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Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur le Râle jaune au Canada

Taille et tendances des populations

États-Unis

Reproduction

Aux États-Unis, le cœur de l’aire de reproduction se trouve au Minnesota, où à la suite de travaux récents, le nombre d’« occurrences élémentaires » (The Nature Conservancy, 1998) a été porté à 178, agrégeables en 70 « sites » (R. Baker, comm. pers.; tableau 2). Le site le plus connu, le marais McGregor (Minnesota), abrite environ 30 couples (Eckert, 1983; Savaloja, 1984). Le Seney National Wildlife Refuge, dans le nord du Michigan, le plus connu des 5 à 10 sites que compte l’État (tel qu’inféré de la cote S1S2), accueillait environ 52 mâles chanteurs  au début des années 1980 (Bart et al., 1984; Bookhout, 1995), et de un à 85, entre 1995 et 1998 (R. Urbanek, comm. pers.). Après la redécouverte de la population du centre-sud de l’Oregon en 1982 (Stern et al., 1993), des recherches effectuées les années suivantes ont montré que l’État comptait trois ou quatre sites importants (Wood River Valley, Klamath, Sycan et Big Marsh). En 1998, seulement trois de ces sites abritaient des râles, et on y en a entendu 128 au total. Selon K. Popper (comm. pers.), la population totale compterait 200 couples. Au Montana, le Râle jaune ne niche que dans l’angle extrême nord-est de l’État, dans le nord-est du comté de Sheridan; le nombre total de mentions y est inférieur à 10, mais il semble que l’espèce niche régulièrement dans la région. L’État compte probablement moins de cinq sites (P. Hendricks, comm. pers.). Vu la cote S attribuée à l’espèce au Dakota du Nord et au Wisconsin et faute de plus amples informations, ces deux États pourraient compter respectivement 6 à 20 sites et 1 à 5 sites (tableau 2)

Tableau 2 : Estimations sommaires du nombre de couples, du nombre d’aires d’estivage et des tendances des populations du Râle jaune dans son aire de répartition mondiale (voir le texte pour en savoir davantage).
Province, territoire ou étatNombre de couples1Nombre de lieux d’estivageSource et/ou justificationTendances de la population
Canada
Baie d’Hudson et baie JamesQuelques milliers?Lisière d’habitat littoral d’environ 1 700 km de longueur.Notre estimation.Stable? Les Oies des neiges sont une source de préoccupation.
T.N.-O.20-1004–20Notre estimation basée sur une petite aire.Inconnu.
Alberta500+?Centaines?40 sites connus; beau­coup d’habitats poten­tiels non prospectés.A vraisemblablement décliné. Déclin persistent, mais plus lent.
Saskatchewan500+?Centaines?60 sites connus; beau­coup d’habitats poten­tiels non prospectés. (A. Smith).A vraisemblablement décliné. Déclin persistent, mais plus lent.
Manitoba (à l’excl. de la baie d’Hudson)500+?Centaines?26 sites connus; beau­coup d’habitats poten­tiels non prospectés. (P. Taylor, R. Koes).A vraisemblablement décliné. Déclin persistent, mais plus lent.
Ontario (à l’excl. des Baie d’Hudson et baie JamesCentre de l’Ont. (y compris la région de la rivière à la Pluie) : 115-1254-6Austen et al., 1994; D. Elder.A décliné. Aujourd’hui stable?
Sud de l’Ont. : 12-301-2Austen et al., 1994
Page et Cadman, 1994
A sans doute fortement décliné.
Québec (à l’excl. de la baie James)Intérieur du Québec : 20-802-16Notre estimation.A probablement décliné.
Sud du Québec : 20-806-15Robert et al., 1995A sans doute fortement décliné.
Nouveau-Brunswick0-500-10Erskine, 1992A probablement décliné. Aujourd’hui stable?
Nouvelle-Écosse0-500-10Erskine, 1992Inconnu.
Total Canada1 687-2 015 + quelques milliers?250-800 + une lisière d’habitat littoral d’environ 1 700 km de longueur.Nombreuses sources.A probablement décli­né et continue de décliner, quoique plus lentement, dans toute l’aire canadienne, sauf dans la région de la baie d’Hudson et de la baie James, où l’espèce suscite de nouvelles préoccupations.
États-Unis
Oregon2004K. PopperL’habitat a diminué considérablement, mais semble maintenant stable.
Montana204 Aucune information.
Wyoming101D. WileAucune information.
Dakota du N.30-1006-20Inféré en se basant sur la cote S1S2.Aucune information.
Minnnesota35070 Habitat constamment menacé.
Wisconsin5-251-5Inféré en se basant sur la cote S1. 
Michigan25-505-10 Le meilleur site connu est menacé.
Total États-Unis640-75591-114Nombreuses sources.A décliné et continue de décliner.
Monde
Total MondeBaie d’Hudson et baie James : quelques milliers.

