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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la baleine à bec de Sowerby (Mesoplodon bidens) au Canada – Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Comme pour la majorité des cétacés, on pense que la baleine à bec de Sowerby a un faible taux de reproduction (Mead, 1984), ce qui limite la capacité d’une population à s’adapter ou à se rétablir à la suite d’une perturbation.

Les données portent de plus en plus à croire que les sonars militaires sont responsables des échouages massifs de baleines à bec (Balcomb et Claridge, 2001; Frantzis, 1998; Jepson et al., 2003; Fernández et al., 2005; Cox et al., 2006). Bien que les sonars n’aient pas été directement associés à la mort de baleines à bec de Sowerby, la susceptibilité des baleines à bec en général suggère que toutes les espèces de la famille des Ziphiidés peuvent être affectées par une exposition à des sonars de fréquence moyenne et de forte puissance. Lorsque des échouages massifs de baleines à bec se produisent en association avec le déploiement de sonars militaires, il semble que la majorité, voire la totalité, des espèces de Ziphiidés de la région sont touchées (consulter Brownell et al., 2005). En d’autres termes, il n’y a aucune raison de croire que les effets soient propres à une espèce ou à un groupe d’espèces de la famille des Ziphiidés et, par conséquent, il est raisonnable (et prudent) de présumer que les sonars de fréquence moyenne comme ceux déployés par de nombreux navires militaires modernes peuvent causer la mort chez toutes les espèces du genre Mesoplodon, dont la baleine à bec de Sowerby. Plusieurs zones d’exercice militaire sont désignées sur le plateau néo-écossais, directement au large du Quartier général des Forces maritimes de l’Atlantique, près de Halifax (MPO, 2006b).

Les baleines à bec de Sowerby sont peut-être également vulnérables à d’autres sources de pollution acoustique. Les levés sismiques influent sur le comportement et sur la répartition d’autres cétacés (p. ex. Miller et al., 2006). Bien qu’aucune étude n’ait été directement menée sur les effets des levés sismiques sur l’une ou l’autre des baleines à bec, des échouages de baleines à bec de Cuvier (Ziphius cavirostris) dans le golfe de Californie ont été associés à des levés sismiques (Hildebrand, 2005; Cox et al., 2006).

Les levés sismiques sont courants dans les eaux au large du Canada atlantique, région visée par de nombreux permis de prospection pétrolière et gazière (consulter CNSOPB, 2006; MPO, 2006a pour le plateau néo-écossais; CNLOPB, 2006a, 2006b, 2006c pour Terre-Neuve-et-Labrador). Au cours de la dernière décennie, les levés sismiques se sont multipliés dans les eaux profondes le long de la bordure et du talus du plateau continental, eaux qui abritent l’habitat des baleines à bec de Sowerby et d’autres baleines à bec.

Bien que non concluantes, ces observations donnent à penser que les baleines à bec de Sowerby sont vulnérables aux sons sous-marins intenses. Comme cela est le cas pour d’autres baleines à bec, l’exposition à des bruits forts pourrait, dans certaines circonstances, causer de graves blessures ou la mort. La baleine à bec de Cuvier est l’espèce de baleine à bec qui fait le plus souvent l’objet d’échouages massifs, ce qui pourrait être dû au fait que les carcasses de cette espèce flotte, alors que celles d’au moins une espèce du genre Mesoplodon (M. densirostris) ont plutôt tendance à couler (IWC, sous presse).

Des baleines à bec, mais pas spécifiquement des baleines à bec de Sowerby (les identifications ont souvent été faites au niveau de la famille ou du genre), ont été capturées accidentellement aux États-Unis (prises accessoires) dans des filets maillants dérivants utilisés pour pêcher l’espadon, le thon et le requin avant la fermeture de ces pêches en 1999 (Blaylock et al., 1995; G. Waring, comm. pers., 2004). Depuis ces fermetures, on n’a rapporté aucune baleine à bec prise accidentellement au large de la côte est américaine (G. Waring, comm. pers., 2004). En 1984, une seule baleine à bec de Sowerby a été découverte emmêlée dans un engin de pêche à Manuels Cove, à Terre-Neuve. On a réussi à libérer la baleine vivante, mais l’animal a été retrouvé échoué deux jours plus tard dans le même secteur (Dix et al., 1986). On ne comprend pas bien le rôle qu’a joué l’enchevêtrement dans la mort de l’animal, les baleines à bec de Sowerby n’étant que rarement observées dans les eaux côtières. Bien qu’on n’ait signalé aucune baleine à bec de Sowerby prise dans les palangres utilisées aux États-Unis pour pêcher l’espadon, le thon et le requin, on a souvent observé des individus d’une autre espèce de baleine à bec, la baleine à bec commune (Hyperoodon ampullatus), enchevêtrés dans des engins similaires dans les eaux canadiennes de l’Atlantique (p. ex. Gowans et al., 2000). Les baleines à bec de Sowerby pourraient donc également à l’occasion se prendre dans les palangres.

La baleine à bec de Sowerby échouée sur l’île de Sable en 1997 (tableau 1) avait plusieurs longues entailles fraîches sur ses flancs et huit côtes cassées en dessous de ces entailles. Ce type de blessure survient généralement lors d’une collision, ce qui donne à penser que, comme les autres cétacés, les baleines à bec de Sowerby sont parfois heurtées par des bateaux (Lucas et Hooker, 2000).

De nombreux polluants chimiques se bioaccumulent dans la graisse et d’autres tissus des cétacés. Une baleine à bec de Sowerby mâle mature, échouée dans l’est de l’Angleterre, contenait des concentrations plus élevées de chrome, de nickel, de cuivre, de zinc, d’arsenic, de sélénium, de cadmium et de mercure que de nombreux autres cétacés échoués au Royaume-Uni, quoique la majorité de ces concentrations se situaient à l’intérieur des normes préalablement établies pour les mammifères marins (Law et al., 2001). Les concentrations de mercure étaient particulièrement élevées chez cet individu (Law et al., 2001).