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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Gentiane de Victorin (Gentianopsis procera macounii var. victorinii) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Prédation

Bouillé (1996) a observé une larve de lépidoptère à l’intérieur d’un ovaire sur un spécimen de Beaumont. Elle a mentionné que les graines de la fleur étaient très petites et très foncées comparativement aux autres du même individu, ce qui indiquerait l’impact possible de la prédation par des insectes sur la reproduction.

Tonte et cueillette des fleurs

La tonte de l’hydrolittoral par les riverains du fleuve Saint-Laurent a été observée à quelques endroits et empêche la formation des hampes florales. À Montmagny, une partie de l’habitat est tondue et c’est la raison possible de la disparition de la plante du site. Il en va de même de la cueillette des fleurs pour faire des bouquets, qui a été observée dans la localité de Deschambault. La tonte et la cueillette des fleurs privent la gentiane de son seul moyen de reproduction et pourraient entraîner sa disparition de certaines localités. Une telle activité est peut-être plus courante dans les régions fréquentées par de nombreuses personnes marchant sur la rive, comme à Saint-Augustin-de-Desmaures et possiblement dans des sites à l’anse de Vincennes à Beaumont, à Sainte-Pétronille et à l’anse Ross à Saint-Nicolas.

Habitat limité

La gentiane de Victorin est une plante limitée à la zone intertidale d’eau douce et légèrement saumâtre. La faible amplitude des marées en amont de Deschambault et la forte salinité de l’eau dans la région de Saint-Roch-des-Aulnaies en aval délimitent son habitat au Québec.

Affouillement glaciel

L’affouillement glaciel des rochers et du rivage lors des marées journalières et de la débâcle printanière des glaces pourrait provoquer l’arrachement de certains individus. De telles actions peuvent également être bénéfiques en fournissant des zones d’établissement des graines. Toutefois, on ne sait pas si de tels éléments naturels sont devenus plus répandus que dans les temps historiques anciens avant les aménagements le longs des rives du fleuve Saint-Laurent.

Qualité et niveaude l’eau

Même si la qualité de l’eau s’améliore dans le fleuve Saint-Laurent, elle est encore polluée. On a observé plusieurs populations couvertes de grosses masses d’algues et d’autres plantes aquatiques. L’auteur a dû les enlever avant de pouvoir dénombrer les gentianes de Victorin qui étaient littéralement enfouies sous les débris végétaux (Vallesneria americana, Potamogeton sp., etc.). La marée suivante devrait brasser l’eau et découvrir les plantes, mais l’amplitude des marées est variable. Si le recouvrement des gentianes se poursuit trop longtemps, la floraison et la survie d’une partie des populations pourraient être compromises à ces endroits (figure 4). Il ne fait cependant aucun doute que de tels impacts sont également vraisemblablement d’origine naturelle, sans relation primaire avec la pollution.

Opérations de remblayage

Le remblayage des rives pour la construction de résidences, de routes, de voies ferrées ou de marinas est responsable d’une perte d’habitat pour plusieurs espèces en bordure du fleuve. Par exemple, la construction de la voie ferrée à Cap-Rouge a détruit la quasi-totalité des rives naturelles situées entre Saint-Augustin-de-Desmaures et Cap-Rouge, empêchant une recolonisation par la gentiane de Victorin. Il en est de même pour les municipalités formant les villes fusionnées de Québec (Sainte-Foy, Sillery, Beauport) et de Lévis (Saint-Romuald, New-Liverpool, Lauzon). En 1996, la construction d’une marina à Saint-Jean-Port-Joli a détruit une grande partie de l’hydrolittoral supérieur et la population de la gentiane de Victorin a été miraculeusement évitée de quelques mètres. L’inventaire de 2002 de cette population n’a pas permis de relocaliser des gentianes de Victorin, en dépit du fait que son habitat soit encore présent.

Déversements d’hydrocarbures

Comme dans le cas de la vergerette de Provancher (Sabourin et Paquette, 1991; Coursol, 1998), un déversement d’hydrocarbures pourrait souiller les colonies riveraines de la gentiane de Victorin le long du fleuve Saint-Laurent.

Piétinement anthropique

Les populations de la gentiane de Victorin sont très exposées au piétinement humain et/ou à la circulation des V.T.T., qui font peser une menace importante dans la zone intertidale. Ces véhicules ne font pas que provoquer la mort d’individus, mais modifient également profondément l’équilibre fragile de son habitat. Ainsi, la population de la gentiane de Victorin à Lotbinière est probablement disparue suite au passage répété des V.T.T. dans l’hydrolittoral supérieur, où ces derniers perturbent une zone qui peut atteindre deux et parfois dix mètres de largeur. Le rapport de Legault (1986) mentionnait déjà ce problème pour cette localité et pour la localité de Berthier-sur-Mer.