Ailleurs : 2 327-2 770 couples.
Baie d’Hudson et baie James : 1 700 km de côte.

Ailleurs : 341-914 sites.
Nombreuses sources.Baie d’Hudson et baie James : Stable jusqu’à ce que l’Oie des neiges soulève de nouvelles préoccupations.

Ailleurs : A décliné et continue de décliner, mais plus lentement.

1 Là où le nombre de couples a été estimé à partir du nombre de sites, nous avons posé comme hypothèse qu’il y avait en moyenne 5 couples par site.

À partir des informations disponibles, nous avons estimé grossièrement le nombre de lieux d’estivage et de couples nicheurs dans chaque État. En posant comme hypothèse la présence de cinq couples dans chaque site (à moins qu’il y ait déjà une estimation), il y aurait ainsi 600 à 750 couples dans environ 100 sites aux États-Unis (tableau 2).

C’est vraisemblablement le drainage des milieux humides qui est à l’origine de la disparition des aires de reproduction les plus méridionales au cours du présent siècle, de même que de la perte de plusieurs sites de nidification situés dans le nord des États-Unis (Bookhout, 1995). Par exemple, en Oregon, plusieurs sites connus ont disparu depuis 1985 à cause du creusement de fossés et du drainage des milieux humides à des fins agricoles (Stern et al., 1993). Au Michigan, l’habitat du Râle jaune dans le Seney Wildlife Refuge est menacé à long terme par le quasi-abandon du programme de brûlage dirigé, découlant lui-même de restrictions plus sévères imposées au brûlage dirigé (R. Urbanek, comm. pers.). Au Minnesota, l’habitat de l’espèce est constamment menacé d’être drainé ou inondé dans le cadre de projets liés à l’agriculture, aux activités industrielles et/ou à la gestion de la sauvagine (Coffin et Pfannmuller, 1988).

Bien que le Râle jaune ait sans doute toujours été une espèce rare à répartition limitée aux États-Unis, les données n’en montrent pas moins clairement qu’il y a eu une certaine diminution des effectifs et de l’aire de répartition. L’espèce a disparu en tant qu’espèce nicheuse dans au moins trois États, et il y a de bonnes raisons de croire que de nombreux sites de nidification ont disparu dans les États où elle niche encore. Rien n’indique par ailleurs que ses effectifs ou son aire de répartition augmente où que ce soit aux États-Unis.

Hivernage

Il est particulièrement difficile d’estimer l’effectif réel du Râle jaune dans l’aire d’hivernage, où non seulement l’espèce se fait des plus discrètes, mais où elle ne chante pas ni ne répond aux cris enregistrés (K. Mizell, comm. pers.). Le Râle jaune, très commun dans la zone de marais salés de la côte du Texas en mars et avril, est difficile à repérer en hiver. Il se pourrait en effet qu’il utilise davantage les zones de marais d’eau douce pendant cette saison (C. Cordes, comm. pers.). Quoi qu’il en soit, il est indéniable qu’au moins certains types d’aire d’hivernage couramment utilisés par l’espèce diminuent sous l’effet de pressions incessantes (voir la section Tendances de l’habitat).


Canada

Territoires du Nord-Ouest

Vu la petite taille de l’aire de répartition de l’espèce dans les Territoires du Nord-Ouest, nous estimons qu’au plus 100 couples peuvent nicher dans cette région qui constitue l’extrémité nord de l’aire; mais il s’agit-là au mieux d’une estimation éclairée.

