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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre d'eau du lac Érié (Nerodiasipedon insularum) au Canada - Mise à jour

Information sur l'espèce

Nom et classification

Le Nerodia sipedon insularum (Couleuvre d'eau du lac Érié / Lake Erie Watersnake) a été désigné comme taxon à part entière par Conant et Clay (1937). Cette couleuvre est l’une des deux sous-espèces de la couleuvre d’eau (Nerodia sipedon) au Canada, l’autre étant la couleuvre d’eau du Nord (Nerodia sipedon sipedon; Crother et al., 2000; idem, 2001).

Description morphologique

Les motifs dorsaux de la couleuvre d’eau du lac Érié varient considérablement d’un individu à l’autre, allant du gris, verdâtre terne ou jaune brunâtre uniforme dépourvu de tout motif ou tache, à des motifs réguliers avec taches dorsales et latérales (Conant et Clay, 1937; idem, 1963; King, 1986; idem, 1998; King et Lawson, 1995; idem, 1997). La taille et la position relatives des éléments du patron de coloration demeurent fixes durant toute la vie de l’animal (King, 1993a, cité dans USFWS, 2003). La face ventrale est en général blanche ou blanc jaunâtre (souvent parsemée de tavelures foncées), la base des écailles ventrales étant de la même couleur que les écailles dorsales (Conant et Clay, 1937). Les écailles du corps sont carénées, c’est-à-dire que chacune a une crête au milieu. La couleuvre n’a qu’une seule plaque anale.

La couleuvre d’eau du lac Érié n’est pas venimeuse, mais peut devenir agressive lorsqu’elle est menacée. En position défensive, elle aplatit la tête et le corps et tente de frapper. Cette couleuvre de grande taille peut atteindre, à maturité, une longueur de 43 à 125 cm du museau au cloaque (King, 1986). Sur les îles Pelée et Middle, les mâles matures mesurent entre 59,1 et 71,6 cm du museau au cloaque, et les femelles, entre 80,2 et 88,2 cm (King, 1986; idem, 1998). On a observé des tailles moyennes semblables en 1999 sur l’île Pelée, où les femelles gravides atteignaient entre 68 et 95 cm de longueur du museau au cloaque (Bishop et Rouse, données inédites, 1999).

La couleuvre d’eau du lac Érié se distingue des autres couleuvres d’eau par sa livrée plus grisâtre et complètement ou partiellement exempte de taches ou de rayures (Conant et Clay, 1937), alors que la couleuvre d’eau du Nord a une livrée à fortes rayures régulières. La couleuvre d’eau du lac Érié vit également presque exclusivement sur les îles du lac Érié (Conant et Clay, 1963), tandis que la couleuvre d’eau du Nord vit dans la partie continentale de l’Ohio ainsi que dans de nombreux autres États du centre et de l’est, aux États-Unis, de même qu’en Ontario et au Québec, au Canada. L’habitat de la couleuvre d’eau du lac Érié consiste surtout en rivages rocheux, ou en plateformes ou en corniches de calcaire ou de dolomite fissurées et peu végétalisées, tandis que celui de la couleuvre d’eau du Nord est plus densément végétalisé, avec un substrat de boue, de terre ou d’argile (Conant, 1951). La couleuvre d’eau du lac Érié diffère encore de la couleuvre d’eau du Nord par son régime alimentaire et sa morphologie (queue plus courte et plus grande taille de l’adulte) (Conant, 1951; Langlois, 1964; King, 1986; idem, 1989; idem, 1993a).

Description génétique

Les populations des îles de l’ouest du lac Érié sont séparées des populations continentales de l’Ohio et de l’Ontario par des masses d’eau de 5 à 14 km, qui agissent comme barrières naturelles (USFWS, 2003). En plus des individus à livrée unie, elles en comptent d’autres dont la livrée est plus ou moins rayée. Cette variation donne à penser que les couleuvres d’eau du Nord (continentales) et les couleuvres d’eau du lac Érié (insulaires) sont reliées par des formes intermédiaires. Les déplacements des couleuvres entre les îles ainsi qu’entre les îles et la terre ferme créent un flux génétique qui favorise davantage la variation génétique que si les populations demeuraient complètement isolées (King et Lawson, 1997). Toutefois, les déplacements entre les îles semblent rares et n’ont été documentés que deux fois (King, 2002, D. Jacobs, comm. pers., juillet 2005). D’après l’analyse génétique de la variation allozyme, seulement 0,08 à 1 p. 100 des populations insulaires (N. s. insularum) sont remplacées par des individus du continent (N. s. sipedon) à chaque génération (King et Lawson, 1995; idem, 1997). Comme la fréquence des divers patrons de coloration semble être demeurée stable depuis 1980, cela a vraisemblablement aussi été le cas de la sélection et du flux génétique (King, 2004a). La préférence apparente pour les motifs peu ou modérément marqués observée chez les couleuvres des îles pourrait s’expliquer par le fait que ce genre de configuration aide davantage l’animal à se camoufler sur les rivages rocheux et nus (King, 1992; idem, 1993b; idem, 1993c; King et Lawson, 1995; King et al., 1997).