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Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur le Râle jaune au Canada

Facteurs limitatifs

Perte d’habitat

On trouvera une analyse détaillée de la perte de l’habitat dans la section « Tendance de la qualité et de la quantité de l’habitat essentiel » plus haut. Ne figurent ici que les points saillants.

La disparition des milieux humides est indéniablement la plus lourde menace à peser sur le Râle jaune (Eddleman et al., 1988; Bookhout, 1995), au Canada comme aux États-Unis. Il ne fait aucun doute que la population a souffert de la perte et de la dégradation de son habitat (Robert, 1997). On a signalé la disparition d’habitats utilisés pendant la saison de reproduction en Oregon, dans le nord-ouest et le sud de l’Ontario, de même que dans le sud du Québec. Si nous n’avons pu trouver d’attestation semblable pour les prairies, les changements apportés au paysage y sont par contre très bien documentés. Ainsi, l’habitat en grande partie vierge qu’on trouvait au début du siècle dans la prairie-parc est devenu aujourd’hui la plus grande étendue de terres agricoles du Canada (Turner et al., 1987); en 1986, environ 40 p.100 des milieux humides originaux des Prairies canadiennes avaient disparus (Canada/United States Steering Committee, 1986). Il n’est donc guère douteux que d’immenses superficies d’habitat du Râle jaune ont disparu de la région. Ce n’est que parce que l’espèce a peu été étudiée dans la région que nous manquons de documentation sur le sujet.

L’habitat disparaît même dans le dernier bastion encore intact de l’espèce, la région de la baie d’Hudson et de la baie James. On ignore toutefois au juste dans quelle mesure cela constitue actuellement un problème pour le Râle jaune, et l’évolution de l’énorme population d’Oies des neige est incertaine.

La disparition de l’habitat soulève également des craintes pour la petite population nicheuse des États-Unis. La situation est aussi préoccupante ailleurs aux États-Unis, étant donné que toute la population mondiale migre par ce pays. Le plus important facteur limitatif pour le Râle jaune, indépendamment de l’endroit où il niche, est cependant la perte d’habitats dans l’aire d’hivernage, qui a été si marquée que celle-ci pourrait être fragmentée (T. Bookout, comm. pers.). Dans l’aire d’hivernage au Texas et ailleurs aux États-Unis, l’espèce semble en grande partie confinée à une étroite bande de la côte, et les marais côtiers des États du golfe sont eux aussi menacés. La superficie de l’aire d’hivernage connue ne dépasse pas 7 p.100 de celle de l’aire de reproduction (277 800 km2 par rapport à 3 787 000 km2).


Autres facteurs limitatifs

La récolte du riz sauvage et cultivé entraîne la destruction des nids et est une source de perturbation majeure pour les râles (Fannucchi et al., 1986; Eddleman et al., 1988; del Hoyo et al., 1996). En effet, de nombreux Râles jaunes sont apparemment attirés par les rizières de la Louisiane (à l’automne et probablement aussi en hiver), où ils risquent beaucoup d’être tués pendant la récolte. En fait, la majorité des spécimens que possède le musée des sciences naturelles de la Louisiana State University ont été trouvés morts ou mutilés par les faucheuses près de Baton Rouge (Cardiff et Smalley, 1989). Lowery (1974) a fait le même genre d’observations. Par ailleurs, une forte proportion des prés humides est fauchée chaque année à l’île aux Grues (Québec) entre la fin juin et septembre, et les agriculteurs y ont accidentellement tué quelques oiseaux (Robert et Laporte, 1996). D’autres râles ont eu les pattes coupées pendant la récolte en Abitibi (Cyr et Larivée, 1995).