Colombie-Britannique

Il y a plusieurs années, on ne faisait état que de quatre mentions du Râle jaune en Colombie-Britannique (Campbell et al., 1990), alors qu’on l’observe aujourd’hui presque chaque année dans un endroit ou un autre de la province. Si nulle part on ne mentionne sa présence d’année en année (S. Cannings, comm. pers.), cela ne signifie pas pour autant que l’espèce n’a pas occupé quelques sites plusieurs années d’affilée, vu le petit nombre de relevés effectués dans la province. L’augmentation récente du nombre des observations n’en est pas moins sans doute due à l’augmentation de l’effort de prospection dans les milieux humides de l’intérieur de la province et à la prise en compte des observations de nuit (W. Campbell, comm. pers.).

Alberta

Le Râle jaune serait commun de façon localisée dans la province (McGillivray et Semenchuk, 1998), bien que les efforts de recensement y aient été peu nombreux et leur succès mitigé (Semenchuk, 1992). On connaît quelque 40 localités où l’espèce est présente durant la saison de reproduction (tableau 2). S’il n’y a eu aucune mention dans la province entre 1961 et 1970 (T. Sadler, comm. pers.), il y en a eu par contre 18 entre 1973 et 1980. Ce changement a coïncidé avec l’explosion des données ornithologiques qui a eu lieu dans les années 1970 (Pinel et al., 1991).

On a signalé la présence de l’espèce dans seulement 16 des 2 206 carrés prospectés dans le cadre du projet de l’atlas. La nidification n’a été confirmée nulle part, mais on la considérait comme probable dans six carrés et comme possible dans 10 (Semenchuk, 1992). On ne possède aucune information sur les tendances des populations en soi, mais l’habitat de l’espèce a été considérablement érodé, notamment au profit de l’agriculture, et continue de l’être à cette même fin, à laquelle est venu s’ajouter récemment tout un éventail d’entreprises industrielles (voir la section Tendances de l’habitat).

Saskatchewan

Sur les 724 cartes au 1:50 000 couvrant la province (chaque carte couvre en moyenne quelque 900 km2), seulement 37 (5 p.100) offrent des indices d’une reproduction possible ou probable; aucune nidification n’a été confirmée dans la province (Smith, 1996). On connaît 60 localités où le Râle jaune est présent en Saskatchewan durant la saison de reproduction (tableau 2). Selon A. Smith (comm. pers.), le nombre de sites de reproduction pourrait être beaucoup plus élevé que ce que laissent croire le nombre de sites connus et les données de l’atlas. (Les ornithologues amateurs sont très peu nombreux en Saskatchewan, et ils ont tendance à explorer les mêmes endroits plutôt que de s’aventurer dans des sites inconnus.) Toujours selon Smith, la région de la prairie-parc et le sud de la forêt boréale comptent de vastes étendues d’habitat potentiel pour l’espèce, mais on ignore dans quelle mesure le Râle jaune les fréquente. En fait, on a découvert plusieurs nouveaux sites abritant l’espèce depuis la publication de l’atlas des oiseaux de la Saskatchewan (Smith, 1996).

Sauf dans un site (le marais Peter) où l’on a entendu jusqu’à 22 Râles jaunes, on n’en entend généralement qu’un à cinq dans la plupart des endroits. Les chiffres varient probablement d’une année à l’autre selon l’endroit et selon les conditions hydrologiques. D’après A. Smith (comm. pers.), la province pourrait compter plus de 100 sites de nidification, que fréquenteraient plusieurs centaines, sinon un millier d’oiseaux. Comme en Alberta, on ne possède aucune information sur les tendances des populations en soi, mais on sait que l’habitat de l’espèce a été considérablement érodé au profit de l’agriculture, et qu’il continue de l’être (voir la section Tendances de la qualité et de la quantité de l’habitat essentiel).

