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Programme de rétablissement de la population des Prairies du mormon (Apodemia mormo) au Canada (Proposition)


1 Contexte

 

1.1 Évaluation de l'espèce par le COSEPAC


Nom commun : Mormon (population des Prairies)

Nom scientifique : Apodemia mormo

Sommaire de l'évaluation

Statut selon le COSEPAC : espèce menacée

Justification de la désignation : La population des Prairies de cette espèce est un cas isolé septentrional d'une espèce dont l'aire de répartition principale se trouve dans le sud-ouest des États Unis. Les populations connues ne sont pas actuellement menacées par les activités anthropiques, et la moitié des sites connus sont à l'intérieur des limites d'un parc national. Cependant, la population totale est assez petite, elle subit probablement des fluctuations extrêmes, elle est limitée à un habitat précis et se trouve dans une aire extrêmement limitée, la rendant ainsi vulnérable aux phénomènes stochastiques.

Présence au Canada : Saskatchewan

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en mai 2003. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

La population des Prairies du mormon (Apodemia mormo) fait partie d'une population nordique plus vaste répartie le long de certains segments de la rivière Milk, du fleuve Missouri et de leurs affluents au Dakota du Nord, au Montana et en Saskatchewan. Spatialement, cette population se trouve à l'extérieur de l'aire de répartition principale de l'espèce dans le sud-ouest des États-Unis (Opler, 1999). Au Canada, les populations connues des Prairies sont réparties le long du cours inférieur de la rivière Frenchman et du ruisseau Rock. La plupart des colonies se trouvent sur des terres gérées par l'Agence Parcs Canada. La présence du mormon n'a été observée que dans trois exploitations bovines privées situées à l'intérieur des limites proposées du parc national des Prairies (PNP) ou à proximité de ces exploitations (COSEPAC, 2002). À ce jour, ni la biologie, ni la dynamique de la population des Prairies du mormon n'ont fait l'objet d'études, et seulement deux inventaires limités de cette population ont été réalisés (Hooper, 2002; A. Henderson, parc national des Prairies, données inédites, 2006). En conséquence, on sait très peu de choses sur l'habitat et les besoins de la population des Prairies au Canada, et la plupart des renseignements actuellement disponibles proviennent des États-Unis. Enfin, comme aucun inventaire n'a encore été réalisé dans les milieux susceptibles d'abriter l'espèce en Alberta, on ignore toujours si l'espèce est présente dans cette province (G. Anweiler, musée Strickland, Université de l'Alberta, comm. pers., 2006).

1.2 Description de l'espèce

Le mormon est au Canada le seul représentant de la famille des Riodinidés, taxon essentiellement néotropical (Layberry et al., 1998). Signalant que la morphologie de la population canadienne n'a jamais fait l'objet d'études détaillées, le COSEPAC (2002) utilise la description de la sous-espèce nominative1 A. m. mormo, laquelle semble généralement compatible avec l'apparence des individus de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan.

Le mormon est un papillon diurne de taille moyenne dont l'envergure varie de 25 à 35 mm (figure 1). Comme chez plusieurs autres espèces de Riodinidés, les ailes sont ornées de taches blanc métallique caractéristiques (d'où le nom « Metalmarks » attribué à de nombreuses espèces de la famille en anglais). Le dessus des ailes est principalement brun orangé, avec de nombreuses taches blanches et marques noires, tandis que le dessous est gris avec des taches blanches. Les ailes antérieures comportent une aire brun rougeâtre sur leurs deux faces (Layberry et al., 1998; Southern Interior Invertebrates Recovery Team, 2005). Le corps est gris, avec des taches blanches sur les côtés. Les yeux sont verts, et les antennes sont distinctement annelées de noir et de blanc (COSEPAC, 2002). Les œufs, sphères aplaties roses virant au violet avec le temps, sont déposés par petits groupes de deux à quatre sur la plante hôte, l'ériogone pauciflore (Eriogonum pauciflorum) (Scott, 1986; Pyle, 2002). La chenille est violet foncé (plus pâle en dessous), avec six rangées de verticilles d'épines analogues à celles des cactus, les rangées dorsales étant noires à la base et les rangées latérales, ocre (Scott, 1986).  La chrysalide, marbrée de brun, trapue et pubescente, est généralement formée dans la litière au pied de la plante hôte (Environnement Canada, 2006).

