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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine grise (population du Pacifique nord-est) au Canada - Mise à jour

Habitat

Besoins de l’espèce

Mammifère migrateur, la baleine grise requiert différents habitats pour s’alimenter et se reproduire. Son habitat hivernal consiste principalement en lagunes subtropicales bordant la côte ouest de la Basse-Californie, au Mexique. Ces lagunes d’accouplement et de mise bas sont typiquement peu profondes (généralement moins de 4 m de profondeur); le fond, de sable ou de vase, est couvert ici et là d’herbiers de zostère et le rivage est bordé de mangroves (Rice et al., 1981). La température de l’eau en hiver dans ces lagunes, hypersalines à cause de l’évaporation, se situe entre 15 et 20 °C (Gardner et Chávez-Rosales, 2000). La superficie totale des quatre lagunes se chiffre à 2 241 km2 (lagunes Ojo de Liebre et Guerrero Negro, 366 km2; baie Bahía Magdalena, 1 700 km2; lagune San Ignacio, 175 km2).

Dans les aires d’alimentation de l’Arctique, la baleine grise se nourrit presque exclusivement sur le fond, ne fréquentant que les endroits peu profonds (généralement moins de 60 m de profondeur) où le fond est mou (Moore et Ljungblad, 1984; Moore et DeMaster, 1997; Moore et al., 2000). Dans la mer de Béring, elle se tient à une distance de 0,5 à 166 km du rivage et tend à éviter les endroits où la glace est épaisse (Clarke et al., 1989). On a aussi déjà vu des individus qui avaient pénétré dans des lagunes côtières peu profondes pour s’alimenter (Gill et Hall, 1983).

Aux endroits où elles se nourrissent d’amphipodes (principalement des genres Ampelisca et Atylus) et de callianasse de Californie (Calianassa californiensis), les baleines grises qui passent l’été au large de la Colombie-Britannique privilégient aussi les eaux littorales peu profondes où le fond est vaseux ou sablonneux. Elles chassent habituellement la callianasse de Californie dans les bras de mer et les baies protégées, au fond vaseux, de moins de 3 m de profondeur, et les amphipodes, dans les baies au fond sablonneux de la côte océanique exposée, à des profondeurs de moins de 35 m (Oliver et al., 1984; Weitkamp et al., 1992; Darling et al., 1998; Dunham et Duffus, 2001, 2002). On les a souvent observées aussi à des endroits de moins de 30 m de profondeur où le fond se composait de roches et de blocs, ainsi que dans des herbiers de laminaires, où elles se nourrissent principalement de mysis ou de larves de crabe (Wellington et Anderson, 1978; Nerini, 1984; Deecke, 1996; Darling et al., 1998; Dunham et Duffus, 2001, 2002). Les herbiers de laminaires sont le principal habitat où elles s’alimentent d’œufs et de larves de hareng (Ford et al., 1994; Darling et al., 1998). Il semble donc que les baleines grises résidentes qui se nourrissent en été dans les eaux tempérées utilisent probablement presque tous les habitats littoraux de la côte océanique de la Colombie-Britannique (Darling et al., 1998), ainsi que quelques baies protégées dans les détroits.

Tendances

Espèce essentiellement côtière, la baleine grise est menacée dans une certaine mesure par notre utilisation accrue des écosystèmes marins côtiers (Reeves et Mitchell, 1988). La détérioration de son habitat est préoccupante (voir la section « Facteurs limitatifs et menaces »), et l’exploration pétrolière constitue à l’heure actuelle la principale menace à son habitat le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord.

Protection et propriété des eaux

Étant donné que la baleine grise ne fréquente que les eaux littorales peu profondes, presque tout son habitat le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord se trouve à l’intérieur de la zone économique exclusive (200 milles) du Mexique, des États-Unis et du Canada.

Au Mexique, trois des quatre principales lagunes de reproduction de la baleine grise sont protégées. Les lagunes Guerrero Negro et Ojo de Liebre font partie de la réserve de la biosphère El Vizcaino. L’observation des baleines dans la réserve, limitée à l’entrée des lagunes, est réglementée par permis (Reeves et Mitchell, 1988). En 1979, le gouvernement mexicain a déclaré la lagune San Ignacio un sanctuaire de la baleine grise et y a limité la circulation maritime commerciale à la partie inférieure entre décembre et mars (ce qui permet de protéger les principales aires de mise bas et d’allaitement des baleineaux) (Reeves et Mitchell, 1988). Aucune mesure de protection de la baie Bahía Magdalena n’a été mise en place.

Aux États-Unis, l’habitat de la baleine grise est protégé dans le cadre du programme des zones de protection marines. Certaines parties du corridor de migration, ainsi que certaines parties des aires d’alimentation en eaux arctiques et tempérées, sont situées à l’intérieur de sanctuaires marins (Channel Islands, Monterey Bay, Gulf of the Farallones, Olympic Coast), des portions marines de parcs nationaux (Channel Islands, Redwood, Olympic, Bering Land Bridge) et d’un certain nombre de refuges fauniques nationaux. Certaines activités à l’intérieur de ces réserves sont interdites ou limitées (US Dept. of Commerce, 2000).

La gestion de la zone économique exclusive du Canada relève de la compétence du gouvernement fédéral. Il existe actuellement peu de zones de protection marines au pays. Dans la Réserve de parc national Pacific Rim, le niveau de protection a récemment été étendu de sorte à englober les eaux adjacentes jusqu’à l’isobathe de 20 m, ce qui permettra de limiter certaines activités commerciales dans une partie du corridor de migration et des aires d’alimentation du groupe résident estival. On prévoit établir une aire marine protégée semblable dans la Réserve de parc national Moresby-Sud/Gwaii Haanas. Ces deux réserves de parcs nationaux et dans une moindre mesure le parc national Tuktut Nogait, ainsi que plusieurs parcs provinciaux, permettent d’assurer la protection des terres adjacentes à l’habitat de la baleine grise et de limiter l’aménagement du littoral. En 1998, la zone de récifs rocheux connue sous le nom de Race Rocks, utilisée à l’occasion par la baleine grise (Malcolm, 1999), est devenue la première zone pilote de protection marine du Canada.