Manitoba

On connaît 26 localités où le Râle jaune est présent durant la saison de reproduction au Manitoba (tableau 2). Même si l’espèce y est considérée comme peu commune (Manitoba Avian Research Committee, 1986), il y aurait eu plus de 100 occurrences récentes, pour au moins 3 000 individus (Duncan, 1996). Selon R. Koes (comm. pers.), qui observe les oiseaux depuis environ 30 ans dans le tiers méridional de la province et dans la région de Churchill, le Manitoba compte certainement plus de 100 lieux de reproduction, voire plusieurs centaines. À son avis, il existerait dans la prairie-parc, le sud de la forêt boréale et les plaines de l’Hudson, de vastes superficies d’habitat potentiel peu visitées par les ornithologues amateurs, notamment la nuit. De son côté, P. Taylor (comm. pers.) soutient que, même s’il est extrêmement difficile d’estimer les effectifs ou les tendances dans la province, la population de Râles jaunes serait plutôt de l’ordre des milliers que des centaines. Si l’occupation d’un site donné varie souvent d’une année à l’autre selon le niveau des eaux, certains endroits n’en sont pas moins occupés chaque année.

Selon R. Koes (comm. pers.), le Râle jaune est probablement beaucoup plus commun et répandu au Manitoba que ne le croient bien des gens, et n’est probablement pas un oiseau rare dans la province. Sans doute l’habitat était-il beaucoup plus abondant il y a 100 ans mais, à son avis, sa conversion, en grande partie à des fins agricoles, a considérablement ralenti. Il faut quand même souligner que l’habitat de l’espèce a été fortement érodé et continue de l’être (voir la section Tendances de la qualité et de la quantité de l’habitat essentiel).

Enfin, P. Taylor (comm. pers.) écrit ce qui suit (et certaines de ses observations pourraient s’appliquer à la prairie-parc et au sud de la forêt boréale des trois provinces des Prairies) : « Il est un peu ironique que nous connaissions probablement les meilleures localités de l’extrême-sud et de l’extrême-nord, mais que nous en sachions si peu sur la principale aire de reproduction du centre du Manitoba. Mais cela vaut pour tous les oiseaux du Manitoba… J’ai pu visiter de jour [l’aire de gestion de la faune du lac Lee] : on y trouve de vastes étendues de marais à carex qui semblent idéales pour l’espèce. Ce type d’habitat, répandu dans cette partie de la région des lacs, devrait faire l’objet d’une prospection plus intensive ciblant cette espèce. Pour moi, cette région pourrait être, avec les vastes marais bordant les lacs Winnipeg et Manitoba, le plus important habitat du Râle jaune au Manitoba. Malheureusement, il s’agit d’une région éloignée, très peu fréquentée par les ornithologues amateurs. » [Traduction de l’anglais]

Ontario

Historiquement, le Râle jaune a sans doute eu une répartition fort étendue en Ontario. Aujourd’hui, ce sont manifestement les basses-terres de la baie d’Hudson qui constituent le bastion de l’espèce dans la province (Cadman et al., 1987). D’après les estimations de l’abondance de l’atlas (Cadman et al., 1987), l’espèce est commune de façon localisée au moins dans certains secteurs des côtes de la baie d’Hudson et de la baie James : deux blocs de 100 km x 100 km abriteraient de 101 à 1 000 couples, deux autres, de 2 à 10 couples, et un autre, de 11 à 100 couples. Le 17 juillet 1940, Cliff Hope et deux autres observateurs ont estimé à une centaine le nombre d’oiseaux présents à Fort Severn (Speirs, 1985). Le Râle jaune a été observé dans les 12 blocs de 100 km x 100 km de l’atlas qui couvrent le secteur de la côte nord de l’Ontario. Dans le cadre des activités de l’atlas, on ne l’a observé que dans 11 blocs, mais la nidification avait été confirmée dans le douzième (où se trouve le cap Henrietta Maria) avant la tenue des travaux de l’atlas (Speirs, 1985) (annexe 2).

Dans le reste de son aire de répartition dans la province, l’espèce niche apparemment de façon disséminée, et ses effectifs seraient peu nombreux. Dans la région de la rivière à la Pluie, dernier bastion du Râle jaune, le marais Big, à l’embouchure de la rivière au lac des Bois, est protégé par le gouvernement provincial. Cette région de 6 km x 1 km renferme de vastes cariçaies. Les observations faites chaque année (1 à 6 individus) proviennent d’une petite portion accessible qui ne représente qu’environ 5 p.100 du marais Big (D. Elder, comm. pers.). Selon le Programme ontarien de protection des oiseaux nicheurs rares, plus de 100 couples estivaient chaque année dans la région de la rivière à la Pluie entre 1981 et 1990 (Austen et al., 1994), ce qui serait encore le cas aujourd’hui (D. Elder, comm. pers.). Il y a eu aussi des mentions occasionnelles dans le parc provincial Quetico (D. Elder, comm. pers.).