À l'âge adulte, les mâles et les femelles sont de taille différente et présentent des caractéristiques structurelles différentes (dimorphisme sexuel). Les femelles sont plus grandes que les mâles et ont les ailes plus larges. Les trois paires de pattes sont fonctionnelles chez les femelles, alors que les pattes antérieures sont atrophiées et n'interviennent pas dans la locomotion chez les mâles (COSEPAC, 2002). Les adultes vivent environ dix jours et volent normalement de la mi-août à la fin de septembre (Guppy et Shepherd, 2001), le pic d'activité se situant dans la deuxième quinzaine d'août. Lors de l'inventaire réalisé en 2006 dans le PNP, des mormons adultes en vol ont été observés de la fin de juillet à la fin de septembre (A. Henderson, parc national des Prairies, données inédites, 2006).

Figure 1. Mormon posé sur un plant d'ériogone pauciflore dans le parc national des Prairies (Saskatchewan, Canada). (Photo : A. Henderson).
Figure 1. Mormon posé sur un plant d'ériogone pauciflore dans le parc national des Prairies (Saskatchewan, Canada). (Photo : A. Henderson).

1.3 Populations et répartition

L'aire du mormon s'étend du nord du Mexique jusque dans le sud de la Colombie-Britannique et de la Saskatchewan, au Canada, en passant par l'ouest des États-Unis (figure 2) (COSEPAC, 2002). À l'échelle mondiale, NatureServe (2006) a attribué la cote G5 à cette espèce, l'estimant manifestement répandue, abondante et stable, bien qu'elle puisse se montrer assez rare dans certaines parties de son aire de répartition, surtout en périphérie, comme c'est le cas au Canada. Aux États-Unis, le mormon se rencontre d'ouest en est depuis la Californie, où le nombre de sous-espèces atteint un sommet, jusqu'au Nevada, au Utah et au Colorado (COSEPAC, 2002). Au nord de ces États, il forme une série de populations isolées. Opler (1999) et Pyle (2002) distinguent un groupe de quatre populations dans les États du nord-ouest des États-Unis, dont la population de la Colombie-Britannique, et une population isolée occupant la partie nord-est de l'aire, plus précisément l'est du Montana, l'ouest du Dakota du Nord et le sud-ouest de la Saskatchewan (figure 2). Dans le nord-ouest de l'Amérique du Nord, le mormon se rencontre principalement dans des milieux répartis le long des vallées du Columbia et du Missouri et de leurs affluents (COSEPAC, 2002).

Figure 2. Aire de répartition connue du mormon (Apodemia mormo) en Amérique du Nord. Les populations des régions en grisé ont été décrites comme distinctes de cette sous-espèce et soustraites de l'aire de répartition de l'A. mormo par Opler (1999). D'après Opler (1999) et Pyle (2002) (carte tirée de COSEPAC, 2002).
Figure 2. Aire de répartition connue du mormon (Apodemia mormo) en Amérique du Nord. Les populations des régions en grisé ont été décrites comme distinctes de cette sous-espèce et soustraites de l'aire de répartition de l'A. mormo par Opler (1999). D'après Opler (1999) et Pyle (2002) (carte tirée de COSEPAC, 2002).

1.3.1 Répartition canadienne

Au Canada, le mormon forme deux populations distinctes (COSEPAC, 2002). La population des Prairies vit à l'intérieur et à proximité du PNP, dans le sud-ouest de la Saskatchewan. La population des montagnes du Sud se trouve dans le centre-sud de la Colombie-Britannique, près de Keremeos, dans la vallée de la basse Similkameen; elle est disparue de la vallée du sud de l'Okanagan (Cannings et al., 1998; Southern Interior Invertebrates Recovery Team, 2005). La cote de conservation de cette espèce en Colombie-Britannique et en Saskatchewan est S1 (espèce gravement en péril, extrêmement rare).

