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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Rat kangourou d'Ord au Canada

Facteurs limitatifs et menaces

Les principaux obstacles à la persistance à long terme du rat kangourou d’Ord au Canada sont la perte et la dégradation de l’habitat naturel. La taille relativement petite de la population, conjuguée aux importantes fluctuations saisonnières, fait également peser sur les rats kangourous d’Ord canadiens un risque imminent de disparition. Bien que les fluctuations démographiques soient un facteur naturel, des facteurs anthropiques augmentent probablement leur ampleur.

La diminution historique et continue des habitats sablonneux naturels des Great Sand Hills et des Middle Sand Hills est bien documentée (Wolfe et al., 1995; Vance et Wolfe, 1996; Muhs et Wolfe, 1999; Bender et al., 2005; Hugenholtz et Wolfe, 2005). Si la tendance se maintient (Bender et al., 2005), la totalité des parcelles dunaires aura disparu des Middle Sand Hills d’ici 2014, ce qui est alarmant étant donné que ces types d’habitat semblent une condition préalable à la persistance de l’espèce au Canada. La stabilisation des sables exposés dans les dunes demande en général des conditions plus humides. Mais la gestion des terres, notamment la suppression à long terme des incendies, le retrait des gros mammifères qui occupaient un vaste territoire et qui avaient des effets positifs sur l’hétérogénéité du couvert végétal (le bison, Bison bison, et le wapiti, Cervus elaphus) et les pratiques visant à freiner l’érosion dans les zones dunaires, ont altéré les processus naturels. Tous ces facteurs ont probablement contribué à la stabilisation des sables exposés. Fait à noter, l’utilisation de bottes de lin par la BFC Suffield pour réduire l’érosion dans les Middle Sand Hills a été interrompue en 1992 (Davies, comm. pers., 2005), et en 1997 et 1998 on a réintroduit le wapiti à la BFC Suffield, un brouteur de grande taille. Ces mesures aideront sans doute à ralentir la perte d’habitats sablonneux naturels dans ce secteur, et peut-être même à renverser la tendance. De plus, l’équipe de rétablissement du rat kangourou d’Ord de l’Alberta (2005) a proposé que la gestion expérimentale de l’habitat et l’élaboration d’un plan de gestion visant à maintenir les habitats dunaires soient des priorités en 2005 et jusqu’à 2009. L’adoption de politiques de gestion des incendies et du pâturage, l’enlèvement des arbustes (Price et al., 1994) et la réhabilitation des dunes sont d’autres avenues possibles.

L’utilisation des terres par l’humain, parallèlement à la destruction des habitats naturels, a rapidement créé un dense réseau d’éléments du paysage étroitement interreliés (p. ex. les routes d’accès). La tendance qu’ont les rats kangourous à coloniser les zones de sable exposé créées par une perturbation humaine pourrait exacerber les fluctuations démographiques. Les rats kangourous qui habitent le bord des routes et des pare-feux : i) ont un faible taux de survie et sont vulnérables à des disparitions locales (parcelle) (Gummer, 1997a; Gummer et Robertson, 2003b; Gummer, données inédites); ii) ont des taux plus élevés de parasitisme par des hypodermes que les rats kangourous qui occupent des habitats naturels (Bender et al., 2005; Gummer, données inédites); iii) ont une masse corporelle très inférieure à celle des rats kangourous qui occupent des habitats naturels (Bender et al., 2005). La tendance à long terme vers l’accroissement des habitats façonnés par l’humain est une menace pour les rats kangourous d’Ord canadiens, même s’ils semblent se servir de ces habitats. Cette hypothèse fait actuellement l’objet d’une évaluation rigoureuse (Bender et al., données inédites).

Une grande partie des perturbations humaines dans les dunes est liée à l’industrie pétrolière et gazière. La dégradation de l’habitat représente probablement le principal effet des activités pétrolières et gazières sur les rats kangourous. Des activités industrielles comme les relevés sismiques, le forage de puits, l’éclairage artificiel, les perturbations auditives et les pratiques de mise en valeur pourraient également avoir des effets directs. On a étudié de façon approfondie les incidences de la construction de gazoducs sur les rats kangourous résidents, et plusieurs mesures d’atténuation semblent réduire efficacement les mortalités directes de rats kangourous (Gummer et Robertson, 2003c).   

