Sauter l'index du livret et aller au contenu de la page

Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la chauve-souris à queue frangée (Myotis thysanodes) au Canada – Mise à jour

COSEPAC Résumé

Chauve-souris à queue frangée
Myotis thysanodes

Informationsur l’espèce

La chauve-souris à queue frangée (Myotis thysanodes) est la plus grande des espèces du genre Myotis au Canada (longueur moyenne de l’avant-bras de 42,3 mm, masse corporelle moyenne de 7,1 g). Le pelage dorsal est brun pâle, les ailes et les membranes caudales, noirâtres, et les longues oreilles, noires. La caractéristique la plus distinctive de l’espèce est la frange de poils raides qui orne la bordure extérieure de la membrane interfémorale. Le M. thysanodes appartient à l’ordre des Chiroptères, famille des Vespertilionidés. Parmi les espèces du genre Myotis à longues oreilles d’Amérique du Nord, le M. thysanodes est la plus distincte sur le plan morphologique, tout en affichant, sur le plan des traits alloenzymatiques et chromosomiques, une étroite affinité avec le vespertilion à longues oreilles (Myotis evotis) et le vespertilion de Miller (Myotis milleri). De récentes analyses de l’ADNmt ont montré que le plus proche parent du M. thysanodes était leM. evotis et que, dans certaines régions, il y a eu introgression mitochondriale entre les deux espèces. On reconnaît quatre sous-espèces, mais la taxinomie des sous-espèces ne repose sur aucune analyse de l’ADNmt.

Répartition

La chauve-souris à queue frangée fréquente tout l’ouest de l’Amérique du Nord, depuis le Chiapas et Veracruz, au Mexique, jusqu’au sud de la Colombie-Britannique, en passant par la majeure partie de l’ouest des États-Unis. Une population disjointe habite les Black Hills dans le Dakota du Sud et le Wyoming. Au Canada, cette chauve-souris est confinée aux vallées de l’Okanagan, de la Similkameen, de la Thompson Nord et Sud, du Fraser et de la Chilcotin, dans le sud de la Colombie-Britannique. La découverte d’un spécimen identifié comme une chauve-souris à queue frangée dans le parc national Olympic, sur la presqu’île Olympic, donne à penser que l’espèce pourrait habiter la côte de la Colombie-Britannique. Les 33 mentions de répartition géographique au Canada représentent environ 18 « occurrences élémentaires ». On ne connaît pas la zone d’occupation, et la zone d’occurrence au Canada est d’environ 8 650 km², soit < 5 p. 100 de l’aire mondiale de l’espèce.

Habitat

Aux États-Unis, cette espèce utilise une variété de gîtes nocturnes et diurnes – bâtiments, cavernes, tunnels, galeries de mine et crevasses de rocher. Au Canada, où aucune étude de radiopistage n’a été faite, le peu qu’on sait sur les aspects biologiques des gîtes de la chauve-souris à queue frangée provient de découvertes opportunistes ou d’inférences après captures. Les deux colonies de maternité confirmées au Canada se trouvaient dans des greniers de bâtiments. Le M. thysanodes pourrait aussi gîter dans les crevasses des falaises et les arbres, mais cela n’a jamais été confirmé. Les gîtes nocturnes se trouvent dans des bâtiments et des mines abandonnées. On sait peu de choses sur l’aire d’alimentation de l’espèce au Canada mais, d’après des données anecdotiques, il semble qu’elle cherche sa nourriture dans les milieux riverains.

Biologie

Ce qu’on sait de la biologie de l’espèce est basé avant tout sur des études réalisées aux États-Unis. L’accouplement a parfois lieu après que l’espèce a quitté le gîte de maternité à la fin de l’été. Les femelles qui arrivent à la colonie de maternité au début d’avril portent du sperme dans leur utérus, mais l’ovulation et la fécondation n’ont lieu que près d’un mois plus tard. La femelle donne naissance à un unique petit et ne produit qu’une litière par saison de reproduction. Les femelles pourraient se reproduire dès leur première année; les mâles, eux, doivent attendre leur deuxième année.

À des températures ambiantes ≤ 24 °C, les femelles reproductrices ont recours à la torpeur ou régulent leur température corporelle en augmentant la vitesse de leur métabolisme. C’est pendant la lactation que la demande en énergie atteint son sommet chez cette espèce. On a trouvé des chauves-souris à queue frangée en hibernation en Oregon et dans le Dakota du Nord, mais les relevés hivernaux effectués dans 18 cavernes et mines de l’aire de répartition canadienne de l’espèce n’ont permis d’en trouver aucune.