À ce jour, seulement deux inventaires restreints de la population des Prairies du mormon ont été réalisés en Saskatchewan, et aucun n'a encore été effectué en Alberta (Hooper, 2002; A. Henderson, parc national des Prairies, données inédites, 2006). En Saskatchewan, un inventaire effectué en 2002 a confirmé la présence de l'espèce dans les blocs est et ouest du PNP, dans les badlands de Killdeer et sur les coteaux de la vallée de la rivière Frenchman (Hooper, 2002). L'inventaire de l'été 2006, qui s'est prolongé sur deux semaines, a mené à la découverte de deux nouvelles colonies dans le bloc ouest du PNP (A. Henderson, parc national des Prairies, 2006, données inédites). Les données disponibles sont cependant insuffisantes pour estimer le nombre d'individus ou la taille et les tendances de la population. Des inventaires plus poussés des populations canadiennes sont prévus pour 2007.

1.3.2 Pourcentage de l'aire et de l'abondance mondiales au Canada

La population canadienne de mormons occupe moins de 1 % de l'aire de répartition mondiale de l'espèce et représente moins de 1 % de la population mondiale (Cannings et al.,1998). La population canadienne fluctue probablement d'une année à l'autre. La taille actuelle de la population des montagnes du Sud est estimée à moins de 250 individus, et celle de la population des Prairies, à probablement moins de 1 000 individus (COSEPAC, 2002). Il n'est pas rare de voir le nombre d'individus d'une population d'invertébrés fluctuer considérablement d'une saison à l'autre, suivant des facteurs tels que les conditions météorologiques, la taille des populations de prédateurs, etc. (G. Anweiler, musée Strickland, Université de l'Alberta, comm. pers., 2006).

Figure 3. Localisation des observations de mormons en Saskatchewan (Hooper, 2002; A. Henderson, parc national des Prairies, données inédites, 2006). Les habitats de badlands n'ont jamais fait l'objet d'une recherche systématique visant à y détecter la présence de mormons. Les zones de badlands indiquées sur la carte correspondent à celles où l'on pourrait éventuellement découvrir des populations de mormons.
Figure 3. Localisation des observations de mormons en Saskatchewan (Hooper, 2002; A. Henderson, parc national des Prairies, données inédites, 2006). Les habitats de badlands n'ont jamais fait l'objet d'une recherche systématique visant à y détecter la présence de mormons. Les zones de badlands indiquées sur la carte correspondent à celles où l'on pourrait éventuellement découvrir des populations de mormons.

1.4 Besoins du mormon

1.4.1 Besoins en matière d'habitat et besoins biologiques

À l'échelle de son aire, le mormon se rencontre sur des flancs de collines, des terrains en pente ou des remblais à sol d'argile érodé ou d'argile lourde abritant des colonies moyennement denses ou denses d'ériogone pauciflore et de bigelovie puante (Ericameria nauseosa) (COSEPAC, 2002). Toutefois, seulement deux inventaires limités de la population des Prairies du mormon ont été réalisés à ce jour (Hooper, 2002; A. Henderson, parc national des Prairies, données inédites, 2006). En conséquence, on sait très peu de choses sur l'habitat et les exigences de la population des Prairies au Canada. C'est aussi ce qui explique que la plupart des renseignements actuellement disponibles proviennent des États-Unis. Comme le mormon produit une génération par année et a besoin de l'ériogone pauciflore pour boucler son cycle de vie, la présence d'une population vigoureuse d'ériogones pauciflores est essentielle à sa survie. Après leur émergence, les adultes restent dans la colonie et se dispersent peu, demeurant apparemment à proximité de la plante hôte (l'ériogone pauciflore) pour se nourrir de son nectar (Arnold et Powell, 1983; COSEPAC, 2002). La bigelovie puante constitue une source secondaire de nectar pour les adultes (COSEPAC, 2002). Bien qu'on manque de précisions à ce sujet, il semble que la qualité de l'habitat du mormon dépende de la densité et de la qualité de ces deux sources de nectar.