Dans le sud de l’Ontario, qui a perdu une bonne partie de ses milieux humides, la population de Râles jaunes a presque disparu (Austen et al., 1994). Au début du 20e siècle, on y rencontrait l’espèce régulièrement, quoique en petits nombres, dans les grands marais, entre la rivière Sainte-Claire et Toronto, à l’est (Austen et al., 1994). Ces dernières années, cependant, on ne l’a observée que sporadiquement, en été, dans quelques marais largement disséminés (on ne l’a trouvée que dans six des 1 824 carrés de l’atlas [Cadman et al., 1987]), dont seulement deux offrent des indices d’une reproduction récente, soit la tourbière Richmond, dans la région d’Ottawa, et le marais Holland, sur la rive sud du lac Simcoe (Sankey, 1987; Goodwin, 1992; Page et Cadman, 1994). On a entendu jusqu’à 20 mâles dans la tourbière Richmond, où l’on a aussi trouvé un nid contenant des œufs en 1982 (Austen et al., 1994). On a observé l’espèce dans le marais Holland durant la collecte des données de l’atlas dans les années 1980, mais on ne l’y a plus revue depuis 1989, malgré l’absence apparente de tout changement important dans l’habitat pendant la période (Austen et al., 1994; R. Ridout, T. Hofmann, comm. pers.). Des Râles jaunes pourraient encore nicher dans la portion est du marais, moins accessible, qui fait environ 6 km de longueur sur 1,5 km de largeur (T. Hoffmann, G. Bennett, comm. pers.). De 12 à 30 couples pourraient nicher chaque année dans le sud de l’Ontario (Page et Cadman, 1994).

Québec

Au Québec, le Râle jaune est considéré comme un résident estival rare (David, 1996). Bien qu’aucun relevé visant l’espèce n’y ait été effectué, les marais littoraux de la baie James abritent vraisemblablement autant de Râles jaunes, sinon plus, que le reste de la province. Todd (1963) souligne qu’on en rencontrait des quantités en juillet 1941 à la pointe Neck-of-Land, juste au nord de la baie Boatswain. Beaucoup de grandes baies, notamment les baies de Rupert et Boatswain, renferment de vastes haut-marais susceptibles de convenir à l’espèce (M. Robert, obs. pers.). La présence du Râle jaune dans certains de ces marais côtiers donne à penser que des dizaines (voire des centaines) de couples nichent dans cette vaste région (Robert et al., 1995), bien qu’on n’y ait jamais confirmé la nidification. Le nombre d’oiseaux nicheurs pourrait n’y avoir guère changé, car la région a peu été perturbée (Robert et al., 1995). Deux menaces potentielles pèsent néanmoins sur l’espèce, soit le développement hydroélectrique et le surpâturage par l’Oie des neiges, facteurs qui ont provoqué d’énormes changements dans l’habitat de la côte ouest de la baie d’Hudson (voir la section Tendances de la qualité et de la quantité de l’habitat essentiel pour en savoir davantage).

