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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine grise (population du Pacifique nord-est) au Canada - Mise à jour

Taille et tendances des populations

Selon des modèles des prises historiques et de l’habitat disponible, la population de baleine grise du Pacifique Nord-Est comptait entre 23 000 et 35 000 individus avant la chasse commerciale, qui a commencé en 1846 (Reilly, 1992; Punt et Butterworth, 2002; Wade, 2002). De 1854 à 1901, cette baleine était chassée, pendant sa migration, à partir de stations terrestres établies entre la Basse-Californie et la Colombie-Britannique (Sayers, 1984). Elle a aussi été chassée dans les lagunes de reproduction à partir de baleiniers entre 1846 et 1874, année où les chasseurs ont abandonné cette activité, considérant qu’elle n’était plus rentable à cause de la rareté des baleines (Henderson, 1984). Entre 1914 et 1946, les navires de chasse pélagique ont déclaré des prises de 940 baleines grises (Reeves, 1984). Des éléments probants indiquent que toutes les prises japonaises et soviétiques n’étaient pas signalées et que la chasse a continué après 1937, année où l’espèce a été déclarée protégée à l’échelle mondiale (Baker et al., 2002). Rice et al. (1984) sont d’avis que la taille de la population du Pacifique Nord-Est a atteint un creux à la fin du XIXe siècle, soit environ 4 000 individus.

La population de baleine grise du Pacifique Nord-Ouest ne s’est pas encore rétablie des effets de la chasse commerciale. Cette population, qui compte une centaine d’individus (Weller et al., 1999; Weller et al., 2002a), est considérée comme l’une des populations de cétacés à fanons les plus en danger de disparition (Clapham et al., 1999).

Selon les normes des données sur les populations de cétacés, les estimations récentes de la taille de la population du Pacifique Nord-Est sont précises. Étant donné que les baleines grises se tiennent près du rivage lorsqu’elles migrent, toute la population peut être dénombrée à des points stratégiques le long du corridor de migration (voir par exemple Reilly et al., 1983; Rugh, 1984; Buckland et Breiwick, 2002), de sorte que les écarts-types des estimations de la taille de la population sont généralement petits (de 4 à 8 p. 100; Buckland et al., 1993). Les dénombrements des baleines migrant vers le sud, effectués environ tous les deux ans depuis 1967 à partir du littoral de la Californie, ont permis d’établir que la population est à la hausse. L’effectif est passé de 12 921 individus en 1967 à 20 869 en 1988 puis à 26 635 en 1998 (Buckland et al., 1993; Gerber et al., 1999; Buckland et Breiwick, 2002), soit un taux d’accroissement moyen d’environ 2,5 p. 100 (Buckland et Breiwick, 2002).

Durant l’hiver 1998 à 1999, un changement radical s’est produit dans les régimes de mortalité et de recrutement de la population du Pacifique Nord-Est. Le taux de mortalité dans les aires de reproduction et pendant la migration vers le nord en 1999 a triplé ou quadruplé (Le Boeuf et al., 2000). Le taux de natalité (qui se situe habituellement entre 4,6 et 5,2 p. 100; voir la section « Reproduction ») a simultanément chuté à 1,7 p. 100 (Perryman et al., 2002). Le taux de mortalité était élevé aussi en 2000, mais il est revenu à un niveau normal en 2001 (Le Boeuf et al., 2000; Moore et al., 2001; Commission baleinière internationale, 2003b). Le taux de natalité est resté faible en 2000 et 2001 (1,1 p. 100 et 1,4 p. 100 respectivement; Perryman et al., 2002; Commission baleinière internationale, 2003b), mais il a augmenté par la suite, se situant à environ 4,8 p. 100 en 2002 et 4,4 p. 100 en 2003 (Perryman, comm. pers.). En se fondant sur la distribution des glaces dans l’Arctique pendant l’été 2003, Perryman (comm. pers.) a calculé que le taux de natalité en 2004 reviendra au niveau normal d’avant 1999.

La taille estimative de la population du Pacifique Nord-Est se situait à 18 761 en 2001 et 17 414 en 2002 (Commission baleinière internationale, 2003b), ce qui indique qu’elle a diminué à un taux annuel d’environ 10 p. 100 depuis 1998. On ne sait pas si ces estimations reflètent une baisse réelle de l’effectif ou résultent du fait que, ces deux années, de nombreuses baleines n’ont pas complété leur migration vers le sud jusqu’aux lagunes de reproduction. Quoi qu’il en soit, il faut continuer à surveiller cette population de près afin de réévaluer les tendances. Par contre, aucun recensement n’a été effectué lors de la migration vers le sud en 2002-2003, et aucun n’est prévu en 2003-2004 (Rugh, comm. pers.)

Une analyse préliminaire laisse supposer que les baleines grises qui passent l’été dans les eaux de la Colombie-Britannique ne sont pas génétiquement distinctes des baleines grises du Pacifique Est qui passent l’été dans les aires d’alimentation de l’Arctique (Steeves et al., 2001). Elles s’accouplent probablement dans les mêmes lagunes (Deecke, 2003). Le groupe résident estival ne constitue donc pas une population distincte. Toutefois, les facteurs qui lui nuisent ou qui portent atteinte à son habitat pourraient l’amener à disparaître de cet endroit à cause de son niveau élevé de fidélité envers ces eaux et de la possibilité d’un recrutement localisé (Calambokidis et al., 2002). Pour cette raison et vu l’importance culturelle et économique de ce groupe en Colombie-Britannique ( voir la section « Importance de l’espèce »), il se peut qu’il doive être géré comme une unité distincte. Darling (1984) a estimé que de 35 à 50 individus se nourrissent le long de la côte ouest de l’île de Vancouver en été, tandis que Deecke (1996) a établi que, à tout moment durant l’été, de 12 à 20 individus s’alimentent le long d’une portion de 57 km de littoral près du cap Caution. De 1996 à 1998, Calambokidis et al. (2002) ont identifié un total de 155 individus résidents le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, dont au moins 80 ont été vus dans les eaux de la Colombie-Britannique (Deecke, 2003). Les estimations des effectifs (méthode de marquage-recapture) reposant sur les observations de 1997 et 1998 indiquent que le groupe estival qui reste dans les eaux s’étendant du nord de la Californie jusqu’au sud-est de l’Alaska se compose de 179 individus (I. C. à 95 p. 100 : de 171 à 187) (Calambokidis et al., 2002).