Parmi les autres facteurs limitatifs de moindre importance figurent la contamination par le plomb, la chasse, les perturbations occasionnées par les ornithologues amateurs, et les collisions pendant la migration. La grenaille de plomb est une importante source de contamination et pourrait affecter les râles (Eddleman et al., 1988). On en a en effet trouvé dans le gésier de nombreuses Marouettes de Caroline aux États-Unis (Artmann et Martin, 1975; Stendell et al., 1980), les cas les plus remarquables provenant des marais soumis à l’action des marées, des refuges de sauvagine et des régions où l’on pratique la chasse depuis longtemps. Cette menace s’est vraisemblablement atténuée avec le remplacement graduel de la grenaille de plomb par la grenaille d’acier pour la chasse à la sauvagine. Les effets des contaminants sur les râles sont toutefois mal connus (Eddleman et al., 1988); rien n’indique que le Râle jaune ait été affecté d’une façon ou d’une autre par l’utilisation répandue des pesticides dans les marais (Ripley, 1977).

Bien que la chasse au Râle jaune soit illégale partout aux États-Unis et au Canada (sauf en Ontario et au Yukon), il se peut que quelques individus soient capturés, accidentellement ou non, notamment par les chasseurs de sauvagine et de Bécassines des marais (Gallinago gallinago) (voir Meredith, 1935). Aucun râle n’a été chassé légalement au Canada depuis 1994 (Dilworth-Christie et Dickson, 1997), et la chasse sportive a sans doute fort peu d’impact sur les populations. Des Râles jaunes peuvent par ailleurs se tuer lorsqu’ils entrent en collision avec des tours de télévision, des fils de téléphone et des dispositifs d’éclairage (Barrows, 1912; Roberts, 1932), et certains se perdent dans les grandes villes (Bull, 1974; Whelan, 1975). On a déjà trouvé treize individus au pied d’une tour de télévision de 500 m au Texas (Pulich, 1962). L’impact de ce genre d’accidents sur les populations est inconnu (Bookhout, 1995).

Le Râle jaune est très recherché par les ornithologues amateurs, dont les fréquentes visites dans un site peuvent être une importante source de perturbation. Par exemple, 70 personnes qui participaient à la rencontre annuelle de l’American Birding Association se sont rendues dans le marais McGregor, au Minnesota, où elle ont encerclé et capturé un Râle jaune (Bernstein, 1988). Des cas semblables ont été signalés ailleurs, notamment au Québec (Cyr et Larivée, 1995). Heureusement, on a cessé d’utiliser les fameux « Rail Buggies » (ces chariots qu’on utilisait pour faire lever les râles en hivernation dans le Anahuac National Wildlife Refuge [Texas] et dans d’autres lieux d’hivernage aux États-Unis) il y a une dizaine d’années parce qu’ils tuaient de nombreux râles et perturbaient énormément l’habitat (Holt, 1993; K. Mizell, comm. pers.).


Prédateurs

Walkinshaw (1939) a trouvé deux carcasses de Râles jaunes tués par un rapace, et observé les restes d’un autre dans une boulette de régurgitation de Strigidé. Un oiseau suivi par radiodétection au Québec (Robert et Laporte, 1996) a apparemment été capturé par un renard roux (Vulpes vulpes), tandis qu’un autre a été retrouvé par un chat domestique (Felis catus) en Indiana (Kirkpatrick, 1980). Les hérons (Ardea herodias, Casmerodius albus) pourraient manger un grand nombre de râles lors des très hautes marées, lorsque le couvert est insuffisant dans les étages supérieurs des marais côtiers (Evens et Page, 1986; Eddleman et al., 1994). Des ornithologues amateurs ont vu des Râles jaunes faire l’objet d’une telle chasse opportuniste à Point Reyes (Californie), où la présence de l’espèce est considérée comme exceptionnelle (P. Lehman et C. Elphick, comm. pers.). Le Busard Saint-Martin (Circus cyaneus) et le Hibou des marais (Asio flammeus), qui fréquentent les lieux de reproduction du Michigan et du Québec, pourraient aussi être des prédateurs de l’espèce (Bookhout, 1995; M. Robert, obs. pers.). Au Texas, le mocassin aquatique (Agkistrodon piscivorus) est un prédateur connu; le Busard Saint-Martin, le raton laveur (Procyon lotor), le vison (Mustela vison), le lynx roux (Lynx rufus) et peut-être l’Effraie des clochers (Tyto alba) pourraient aussi figurer parmi les prédateurs (K. Mizell, comm. pers.).