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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Jonc du New Jersey (Juncus caesariensis) au Canada

Résumé

Jonc du New Jersey
Juncus caesariensis

Information sur l’espèce

Le jonc du New Jersey est une plante herbacée vivace rhizomateuse mesurant de 40 à 70 cm de hauteur. Les feuilles sont allongées, minces et cylindriques et présentent des cloisons internes régulièrement espacées. Les fleurs sont petites, vertes et peu voyantes, réunies en glomérules eux-mêmes réunis en panicule ramifiée. Les capsules sont brun foncé, plus longues que les pièces florales les entourant. Les tiges et les feuilles sont rudes au toucher.

Répartition

Aux États-Unis, le Juncus caesariensis pousse sur la plaine côtière du New Jersey, du Maryland, de la Virginie et de la Caroline du Nord. Au Canada, il ne pousse que dans le sud-est de l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Habitat

Au Canada, le jonc du New Jersey se rencontre principalement au bord des tourbières ainsi que dans les petites baies ou anses situées à proximité de ces milieux. Aux États-Unis, l’espèce se rencontre dans divers milieux et notamment sur les berges de ruisseau dégagées à ombragées, sur les berges d’étang suintantes, dans les baissières, dans les savanes de pins et dans les marécages boisés à Chamaecyparis thyoides. La modification du régime hydrologique et la fermeture du couvert ont un impact négatif sur le jonc du New Jersey.

Biologie

Le jonc du New Jersey peut se reproduire par voie sexuée (graines) ou asexuée (rhizomes). Les semis sont rarement observés sur le terrain. L’espèce est réapparue dans certains milieux lorsque les plantes ligneuses qui les avaient envahis ont été enlevées. Il semble qu’en pareil cas le jonc du New Jersey peut persister à l’état végétatif, pendant une période dont la durée reste à déterminer.

Taille et tendances des populations

On ne dispose d’aucune information sur les tendances à long terme des populations de Juncus caesariensis de la Nouvelle-Écosse, puisqu’on connaissait très mal ces populations avant la fin des années 1980 et le début des années 1990.

Les populations canadiennes comptent chacune entre moins de dix et un millier d’individus matures.

Les relevés effectués au cours des dix à quinze dernières années ont permis de découvrir 26 sites de l’espèce dans le sud-est de l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. L’effectif total de ces populations se situe entre 5 000 et 10 000 touffes florifères. Dans un des sites ( 17), la population semble avoir disparu. Par contre, à l’intérieur de l’aire de répartition connue, il existe encore de nombreux terrains humides qui n’ont pas encore été examinés. Il est donc très probable que d’autres populations y seront un jour découvertes.

Les relevés effectués en 2002 n’ont permis de constater aucun signe de déclin des populations déjà signalées dans le rapport de situation précédent.

Comme le jonc du New Jersey compte un certain nombre de mentions historiques aux États-Unis, il semble que sa répartition a déjà été plus étendue qu’aujourd’hui.

Facteurs limitatifs et menaces

Le jonc du New Jersey est sensible aux facteurs modifiant le régime hydrologique de ses sites, comme l’inondation prolongée et le drainage. L’espèce serait donc menacée par l’aménagement de chemins ou par le drainage ou remblayage des terrains humides en vue de la construction de maisons ou de chalets. L’exploitation forestière risque aussi de modifier le régime de drainage à proximité des populations de Juncus caesariensis. Toutes ces menaces sont bien réelles dans le sud-est de l’île du Cap-Breton, car les propriétés situées au bord de la mer ou dans les environs sont très recherchées en Nouvelle-Écosse, et la construction de routes, de maisons et de chalets est en augmentation dans ces secteurs. Par ailleurs, l’exploitation forestière soulève toujours des préoccupations.

Depuis le début des années 1990, l’utilisation des véhicules tout-terrain (VTT) a augmenté dans certains des terrains humides où pousse le Juncus caesariensis en Nouvelle-Écosse. Cette activité ne semble pas avoir nui à l’espèce jusqu’à présent, mais elle mérite d’être surveillée. En effet, dans certains des sites, l’utilisation des VTT pourrait atteindre une intensité suffisante pour nuire à l’espèce, en détruisant les plantes elles-mêmes et les réservoirs de semence du sol.

Le jonc du New Jersey est aussi menacé par la succession naturelle, car il ne peut pas opposer une compétition efficace aux espèces ligneuses.

Importance de l’espèce

Le Juncus caesariensis appartient à la flore de la plaine côtière de l’Atlantique. Ses populations de la Nouvelle-Écosse constituent la limite nord de sa répartition et sont disjointes par rapport aux populations situées plus au sud, aux États-Unis. Il est donc possible qu’elles soient génétiquement distinctes de ces populations, ce qui a beaucoup d’importance pour la survie de l’espèce en cas de réchauffement climatique ou d’autres changements environnementaux. L’espèce est rare à l’échelle mondiale, et ses populations de la Nouvelle-Écosse constituent une proportion importante de son effectif total actuel.

Protection actuelle ou autres désignations

En 1992, le COSEPACa inscrit le Juncus caesariensis sur la liste des espèces préoccupantes à l’échelle du Canada. En Nouvelle-Écosse, le J. caesariensis figure sur la liste des espèces vulnérables établie en vertu de l’Endangered Species Act de cette province, et on lui a attribué la cote S1S2 (espèce menacée à très fortement menacée). À l’échelle mondiale, on a attribué à l’espèce la cote G2, qui signifie qu’elle est menacée. Une cote lui a également été attribuée pour les États suivants des États-Unis : Caroline du Nord (S1, très fortement menacée), Maryland (S1), New Jersey (S2, menacée) et Virginie (S2).

Le jonc du New Jersey figure sur la liste rouge de la Nouvelle-Écosse, à titre d’espèce dont on sait ou présume qu’elle est en péril, aux termes du système de cotation générale du Department of Natural Resources de cette province.

Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé  pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, à l’échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés ou autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes et incluant les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est formé de membres de chacun des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature) et de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésidents des sous-comités de spécialistes des espèces et du sous-comité de connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour examiner les rapports de situation sur les espèces candidates.

Définitions (depuis mai 2004)

Espèce
Toute espèce, sous‑espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement ou génétiquement distincte.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du pays (DP)Note de bas de page1
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)Note de bas de page2
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)Note de bas de page3
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)Note de bas de page4
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)Note de bas de page5
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

Service canadien de la faune

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

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Note de bas de page 2

Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

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Note de bas de page 3

Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

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Note de bas de page 4

Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

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Note de bas de page 5

Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

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