L'accouplement a lieu dans les trois jours suivant l'émergence (COSEPAC, 2002). Les adultes ont besoin de plants d'ériogone pauciflore matures pour la ponte et de plants d'ériogone pauciflore et de bigelovie puante en fleurs comme sources de nectar (COSEPAC, 2002). Les mâles se perchent sur les arbustes et les plantes hôtes ou nectarifères pour attendre les femelles. Selon les observations disponibles, les femelles déposent leurs œufs fécondés, individuellement ou par groupes de deux ou quatre, sur les feuilles au pied de plants d'ériogone pauciflore robustes (Arnold et Powell, 1983). On ignore si l'éclosion a lieu au printemps ou à l'automne, mais il est probable que l'émergence s'échelonne sur une certaine période (COSEPAC, 2002). Les chenilles hibernent dans les tiges ou les inflorescences ou dans la litière au pied de la plante hôte et émergent au printemps pour se nourrir (Arnold et Powell, 1983). Les chenilles sont nocturnes (Arnold et Powell, 1983) et se reposent le jour, dans des abris de feuilles mortes liées les unes aux autres par des fils de soie, au pied de l'ériogone pauciflore (COSEPAC, 2002). La nymphose aurait également lieu dans la litière. La présence d'une population vigoureuse d'ériogones pauciflores est essentielle au développement du mormon.

Le PNP et ses environs offrent au mormon un habitat stable, relativement étendu et peu menacé par des perturbations. Des inventaires plus détaillés s'imposent pour quantifier l'étendue de l'habitat disponible et occupé par l'espèce dans le PNP. En 2007, on prévoit d'étudier les populations des montagnes du Sud et des Prairies en vue de faire progresser les connaissances sur la biologie, les besoins en matière d'habitat et la dispersion du mormon (S. Desjardins, Université de la Colombie-Britannique, comm. pers., 2006).

1.4.2 Facteurs limitatifs

Les facteurs suivants sont considérés comme biologiquement limitatifs pour la population des Prairies du mormon. Il convient toutefois de noter que notre compréhension du rôle joué par bon nombre de ces facteurs demeure très partielle.

  1. Spécificité à l'égard des plantes nectarifères : En Saskatchewan, l'ériogone pauciflore et la bigelovie puante semblent les deux seules plantes nectarifères du mormon (Hooper, 2002). Le développement des chenilles et des chrysalides dépend exclusivement de l'ériogone pauciflore (Scott, 1986; Pyle, 2002). On ignore si le mormon utilise également l'ériogone jaune (Eriogonum flavum), espèce étroitement apparentée à l'E. pauciflorum et tenue pour présente au PNP. Le mormon a des besoins très spécifiques en matière de plante hôte, mais comme l'ériogone pauciflore et la bigelovie puante sont tous deux communs sur les sols argileux érodés des badlands au PNP, cette spécificité n'est que partiellement limitative pour la répartition de l'espèce.

  2. Période de floraison des plantes nectarifères : Pour que le mormon puisse se nourrir de nectar, la période de floraison des plantes nectarifères doit coïncider avec sa période de vol. Dans le cas contraire, la sénescence de la plante peut compromettre la survie des adultes et provoquer la disparition de l'espèce dans certains secteurs. Comme la population des Prairies du mormon occupe la limite septentrionale de l'aire de répartition de l'espèce (Opler, 1999; Pyle, 2002), elle risque d'être particulièrement vulnérable aux changements des facteurs climatiques qui influent sur la période de floraison des plantes nectarifères.

