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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Jonc du New Jersey (Juncus caesariensis) au Canada

Habitat

Besoins de l’espèce

Au Canada, le jonc du New Jersey se rencontre sporadiquement au bord de tourbières minérotrophes (fens) et ombrotrophes (bogs), dans de petites baies ou anses situées en périphérie de ces milieux, ou encore dans de petites clairières tourbeuses au sein de forêts de conifères (Newell et Newell, 1992). La plupart de ces terrains humides présentent de façon marquée certaines caractéristiques des tourbières minérotrophes.

Figure 3. Répartition canadienne du Juncus caesariensis

Figure 3. Répartition canadienne du Juncus caesariensis.

Aux États-Unis, l’espèce a été signalée dans des terrains sourceux ou suintants, acides et riches en sphaignes, sans eaux stagnantes mais avec une source constante d’eau courante. Ces milieux comprennent des berges de ruisseau dégagées à ombragées, des berges d’étang suintantes, des baissières, des savanes de pins et des marécages boisés dominés par le Chamaecyparis thyoides (NatureServe, 2003).

La nature des milieux où le jonc du New Jersey a été observé dans toute son aire de répartition semble indiquer que la survie de l’espèce exige un régime hydrologique particulier, dont les caractéristiques restent à préciser.

Strong et Sheridan (1991) ont trouvé des populations saines de Juncus caesariensis dans l’emprise récemment déboisée de lignes de transport d’électricité, en Virginie. Il semble que le fauchage régulier de ce milieu soit bénéfique pour le J. caesariensis, en réduisant la végétation ligneuse de seconde venue et en gardant le milieu dégagé. Ware (comm. pers., 1991) a observé une réduction du nombre des individus dans un site de l’espèce, en Virginie, et attribuait ce déclin à l’envahissement par un arbuste, le clèthre à feuilles d’aulne (Clethra alnifolia).

En Nouvelle-Écosse, le Juncus caesariensis est fréquemment associé aux pistes produites par le passage des animaux ou par la circulation légère de véhicules tout-terrain (VTT) au bord des tourbières (Newell et Newell, 1992). L’espèce semble donc avoir besoin d’une perturbation modérée mais assez intense pour garder le milieu dégagé et réduire la compétition d’autres espèces. L’inondation saisonnière de l’habitat contribue sans doute aussi à prévenir l’établissement de nombreuses espèces, notamment arbustives.

Newell et Newell (1992) mentionnent que les espèces suivantes sont communément associées aux populations canadiennes de jonc du New Jersey : Picea mariana (épinette noire), Calamagrostis pickeringii (calamagrostide de Pickering), Muhlenbergia uniflora (muhlenbergie uniflore), Carex exilis (carex maigre), Carex michauxiana (carex de Michaux), Smilacina trifolia (smilacine trifoliée), Myrica gale (myrique baumier), Alnus rugosa (aulne rugueux), Sarracenia purpurea (sarracénie pourpre), Aronia sp. (aronie), Rosa nitida (rosier brillant), Ledum groenlandicum (thé du Labrador), Kalmia angustifolia (kalmia à feuilles étroites), K. polifolia (kalmia à feuilles d'andromède), Chamaedaphne calyculata (cassandre caliculé), Solidago uliginosa (verge d’or des marais) et Aster nemoralis (aster des tourbières).

Deux autres espèces de Juncus, le J. canadensis (jonc du Canada) et le J. brevicaudatus (jonc brévicaudé), peuvent pousser avec le J. caesariensis. À l’occasion, on rencontre également dans le même milieu le J. stygius ssp. americanus (jonc d’Amérique), auquel le Centre de données sur la conservation du Canada atlantique (ACCDC) a attribué la cote S1.

D’autres plantes rares se rencontrent à proximité des populations de Juncus caesariensis, dont le Selaginella selaginoides (sélaginelle fausse-sélagine), le Carex tenuiflora (carex ténuiflore) et une mousse, le Scorpidum scorpioides. L’ACCDC a attribué la cote S2 au Selaginella selaginoides et la cote S1 au Carex tenuiflora.

En juillet 1991, le pH de l’eau et l’épaisseur de la tourbe ont été mesurés dans cinq tourbières des environs de Point Michaud (Newell et Newell, 1992). Le pH se situait entre 4,07 et 5,52, tandis que l’épaisseur de la tourbe était de 40 cm à plus de 2 m.

Tendances

Il n’existe aucune information historique antérieure à 1992 qui permettrait d’établir les tendances à long terme de l’habitat au Canada.

Grâce aux travaux de terrain de 2002, on peut établir que certains changements sont survenus au cours des dix dernières années dans la qualité de l’habitat du jonc du New Jersey à l’île du Cap-Breton. Il y a eu augmentation de l’utilisation des VTT dans certains des terrains humides où pousse l’espèce. Dans le cas du site 3, un chemin a été aménagé à travers la tourbière pour permettre la coupe à blanc de la forêt située de l’autre côté. La coupe a été pratiquée jusqu’au bord de la tourbière.

Comme les terrains humides abondent dans le sud-est de l’île du Cap-Breton, il est fort possible que des travaux de terrain supplémentaires permettraient de trouver d’autres populations à l’intérieur de l’aire de répartition connue de l’espèce.

Protection et propriété des terrains

Parmi les 25 sites connus de l’espèce, huit sont situés sur des terres de la Couronne, tandis que les 17 autres se trouvent sur des terrains privés (tableau 1). Aucun des sites n’est situé dans une zone protégée.

Le jonc du New Jersey figure sur la liste des espèces vulnérables établie en vertu de la loi sur les espèces en péril (Endangered Species Act) de la Nouvelle-Écosse. Les espèces ainsi désignées sont reconnues comme étant en péril (species at risk) et doivent faire l’objet d’un plan d’aménagement dans les trois années suivant leur désignation. Cependant, la destruction de ces plantes ou de leur habitat n’est pas interdite par la loi.

En vertu de la directive sur les terrains humides (Wetlands Directive) du Department of Environment and Labour’s Wetlands de la Nouvelle-Écosse, il faut un permis pour toute modification qui peut avoir un impact sur un terrain humide. Si le terrain humide mesure plus de deux hectares, une évaluation environnementale doit être faite avant que le permis soit délivré. La présence d’espèces menacées et celle d’habitats fauniques sont deux des critères les plus importants qui peuvent justifier le refus d’un permis. Cependant, pour diverses raisons, il arrive que des permis soient délivrés, par inadvertance, à l’égard de terrains humides qui abritent des espèces en péril. Dans d’autres cas, les travaux sont entrepris sans qu’un permis ait même été demandé.