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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’isopyre à feuilles biternées au Canada

Habitat

Besoins en matière d’habitat

L’Enemion biternatum est une espèce qui pousse souvent en grandes colonies dans des pentes boisées ouvertes, des plaines fluviales inondables, des boisés riches et des fourrés.

Au Canada, on trouve des populations d’Enemion biternatum uniquement dans la zone carolinienne (Scoggan, 1978). Dans toute son aire de répartition, l’espèce pousse dans des boisés et des fourrés ombragés, souvent sur des pentes riches boisées dans des zones de plaines inondables ou à proximité de ce type de plaines. On la trouve souvent très près de cours d’eau. Boufford et Massey (1976) ont observé des Enemion biternatum poussant sur les planchers bas et plats de boisés alluviaux derrière des levées naturelles en Virginie. Dans le cadre d’une étude réalisée sur le terrain en Illinois, Melampy et Heyworth (1980) ont observé que 50 p. 100 et 74 p. 100 de 147 colonies étaient situées à moins de 10 m et à moins de 25 m d’un cours d’eau, respectivement.

On trouve habituellement l’Enemion biternatum dans des zones ombragées à l’intérieur de forêts de hêtres et d’érables matures situées sur des pentes graduelles. On ne trouve pas l’espèce sur des pentes abruptes ou des milieux ouverts fortement perturbés. En Ontario, l’espèce peut être observée dans des zones dominées par des sols luvisoliques brun-gris, riches en till calcaire et en dépôts lacustres provenant de roches calcaires et dolomitiques (Hoffman, 1989). Tous les sites ontariens sont situés près de la limite de la région forestière des feuillus, aussi connue sous le nom de zone carolinienne. Les populations ontariennes sont habituellement situées dans des forêts de feuillus divers dominées par l’érable à sucre (Acer saccharum), en combinaison avec d’autres espèces, comme l’ostryer de Virginie (Ostrya virginiana), le hêtre à grandes feuilles (Fagus grandifolia), des caryers (Carya spp.), le tilleul d’Amérique (Tilia americana), le noyer cendré (Juglans cinerea) et des frênes (Fraxinus spp.). On trouve l’espèce avec d’autres fleurs sauvages printanières (Austen, 1990), dont la sanguinaire du Canada(Sanguinaria canadensis), des trilles (Trillium spp.), des dentaires (Dentaria spp.), des anémones (Anemone spp.), des violettes (Viola spp.) et des érythrones (Erythronium spp.).

Les milieux qui abritent les six populations sont importants en raison de la présence de grandes populations d’Enemion biternatum mais aussi d’autres plantes rares, comme la mertensie de Virginie (Mertensia virginica), le grémil à larges feuilles (Lithospermum latifolium) et l’arisème dragon (Arisaema dracontium).

Tendances en matière d’habitat

Il est difficile de déterminer si l’habitat a été considérablement altéré depuis le dernier rapport de situation en raison de la nature dynamique des écosystèmes de plaines inondables. Le nombre de sentiers de même que leur fréquentation semblent bien s’accroître, peut-être en raison de l’augmentation du nombre de maisons près des plaines inondables. De plus, un certain nombre d’espèces envahissantes semblent coloniser les milieux habituellement occupés par l’Enemion biternatum dans les plaines inondables. Il est possible que ces facteurs aient contribué au déclin (et, dans certains cas, à la disparition) des populations d’Enemion biternatum dans les plaines inondables. Il est impossible de fournir plus d’information sur les altérations de l’habitat, puisque le rapport de situation original ne contenait pas de descriptions précises avec lesquelles comparer les milieux où l’espèce n’est plus présente ou n’a pu être retrouvée.

Protection et propriété

À la suite de l’attribution du statut d’espèce préoccupante à l’Enemion biternatum par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) en 1990, l’espèce a été officiellement déclarée espèce préoccupante à l’échelle provinciale.

Une partie de la population du ruisseau Medway se trouve sur des terres qui appartiennent à l’office de protection de la nature du cours supérieur de la Thames (Upper Thames River Conservation Authority). La population de la vallée de la rivière Ausable est située dans une zone d’intérêt naturel et scientifique (ZINS). La population de Parkhill se trouve dans une zone de conservation qui appartient à l’office de protection de la nature d’Ausable-Bayfield (Ausable Bayfield Conservation Authority). Le fait pour une espèce de se trouver dans une ZINS ou une zone de conservation ne lui confère cependant pas automatiquement une protection : pour être véritablement protégée, l’espèce doit faire l’objet de plans de gestion spécifiques. Les autres populations sont situées sur des terrains privés.

Les métapopulations d‘Enemion biternatum qui existent en Ontario sont en grande partie situées sur des terrains privés à Arkona, à St. Thomas et à Port Stanley, et sur des terrains publics à London. De nombreuses sous-populations sont situées près de sentiers publics sur des terrains publics et privés. Le public peut donc facilement accéder à la plupart des populations de la province (Austen, 1990).