la région métropolitaine de Québec. La construction d’autoroutes et de voies ferrées sur les battures du fleuve Saint-Laurent, entre Boischâtel et Cap-Rouge, a détruit la quasi-totalité des hydrolittoraux supérieur et moyen. Le remblayage de l’hydrolittoral supérieur et la construction de murs de soutènement pour des résidences, dans les secteurs de Lévis et de Saint-Romuald et dans plusieurs secteurs résidentiels bordant le fleuve Saint-Laurent, ont grandement affecté la qualité des habitats (figure 5).

L’adoption de lois environnementales plus sévères semble avoir ralenti ou stoppé cette tendance. L’important effort d’échantillonnage déployé par Brouillet et al. (1996) a permis de mieux connaître les taxons estuariens et leur répartition. Ainsi, depuis la parution du rapport de situation de Legault (1986), 32 nouvelles populations ont été découvertes tandis que d’autres, comme celles de Deschambault, de pointe Saint-Vallier à Saint-Vallier, de pointe Platon à Sainte-Croix, de pointe d’Argentenay à Saint-François, de Grosse-Île et de Saint-Augustin-de-Desmaures, comptent des populations abondantes dans lesquelles on dénombre plus des trois quarts de toutes les gentianes de Victorin. Depuis le rapport de Brouillet etal. (1996), la situation générale des populations semble stable, mais certaines menaces pourraient encore avoir des incidences sur les populations.

Protection et propriété des terrains

Actuellement, deux localités (anse Saint-Vallier et Grosse-Île) sont situées dans les limites d’aires protégées : le refuge d’oiseaux migrateurs de Saint-Vallier et le lieu historique national du Canada de la Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais. Cependant, d’autres populations historiques imprécises peuvent se retrouver dans les limites d’autres territoires protégés : les refuges d’oiseaux migrateurs de L'Islet, de Cap-Saint-Ignace et de Trois-Saumons. La plupart des localités québécoises de la gentiane de Victorin occupent des territoires dépourvus de statut de conservation et dont la propriété est imprécise. L’habitat de la gentiane de Victorin se situe sur des terres publiques sous la juridiction du gouvernement du Québec. Cependant, les localités situées dans la M.R.C. de la Côte-de-Beaupré (Boischâtel et l’Ange-Gardien) peuvent être sur des terres privées et pourraient être revendiquées jusqu’à la ligne de l’eau à marée basse. Des études cadastrales (des relevés des limites légales) sont nécessaires afin d’identifier ces sites.

Le Règlement sur la circulation de véhicules motorisés dans certains milieux fragiles du Québec (L.R.Q., c. Q-2, r.2.2) protège l’habitat de la gentiane de Victorin en interdisant l’accès aux battures du fleuve Saint-Laurent aux véhicules motorisés. L’application et la mise en œuvre de ce règlement pourraient enrayer définitivement le problème de circulation des V.T.T. à Saint-Augustin-de-Desmaures.