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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la couleuvre d'eau du lac Érié (Nerodiasipedon insularum) au Canada - Mise à jour

Facteurs limitatifs et menaces

Comme c’est le cas pour de nombreux reptiles au Canada, la population de couleuvres d’eau du lac Érié décline par suite de la disparition de son habitat, de la persécution par les humains, de la mortalité routière et de la prédation. Par ailleurs, si l’on n’a pas encore établi que la contamination jouait un rôle dans ce déclin, le phénomène pourrait quand même constituer une menace potentielle pour l’espèce. Enfin, des facteurs comme l’aire géographique extrêmement restreinte de l’espèce sur les îles, sa grande visibilité, son comportement défensif agressif et ses effectifs limités viennent amplifier tous ces dangers.

Disparition et fragmentation de l’habitat

Les îles de la portion occidentale du lac Érié sont de plus en plus recherchées pour leurs atouts d’ordre récréatif et touristique. On veut notamment construire sur leurs berges des chalets, des maisons de retraite et des unités d’hébergement pour les touristes. La disparition et la dégradation de l’habitat riverain convenable et essentiel que cela entraîne ont des effets négatifs sur la couleuvre d’eau, même si l’on a montré que l’animal pouvait s’adapter à certaines structures artificielles (King, 2001; USFWS, 2003). L’habitat de l’intérieur, utilisé par certaines couleuvres pour hiberner, est également menacé par le développement croissant, notamment par la construction de résidences et de commerces ainsi que par l’aménagement des routes et des infrastructures qui accompagnent ce type de développement.

Mortalité routière

Le développement du tourisme donne également lieu à l’aménagement de nouvelles routes et à des activités humaines qui augmentent la mortalité routière chez les couleuvres. Même si elles ne parcourent sur la terre ferme que de courtes distances, les couleuvres d’eau du lac Érié n’en sont pas moins victimes de la route (King, 1998; Willson et al., 2002). Il n’y a pas de routes dans trois des îles canadiennes abritant l’espèce; par contre, l’île Pelée en compte un grand nombre, dont certaines longent la presque totalité des rivages. En outre, plus la population humaine augmente, plus les couleuvres risquent d’être tuées par d’autres types de machines, comme des bateaux et des tondeuses à gazon (USFWS, 2003). Un relevé de la mortalité routière des reptiles réalisé sur l’île Pelée au milieu des années 1990 a révélé que les routes qui longent les berges de l’île font beaucoup de victimes parmi les couleuvres d’eau du lac Érié (Willson et al., 2002). Au total pour 2003 et 2004, on a constaté 81 couleuvres d’eau du lac Érié mortes sur la route. En 1998 et en 1999, seulement 22 couleuvres ont été trouvées mortes, malgré la circulation accrue, ce qui peut signifier que le nombre de couleuvres a diminué.

Persécution

Le facteur qui a la plus forte incidence sur le déclin de la population de couleuvres d’eau pourrait toutefois toujours être la persécution par les humains (USFWS, 2003). Les couleuvres d’eau des îles ont fait autrefois l’objet de véritables « campagnes d’extermination » (King, 1998; USFWS, 2003). Depuis qu’elle figure parmi les espèces désignées par le Fish and Wildlife Service (1999) et par la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario (1977), la couleuvre d’eau du lac Érié est protégée par la loi contre la persécution dans certaines régions. Malheureusement, ce genre de désignation est aussi reconnu pour freiner la collaboration des propriétaires privés (USFWS, 1999), ce dont certains scientifiques ont pu faire l’expérience lorsqu’on leur a interdit l’accès à certaines propriétés (King, 2003; D. Jacobs, comm. pers., novembre 2004; R. Brooks, comm. pers., mai 2005).

Contamination

Le danger que représente la contamination pour la couleuvre d’eau du lac Érié s’est accru depuis que le gobie arrondi est devenu sa première source d’alimentation. Les gobies se nourrissent en effet de moules zébrées et quaggas qui, à titre de bivalves filtreurs, peuvent accumuler les toxines. La probabilité d’une bioaccumulation de toxines dans les populations de couleuvres d’eau pourrait donc être plus élevée qu’autrefois (King, 2004a). Des analyses comparatives d’échantillons sanguins prélevés sur des couleuvres d’eau du lac Érié (avant et après l’invasion par le gobie) sont en cours afin d’établir les concentrations de BPC et de composés toxiques associés (King, 2004a); les analyses préliminaires indiquent toutefois que les teneurs en contaminants n’ont pas augmenté chez les couleuvres depuis qu’elles consomment des gobies arrondis (USFWS, 2005).

Prédateurs

Certains prédateurs des couleuvres d’eau, comme les ratons laveurs et les renards, prolifèrent à proximité des établissements humains. Les chats et les chiens harets et domestiques tuent eux aussi souvent des couleuvres (USFWS, 2003). Enfin, certaines îles de l’ouest du lac Érié sont aujourd’hui occupées par de grandes colonies de Cormorans à aigrettes, qui semblent s’attaquer aux couleuvres (D. Jacobs, comm. pers., novembre 2004).