Ailleurs au Québec, la situation est fort différente. Très peu de Râles jaunes fréquentent les corridors du Saint-Laurent et du Saguenay. On en a entendu jusqu’à 9 dans la réserve nationale de faune du lac Saint-François et les environs (Robert et Laporte, 1996), 3 à l’île du Moine (base de données ÉPOQ), 5 à cap Tourmente (base de données ÉPOQ), 20 à l’île aux Grues (Robert et Laporte, 1996), 2 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (Campagna, 1931; Meredith, 1935), 9 à Cacouna (Robert et Laporte, 1996), 3 à Pointe-aux-Outardes (Robert et Laporte, 1996), 4 à l’embouchure des rivières dans la péninsule gaspésienne (Robert et Laporte, 1996), 5 à Coin-du-Banc (Terrill, données inédites, Musée canadien de la nature), 8 à Saint-Fulgence (Cormier et Savard, 1991; Savard et Cormier, 1995), et 2 à Saint-Gédéon (Robert et Laporte, 1996). Les autres mentions du Râle jaune dans le corridor du Saint-Laurent ne concernent qu’un seul individu. En Abitibi, on en a entendu jusqu’à 3 au marais Antoine en juin et en juillet 1995 (Robert et al., 1995), et 7 au marais Maine en juin 1996 (van de Walle, 1997). Il faut souligner que les chiffres donnés ci-dessus sont des maximums historiques; le nombre d’individus entendus dans ces endroits est en général moins élevé. Dans la plupart des localités, en effet, l’espèce est présente de façon irrégulière ou peu commune (voir plus bas).

Dans le sud de la province, l’espèce semble généralement occuper les sites de façon irrégulière. À Saint-Fulgence (sur le Saguenay), on l’a observée pour la première fois en 1964, et on a signalé sa présence sporadiquement jusqu’en 1996 (Browne, 1967; Cormier et Savard, 1991; Robert et Laporte, 1996); l’espèce ne semble pas y être revenue depuis (G. Savard, comm. pers.). À cap Tourmente, c’est au début des années 1970 qu’on a signalé pour la première fois la présence du Râle jaune; on ne l’y a observé qu’irrégulièrement au cours des dernières décennies (Otis et al., 1993; Robert et Laporte, 1996). On l’a toutefois entendu à cap Tourmente au cours des dernières années, ce qui n’a pas été le cas à Saint-Fulgence (S. Labonté, comm. pers.). La présence de l’espèce semble également irrégulière au marais Antoine et au marais Maine en Abitibi, où l’on a entendu plusieurs individus en 1996 (voir plus haut), mais où un relevé exhaustif effectué l’année suivante n’a donné aucun résultat (M. Robert, obs. pers.). Au marais Antoine, il se pourrait que la désertion de l’espèce soit associée à la modification du niveau des eaux apportée dans le cadre d’un projet de gestion de la sauvagine (on a commencé à régulariser le niveau des eaux pour la sauvagine au marais Antoine à l’automne 1996).

Le nombre de Râles jaunes nichant dans le sud du Québec est sans doute beaucoup moins élevé qu’autrefois. De nombreux marais des rives du Saint-Laurent ont en effet disparu au cours du siècle et, comme le Râle jaune exploite l’étage supérieur de ces marais (qui est souvent la première zone à être drainée vu la facilité de l’opération), la population doit avoir été perturbée par la perte de son habitat au profit des humains (voir la section Habitat). Ainsi, le nombre d’oiseaux nichant le long de la rivière à Sorel ou à Yamachiche, ou ailleurs dans l’estuaire (p. ex. Château-Richer, Sainte-Anne-de-Beaupré, La Pocatière, Kamouraska) était sans doute beaucoup plus élevé autrefois (voir Campagna, 1931; Meredith, 1935).

Bien qu’il ne semble occuper les sites du sud du Québec que de façon sporadique, le Râle jaune en a traditionnellement fréquenté certains au cours des dernières décennies. Ainsi Terrill (données inédites) a-t-il pu observer régulièrement l’espèce entre 1939 et 1949 à Coin-du-Banc, où on la rencontrait encore en 1997 (P. Poulin, comm. pers.). Dans la région de la réserve nationale de faune du lac Saint-François, on a signalé pour la première fois la présence de l’espèce à la fin des années 1960, et on l’y trouve encore aujourd’hui (Bannon, 1992; 1993; Robert et Laporte, 1996; M. Robert, obs. pers.).