Les pratiques agricoles touchent surtout les rats kangourous de trois manières : i) le pâturage saisonnier du bétail dans des prairies intactes qui ne sont pas cultivées; ii) la gestion diligente visant à réduire l’érosion du sol, supprimer les incendies et augmenter généralement le couvert végétal; et iii) la transformation d’habitats sablonneux naturels en habitats agricoles. Le pâturage du bétail est généralement compatible avec la survie des rats kangourous et pourrait être géré de façon à augmenter le nombre d’habitats sablonneux dégagés dans certains secteurs (Reynolds, 1958). Malgré les risques que des rats kangourous soient piétinés par le bétail ou écrasés dans leurs terriers souterrains, les avantages de la réduction du couvert végétal et de l’accroissement des habitats sablonneux dégagés compensent ces inconvénients. La gestion traditionnelle des pâturages visant à réduire l’érosion et à maintenir ou améliorer le couvert végétal peut nécessiter des programmes innovateurs et des mesures incitatives pour favoriser la conservation des dunes. La transformation des habitats sablonneux en terres cultivées est actuellement peu répandue, mais les terres transformées dans le passé peuvent contribuer à l’ampleur des fluctuations démographique en agissant comme des puits de population.

Les développements ruraux et industriels limitent probablement les populations de rats kangourous dans certains secteurs. L’éclairage artificiel des bâtiments et d’autres installations permanentes et la place qu’ils occupent pourraient limiter les rats kangourous. Même si la majorité de l’aire de répartition du rat kangourou ne fera probablement pas l’objet d’une mise en valeur imminente, le nombre et l’étendue des grandes raffineries et autres installations industrielles (p. ex. les stations de compression de gaz) continuent d’augmenter. L’expansion et des ajouts à des installations semblables dans d’autres secteurs de l’aire de répartition du rat kangourou pourraient entraîner une baisse des populations locales de rats kangourous par la perte de l’habitat et l’interférence avec l’activité nocturne de recherche de nourriture et l’évitement des prédateurs.

Environ 13 p. 100 de l’aire de répartition canadienne du rat kangourou d’Ord se trouvent à la BFC Suffield, qui est utilisée de façon intensive pour la formation militaire. Il n’y a pas d’activités militaires sur la partie des terres désignées « réserve nationale de faune » et ces activités ne devraient donc pas toucher la population à cet endroit. Il est probable que le nombre relativement faible de rats kangourous qui pourraient être tués par des véhicules ou écrasés dans leurs terriers souterrains est compensé par le fait que les exercices militaires produisent également de fréquents feux de brousse en plus de provoquer une perturbation localisée du sol de surface qui pourrait contribuer à la création d’habitats pour les rats kangourous.

Le parasitisme par des hypodermes semble être un facteur limitatif pour la population canadienne de rats kangourous d’Ord, parce qu’il compromet la reproduction et la survie hivernale des rats kangourous (Gummer, données inédites). Les rats kangourous sont beaucoup plus vulnérables au parasitisme par des hypodermes dans les habitats façonnés par l’humain (Bender et al., 2005).

Comme n’importe quelle petite population dont l’effectif fluctue, la population canadienne de rats kangourous d’Ord est extrêmement vulnérable à une disparition liée à des phénomènes stochastiques, comme des événements climatiques extrêmes, des perturbations humaines imprévues, des épidémies, la stochasticité démographique, les goulots d’étranglement génétiques ou les effets de la consanguinité et la difficulté de trouver un partenaire pour s’accoupler quand la population est peu nombreuse. La rigueur de l’hiver semble un facteur limitatif critique pour la survie des rats kangourous (Gummer, 1997a; Gummer et Robertson, 2003c; Gummer, 2005).