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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la chauve-souris à queue frangée (Myotis thysanodes) au Canada – Mise à jour

Habitat

Besoins de l’espèce 

Généralités

Aux États-Unis, on rencontre la chauve-souris à queue frangée depuis le niveau de la mer jusqu’à une altitude de 2 850 m, où elle occupe les déserts, les steppes, les forêts de chênes et de pins à amandes, les forêts côtières et les forêts d’épinettes et de sapins (O’Farrell et Studier, 1980). Au Canada, l’espèce est confinée aux prairies, à la steppe arbustive et aux forêts ouvertes de pins ponderosa, où la plupart des observations ont été faites à des altitudes de 300 à 800 m, dans les zones biogéoclimatiques de la prairie à graminées cespiteuses, à pin ponderosa ou intérieure à douglas (Meidinger et Pojar, 1991).

Gîtes

Dans la plus grande partie de son aire de répartition, cette chauve-souris exploite un large éventail de gîtes. Les gîtes diurnes, notamment les colonies de maternité, sont situés dans des greniers de bâtiments, des cavernes, des tunnels, des galeries de mine et des crevasses de rocher (Easterla, 1973; O’Farrell et Studier, 1980; Cryan et al., 2001). Cryanet al.(2001) ont observé que les gîtes aménagés dans des falaises faisaient généralement face au sud, mais aucune donnée n’a été consignée sur le microclimat des cavernes et des mines utilisées comme gîtes de jour. Dans les bâtiments, les chauves-souris se tiennent habituellement au chaud dans les greniers sombres. De récentes études de radiopistage menées en Arizona, en Californie, au Nouveau-Mexique et dans le Dakota du Sud ont révélé que l’espèce gîte également dans les arbres (Chung-MacCoubrey, 1996; Rabe et al., 1998; Weller et Zabel, 2001; Cryan et al., 2001), généralement sous l’écorce soulevée de grands chicots appartenant aux classes de décomposition 2 et 3 (arbres morts à la cime brisée ayant conservé leur écorce) ou dans des pins ponderosa (Pinus ponderosa) vivants présentant de longues fentes verticales et dont l’écorce est lâche. Les gîtes de nuit (gîtes temporaires utilisés après les épisodes nocturnes de recherche de nourriture) sont situés dans des bâtiments, des cavernes, des mines et sous les ponts (Albright, 1959; Adam et Hayes, 2000). Dans le Dakota du Nord et en Oregon, on a trouvé des chauve-souris qui hibernaient dans des cavernes et des galeries d’accès de mine (Martin et Hawks, 1972; Perkins et al., 1990).

Au Canada, où aucune étude de radiopistage n’a été faite, le peu qu’on sait sur les aspects biologiques des gîtes de la chauve-souris à queue frangée provient de découvertes opportunistes ou d’inférences après captures. Les deux colonies de maternité confirmées au Canada se trouvaient dans des greniers de bâtiments (Maslin, 1938; Sarell et Haney, 2000). Sarell et Haney (2000) ont capturé des femelles gravides et allaitantes dans le sud de la vallée de l’Okanagan et présumé que les colonies de maternité se trouvaient dans des falaises situées à proximité. Dans la région de Chilcotin-Cariboo, on a trouvé des gîtes nocturnes dans des bâtiments et dans des caves à légumes (A. Roberts, comm. pers.). Dans le sud de la vallée de l’Okanagan, un gîte de nuit bien connu se trouve dans la mine Suzie, qui n’est occupée par la chauve-souris à queue frangée que de 0 h à 3 h.

Selon une carte de la qualité de l’habitat dressée pour le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998), les aires de gîte de la région (figure 4) sont fortement disséminées. Vu la pauvreté des données sur la biologie de cette chauve-souris au Canada, la validité du modèle (Warman et al., 1998) est cependant douteuse; ce modèle inclut, par exemple, les arbres morts et les chicots parmi les composantes essentielles de l’habitat, alors qu’il n’a pas encore été démontré que l’espèce gîte dans les arbres au Canada. Le modèle omet aussi d’incorporer les gîtes nocturnes.

Figure 4. Carte de la qualité de l’habitat, où figurent les aires de gîte et d’alimentation de la chauve-souris à queue frangée (Myotis thysanodes) dans le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen en Colombie-Britannique. Tiré d’Habitat atlas for wildlife at risk: south Okanagan and lower Similkameen, Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998.

Carte de la qualité de l’habitat, où figurent les aires de gîte et d’alimentation de la chauve-souris à queue frangée (Myotis thysanodes) dans le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen en Colombie-Britannique.