  3. Capacité de dispersion : Les mormons adultes ont une courte durée de vie et une seule période de vol annuelle, deux facteurs qui limitent leur potentiel de dispersion dans le paysage naturellement fragmenté du PNP (COSEPAC, 2002). La plupart des milieux occupés par l'espèce en 2002 et 2006 se trouvaient sur des pentes érodées, élément du paysage souvent dispersé et entrecoupé de grandes étendues d'habitat non favorable. Cette caractéristique accroît la vulnérabilité des populations aux phénomènes stochastiques naturels et à la disparition dans certains secteurs et limite la probabilité de reconstitution des colonies (COSEPAC, 2002).

  4. Besoins en matière de sol, de pente et d'aspect de l'habitat : Les colonies de mormons connues sont établies sur des flancs de collines et des pentes à sol argileux dénudé et érodé où pousse la plante hôte (Hooper, 2002; A. Henderson, parc national des Prairies, données inédites, 2006). Ce type de milieu, courant dans le PNP, pourrait représenter des caractéristiques importantes de l'habitat. Même si les milieux apparemment favorables semblent nombreux, très peu d'entre eux sont occupés par l'espèce. L'importance de ces caractéristiques d'habitat pour le mormon et la nature précise des différences entre les milieux occupés et les milieux disponibles mais inoccupés demeurent à déterminer. Il n'est donc pas exclu que ces facteurs soient limitatifs.

1.5 Menaces

1.5.1 Classement des menaces

Les facteurs suivants (voir le tableau 1) peuvent représenter des menaces pour la population des Prairies du mormon, mais ils sont encore mal compris. Chacun de ces facteurs sera examiné dans le plan d'action établi pour cette espèce.

Définition et classement des menaces actuelles à la survie de la population des Prairies du mormon et de son habitat (1 = menace grave ou généralisée, 2 = menace modérée ou potentiellement généralisée, 3 = menace de portée et de gravité limitées, 4 = menace de portée et de gravité inconnues)

Tableau 1. Classement des menaces
MenaceCote
1Destruction, dégradation et fragmentation de l'habitat
2
2Espèces exotiques envahissantes
4
3Pollution
3
4Changements climatiques et catastrophes naturelles
4

1.5.2 Description des menaces

Destruction, dégradation et fragmentation de l'habitat

Comme il a été démontré chez d'autres espèces de papillons diurnes (Franco et al.,2006; Schultz et Dlugosch, 1999), la destruction et la dégradation de l'habitat représentent une menace potentielle pour la population des Prairies du mormon (COSEPAC, 2002). Bien que la probabilité de destruction ou de dégradation de l'habitat soit faible, une telle éventualité pourrait avoir des répercussions graves sur certaines colonies de mormons. C'est pourquoi une cote relativement élevée a été attribuée à cette menace.

Voici quelques exemples d'activités anthropiques susceptibles de détruire ou d'endommager l'habitat du mormon :

  • L'habitat du mormon pourrait être perturbé si les éleveurs décidaient d'aménager des installations d'alimentation hivernale, des blocs à lécher ou des aires de mise bas; et
  • l'aménagement d'un élément d'infrastructure ou d'un terrain de camping d'arrière-pays.

Déjà faible, le risque de dégradation ou de destruction de l'habitat découlant de ces activités devrait être éliminé presque complètement si l'on parvient à localiser toutes les colonies de mormons et à informer les gestionnaires des terres concernés de leur emplacement.

Les activités d'exploration et de développement pétrolier et gazier pourraient également provoquer la destruction et la dégradation de l'habitat du mormon. Toutefois, aux termes de l'entente relative à l'établissement du parc national des Prairies, toutes les concessions pétrolières et gazières visant des terres à l'intérieur des limites projetées ont été annulées. Ce facteur pourrait représenter une menace plus grave dans l'avenir si des inventaires révélaient la présence de colonies de mormons jusque-là inconnues à l'extérieur des limites projetées du Parc national des Prairies.

Les feux de prairie, relativement fréquents, représentent une source importante de perturbations dans l'écosystème de prairie mixte du parc national des Prairies. Toutefois, comme la végétation des badlands est très clairsemée, la destruction de l'habitat du mormon par les feux de prairie est peu probable.