Les études de radiopistage ont montré que cette chauve-souris occupe en général un territoire limité d’environ 4 km². Les gîtes installés dans des structures permanentes comme des bâtiments sont en général occupés tout l’été. Toutefois, les chauves-souris à queue frangée qui gîtent dans les arbres et les fentes de rochers changent souvent de gîtes et ne restent au même endroit que quelques jours; la distance entre les abris successifs dépasse rarement 2 km. On ne sait rien des déplacements migratoires de la population canadienne.

La chauve-souris à queue frangée se nourrit surtout de papillons de nuit, de coléoptères, de mouches, de chrysopes et parfois d’invertébrés non volants. Son vol lent et maniable et ses signaux d’écholocation de faible intensité et à modulation de fréquences donnent à penser qu’elle est adaptée au glanage, c’est-à-dire qu’elle saisit des proies qui se trouvent sur des surfaces.

La chauve-souris à queue frangée est coloniale. Les colonies de maternité aménagées dans des bâtiments peuvent abriter jusqu’à 1 000 à 1 200 individus; celles qui sont installées dans des arbres ou des crevasses rocheuses sont toutefois plus petites et comptent habituellement moins de quelques douzaines d’animaux. Bien qu’elle change souvent de gîte diurne, l’espèce semble afficher une certaine fidélité à un site précis; les gîtes nocturnes sont parfois utilisés par les mêmes individus pendant plusieurs années.

Taille et tendances des populations

On ne possède aucune estimation de la population canadienne ni aucune donnée qui permettrait de dégager des tendances démographiques. Comparativement aux 6 autres espèces de Myotis qu’on trouve dans son aire de répartition, la chauve-souris à queue frangée se laisse rarement capturer dans les filets japonais et les pièges-harpes dans le cadre des relevés effectués en Colombie-Britannique. On ignore dans quelle mesure ces quelques captures peuvent être attribuées à la rareté de l’espèce ou simplement à sa capacité d’éviter la capture.

Facteurs limitatifs et menaces

Compte tenu de la pauvreté des données dont nous disposons sur la biologie de l’espèce au Canada, il est difficile de déterminer quelles menaces peuvent peser sur elle ou quels sont les facteurs limitatifs. Par ailleurs, vu les habitudes souples et diversifiées de l’espèce en matière de gîte aux États-Unis, les aires de gîte pourraient ne pas constituer un facteur limitatif. La plupart des dangers qui menacent l’espèce sont d’ordre général, comme la perturbation des colonies de maternité installées dans les bâtiments, la perturbation des gîtes de nuit dans les mines ou autres structures artificielles, et l’impact des pesticides sur les proies invertébrées.

Importance de l’espèce

La chauve-souris à queue frangée est l’une des trois espèces de chauves-souris de l’ouest de l’Amérique du Nord confinées aux prairies inter-montagnardes de Colombie-Britannique au Canada. Membre d’une communauté diversifiée de chauves-souris des régions tempérées comptant 12 à 14 espèces, elle est le plus gros représentant des 7 espèces du genre Myotis. Sa niche précise au pays est cependant pratiquement inconnue.

Protection actuelle et autres désignations

Le COSEPAC a désigné la chauve-souris à queue frangée comme une espèce préoccupante en 1988. Sa cote mondiale est G4G5 (apparemment hors de danger à hors de danger); sa cote nationale est N4N5 (apparemment hors de danger à hors de danger) aux États-Unis, et N2N3 (en péril à vulnérable) au Canada. Aux États-Unis, trois États (Idaho, Wyoming, Nebraska) ont attribué à la chauve-souris à queue frangée la cote S1 ou S1? (gravement en péril), et deux autres (Oregon, Dakota du Sud), la cote S2 (en péril). Le Washington, le Montana, le Texas et l’Utah lui attribuent la cote S3 (vulnérable). En Colombie-Britannique, on l’a classée S2S3 (en péril à vulnérable). La loi sur la faune (Wildlife Act) de la province interdit par ailleurs de tuer des individus de cette espèce, qui a reçu le statut d’espèce faunique désignée (Identified Wildlife Species) dans le cadre du nouveau Forest and Range Practices Code (code provincial de pratiques forestières) de la Colombie-Britannique. Ce code ne s’applique toutefois qu’aux terres publiques de la province; dans la portion sud de l’aire de répartition canadienne de l’espèce, près de 50 p. 100 de l’habitat échappent ainsi à sa portée.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates.

Définitions (depuis mai 2004)

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement ou génétiquement distincte.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de pagea
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de pageb
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de pagec
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de paged,Note de bas de pagee
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

 

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

Note de bas de page a

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

Retour à la référence de la note de bas de pagea

Note de bas de page b

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

Retour à la référence de la note de bas de pageb

Note de bas de page c

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de pagec

Note de bas de page d

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

Retour à la référence de la note de bas de paged

Note de bas de page e

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Retour à la référence de la note de bas de pagee