Habitat d’alimentation

Les données sur l’aire d’alimentation sont surtout de nature anecdotique. En Colombie-Britannique, Collard et al. (1990) ont suivi 21 chauves-souris à queue frangée capturées dans la mine Suzie et marquées avec des microbalises lumineuses temporaires. Une fois relâchées, la plupart de ces chauves-souris ont cherché leur nourriture dans le milieu riverain, de 3 à 10 m au-dessus du sol. Firman et al. (1994) ont observé un individu portant une telle balise qui s’alimentait au-dessus du couvert forestier et au bord d’un lac. Roberts et Roberts (1992, 1993), Holroyd et al. (1994) ainsi que Sarell et Haney (2000) ont tous fait état de captures de chauves-souris à queue frangée dans des filets japonais ou des pièges-harpes installés dans des fourrés riverains ou au bord de masses d’eau. Ces captures pourraient témoigner d’une activité de recherche de nourriture ou de boisson.

D’après une carte de la qualité de l’habitat dressée pour le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998), l’aire d’alimentation dans cette région est vaste et répartie de façon uniforme (figure 4); seules les terres urbaines et agricoles situées du fond des vallées n’offrent pas d’aires d’alimentation convenables. Cependant, comme on ne sait que fort peu de choses sur la biologie de l’alimentation de la chauve-souris à queue frangée au Canada, on ne peut établir la fiabilité du modèle de la qualité de l’habitat utilisé.

Tendances

Les vallées des prairies de l’intérieur de la Colombie-Britannique ont été transformées par le pâturage, l’irrigation et la croissance urbaine. Seules le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen ont fait l’objet d’analyses détaillées des tendances de l’habitat. Si les communautés naturelles de la région ont commencé à accuser l’impact du pâturage dès la fin des années 1880, ce sont le développement de l’agriculture (tableau 1) associé à l’aménagement de vergers, de prés de fauche et de vignobles, amorcé au début du XXe siècle, de même que l’étalement urbain, plus récent, qui ont entraîné une diminution importante des prairies, des milieux humides et des milieux riverains (Cannings et al., 1987; Lea, données inédites; Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998). Selon Redpath (1990), plus de 90 p. 100 des terres de la région Okanagan Sud – Similkameen ont été altérés par rapport à leur état « normal ».

Tableau 1. Changements historiques dans la superficie (hectares) des habitats naturels et anthropiques du sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen, en Colombie-Britannique. D’après des données inédites de Ted Lea, ministère de la Protection de l’eau, de l’air et des terres de la Colombie-Britannique.
Type d’habitatXIXe siècle193919952001
Purshie tridentée
9607
7046
4279
4093
Armoise tridentée
7243
5567
4369
4369
Habitat riverainNote de tableau a
8679
4996
2957
2957
Zone urbaine
0
368
3567
3567
Zone cultivée
0
11482
18871
19057
Note de Tableau a

habitats à bouleau fontinal et à peuplier

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Vu la pauvreté de nos connaissances sur les besoins de l’espèce en matière de gîte au Canada, on ignore quels sont les impacts du développement agricole, de l’urbanisation ou de l’exploitation forestière sur les gîtes. Les secteurs riverains ou marécageux ont diminué dans certaines parties de l’aire de répartition canadienne de cette chauve-souris. Par exemple, selon l’Habitat atlas for wildlife at risk-south Okanagan and lower Similkameen (Ministry of Environment, Lands and Parks de la Colombie-Britannique, 1998), environ 85 p. 100 de l’habitat riverain de fond de vallée auraient disparu. Aucune donnée solide n’étaye cependant la notion de dépendance de la chauve-souris à queue frangée à l’égard des habitats riverains.

Protection et tenure

On ne possède d’évaluation quantitative de la tenure de l’habitat de la chauve-souris à queue frangée que pour le sud des vallées de l’Okanagan et de la Similkameen (Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998). Selon l’analyse de 1998, seulement 8 p. 100 de l’habitat potentiel de l’espèce se trouvaient sur des terres protégées (tableau 2); une importante portion était située soit sur des terres de réserves indiennes (notamment dans les réserves Inkaneep et Penticton), soit sur des terres privées. Les données du tableau 2 ont été établies avant la création des nouvelles aires protégées (parcs provinciaux South Okanagan Grasslands et White Lake Grasslands) dans le cadre de la stratégie provinciale sur les aires protégées (Provincial Protected Areas Strategy). Ces nouvelles aires protégées, qui abritent d’autres habitats de l’oreillard maculé, augmentent probablement d’environ 10 à 15 p. 100 la proportion des habitats situés sur des terres protégées.

Tableau 2. Tenure des terres abritant des habitats de la chauve-souris à queue frangée (Myotis thysanodes) dans le sud des vallées de la Similkameen et de l’Okanagan, en Colombie-Britannique.Tiré d’Habitat atlas for wildlife at risk: south Okanagan and lower Similkameen, Ministry of Environment, Lands and Parks, 1998.
TenureSuperficie (ha)% de l’habitat totalNote de tableau b
Terres protégées
12 716
8
Terres provinciales
70 204
43
Réserves indiennes
37 317
23
Terres privées
43 734
26
Note de tableau b

comprend les gîtes et les habitats d’alimentation

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