Espèces exotiques envahissantes
  • La destruction et la dégradation de l'habitat par des espèces végétales exotiques envahissantes sont considérées comme une menace très grave pour le mormon (Keeler et al., 2006). Le mélilot jaune (Melilotus officinalis), reconnu comme une espèce exotique agressive capable d'entraîner l'élimination d'espèces indigènes, a déjà envahi certaines portions des badlands au PNP (Michalsky et al., 2005). Sa présence dans l'habitat connu du mormon demeure cependant à confirmer. Des recherches plus approfondies s'imposent pour déterminer si la concurrence que livre cette plante à l'ériogone pauciflore ou à la bigelovie puante est suffisante pour rendre l'habitat du mormon inadéquat.
Pollution (produits agrochimiques)

Selon des études réalisées chez d'autres groupes de papillons diurnes, la dérive de produits agrochimiques peut causer directement la mort de papillons ou compromettre la survie des adultes, des chenilles, des chrysalides, des plantes hôtes et des plantes nectarifères (Davis et al., 1991a; Davis et al., 1991b; Davis et al., 1993; Longley et al., 1997). La pollution résultant de la dérive de produits agrochimiques à partir de terres agricoles environnantes, en particulier lors d'invasions de criquets, constitue une menace potentielle. Sur les terres de Parcs Canada, le mormon est à l'abri de tout arrosage direct, et les parcours gérés par des éleveurs privés font rarement l'objet de traitements, mais il ne fait aucun doute que l'application directe de pyréthroïdes et de chlorpyrifos sur les populations du papillon aurait des effets graves par endroits. La distance sur laquelle ces produits chimiques peuvent se disperser sans perdre leur toxicité pour le mormon n'a pas été évaluée de façon approfondie, mais elle pourrait varier de 150 à 500 m (D. Johnson, Université de Lethbridge, comm. pers., 2006). Au PNP, certaines colonies de mormons se trouvent à moins de 500 m de terres cultivées.

Climat et catastrophes naturelles

Les changements climatiques, associés à un accroissement de la fréquence et de l'intensité de phénomènes climatiques exceptionnels et périodiques comme les sécheresses, peuvent avoir un impact négatif sur les espèces en altérant leur répartition, en modifiant les interactions concurrentielles, en entraînant un asynchronisme des ressources ou en provoquant des changements phénologiques2 et la disparition d'espèces (Easterling et al., 2000; Forchhammer et al., 1998; Hughes, 2000; Lemmen et al., 1997; Thomas et al., 2001; Stenseth et al., 2002). L'impact des changements climatiques sur la planification des mesures de conservation peut être évident, notamment lorsque l'aire d'une espèce se déplace en dehors d'une aire protégé ou lorsqu'on cherche à maintenir des populations d'une espèce rare ou en voie de disparition exposées à des conditions climatiques de moins en moins favorables (Peters et Darling, 1985; Hannah et al., 2002 a, b).

Le risque de disparition causée par des phénomènes climatiques aléatoires ou par une perte de représentation résultant d'un déplacement de l'aire de répartition à la suite de changements climatiques est particulièrement important chez les petites populations isolées telles que la population des Prairies du mormon (Williams et Araujo, 2000). Les phénomènes météorologiques exceptionnels, comme les tempêtes de grêle, les fortes gelées et les inondations, constituent une menace pour le mormon. Bien qu'il soit difficile de prévoir les changements climatiques avec certitude, des simulations effectuées à l'aide du modèle de circulation générale (MCG) laissent présager une baisse des précipitations et une augmentation de la température moyenne annuelle dans le nord de la région des Grandes Plaines (Karl et al., 1991; Lemmen et al., 1997). D'après les modèles de changement du climat et de la végétation de Rizzo et Wiken (1992), le sud de l'Alberta et de la Saskatchewan deviendra semi-désertique. Si ces changements se confirment, ils risquent d'avoir un impact sur les populations de mormons en modifiant la période de floraison de la plante hôte ou en asséchant le sol au point d'entraver la croissance de la plante hôte ou le développement larvaire du mormon. Comme la population des Prairies canadiennes du mormon se trouve à la limite septentrionale de l'aire de répartition de l'espèce, cette région pourrait jouer un rôle de plus en plus important dans la préservation de l'espèce, au gré des changements climatiques (Channell et Lomolino, 2000) et du déplacement possible du centre de l'aire de répartition vers le nord.

