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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine grise (population du Pacifique nord-est) au Canada - Mise à jour

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COSEPAC
Résumé

Baleine grise
Eschrichtius robustus
Population du Pacifique Nord-Est

Information sur l’espèce

La baleine grise (Eschrichtius robustus) est un cétacé à fanons de taille moyenne à grosse (11 à 15 m) et au corps gris foncé. Elle n’a pas de nageoire dorsale. Les fanons, de couleur crème à jaune pâle, sont courts. De deux à quatre sillons gulaires lui permettent de dilater sa gorge au moment de la déglutition. La peau, mouchetée, est souvent couverte de plaques d’anatifes et de crustacés.


Répartition

La population de baleine grise de l’Atlantique Nord a disparu de cette région au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, l’espèce forme deux populations dans le Pacifique Nord. La population du Pacifique Nord-Ouest migre entre les aires de reproduction hivernales du sud de la Chine et les aires d’alimentation estivales de la mer d’Okhotsk. La population du Pacifique Nord-Est passe l’hiver le long de la côte ouest de la Basse-Californie, au Mexique. La plupart des baleines grises du Pacifique Est passent l’été à se nourrir dans les eaux arctiques des mers de Béring, des Tchouktches et de Beaufort, mais un petit nombre, appelé le groupe résident estival, se nourrit dans les eaux tempérées, du nord de la Californie jusqu’au sud-est de l’Alaska. Au Canada, les aires d’alimentation sont situées dans le sud de la mer de Beaufort, ainsi que dans les eaux côtières de la Colombie-Britannique.


Habitat

La baleine grise fréquente habituellement des eaux peu profondes (< 60 m), près du rivage. Les lagunes de reproduction sont des baies protégées peu profondes aux eaux relativement chaudes et de salinité élevée. Dans les aires d’alimentation de l’Arctique, la baleine grise se nourrit presque exclusivement sur des fonds de vase ou de sable, évitant les endroits où la glace est épaisse, tandis que, dans les aires d’alimentation en eaux tempérées, elle se nourrit aussi sur des fonds rocheux et dans les herbiers de laminaires. Les individus résidents se tiennent le plus souvent le long du rivage extérieur, mais ils pénètrent à l’occasion dans des baies protégées et des voies navigables intérieures.


Biologie

La baleine grise atteint la maturité sexuelle à environ huit ans. Elle peut vivre jusqu’à 70 ans. La femelle donne naissance à un seul baleineau à la fin de l’hiver, au Mexique. Le baleineau accompagne sa mère lorsqu’elle migre vers le nord; elle le sèvre à la fin de l’été dans les aires d’alimentation. Étant donné que la période de gestation dure de 13 à 14 mois, les femelles ne donnent généralement naissance à un petit qu’à tous les deux ans. Le taux de mortalité des baleineaux et des jeunes d’un an est relativement élevé, mais diminue à mesure que les animaux approchent de la maturité sexuelle.

Dans les aires d’alimentation de l’Arctique, la baleine grise se nourrit surtout de crustacés amphipodes qu’elle filtre à l’aide de ses fanons après avoir raclé les sédiments du fond par grosses goulées. Durant la migration vers le nord et dans les aires d’alimentation en eaux tempérées, son régime alimentaire semble plus varié : oeufs et larves de hareng, mysis, callianasse de Californie, larves de crabe et amphipodes. La baleine grise est infestée par des ectoparasites et des endoparasites. Elle est attaquée à l’occasion par des épaulards durant les migrations et dans les aires d’alimentation.


Taille et tendances des populations

Au cours du dernier siècle, la chasse commerciale à la baleine grise a réduit la taille de la population du Pacifique Nord-Est à environ 4 000 individus. L’espèce étant protégée à l’échelle mondiale depuis 1937, l’effectif de la population a augmenté régulièrement à un taux annuel d’environ 2,5 p. 100, pour compter environ 26 000 individus en 1998. Il se peut que ce niveau soit proche de l’abondance historique. L’effectif a diminué par la suite; il se situait à environ 18 000 en 2002. Par ailleurs, la meilleure estimation situe à quelques centaines le nombre de baleines grises qui passent l’été au large de la Colombie-Britannique. La population du Pacifique Nord-Ouest, qui passe l’été à s’alimenter dans la mer d’Okhotsk, ne s’est pas encore rétablie des effets de la chasse commerciale. Cette population, dont l’effectif était estimé à 100 individus en 2002, est considérée comme en voie de disparition.


Facteurs limitatifs et menaces

Aucun programme coordonné visant à établir la cause de la mort des baleines échouées n’est actuellement en place sur la côte ouest du Canada, ce qui explique pourquoi l’information sur la cause de la mort de baleines grises au large de la Colombie-Britannique est limitée. Le développement industriel de zones marines peu profondes (p. ex. l’exploration pétrolière et l’exploitation minière en haute mer) et la pollution par le bruit (p. ex. la prospection sismique) peuvent entraîner la détérioration ou la perte d’habitat. La présence de glaces dans les aires d’alimentation de l’Arctique limite la période d’alimentation, ce qui a une incidence sur la mortalité et la natalité. La baleine grise est aussi victime des engins de pêche dans lesquels elle reste prise ou se blesse, et des collisions avec des navires. Dans l’ensemble, la population du Pacifique Nord-Est semble pouvoir soutenir la chasse de subsistance, gérée par la Commission baleinière internationale, dont elle est l’objet.


Importance de l’espèce

La baleine grise est peut-être une espèce clé dans les écosystèmes marins arctiques du fait qu’elle ramène dans la colonne d’eau les substances nutritives emprisonnées dans les sédiments. Elle est importante au plan culturel et, par le passé, au plan économique pour la subsistance des peuples autochtones de l’Arctique et de la côte ouest de l’Amérique du Nord, y compris les Premières nations du Canada. La baleine grise étant le pilier de l’industrie florissante de l’observation des baleines en Colombie-Britannique, elle est d’une grande valeur économique pour les collectivités côtières.


Protection existante ou autres désignations

La baleine grise est protégée à l’échelle mondiale contre la chasse commerciale. La CITES interdit le commerce des produits de la baleine grise. Le Mexique a limité les activités commerciales dans certaines des aires de reproduction de la population du Pacifique Nord-Est. La baleine grise est protégée aux États-Unis en vertu de la Marine Mammal Protection Act et, au Canada, en vertu de la Loi sur les pêches et du Règlement sur les mammifères marins, selon lesquels il est interdit de chasser ou de perturber les cétacés, sauf à des fins de subsistance.