La plupart des marais qui offrent au Râle jaune un habitat convenable en bordure du Saint-Laurent et du Saguenay ont fait l’objet de relevés au début des années 1990 (Robert et Laporte, 1996); les résultats ont montré à quel point l’espèce est peu commune et localement répartie dans la région. L’habitat du Râle jaune est rare le long du Saint-Laurent et de ses affluents. À l’heure actuelle, les sites les plus vastes se trouvent au lac Saint-François (dans l’extrême sud-ouest du Québec) et sur la rive sud du Saint-Laurent (à l’est de la ville de Québec), notamment à l’île aux Grues. Au cours des dernières années, on a recensé respectivement environ 130, 530 et 30 ha d’habitat convenable au lac Saint-François, à l’île aux Grues et à Cacouna. Dans l’ensemble de ces sites, on a observé en tout chaque année 40 mâles au plus, et parfois beaucoup moins (Robert et Laporte, 1996). À la lumière de ces résultats, on peut sans doute affirmer que les principales aires du sud du Québec sont connues, mais que le Râle jaune pourrait aussi en utiliser d’autres.

En somme, le Râle jaune habite un type particulier de marais qui est rare dans le sud du Québec. La plupart des emplacements qui conviennent à l’espèce sont connus et n’abritent que peu d’individus. Par ailleurs, les quelques grandes tourbières qui ont été visitées à l’intérieur du Québec ne semblent pas abriter l’espèce (M. Robert, obs. pers.), ce qui donne à penser que la plupart des individus habitant le sud de la province fréquentent le corridor du Saint-Laurent et quelques-unes des grandes rivières qui s’y jettent. Il n’y a guère d’endroit où le Râle jaune pourrait étendre son aire dans les corridors du Saint-Laurent et du Saguenay (Robert et al., 1995). Au mieux, on trouvera à l’avenir quelques nouveaux sites qui abriteront probablement quelques individus. Nous pensons que 20 à 80 couples nichent actuellement dans le sud du Québec, et environ le même nombre dans l’intérieur de la province (Robert et al., 1995).

Nouveau-Brunswick

D’après Erskine (1992), moins de 50 couples de Râles jaunes nichent au Nouveau-Brunswick. En fait, le seul site que l’on sait fréquenté régulièrement par l’espèce dans la province est la région des prés du Grand Lac, dans l’estuaire supérieur de la rivière Saint-Jean, où l’on a entendu chaque année trois à 24 mâles chanteurs entre 1991 et 1996. Pendant cette période, le territoire occupé par le Râle jaune a varié de 35 à 131 ha (P. Kehoe et G. Forbes, comm. pers.). Même si l’habitat semble très bien convenir à l’espèce, on n’y a jamais confirmé la nidification. Le niveau des eaux de la rivière Saint-Jean est peut-être trop haut pour l’espèce pendant la saison de nidification; il se pourrait par ailleurs que les oiseaux observés dans les prés du Grand Lac aient été des oiseaux en train de muer qui se reproduisent ailleurs, comme au Québec ou dans l’intérieur du Nouveau-Brunswick. On tente actuellement de déterminer si l’espèce niche effectivement dans les prés du Grand Lac (P. Kehoe, comm. pers.).

Après 11 ans de relevés aériens et au sol effectués dans les milieux humides de toute la province, P. Kehoe (comm. pers.) a conclu que, sur les quelque 20 000 ha de milieux humides de la vallée de la Saint-Jean en aval de Fredericton (y compris les affluents de la rivière), environ 4 000 ha pourraient servir d’habitat au Râle jaune, c.-à-d. les cariçaies. Selon les chiffres les plus récents du gouvernement provincial, 11 p.100 de ces 20 000 ha (2 300 ha) situés dans la vallée du secteur inférieur de la rivière Saint-Jean (entre Fredericton et Saint-Jean au sud) ont été aménagés. Seule une partie de cette zone aurait été composée de cariçaies, et on ignore si on y trouvait des Râles jaunes, étant donné que l’espèce n’a été entendue que dans les prés du Grand Lac (G. Forbes, comm. pers.). L’intérieur de la province compte une trentaine de sites renfermant des cariçaies susceptibles d’abriter des Râles jaunes nicheurs (P. Kehoe, comm. pers.). Il faudrait faire des relevés de nuit dans ces sites.

Plusieurs Râles jaunes ont été entendu ces dernières années dans les marais de Tantramar, près de Sackville, où il y avait une « colonie » entre les années 1940 et 1970 (G. Forbes, comm. pers.).

Nouvelle-Écosse

Selon Erskine (1992), moins de 50 couples de Râles jaunes nichent en Nouvelle-Écosse.