1.6 Lacunes dans les connaissances

1.6.1 Inventaire et suivi

L'inventaire des milieux favorables et occupés et l'évaluation des effectifs et de la répartition du mormon dans le PNP demeurent incomplets, et la conduite de nouveaux relevés s'impose. À ce jour, seulement deux inventaires limités ont été effectués en Saskatchewan, et aucun inventaire n'a encore été réalisé en Alberta. Il faut mettre en œuvre un programme de suivi pour recueillir des renseignements détaillés sur divers paramètres démographiques encore indéterminés comme les fluctuations d'effectifs, l'immigration, le recrutement, la survie et la pouvoir de dispersion. Pour être en mesure de mettre en place un programme de suivi fiable, il faut déterminer, dans le cadre d'études marquage-recapture, le degré de corrélation entre le nombre d'adultes en vol et l'abondance réelle. Dans la mesure du possible, il faudra encourager la collaboration avec les biologistes qui s'emploient actuellement à élaborer des méthodes de suivi pour la population de la vallée de la basse Similkameen (Southern Interior Invertebrates Recovery Team, 2005).

1.6.2 Lacunes dans les connaissances biologiques et écologiques

On sait très peu de choses sur les caractéristiques biologiques et les besoins en matière d'habitat de la population des Prairies du mormon au Canada, et la plupart des renseignements actuellement disponibles proviennent des États-Unis. Il faut donc poursuivre les recherches afin d'améliorer notre connaissance des caractéristiques biologiques et des besoins écologiques de cette population. Les études doivent notamment viser à préciser les exigences spécifiques du mormon à l'égard de l'habitat, à clarifier les facteurs de mortalité agissant sur les différentes étapes de son cycle de vie et les variations démographiques et à déterminer pourquoi certains milieux apparemment favorables demeurent inoccupés.

Les caractéristiques génétiques de l'espèce à l'échelle de son aire de répartition canadienne ont été très peu étudiées. Par exemple, on ignore dans quelle mesure la population des Prairies du Canada est reliée par la dispersion aux populations de mormons du nord du Montana, et à quelle distance se trouve la population du Montana la plus proche. Des études génétiques sont nécessaires pour évaluer les taux de dispersion au sein des populations de la Saskatchewan et entre les populations de la Saskatchewan et du Montana afin d'évaluer la connectivité de ces sites. Le COSEPAC (2002) signale que les populations canadiennes de la sous-espèce nominative A. m. mormo n'ont jamais fait l'objet d'une comparaison approfondie avec celles des États-Unis et qu'une telle étude pourrait fort bien révéler d'importantes différences entre ces populations. Outre les études génétiques proposées, on prévoit d'effectuer un examen approfondi de la morphologie des mormons adultes au cours des inventaires planifiés en vue de confirmer l'identité de la sous-espèce.

1.6.3 Précision des menaces

Des études s'imposent pour mieux évaluer le risque potentiel que pose la dérive d'herbicides et d'insecticides agricoles pour la population des Prairies du mormon et élaborer des pratiques de gestion en conséquence. Il faut également s'employer à évaluer le risque d'invasion de l'habitat du mormon par des espèces végétales exotiques et ses impacts négatifs éventuels sur cet habitat.


1 On désigne la sous-espèce nominative par la répétition du nom spécifique (p. ex. Apodemia mormo mormo)

2 Variations liées au climat des phénomènes biologiques périodiques, comme la floraison, la reproduction et la migration.