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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Jonc du New Jersey (Juncus caesariensis) au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Plusieurs auteurs considèrent que le Juncus caesariensis est particulièrement sensible aux facteurs modifiant le régime hydrologique de son habitat (Schuyler, 1990; Kral, 1983; Ware et Wieboldt, 1981), comme l’inondation prolongée ou le drainage du terrain. Dans le cas des sites canadiens, les activités humaines qui pourraient ainsi modifier le régime de drainage ou favoriser une inondation excessive sont l’exploitation forestière ainsi que la construction de maisons, de chalets, de centres de villégiature ou de routes. Or, bon nombre des populations de J. caesariensis de la Nouvelle-Écosse se trouvent près de la mer, et les propriétés côtières sont justement très recherchées dans cette province pour la construction de maisons et de chalets.

Les méthodes de coupe à blanc qui ne prévoient pas l’établissement de zones tampons entre les terrains humides et les parterres de coupe peuvent également nuire au jonc du New Jersey en modifiant le régime local de drainage.

En 2002, au site 3, on a constaté qu’il avait eu des travaux récents visant à aménager un chemin à travers la tourbière. Une surveillance continue de ce site est donc souhaitable, car il permettrait de déterminer si les travaux auront un effet néfaste sur la population de jonc du New Jersey. Le bureau local du Department of Environment and Labour de la Nouvelle-Écosse devrait être prévenu de la présence du jonc du New Jersey dans le territoire dont il est responsable, afin qu’il puisse en tenir compte avant de délivrer un permis pour la modification d’un terrain humide.

La succession naturelle pourrait entraîner la disparition temporaire ou peut-être permanente de populations de Juncus caesariensis. Aux États-Unis, dans plusieurs cas, le déboisement résultant de l’exploitation forestière ou de l’aménagement de lignes de transport d’électricité a permis à l’espèce de réapparaître à ces endroits (Schuyler, 1990; Strong et Sheridan, 1991). On estime donc que la plante est capable de persister à l’état végétatif en présence d’un couvert dense, puis de recommencer à produire des graines lorsque ce couvert est enlevé. Cependant, on ne sait pas combien de temps la plante peut ainsi survivre à l’état végétatif.

Newell et Newell (1992) estimaient que les véhicules tout-terrain (VTT) ne semblaient pas nuire aux sites de la Nouvelle-Écosse, à l’intensité où ils étaient alors utilisés dans ces terrains humides, mais qu’une utilisation plus intensive risquerait d’endommager ou détruire certains des individus ou certaines des populations de l’espèce. Les observations faites en 2002 ont permis de constater que l’utilisation des VTT avait augmenté dans plusieurs des sites mais ne nuisait pas encore à l’espèce. En fait, dans les sites ainsi perturbés, les sujets étaient souvent plus vigoureux (plus de tiges par touffe) que dans les sites non perturbés. Il se peut donc que l’impact des VTT dépende de la fréquence de leur utilisation et du moment de l’année où il a lieu. Ainsi, une augmentation appréciable de cette activité et l’utilisation des VTT à une autre période de l’année risqueraient de nuire aux populations de jonc du New Jersey.